Chapitre 10

Lundi 23 mai.

Sanctuaire d'Athéna, temple des Gémeaux, dans la nuit.

Vers une heure du matin, Rhadamanthe avait délaissé la salle poussiéreuse pour aller se coucher. Kanon n'avait pratiquement pas ouvert la bouche depuis le document qu'ils avaient découvert grâce à l'armure de son frère. Trop de choses se bousculaient dans sa tête, y compris le baiser aérien que lui avait presque volé le Juge. Le Gémeaux était resté aux archives afin de poursuivre les lectures. Héra était une Déesse bien entourée et ses Mercenaires avaient fait du bon travail pour ne laisser aucune trace derrière eux.

Près de deux heures après le départ du blond, Kanon remonta. Il se servit un verre d'eau fraîche et se posta devant la baie vitrée. Aucun bruit ne vint le déranger. Il but d'une traite son verre et le posa sur un petit guéridon près de là. Il croisa ses mains sur sa poitrine, et soupira.

— Et si tout ce qui nous était arrivé à Saga et à moi était son oeuvre ? se demanda-t-il à voix basse.

A peine eut-il fini d'énoncer sa phrase qu'il sentit une présence derrière lui. Visiblement Rhadamanthe ne dormait pas non plus.

— L'oeuvre de qui ? le questionna le blond.

— Héra. Si Dracon peut manipuler les esprits au point que nos armures lui obéissent, il est possible que ce soit lui qui soit à l'origine de la double personnalité de Saga et de mon côté sombre. Angelo a raison, nous sommes maudits des Dieux mais pourquoi ? soupira-t-il.

La Wyvern ne savait pas quoi répondre à cela. Peut-être avait-il raison, peut-être avait-il tort. En fait peu importait, pour lui. Si Saga et lui étaient aussi faibles que cela, au point de laisser pénétrer quelqu'un dans leur tête, cela les regardait. Lui, ne voyait que le corps de Kanon. Il s'était tant rapproché qu'il pouvait sentir l'odeur de poussière qui collait à la peau de son hôte. Il sentait aussi parfois un reste d'un parfum quelconque : eau de toilette, après rasage… Il ne reconnaissait pas l'odeur mais cela l'enivrait.

La lune était pleine cette nuit. Le Gold voyait parfaitement le Spectre s'approcher de lui dans le reflet de la vitre. Il ne bougea pas. Son corps ne tremblait pas comme le matin. Ce qui allait se passer, il le voulait lui aussi. Il avait grand besoin de se vider la tête et rien de tel qu'un peu d'exercice. Il attendit que le blond face le premier pas. Pas longtemps, puisque Rhadamanthe venait de l'enlacer par la taille.

— Juste une fois. Pour assouvir la pulsion qui m'envahit quand je te vois, susurra le Juge au creux de l'oreille du Gémeaux.

— Juste une fois, murmura Kanon pour lui signifier qu'il avait compris ce que voulait son invité.

Ils savaient à quoi s'en tenir. Rhadamanthe déplaça sur le côté la longue chevelure de son otage pour parsemer sur sa nuque de petits baisers sensuels. Parfois ses lèvres furent remplacées par sa langue gourmande. Kanon soupira de bien-être. Des frissons recouvraient son corps. Le Juge ne portait qu'un bas de pyjama, un peu démoder selon les critères de Kanon, alors que le bleuté portait sa tenue d'entraînement. Au travers du léger vêtement de nuit du blond, le Gold pouvait sentir son désir monter, d'ailleurs lui-même n'était pas loin de l'état d'excitation de son amant d'une nuit. Les mains du Spectre se mirent en mouvement et caressaient à présent le torse de Kanon. Quelques soupirs sonores résonnaient dans le salon du temple. Les respirations se firent plus rauques et haletantes.

Le Juge réussit rapidement à retirer la ceinture de Kanon. Les mouvements plus libres, le blond fit glisser ses doigts sur la peau presque brûlante de son amant éphémère. Il trouva aisément une petite pointe sensible avec laquelle il joua. Le bleuté se mordait la lèvre. Au travers du reflets de la baie vitrée, Rhadamanthe le vit. Il déglutit. Le gémeaux était bien plus sensuel qu'il ne l'aurait imaginé.

Kanon retenait parfois un souffle, un gémissement. Il ne voulait pas trop en donner à son bourreau. La main libre de Rhadamanthe oublia sa taille pour descendre vers sa virilité. Sans précaution, le blond faufila ses doigts sous le tissus du pantalon de Kanon qui laissa échapper un soupir de contentement. Le Gémeaux posa sa tête sur l'épaule du Spectre qui venait de délaisser sa poitrine pour faire remonter sa main vers son cou. La tunique de Kanon était visiblement de trop car le Juge émit un grognement avant de cesser toutes ses caresses afin d'ôter le vêtement encombrant qu'il laissa tomber au sol sans précautions.

Rhadamanthe fit pivoter le bleuté. Il agrippa sa crinière pour tirer sa tête en arrière. Il parsema la nuque offerte de baisers, mais parfois il préférait mordiller la peau frissonnante. Etrangement cette situation ne les dérangeait pas plus que cela. Au contraire même, ils avaient souvent l'impression que leur place était là avec l'autre. Ils se laissaient tous deux aller vers cette pulsion. Pas un bruit ne résonnait. Aucune effluve ne venait déranger leurs odorats. A présent face à face, Kanon pouvait profiter du corps musculeux de la Wyvern. Il ne se retint pas de cajoler la virilité du Juge qui se crispa une seconde avant de se laisser aller à la luxure. Leurs yeux brillaient d'excitation. C'est là que Rhadamanthe décida à enfin poser ses lèvres sur celle de son amant. Un baiser passionné, presque tumultueux les réunit. Kanon s'approcha un peu plus du blond afin de mettre leurs bassins en contact. Cette proximité les électrisa.

Le Gémeaux enroula ses jambes autour de la taille du Juge qui plaça ses mains sous ses fesses pour le porter. Ils se retrouvèrent dans la première chambre qu'ils croisèrent : celle où Rhadamanthe logeait. Kanon atterrit sur le lit. Il s'assit alors que le Juge le fixait. Le bleuté l'attira à lui, il voulait choyer la masculinité de son amant d'une nuit. Il la caressa d'abord du bout des doigts, puis presque timidement avec sa langue. Le blond gémissait pour la première fois s'agrippant même aux épaules de son ancien ennemi. La cajolerie mit à rude épreuve les sens de la Wyvern. Kanon savait y faire et se délectait de cette friandise.

Rhadamanthe arrêta son bourreau. Il ne tiendrait pas plus longtemps. Kanon fut ravi de l'effet que cela avait produit sur le Juge. Il riva ses émeraudes à ses soleils tout en passant sensuellement sa langue sur sa lèvre supérieure. Le Spectre renversa son amant sur la couche, puis le retourna presque brutalement. Il ne tenait plus. Il le voulait, et tout de suite. Kanon sourit. Son état d'excitation était à son comble et s'il se référait au regard de son amant éphémère, il en était de même pour lui.

Le Juge choya d'une main la virilité de Kanon et de l'autre caressa son intimité. Le Chevalier se cambra. Gémit. Frémit. Le Spectre sentit sa respiration accélérer. Il s'occupa de l'antre serré de Kanon durant un moment pour facilité sa venue mais il ne tenait plus. Il prit possession du corps offert sans grande précaution. Il s'engouffra au plus profond d'un seul coup. Le visage de Kanon grimaça et son corps se crispa. Une douleur cuisante s'empara de lui mais il aimait cela. Une minute plus tard, Rhadamanthe entreprit un va-et-vient lent, sensuel puis doucement il accéléra ses coups de reins. Le Juge maintenait les hanches de Kanon alors que lui avait ses avant-bras posés sur le matelas et mordait l'oreiller. Le bleuté cala ses mouvements sur ceux de son amant d'une nuit. Leurs corps s'emboitaient parfaitement. Le blond s'empara de la masculinité de Kanon et lui octroya une cajolerie calquée sur le rythme de leurs corps. Ce moment les transperça d'émotions. Emotions qui amplifièrent lors de leurs délivrances, à peine quelques minutes plus tard.

Kanon se plaqua entièrement sur le lit. Rhadamanthe n'avait pas bougé. Il se passait quelque chose en lui mais il n'arrivait pas à l'analyser. Puis, épuisé il se laissa tomber sur le dos de son amant éphémère et se retira de son antre étroit. Il s'allongea près de lui. Pas un mot ne fut prononcé. Ils s'entre-regardèrent un moment. Aucune expression sur leur visage, à part peut-être du bien-être. Aucun d'eux n'avait vraiment pensé à analyser ce qu'ils ressentaient, ou avaient ressenti. Pas la peine. Ce n'était que pour une nuit. Pour assouvir une pulsion qui les avait pris presque par surprise.

Rhadamanthe s'endormit paisiblement. Kanon sourit, replaça une mèche blonde qui barrait le visage du Juge, lui vola un baiser avant de rejoindre sa propre chambre pour, l'espérait-il, essayer de dormir un peu.

Sanctuaire d'Athéna, temple de la Balance, matin.

Pour Fenrir et Shiryu la nuit avait été bien calme. Les jeunes hommes ne voulaient pas se précipiter. Ils prenaient le temps de se connaitre, de s'apprivoiser. La veille, ils avaient longuement discuté après avoir fouillé les registres. Et comme promis, ils dormirent ensemble, sagement même si leurs corps réclamaient bien plus. Le réveil se fit en douceur. Fenrir parsemait la nuque de son petit ami de baisers et Shiryu ne résistait pas. Il fallait pourtant sortir de ce cocon douillet. La journée s'annonçait une fois encore très longue et ils devaient encore en apprendre un peu plus sur la seconde Gémini.

— J'espère que tu as aussi bien dormi que moi, demanda le Loup.

— Comme jamais, lui sourit le Dragon.

Fenrir embrassa celui qui le faisait fantasmer depuis des mois. Un long baiser langoureux et sensuel qui fit rougir Shiryu. L'Asgardien aimait voir cette gêne sur son petit ami, cela lui rappelait qu'il était à lui.

— Il faut se lever, fit Shiryu en cassant l'ambiance.

— Je sais, mon amour. Je sais, répondit Fenrir dépité.

Sanctuaire d'Athéna, temple du Lion, matin.

Marine ouvrit doucement les yeux. Elle voulut les frotter mais son masque l'en empêcha. Pourquoi le portait-elle encore ? Elle regarda autour d'elle. Elle ne reconnut pas l'endroit où elle se trouvait. Elle ôta son masque pour faire respirer un peu son visage et voir l'endroit où elle était de ses propres yeux. Elle était encore habillée. Elle écarquilla ses iris, elle venait de comprendre. Elle avait dû s'endormir en lisant un énième registre dans la salle des archives du Temple d'Aiolia. Il avait dû la porter jusqu'à cette chambre. Elle rougit. Puis se posa une étrange question : en aurait-il profité pour lui retirer son masque ? Mais elle se reprit, cela n'était pas dans le caractère du Lion d'agir ainsi. Elle repositionna son masque sur son visage et sortit de la chambre. Elle se rendit dans la cuisine où elle trouva son ami en train de faire le petit déjeuner.

— Bonjour Aiolia, dit gênée la femme Chevalier.

— Bonjour Marine. Bien dormi ? lui demanda-t-il sans la regarder.

Lui n'avait pas vraiment réussi à fermer l'oeil. Il avait porté la jeune femme dans l'une des chambres vides de son temple car elle s'était laissée surprendre par Morphée. L'avoir contre son torse avait chamboulé ses sens. Il était tombé amoureux d'elle bien des années auparavant mais n'avait jamais trouvé le courage ni le moment de se déclarer. De plus, le Domaine Sacré n'était pas favorable à laisser entrer l'amour en son sein. Toutefois depuis leur retour et la paix, cela avait changé. Et puis, avec cette nouvelle menace…

— Oui merci. Et toi ?

— Bien merci, mentit-il. Tu as faim ?

— Oui,… mais…

— Je sais, je vais me faire un plateau et j'irai prendre mon petit déjeuner dans ma chambre. Tu n'auras qu'à venir me chercher quand tu auras terminé, lui sourit-il.

— Tu n'as pas à faire cela, j'irai dans la chambre.

— Tu es mon invitée, alors c'est moi qui vais m'enfermer.

— Très bien, la femme Chevalier n'insista pas plus devant l'air déterminé de son ami.

Ils prirent donc leurs petits-déj dans des pièces séparées. Marine était gênée de profiter de la cuisine alors que son hôte s'était retranché dans sa chambre. Elle soupira. Si elle avait un peu plus de courage, elle ôterait son masque devant lui. Mais si lui ne l'aimait pas ? Un peu plus tard, elle alla chercher Aiolia et ils descendirent aux archives.

Sanctuaire d'Athéna, temple des Gémeaux, matin.

Kanon avait peu dormi. Son esprit s'égarait entre la seconde Gémini et sa nuit passée avec le Juge des Enfers, son pire ennemi. Il était encore allongé sur son lit. Les bras sous sa nuque, il fixait le plafond tout en soupirant bruyamment. Il ne l'aurait jamais cru, mais cette nuit fut récupératrice. Rhadamanthe était un bon amant et il avait passé un très bon moment.

— Une seule nuit… souffla-t-il avec regret.

Oui, avec regret. Il s'était senti si bien avec le Juge qu'il regrettait d'avoir accepté cette nuit unique en tout point.

De son côté, Rhadamanthe avait dormi du sommeil du juste. Il était sur le ventre et s'étirait sans avoir ouvert les yeux. Il sentit que Kanon n'était pas là et que l'endroit où il aurait dû se trouver était presque glacial. Preuve qu'il n'avait pas dormi là. Pourquoi l'aurait-il fait ? N'avait-il pas dit qu'il n'y aurait qu'une nuit ? Le blond avait laissé son bras à l'endroit où aurait dû se trouver son amant éphémère, il avait toujours les yeux fermés. Il empoigna le drap et serra fortement son poing. Pourquoi ressentait-il un vide ? Il tourna la tête vers son poing et ouvrit enfin ses soleils.

— Tu aurais pu rester, murmura le Juge.

Ils se levèrent quasiment en même temps. Kanon se trouvait déjà dans la salle de bain quand Rhadamanthe quitta sa chambre pour aller dans la cuisine. Il prépara le café et attendit de pouvoir à son tour utiliser la douche. Lorsqu'ils se croisèrent, ils ne firent pas allusion à leur nuit, comme si rien ne s'était passé. Ils retournèrent également dans la salle poussiéreuse des archives.

Domaine d'Asgard, matin.

Le jour était à peine levé. Le blizzard soufflait et le froid était glacial. Siegfried avait ordonné que les rondes s'effectuent avec deux Guerriers Divins et quatre gardes. Ce matin Albérick de Megrez et Hagen de Merak patrouillaient ensemble. Les deux hommes ne s'entendaient pas particulièrement. Le Guerrier de Delta était fourbe bien que cultivé et Hagen n'arrivait pas à le comprendre. Les ordres étant les ordres, il n'avait de toute façon pas le choix.

Ils ne portaient pas leurs Robes d'Odin mais de grandes capes épaisses et lourdes pour les protéger du froid. Derrière eux, les gardes avançaient plus lentement. Les Guerriers Divins ne s'en souciaient pas trop. Et puis, un bruit les fit se retourner. Les quatre gardes étaient à terre, ondulant de douleur pour l'un et raides morts pour les autres. Les deux Asgardiens se mirent en position d'attaque mais sans leurs Robes le combat serait vite terminé.

Devant eux se dressait l'armure d'or des Gémeaux. Hilda avait donc raison. Il y avait bien une armure oubliée. Hagen contacta Siegfried par télépathie pour l'avertir qu'ils étaient attaqués. Le Guerrier de Dubhe prévint immédiatement sa compagne et rejoignit ses amis avec Thor.

Sur place, Albérick avait tenté son « Amethyst shield » mais l'armure avait esquivé le coup.

— Tu ne pourras rien contre moi, dit celui qui portait l'armure.

— Que veux-tu ? s'empressa de demander le Guerrier de Delta.

— Vous tuer ! ricana le visiteur.

— Et tu crois que nous allons nous laisser faire ? fit remarquer Hagen.

Etrangement, il ne semblait y avoir personne d'autre avec cet ennemi. Le porteur de la Gémini se mit en position d'attaque et envoya son « Energy Balls » sur ses deux adversaires. Heureusement, ils ne portaient pas leurs Robes d'Odin sinon elles auraient volé en mille morceaux. L'attaque était très puissante et les deux Guerriers se retrouvèrent à terre et salement amochés. Ils n'avaient pas eu le temps de voir quoique ce soit. Ce gars était fort, c'est tout ce qu'ils purent admettre avant de tomber dans le coma.

Siegfried et Thor arrivèrent juste après. Lorsqu'ils virent gésir leurs amis, ils se précipitèrent directement vers eux. Fort heureusement ils s'aperçurent bien vite qu'ils étaient encore vivants bien que très amochés.

— Pourquoi es-tu ici ? demanda le Guerrier de Dubhe.

— Pour vous anéantir, quoi d'autre ! L'armure d'or des Gémeaux que je porte a envie de se défouler. Je lui fait donc ce plaisir.

— Je ne te laisserais pas faire, reprit le Guerrier de Phecda.

— Vous allez tous subir le même sort que ces deux là, fit avec un hochement de tête le Mercenaire d'Héra.

Siegfried et Thor sentaient la colère les envahirent. Leurs Robes d'Odin se mirent à briller et ensemble lancèrent une attaque. Le « Dragon Bravest Blizzard » et le « Titanic Hercules » étaient puissants seuls mais réunis c'était explosif pourtant l'ennemi ne sembla pas avoir été atteint par l'attaque. Il était debout, et ricanait.

— Vous n'êtes que des moucherons face au Dieu que je suis.

— Un Dieu ? s'esclaffa Thor.

— Vous allez mourir…

Au même moment, apparurent Athéna, Hilda et Poséidon accompagnés par Kanon, Rhadamanthe, Bud, Fenrir, Christer, Isaak et Milo. La prêtresse d'Odin se précipita vers ses amis au sol avec Athéna et ensemble déversèrent leur cosmos sur les deux hommes afin de les stabiliser. Le second Gémeaux voyait pour la seconde fois l'armure pourtant, il avait encore du mal à y croire. Fenrir et Bud protégeaient la Déesse et leur Prêtresse. Ils étaient inquiets pour leurs amis. Kanon semblait figé devant l'ennemi. Milo et Rhadamanthe se mirent en position de défense devant le Gémeaux alors que les Marinas se postèrent devant leur Dieu.

— Du renfort ? Cela ne servira à rien ! Même une centaine vous ne m'arrêterez pas ! persifla Dracon.

Milo se prépara à lancer son « Scarlet Needle » mais Kanon passa devant lui pour l'en empêcher.

— Kanon ! Qu'est-ce que tu fous ? lui demanda le Scorpion.

— N'oublie pas qu'il y a un innocent dans cette armure, lui rappela le Gémeaux.

— C'est vrai, mais on ne peut pas rester à ne rien faire !

Pendant qu'ils parlaient, Milo et Kanon n'avaient cessé de fixer leur adversaire qui souriait diaboliquement. Sans crier gare, Dracon envoya une autre salve de son attaque. Une fois encore c'est le premier Juge des Enfers qui se précipita sur les Gold afin de les mettre à l'abri. Kanon le fixa. Pourquoi le sauvait-il encore une fois ? Mais ce n'était ni le moment ni le lieu pour penser à cela. Il se ressaisit, se releva comme Milo et poussa le blond pour faire face à l'armure.

— Si tu es vraiment une Gemini, tu te dois de défendre la Terre et Athéna ! cria le bleuté.

— Elle ne t'écoutera pas, elle est sous mon emprise, ria le Mercenaire.

Dracon se remit en position d'attaque et envoya un coup sur Kanon qui réussit à esquiver. L'attaque lui avait semblé moins puissante. Puis, l'armure scintilla intensément et émit un son similaire à sa jumelle, la veille. Tous mirent leurs mains sur leurs oreilles et grimacèrent. Le Mercenaire voulut néanmoins envoyer une autre salve de coups mais l'armure refusa de lui obéir. Il ne pouvait plus bouger.

Tous regardaient Dracon s'énerver sur la Gemini, tentant par tous les moyens de reprendre le contrôle mais il peinait. Puis, d'un coup l'armure ne brilla plus, ne « cria » plus. Dracon décida de cesser là le combat. Il devait renforcer son emprise sur l'armure qui résistait bien plus que la première fois.

— Il semblerait que je doive vous quitter, mais je reviendrais. Je n'en ai pas terminé avec vous ! persifla le Mercenaire tout en fixant particulièrement le Gémeaux.

Dracon disparut. Kanon resta figé, son regard ne se détournait pas de l'endroit où se trouvait le Mercenaire d'Héra, il y avait encore quelques minutes seulement. Athéna et Hilda avaient réussir à maintenir en vie les deux Asgardiens tombés au combat ainsi que le garde mais il fallait maintenant les ramener au Palais pour compléter les soins. Thor, Bud et Fenrir étaient très inquiets pour leurs amis aussi, ce furent eux qui se chargèrent de les transporter. Les Marinas les accompagnèrent. Milo et Rhadamanthe restèrent près de Kanon qui ne semblait pas vouloir bouger.

— Oï, Kanon ! l'interpella le Scorpion.

Le Gémeaux se retourna vers son ami et vers son ancien ennemi.

— Bon sang ! Qu'est-ce que tu as ? lui demanda-t-il. Tu te jettes devant l'ennemi sans protection et là tu ne bouges plus ?

— Tu allais envoyer ton attaque sur un pauvre type qui n'a surement rien demandé !

— On ne sait même pas si on pourra le dissocier de Dracon, alors il vaut mieux prendre les choses à bras le corps ! s'énerva Milo.

Le Juge, lui, ne disait absolument rien mais il n'en pensait pas moins. Il était plutôt d'accord avec le Scorpion et voir une fois encore le bleuté se mettre en première ligne ainsi l'avait fortement agacé. Sans vraiment savoir pourquoi – car il n'avait rien à voir avec lui, quoique … – il s'avança vers le Gémeaux et sans crier gare, lui colla son poing sur la figure.

— Non mais t'es malade ! s'insurgea le bleuté tout en posant sa main droite à l'endroit de l'impact.

— On a pas idée de faire le fier à un moment pareil ! Tu es totalement irresponsable ! grogna le Juge.

— Qu'est-ce ça peut te faire ? T'es pas mon frère ! répondit-il sur le même ton.

Oui d'ailleurs, pourquoi cela le touchait-il autant ? Il se souvint de cette nuit, un peu, beaucoup. Ils avaient été clairs, pourtant là maintenant Rhadamanthe ne voulait que le protéger, le tenir dans ses bras… Il se rabroua, ce n'était ni le moment ni le lieu pour repenser à sa nuit.

— Nous avons besoin de tous les hommes disponibles, il serait dommage d'en perdre bêtement ! rebondit le Juge.

Kanon se surprit à être déçu de la réponse de son amant d'une nuit. Que souhaitait-il au fond, puisqu'il n'y avait rien à espérer ?

— Si tu le dis, marmonna le Gémeaux.

— As-tu pensé à ton frère ? reprit Milo.

Le cadet des jumeaux du Sanctuaire pesta. Cependant, il s'admit qu'il avait peut-être été un peu trop loin. Il regarda ses amis et reparla de ce qu'avait fait l'armure de Dracon.

— J'ai eu… l'impression qu'elle m'appelait, dit-il.

— Comment ça ? lui demanda Milo.

— Je ne sais pas. Comme un appel au secours mais je ne suis pas sûr, répondit le Gémeaux en amenuisant sa voix.

— Tu devrais en parler avec Shion et Mû, ils auront peut-être une idée, intervint le Juge.

— Sans doute, pensa Kanon tout haut.

Les trois hommes rejoignirent les autres au Palais Valhalla. Durant le trajet, aucun d'eux n'émit un son. Ils étaient songeurs, mais ne pensaient pas tous à la même chose. Après avoir prit des nouvelles d'Albérick et de Hagen les invités d'Asgard quittèrent le pays du froid afin de rejoindre le Domaine sacré de Grèce. Hilda, Fenrir et Bud restèrent près de leurs amis mais promirent à Athéna de revenir dès le lendemain au Sanctuaire Terrestre.

Sanctuaire d'Athéna, salle de réunion, après le combat à Asgard.

Lorsqu'ils arrivèrent tous après le combat contre Dracon, ils furent accueillis chaleureusement par les autres. Saga fut soulagé de voir son frère rentrer, mais il remarqua un étrange coquard à l'oeil. Milo se précipita vers son glaçon pour le rassurer car même si Camus ne montrait pas ses émotions, il savait qu'il s'inquiétait. Tout le monde était sauf et cela réjouit les troupes. Seulement Shiryu ne voyait pas les Asgardiens, et encore moins Fenrir. Il blêmit. Hyôga le vit et s'approcha de lui.

— Shiryu, tu n'as pas l'air d'aller bien d'un coup. Que t'arrive-t-il ?

— Pour … pourquoi n'est-il pas là ? demanda évasivement le Dragon.

— De qui tu parles ? lui demanda le Cygne.

Shiryu se rendit alors compte qu'il ne parlait pas seul, mais avec son ami. Il rosit légèrement.

— Allons, tu peux me parler, tu sais.

— Fenrir, avoua timidement le Chinois.

— Fenrir ? Tu es inquiet pour lui ?

— Je … je suis … amoureux de lui, murmura-t-il.

Hyôga ne se serait jamais douté de cela mais il était heureux pour son ami bien qu'il ignorât que l'amour de son ami était partagé.

— Et lui ? le questionna le blond.

Shiryu répondit par un signe de tête positif.

— Ne t'inquiète pas. Hilda et Bud ne sont pas là non plus.

Au même moment, Athéna prit la parole afin d'expliquer ce qu'il s'était passé à Asgard avec l'aide de Milo et de Rhadamanthe.

— Nos amis Asgardiens vont bien. Albérick et Hagen iront mieux dans quelques jours tout comme le garde qui a survécu. Malheureusement, Hilda a essuyé des pertes, ajouta-t-elle triste. Elle reviendra demain avec Bud et Fenrir. Ils souhaitaient rester auprès de leurs amis.

A ces mots, Shiryu se détendit. Fenrir n'avait pas été blessé.

— Tu vois. Tu n'es pourtant pas du genre à t'inquiéter sans avoir toutes les informations, fit remarquer le Russe.

— Je sais mais là c'était plus fort que moi.

— Allez, tu retrouveras ton Guerrier d'Asgard demain, lui sourit Hyôga. Je t'avouerais que je me suis fait du souci pour Isaak.

Shiryu observa son ami, mais ne dit rien. Si Hyôga voulait approfondir cette discussion, il savait qu'il le fera. Il posa une main compatissante sur l'épaule du blond et restèrent ainsi le temps qu'Athéna et le Juge terminent d'expliquer les faits. Saga, lui, fixait son frère avec colère.

Après avoir attaqué les Enfers puis Asgard, tous savait que la prochaine attaque serait soit chez Poséidon soit ici, sur Terre. Le Dieu des Océans décida alors de quitter le Sanctuaire de sa nièce avec ses Marinas, afin d'être dans son royaume en cas d'attaque.

La question que tout le monde se posait à présent était pourquoi Héra faisait-elle tout cela au bout de tant de temps ? Possible que le traité de paix imposé par Zeus en soit le déclencheur. Sur les visages se lisait de la colère mais aussi de l'incompréhension. Ils étaient revenus du Royaume des Morts pour vivre une nouvelle vie loin des conflits et en fait tout cela n'était qu'illusion…

— Kanon, passe me voir cet après midi. J'aimerai que tu me détailles tout ce que tu as ressentit quand l'armure a scintillé et émis le son. Mû j'aimerais que tu sois présent également, demanda Shion.

Sanctuaire d'Athéna, temple du Sagittaire.

Alors que tous les résidents actuels du Domaine Sacré regagnaient les temples, Kanon se fit alpaguer dans celui de son beau-frère par Saga. Rhadamanthe ne l'attendit pas.

— Non mais tu le fais exprès ! Tu veux donc mourir ? cria Saga.

— Arrête de me faire la morale, tu veux ! Non je ne veux pas mourir ! J'ai juste pensé que si je tentais de raisonner l'armure elle reviendrait vers nous et sa jumelle. Et puis, Dracon a pris possession du corps d'un homme, je te rappelle ! Je n'ai pas l'intention de lui faire quoique ce soit ! s'énerva Kanon.

— Tu aurais pu tenter cela à l'abri.

— Je ne suis pas un lâche. Je n'ai besoin de personne pour me protéger !

— Oui bah remercie encore Rhadamanthe te t'avoir sauvé ! grogna l'aîné.

— Rhad fait ce qu'il veut, je ne lui ai rien demandé ! fit remarquer le cadet.

— Rhad ? Je ne savais pas que vous étiez si intime, reprit Saga.

Kanon écarquilla ses émeraudes. Un diminutif se donne à une personne que l'on apprécie, que l'on aime, pas à un ancien ennemi ! Pourquoi l'avoir appelé ainsi ? Même cette nuit, il n'avait pas prononcé son prénom.

— Son prénom est trop long, c'est tout !

— Bref, tu es irrécupérable ! Quand vas-tu grandir ?

Le cadet soupira en même temps que son jumeau. Une partie de lui savait que Saga et les autres avaient raison mais une part de lui n'avait pas encore l'habitude de se reposer sur les autres même s'il s'agissait de ses amis.

— C'est quoi ce coquard sous ton oeil ? demanda alors Saga.

— Rien ! C'est Rhad qui m'a mis son poing dans la tronche.

— Pourquoi a-t-il fait cela ?

— Parce que je me suis mis en première ligne, pardi !

— Je commence à l'apprécier, ce Juge, sourit l'aîné. Mais je suis assez surpris par son geste, ajouta-t-il songeur.

Aioros les avait laisser discuter, il arriva quand Kanon quittait son temple visiblement une fois encore en colère contre son aîné.

— Alors ? demanda le Sagittaire.

— C'est un gamin.

— N'oublie pas qu'il a vécu seul durant des années et qu'il fait ce qu'il peut pour se racheter. Il pense même à ce pauvre type dont Dracon se sert, alors que nous ne voyons que la menace et que nous ne savons même pas comment nous y prendre pour faire quitter ce maudit Dieu de son corps.

— C'est vrai tu as raison, mais il pourrait être un peu plus mature et arrêter de se mettre en danger.

— Tu aurais fait pareil, lui sourit Aioros.

— Sans doute, oui …

Le Sagittaire vint enlacer son amant et l'embrassa langoureusement. Saga n'avait pas encore l'habitude de tout cela, et rougissait presque à chaque fois. Cela plaisait fortement à son amant qui ne se retint pas plus pour l'embrasser encore et encore.

Sanctuaire d'Athéna, aux arènes.

Le second Gémeaux ne voulait plus voir personne. Il avait l'impression de se faire réprimander comme un gosse et en partie il savait qu'il l'était malgré son âge mais ce n'était quand même plus un gamin à part entière. Il était assis à l'ombre dans les gradins et repensait à l'affrontement. Ce qu'il avait ressenti quand l'armure avait geint. Oui ! Geint, c'est le mot qui convenait. Et puis aussi au moment où Rhadamanthe s'était encore interposé entre lui et l'attaque du Mercenaire, et le coup de poing qu'il avait reçu de sa part. Tout en y repensant, il se frottait l'endroit où le Juge l'avait frappé. Il se promit de lui en rendre une.

Il profita d'être dans les arènes et seul pour se défouler un peu. Il cogna encore et encore contre les roches qui s'effritaient toujours un peu plus après chaque coup. Son poignet blessé quelques jours plus tôt ne lui faisait plus autant mal et ce n'était pas cela qui l'aurait arrêté. Alors qu'il pensait se vider la tête avec cet entraînement, il se passa le contraire. Il ne cessait de revoir des images de la nuit dernière ; il sentait encore les mains du Juge sur lui ; il ressentait encore les émotions qui l'avaient envahi. Son pouls s'accéléra. Son corps commençait à réagir. Ce n'était pas bon. Pas bon du tout ! Il n'y avait rien à espérer de cette nuit. Rhadamanthe avait été clair et il avait accepté. Pourtant, il devait bien avouer que le Juge l'attirait et que cette nuit n'avait fait que lui ouvrir les yeux sur une chose qu'il ne voulait admettre.

Après s'être presque épuisé, il remonta dans son temple. Le blond avait préparé le déjeuner. Ils se mirent à table sans échanger un seul mot.

Domaine d'Asgard, Palais.

Les blessés avaient été transportés à l'infirmerie du Palais. Le garde avait repris connaissance, il avait été peu touché car les autres se trouvaient devant lors de l'attaque et l'avaient en quelque sorte protégé. Albérick et Hagen étaient plus mal en point mais leurs vies n'étaient plus en danger. Les soins donnés par Athéna et Hilda les avaient sauvés. Ils se trouvaient dans un coma léger, selon les docteurs du Palais. Fréyja se trouvait évidemment au chevet de son amant. Elle lui tenait la main et pleurait d'inquiétude. Pourquoi lui avoir rendu celui qu'elle aimait pour le lui reprendre ensuite ? Elle en voulait au destin, aux Dieux. Hilda la rassurait comme elle le pouvait.

Les deux femmes s'occupaient de leurs amis alors que Siegfried faisait de son mieux pour sécuriser le Palais et le peuple d'Asgard. Cette attaque avait profondément attristé le pays. Fenrir et Bud étaient restés avec les jeunes femmes afin de pouvoir les protéger en cas de nouvelle attaque, bien qu'ils en doutaient. Le Loup pensait à son Dragon. Il supposait que Shiryu devait être préoccupé de le savoir ici mais il savait que son amour comprendrait. Il avait néanmoins hâte d'être au lendemain pour le serrer de nouveau dans ses bras.

— Alors ça se passe comment avec le Dragon du Sanctuaire ? chuchota Bud à Fenrir.

— Je me suis déclaré, sourit-il.

— Et ?

— Lui aussi.

— Tu veux dire que tes sentiments sont partagés ?

— Oui. Merci de m'avoir poussé à lui avouer mes sentiments.

— Je suis content pour toi. Et de rien, répondit Bud en lui faisant un clin d'oeil.

La porte de la chambre s'ouvrit brusquement. Syd semblait préoccupé. Il riva ses orbes sur l'un des lits. Celui d'Albérick. Il se précipita à son chevet. Hilda se leva pour lui laisser la place.

— Qu'arrive-t-il à ton frère, demanda le Loup.

— Il est amoureux.

— D'Albérick ? s'étonna Fenrir.

— Oui, cela fait un moment mais je ne sais pas s'il s'est déclaré.

— Peut-être est-ce pour lui le bon moment pour le faire, fit une voix derrière eux.

— Majesté ! dirent en coeur les deux amis.

Hilda sourit.

— Nous devrions les laisser seuls. Hagen et Albérick sont entre de bonnes mains, fit remarquer la Prêtresse.

— Très bien, fit Fenrir en poussant son ami hors de la chambre.

Ils restèrent cependant en faction devant la chambre juste au cas où…

Sanctuaire d'Athéna, bureau de Shion, après midi.

Mû et Kanon arrivèrent ensemble au Palais. Shion les accueillit avec du thé et du café. Tous s'installèrent dans le petit salon attenant au bureau. Il n'y avait personne d'autre. L'ambiance était un peu trop solennelle pour le second Gémeaux qui se sentit mal à l'aise.

— Peux-tu nous dire ce qu'il s'est passé ce matin et ce que tu as vraiment ressenti ? l'interrogea le Pope.

— Dracon nous a attaqués à plusieurs reprises. J'ai tenté de convaincre l'armure de rejoindre Athéna et c'est là qu'elle s'est mise à briller et à « crier ». Mais j'ai ressenti comme un appel au secours comme hier.

— Elle a peut-être essayé de lutter contre Dracon et t'a demandé de l'aide, pensa Shion tout haut.

— Vous pensez que l'armure peut lui résister ? intervint Mû.

— C'est possible oui. Surtout si le Cosmos de Kanon l'appelle.

— Mais je ne fais rien ! fit remarquer le Gémeaux.

— Peut-être devrais-tu intensifier ton cosmos si elle recommence, lui dit Shion.

— C'est une bonne idée. Elle se sentira soutenue, cela lui donnera sans doute plus de force pour résister.

— Sans doute, oui. Mais je suis aussi inquiet pour le pauvre homme que Dracon manipule, fit Kanon.

— Je suis sûr que nous trouverons une solution en temps voulu, tenta de le rassurer Shion.

— Il le faudra bien, intervint le Bélier. Maître, je suis allé chercher un morceau de l'armure de Saga comme vous me l'avez demandé.

— Merci. Kanon garde avec toi cet échantillon de l'armure de ton frère. Peut-être que la seconde Gémini sentira sa jumelle et aura plus encore envie de revenir vers elle.

— J'espère que tu as raison, murmura Kanon.

Quelques détails furent encore abordés et les deux Gold quittèrent le Palais pour retourner dans leurs archives respectives.

Sanctuaire d'Athéna, temple des Gémeaux.

A peine rentré dans le salon, Kanon se jeta dans le canapé et se mit à réfléchir ; la seconde Gémini l'appelait mais il ne savait pas comment s'y prendre pour l'aider. La prochaine fois, il devra enflammer son cosmos pour tenter de la faire revenir auprès d'Athéna. Cela fonctionnera-t-il ? Il s'allongea et croisa ses bras sous sa nuque. Ses émeraudes fixaient le plafond. Il n'y avait pas un bruit.

— Où est-il ? se demanda à haute voix le bleuté en pensant à son invité.

— Qui ? fit une voix qu'il connaissait maintenant très bien.

Le bleuté se redressa d'un coup et accrocha les soleils de Rhadamanthe.

— Je parlais de …, Kanon hésita à répondre mais opta pour la franchise. Je parlais de toi.

— J'étais aux archives, mais je pense qu'on ne trouvera rien de plus.

— Mais dans le doute, nous devons poursuivre, ajouta Kanon tout en se levant.

Le Juge l'observa. Le déhanchement de Kanon attira son regard. Cela l'hypnotisa presque. Il repensa à leur nuit. Unique. Intense. Kanon se retourna et vit qu'il ne bougeait plus. D'ailleurs Rhadamanthe semblait même absent.

— Oï ! l'interpella le bleuté.

Mais la Wyvern resta muet et figé. Kanon l'appela plusieurs fois sans résultat. Il se rapprocha alors du Juge et fit un mouvement du haut vers le bas avec sa main, juste devant ses yeux, pour le ramener à la réalité, mais le blond n'eut aucune réaction de plus. Kanon soupira et sourit. Il lui lança son poing dans la figure, afin de le réveiller. Le Juge trébucha et tomba. Assis sur le sol, il toisa son hôte tout en se massant l'endroit où le bleuté avait frappé.

— Non mais ça va pas ! cria Rhadamanthe en se relevant.

— Je t'ai appelé plusieurs fois mais tu répondais pas. Fallait bien que je fasse quelque chose, répondit Kanon en souriant.

Une fois debout, et en colère, le Juge allait ouvrir la bouche quand un deuxième coup l'atteignit au visage. Cette fois il fit deux pas en arrière mais ne chuta pas. Dans ses soleils, Kanon pouvait y lire la même chose que lors de leur combat aux Enfers mais il ne put s'empêcher de rire.

— Je peux savoir pourquoi tu m'as frappé à nouveau et pourquoi cela te fait rire ? grogna le blond.

— Déjà c'est la tête que tu fais. On dirait que tu es prêt à mourir pour laver ton honneur. Pour le deuxième coup, c'est simple. Je te rappelle que je t'en devais un de ce matin. Tu m'as cogné sans raison ! Maintenant, on est quitte, termina Kanon en faisant volte-face pour retourner aux archives.

— Je t'ai frappé parce que tu avais été inconscient ! Quand arrêteras-tu d'être égoïste et d'agir seul ? s'énerva Rhadamanthe.

— Tu n'es ni mon frère, ni mon amant. Je ne te dois donc rien, reprit le Gémeaux avec amertume.

L'ambiance était plombée. Rhadamanthe dut admettre qu'en effet il n'était rien pour Kanon. Pire ! C'était lui, et lui seul qui avait décidé que cette nuit serait la seule. Mais là, il se rendit compte qu'il en voulait bien plus. De toute la journée, il n'avait cessé de penser à Kanon. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il s'était jeté sur lui pour le protéger de Dracon. Il convoitait à présent son coeur, le sien semblait déjà lui appartenir sans qu'il n'ait eu son mot à dire.

Camp de Mercenaires, Grèce.

Les Mercenaires avaient monté un camp de fortune, une fois de plus. Ils agissaient toujours dans l'ombre, alors ils ne pouvaient espérer mieux. Il n'y avait pas tout le confort de leurs quartiers sur l'Olympe, mais tant qu'ils avaient de quoi se reposer, c'est tout ce qu'ils leur importaient. Cinq tentes avaient été dressées en cercle autour d'un feu de camp. Le Cosmos d'Héra leur garantissait la discrétion dont ils avaient besoin pour leur mission. Moins ils étaient visibles des humains et mieux ils se portaient.

Les tentes se ressemblaient. De taille moyenne. De même couleur. L'endroit était suffisamment spacieux pour y dormir et s'isoler. Pour des raisons de sécurité, celle de Galien était identique aux autres et jamais placée au même endroit lorsqu'ils changeaient de lieu de campement. Souvent, la nuit et furtivement, Konrad y rejoignait son amant. Bien que leur relation soit connue de tous, ils préféraient rester discrets.

Le bivouac se trouvait dans une forêt à une centaine de kilomètres du Sanctuaire de la fille de Zeus, afin qu'elle et ses protecteurs ne ressentent pas le cosmos d'Héra, ni les leurs.

Dracon ne comprenait pas comment l'armure pouvait résister à son emprise. En revanche, Hadrien était complètement effacé et Dracon le manipulait facilement. Tous les cinq étaient assis autour du feu. Galien semblait inquiet et Konrad le ressentait. Quant aux autres, ils avaient été repérer le Sanctuaire Sous-Marin et le Domaine Sacré, secrètement.

— Pourras-tu contrôler l'armure, Dracon ? demanda Trajan.

Le Dieu Trajan était plutôt grand et finement musclé. Ses cheveux bleus foncés étaient courts et bouclés, alors que son regard se teintait d'un bleu plus clair. Galahad, lui, était hors norme. Son gabarit imposant et puissant faisait plus penser à un grizzli qu'à un Dieu. C'était un géant et très bien bâti. Ses orbes jaunes ressortaient par rapport à sa coiffe très courte et noire comme l'ébène.

— Il le faudra bien. Pour le moment dès que j'attaque le jumeau du Gémeaux, elle refuse de bouger ou elle retient les coups, précisa Dracon sous les traits d'Hadrien.

— Pourquoi crois-tu qu'elle agisse ainsi ? intervint Galahad.

— Je ne sais pas. En tout cas je ne pense pas qu'elle ait reconnu ce minable comme étant son porteur. Elle se souvient du cosmos de Kyros et ce type n'a pas le même.

— Il faut donc que ton emprise sur elle soit plus forte. Tu t'entraîneras jusqu'au moment où ce sera le cas. Nous ne pouvons plus nous permettre de tels actes de sa part, ordonna Galien.

Dracon hocha la tête pour signifier qu'il avait compris.

— Je recommencerais demain dès l'aube, ajouta-t-il avant de rejoindre sa tente.

A droite de l'entrée, se trouvait la Gemini. Elle reposait en totem. Dracon l'observait en tentant de comprendre pourquoi il n'arrivait pas à la dominer comme ce fut le cas la première fois. Ce souvenait-elle de cela ? Regrettait-elle de s'être laissé faire ? Les armures d'or auraient-elles une conscience ? Il en douta. Il s'allongea sur son lit de camp, les bras croisés sous la nuque, il fixait la toile tendue au dessus de lui. Il essaya de ressentir Hadrien mais il semblait qu'il soit bien plus profondément enfoui qu'il ne le supposait. De ce côté, tout allait bien. Demain, il devra se faire obéir de cette satanée armure.

Sanctuaire d'Athéna, lotissement des femmes Chevaliers.

Le lotissement des femmes se trouvaient loin du Palais et des Temples du Zodiaque afin que les hommes et les femmes ne puissent se voir. Cela permettait également aux femmes Chevaliers d'ôter leurs masques entre elles. Elles logeaient à plusieurs. Aussi, Marine et Shaïna vivaient ensemble depuis la dernière Guerre Sainte. Le Chevalier du Serpentaire ayant changé d'état d'esprit, elle s'était rapprochée d'Athéna et des autres femmes du Sanctuaire. Elles avaient accepté d'accueillir Shunreï après que celle-ci leur avait annoncé qu'elle ne souhaitait plus vivre au septième temple. Shunreï avait dû expliquer son choix ; tout le monde étant persuadé qu'elle et le Dragon étaient amoureux. Seïka s'était jointe à eux peu de temps après Shunreï.

Ce soir là, Seïka annonça à ses amies qu'Aldébaran du Taureau l'avait invitée à déjeuner le lendemain midi, enfin si leurs ennemis ne se manifestaient pas. Seïka était de nature timide et réservée. Elle recouvrait la mémoire peu à peu grâce à l'aide de son jeune frère qui passait beaucoup de temps avec elle. Sauf depuis quelques jours, mais elle comprenait. Elle s'était éprise du Taureau depuis le retour des Chevaliers à la vie. Son coeur avait bondit dans sa poitrine dès que son regard avait croisé le sien. Elle ne s'attendait pas à cette invitation et elle en était assez troublée. Ses amies passèrent du temps à la rassurer et elles réussirent, du moins un peu.

Shunreï parut absente d'un coup. Elle était heureuse pour son amie bien sûr mais elle ne put penser à sa propre situation. Elle avait revu Pandore à plusieurs reprises mais chaque fois elle renonçait à se déclarer. Comment le faire d'ailleurs ? Ses amies la virent dans le tourment et essayèrent d'en détecter l'origine.

— Shunreï ? Tu n'as pas l'air d'aller bien d'un coup ? s'inquiéta Marine.

— Si tout va bien, répondit la jeune femme sans convaincre.

— Allons, nous sommes tes amies, tu peux nous parler, ajouta Seïka.

La Chinoise soupira, et puis après tout que risquait-elle ?

— Je suis amoureuse mais je n'arrive pas à trouver le courage de me déclarer, avoua-t-elle gênée.

— Quand le moment sera venu, cela se fera naturellement, fit l'Aigle.

— Sans doute, mais… si mes sentiments ne sont pas partagés ? s'angoissa Shunreï.

— Tu t'en remettras et nous serons là pour t'aider, reprit Shaïna.

— Shaïna ! Elle a besoin de soutien !

— Oui bah ainsi va la vie. Je sais que c'est dur de voir que nos sentiments ne sont pas partagés, et que c'est encore plus difficile de l'oublier mais c'est ainsi…

— Shaïna…

Le Serpentaire était toujours éprise de Seiya mais lui semblait toujours plus intéressé par l'enveloppe de la Déesse Athéna. Elle soupira.

— Tu ne devrais pas m'écouter, Shunreï. Je suis sûre que cela ne sera pas ainsi pour toi, se reprit Shaïna.

— Alors qui est l'heureux élu ? demanda Seïka pour adoucir l'ambiance.

— J'ai honte…, rougit la jeune femme.

— Honte ? Mais enfin pourquoi ? Il n'y a pas de honte à avoir des sentiments, s'empressa de la rassurer Marine.

— Même s'il s'agit… d'une femme… murmura la Chinoise.

— Oui ! Même s'il s'agit d'une femme, sourit l'Aigle.

Même si toutes furent surprises par cette nouvelle, elles ne firent aucune remarque. L'important étant d'avoir quelqu'un qu'on aime près de soi. Homme ou femme ce n'était pas le plus important.

— Mais…

— Non, Shunreï pas de « mais ». Tu t'entends bien avec elle n'est-ce pas ? Alors tu devrais lui ouvrir ton coeur. Je suis sûre qu'elle t'écoutera.

—Et si elle me rejette ?

— C'est un risque, en effet. Mais tu peux aussi passer à côté de quelque chose de merveilleux, lui fit comprendre Marine.

Seïka et Shaïna étaient restées en retrait. Marine semblait être capable de rassurer leur amie.

— Dis Marine ! Tu pourrais peut-être suivre tes propres conseils, sourit le Serpentaire.

— Oui, je l'admets. Je n'ai pas encore osé affronter Aiolia, soupira-t-elle.

— Et toi ? As-tu définitivement laisser tomber mon frère ? demanda Seïka.

— Il a bien longtemps que j'ai compris qu'il ne s'intéressait pas à moi et qu'il n'y avait aucun risque qu'il change d'avis.

Les quatre amies se sentaient seules et désemparées devant leurs sentiments. Il ne leur sera pas aisé de se déclarer.

Sanctuaire d'Athéna, temple des Gémeaux.

Rhadamanthe ne se reconnaissait plus. Kanon lui avait retourné ses sens et ses sentiments. Il ne pensait qu'à lui, même si ses pensées devaient être tournées vers la menace commune. Des images de leur nuit ne cessaient de venir le hanter sans qu'il puisse y faire quoique ce soit. L'objet de ses pensées se trouvait dans la salle de bain. Le Juge se posta devant la porte de sa chambre et s'appuya contre. Les bras croisés et les yeux fermés, il attendit là que Kanon sorte de la salle d'eau.

Pendant ce temps, l'eau s'écoulait sur le corps tendu du bleuté. Il se délassait sous cette cascade bienfaitrice. Il revit Rhadamanthe lui mettre son poing dans la figure. Pourquoi avait-il agi ainsi ? Il n'y avait pourtant aucun lien entre eux. Quoique cette nuit… Il se rabroua. Il n'avait jamais refusé un peu de détente nocturne comme ce fut le cas avec le Juge mais il ne se souvint pas y avoir repensé autant par la suite. Pourtant cette fois, c'était différent. Il se surprit à vouloir bien plus. Il sortit de la douche, se sécha et enroula sa serviette autour de ses reins avant de sortir de la salle de bain.

— La place est libre, si c'est ce que tu attends, fit Kanon un peu froidement.

— Pas spécialement, répondit le Juge en ouvrant ses yeux sur le Gémeaux.

Le blond resta coi. Kanon dévoilait en cet instant tant de sensualité. Il persistait sur son corps d'athlète quelques gouttes d'eau qui ruisselaient lentement vers son bassin. Rhadamanthe voulut se jeter sur lui mais il se retint. Il le voulait encore mais il se retint. Il referma ses soleils pour ne plus voir cette vision si tentante.

— Pourquoi … pourquoi es-tu parti cette nuit ? demanda enfin le Spectre.

Cette question l'avait taraudé de toute la journée.

— Pourquoi je serais resté ? Ce n'était que physique, non ? fit remarquer le bleuté déçu.

— Possible, murmura le blond en se redressant pour entrer dans sa chambre.

Kanon l'observa. Rhadamanthe agissait étrangement depuis le matin. Il reconnut qu'il aurait souhaité se réveiller près de lui. Cela ne lui était jamais arrivé avant. Il succombait à son charme et finalement ce n'avait pas l'air de lui déplaire tant que cela. A son tour, il pénétra dans sa chambre et ôta le bout de tissus qui couvrait ses hanches et se coucha. Seulement, une fois dans le noir, il ressentit les mains du Juge sur lui. Il pouvait presque sentir son odeur. Son corps réagissait, pourtant, il savait que son amant d'une nuit n'était pas dans la pièce…

A suivre …