Note de l'auteur : Il m'a été dit qu'on ne pouvait pas répondre par une review générale sur sa propre fanfic donc je vais essayer de répondre individuellement à vos prochaines reviews par MP, pour ceux qui ont un compte. En tous les cas, je vous souhaite une bonne lecture à tous.
Chapitre 11 : A la Croisée des Chemins
Ses cheveux rejetés en arrière, l'homme vêtu d'une longue robe de sorcier noire avait le front ruisselant de sueur tandis qu'il faisait léviter le garçon au dessus du lit, le faisant baigner dans une lumière orangée tandis qu'il était en train de recourir à plusieurs sortilèges de diagnostic pour essayer de déterminer exactement ce dont souffrait l'enfant.
- Severus… Commença une voix féminine non loin de lui.
- Pas maintenant, Poppy… et faites-moi sortir ces élèves d'ici !
- Professeur, nous voulons juste… Tenta une petite voix qu'il reconnut comme celle de la jeune Tracey.
- Mlle Davis ! Si vous voulez que je sauve la vie de M. Potter, laissez-moi me concentrer et sortez d'ici immédiatement ! C'est aussi valable pour les autres ! S'écria-t-il d'un ton tranchant.
Les quatre Serpentard et les deux Gryffondor qui les accompagnaient ne tardèrent pas à quitter l'infirmerie, laissant Pomfresh seule avec le professeur Rogue et le jeune Harry. Aussi loin qu'il puisse se souvenir, jamais il n'avait rencontré pareil cas auparavant.
Faisant tomber sa robe de sorcier sur une chaise, dévoilant une chemise aussi noire que le pantalon qu'il portait, le maître des potions retroussa ses manches et ouvrit la malle qu'il avait apportée des cachots avec lui. Considérablement plus spacieuse à l'intérieur qu'on n'aurait pu le croire en la regardant, elle abritait un grand nombre de fioles, contenant des liquides de couleurs variées. Chacune était soigneusement étiquetée mais cela n'aidait visiblement pas Severus à déterminer laquelle ferait le plus de bien à Harry dans son état actuel.
- M. Nott m'a dit qu'il avait avalé le contenu d'une fiole entière de potion fortifiante, est-ce vrai ? Demanda le professeur d'une voix neutre.
- C'est exact. Je sais que je n'aurais pas dû la laisser traîner là mais j'ignorais qu'elle provoquerait une telle réaction chez lui et…
- Silence ! Il est trop tard pour avoir des regrets à ce sujet, notre priorité est de sauver sa vie !
L'infirmière se rembrunit mais n'en acquiesça pas moins de la tête. Pour être honnête, elle n'avait guère l'habitude qu'on lui parle sur ce ton, surtout au sein de sa propre infirmerie mais compte-tenu de la situation, Poppy pouvait compatir avec la frustration que devait ressentir son collègue en cet instant. Surtout que ce n'était pas la première fois qu'elle le voyait s'inquiéter ainsi pour l'un de ses élèves…
Severus Rogue était considéré par la plupart de ses élèves –ou en tout cas, par tous ceux n'appartenant pas à sa maison- comme le diable incarné. En effet, il n'acceptait rien de moins que la perfection dans sa classe et ne manquait jamais de faire remarquer à ses élèves les nombreuses fautes qu'ils commettaient.
Certains pensaient que l'homme agissait de cette manière parce qu'il était foncièrement sadique… mais ce n'était pas exactement le cas. Ce qu'ils ignoraient pour la plupart, c'était que l'ancien Serpentard n'avait pas toujours été aussi sévère. Non, lorsqu'il avait commencé à enseigner, Severus était un professeur certes un peu grognon mais il ne passait pas le plus clair de son temps à terroriser ses élèves…
… et puis l'accident d'Eleanor McClary était survenu.
La jeune Gryffondor n'était pas une mauvaise élève, comme le prouvaient ses notes en Botanique, en Métamorphose et en Astronomie. Seulement, elle pouvait se montrer terriblement maladroite et pire encore, tête en l'air. Lorsqu'il s'agissait de préparer des potions complexes, elle finissait toujours par faire quelque chose de travers. Elle oubliait un ingrédient important, ou bien elle tournait la potion dans le mauvais sens…
Bref, elle avait causé des inconvénients mineurs dans sa classe mais rien de bien méchant, jusqu'à sa sixième année. Tandis qu'elle essayait de préparer une potion assez volatile, la Goutte du Mort-Vivant, elle avait fait l'erreur de rajouter de l'aconit plutôt que de l'asphodèle… et les effluves de sa mixture lui avaient tout simplement fait perdre connaissance.
Bien que la jeune femme ait été immédiatement transférée à l'infirmerie, puis à Ste-Mangouste, rien n'avait pu être fait pour la sauver. Elle s'était endormie d'un sommeil si profond que rien n'avait réussi à la réveiller… et son état s'était dégradé petit à petit, jusqu'à ce qu'elle finisse par rendre son dernier souffle.
Etant une sorcière née-moldue, dont la mère était la seule parente survivante, il n'y avait pas eu de poursuites engagées à l'encontre de Rogue. Même la Gazette du Sorcier n'avait mentionné que brièvement la mort de l'adolescente, sans en préciser ni la cause, ni le lieu. Dumbledore disposait alors d'une grande influence sur la Ministre de la Magie de l'époque, Millicent Bagnold, et avait pu ainsi étouffer l'affaire.
Cela n'avait cependant pas fait disparaître pour autant la culpabilité que le directeur des Serpentard avait ressentie à l'égard de la mort d'Eleanor. Voilà pourquoi il s'était endurci davantage, devenant volontairement le professeur le plus détesté de l'école en prenant un soin tout particulier à observer les moindres faits et gestes de ses élèves. Certes, il aurait sans doute pu trouver une méthode plus « douce » pour empêcher tout nouvel accident de se produire mais il n'avait jamais été quelqu'un de foncièrement sociable et s'il avait bien retenu une leçon de ses années à Serpentard, c'était qu'être craint s'avérait toujours être plus efficace qu'être respecté pour se faire obéir. Par mesure de précaution, il avait également imposé à ses élèves de cinquième année d'obtenir rien de moins qu'une mention Optimal à leur BUSE s'ils souhaitaient poursuivre leur apprentissage dans sa matière.
Ses yeux s'étaient voilés tandis qu'il se remémorait cet épisode bien sombre de son passé mais il fut tiré de ses pensées lorsque l'infirmière prit de nouveau la parole.
- Qu'est-ce qui aurait pu causer une telle réaction, Severus ?
- Je n'en suis pas certain mais… lorsque j'ai interrogé M. Nott sur le trajet de l'infirmerie, il a mentionné que M. Potter buvait du philtre de paix pour l'aider à s'endormir.
- Du philtre de paix ? Mais cette potion n'a aucun effet secondaire connu…
Le maître des potions laissa échapper un léger soupir et passa une main sur son front avant de reprendre la parole d'une voix lasse.
- Seule, elle est effectivement inoffensive mais avec de la potion fortifiante… L'essence d'ellébore réagit très mal avec la Mandragore, et si l'on ajoute à cela l'épuisement magique dont souffrait M. Potter…
Le visage de Mme Pomfresh se mua en une expression horrifiée tandis qu'elle posait de nouveau les yeux sur son patient. Jamais les deux potions n'avaient été utilisées ensemble, leurs effets étant presque radicalement opposés. En effet, le philtre de paix apaisait la personne qui le consommait, ralentissant quelque peu son rythme cardiaque et lui fournissant une sensation de quiétude tandis que la potion fortifiante donnait un coup de fouet à l'organisme, un peu comme l'adrénaline moldue, accélérant notamment les battements du cœur.
Perdue dans sa contemplation, Poppy ne vit pas Severus déboucher l'une des fioles et déverser quelques gouttes d'un liquide carmin entre les lèvres du Serpentard. Il marmonna ensuite une longue incantation et un rayon de lumière doré apparut, reliant le torse du maître des potions à celui du jeune Harry.
- Severus, qu'est-ce que vous faites ? L'interrogea-t-elle finalement.
- Aucune potion n'est en mesure de purger l'organisme de M. Potter suffisamment vite, pas même cette décoction à base de larmes de licorne que je viens de lui administrer, tant son état se dégrade vite…
- Mais alors, pourquoi…
- Faites venir Filius, c'est tout ce que je vous demande. Je vais très certainement avoir besoin de son assistance d'ici quelques minutes…
L'infirmière s'exécuta de mauvaise grâce, marmonnant quelque chose sur les maîtres des potions et leur manque total de manières avant de claquer la porte derrière elle. Severus se laissa finalement tomber sur une chaise, sa respiration se faisant plus rapide.
- Vous êtes chanceux, Potter… les dettes de vie sont de l'ancienne magie, et ne sont pas affectées par les procédures de reniement ou ce genre de futilité moderne… Aux yeux des lois ancestrales, vous êtes toujours le fils de James Potter… Déclara-t-il d'une voix saccadée.
Le sortilège dont il venait de faire usage était hautement dangereux, puisqu'il permettait à son utilisateur de repayer une dette de vie en liant sa propre force vitale à celle de l'autre personne. Toutefois, cela ne garantissait pas la survie d'Harry pour autant. Même si le lien ralentirait quelque peu la détérioration de l'organisme du jeune Potter, et octroyait donc du temps à la potion pour faire effet, tout cela n'aurait pour autre effet que d'augmenter quelque peu les chances de survie du Serpentard…
… le reste ne dépendrait que de sa volonté de vivre.
Albus Dumbledore n'avait connu la peur qu'à de très rares occasions au cours de sa longue et riche existence. Il y avait eu sa confrontation avec Gellert Grindelwald bien sûr, et certaines autres batailles que les sables de l'histoire avaient englouties depuis des décennies… mais en temps normal, le directeur de Poudlard ne se laissait pas facilement intimider.
Malheureusement, cette règle ne s'appliquait pas en ce qui concernait son interlocuteur actuel.
Assis dans un confortable fauteuil qu'il avait conjuré d'un simple geste de la main, Ragnok arborait une expression absolument impassible, qui contrastait avec le rictus de mépris qui flottait sur les lèvres de son accompagnateur, Gripsec.
Les deux gobelins avaient choisi le bureau du professeur McGonagall pour le lieu de cette rencontre, ne faisant visiblement pas confiance au Vainqueur de Grindelwald et encore moins aux sortilèges qu'il avait pu placer dans son propre bureau. Ils ne l'avaient certes pas formulé de cette manière mais leur méfiance était à peine voilée dans les paroles employées au préalable par Gripsec.
James et Lily Potter étaient également présents, assis non loin du Directeur. Le professeur de Métamorphose avait préféré rester debout, se tenant à égale distance des deux camps, comme un arbitre en train de se préparer à un match difficile.
- Puis-je m'enquérir de la raison de votre visite, Vice-président Ragnok ? Demanda finalement Albus d'une voix paisible, mettant fin au silence pesant qui régnait dans la pièce.
- Comme si vous l'ignoriez, professeur Dumbledore… Le Capitaine Potter et son épouse ont violé les termes de la procédure de reniement… et ce, devant témoins. Répondit le vénérable gobelin, d'une voix basse mais aussi tranchante qu'une lame de rasoir.
- Oh… et de qui provenaient ces témoignages ?
Et si l'apparence des gobelins n'était pas déjà suffisamment déroutante, le Vice-Président ayant revêtu une armure gobeline en argent, bien qu'à moitié dissimulée sous une épaisse cape pourpre, il ne tarda pas à écarter ses lèvres en ce qui serait passé pour un sourire chez les siens mais qui avait l'apparence d'un effroyable rictus pour les sorciers.
- Je n'ai aucune raison de vous le cacher, nous avons déjà pris la précaution de recueillir leurs souvenirs et d'en faire parvenir une copie au bureau de Mme Bones.
Si l'expression du directeur demeura inchangée, il n'en maudissait pas moins les gobelins intérieurement. Quelques sortilèges d'amnésie bien placés et toute cette situation aurait pu être résolue sans le moindre incident… mais il semblerait que les gobelins avaient été à l'affût d'un événement de cette nature ou tout du moins, qu'ils disposaient d'une source d'informations au sein de son école. Aucune de ces deux hypothèses n'était particulièrement réjouissante mais la seconde était sans doute la plus inquiétante des deux.
- Nous avons les souvenirs et témoignages de Théodore Nott, Blaise Zabini, Tracey Davis, Daphné Greengrass, Neville Londubat, Hermione Granger et… Poppy Pomfresh.
La situation était grave, très grave. Autant les allégations de six élèves de première année auraient pu être contestées sans trop de problèmes, autant le témoignage d'une médicomage de renom ne pouvait pas être aussi facilement écarté. S'il connaissait les gobelins aussi bien qu'il le pensait, de hauts fonctionnaires de Gringotts devaient s'entretenir en ce moment-même avec Amélia Bones, en vue d'un recours en justice que les Potter auraient toutes les chances de perdre… et où leur argent ne serait pas le seul enjeu.
Non, le pire qui pouvait arriver, c'était que le jeune Harry Potter échappe complètement à son contrôle si sa garde venait à être confiée de manière permanente à Ragnok… sans parler du scandale qui ne tarderait pas à émerger dans la presse, et qui ferait sans doute apparaître les époux Potter et lui-même sous une lumière peu enviable.
Laissant échapper un léger soupir, le Président-Sorcier du Magenmagot décida de recourir à un procédé qu'il n'employait que très rarement depuis la défaite de Grindelwald... jouer cartes sur table.
- Est-il possible d'envisager une négociation à l'amiable ?
- Albus ! Vous ne pensez tout de même pas négocier avec ces…
L'Auror n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase, Minerva ayant eu l'excellente idée de le faire taire avec un sortilège de mutisme juste avant qu'il n'ait eu la possibilité de ruiner toutes chances de négociation avec les gobelins. Lily l'en remercia d'un signe de la tête avant d'employer sur lui un maléfice du saucisson pour le maintenir en place.
Visiblement amusé par les querelles intestines de ses adversaires, Ragnok prit la parole d'une voix grave et veloutée.
- Tout dépend de ce que vous êtes prêt à offrir en échange de notre silence, Dumbledore.
Voilà donc ce dont il était question. Les gobelins choisiraient un recours en justice de toutes façons mais ils lui offraient l'opportunité que l'audience se fasse à huis clos plutôt qu'en présence de toute la presse sorcière britannique. Si le directeur arrivait à bien amener son offre, peut-être éviteraient-ils le pire…
- Le quart de la fortune des Potter et l'abandon de l'actuelle procédure de tutelle débutée par James et Lily concernant Harry. Déclara Albus d'un ton mesuré.
Les yeux de James s'écarquillèrent devant la proposition du vieux sorcier mais puisqu'il s'agissait de la seule partie de son corps qu'il était en mesure de bouger, il ne put rien faire d'autre pour manifester son mécontentement. Son épouse demeura de marbre, pleinement consciente des enjeux sous-jacents à ces négociations.
La réaction du gobelin ne fut malheureusement pas celle que Dumbledore aurait espérée puisqu'il se contenta d'éclater de rire avant de prendre la parole d'un ton sarcastique.
- Vous êtes un sorcier très amusant, professeur… ou bien tout simplement stupide. Nous possédons déjà suffisamment d'éléments pour incriminer M. et Mme Potter et ruiner toutes chances de voir leur procédure aboutir.
Albus aurait dû s'en douter, Ragnok ne se serait jamais déplacé en personne s'il n'avait pas été convaincu de ses chances de gagner. Il était vrai qu'aux yeux de la loi sorcière comme de la loi gobeline, les actions de James et Lily dans l'infirmerie avaient réduit à néant toute possibilité de réussite mais le directeur avait espéré par son bluff pouvoir relancer une nouvelle procédure d'ici quelques mois ou un an tout au plus…
Hélas, le Vice-président de Gringotts ne semblait pas en avoir encore tout à fait fini avec lui.
- Quant à la fortune des Potter, nous sommes en droit d'en exiger au moins le tiers mais plus vraisemblablement, la moitié, puisque Harry James Potter est le premier-né et considéré avant son reniement comme l'héritier de la maison Potter.
Albus ne put s'empêcher de serrer les dents. Il avait pourtant maquillé les dossiers médicaux de Ste Mangouste avec le plus grand soin, tout en s'assurant que les dossiers administratifs du Ministère étaient inaccessibles à toute demande n'ayant pas été sanctionnée par le Président-Sorcier du Magenmagot, à savoir lui-même. Faute de l'avoir appris d'un médicomage présent lors de l'accouchement ou d'un ami de la famille, chose que le directeur considérait comme parfaitement impossible puisqu'il avait modifié les souvenirs des médicomages après coup, Dumbledore ne voyait pas comment les gobelins auraient bien pu l'apprendre.
- Nous avons nos sources, professeur… et vous n'avez aucune chance de les découvrir. Rétorqua Gripsec à la question muette du directeur.
Avant qu'Albus ne puisse reprendre la parole, il fut pris de vitesse par Lily.
- Que voulez-vous au juste ?
Ragnok se tourna vers elle, son visage reprenant une expression étrangement sobre avant de lui répondre.
- Nous avons certaines exigences qui sont, compte-tenu de vos actes et des peines de prison que votre mari et vous-même encourez, plus que raisonnables.
Il tendit la main vers Gripsec sans le regarder et ce dernier sortit de sa mallette une liasse de parchemins qu'il confia au Vice-président. Ragnok prit un instant pour vérifier que tout était en ordre avant de les tendre à la jeune femme.
- Nous voulons qu'Harry reçoive la moitié de la fortune des Potter, soit 8 056 756 gallions ainsi que la moitié des actions détenues par la Maison Potter dans tous les commerces où elle est impliquée, en Grande-Bretagne comme à l'étranger.
Le visage de James avait pris une teinte violacée et ses yeux paraissaient sur le point de sortir de ses orbites. Dumbledore lui-même semblait sur le point d'intervenir mais Lily lui intima le silence d'un regard appuyé avant d'indiquer à Ragnok de poursuivre.
- Nous désirons également qu'Harry Potter se voit attribué le coffre n°104, qui est le coffre ancestral des Potter ainsi que tous les objets qu'il contient. L'autre moitié de la fortune des Potter vous sera déposée dans le coffre 687, que vous utilisez actuellement comme coffre courant.
- Pardonnez-moi cette question mais… pourquoi ce coffre en particulier ? Je sais qu'il contient certaines affaires ayant appartenu aux parents de James et à ses grands-parents mais je ne vois pas en quoi…
- Vous n'êtes pas en position de questionner nos revendications, Mme Potter, lui rappela poliment mais fermement Ragnok avant de poursuivre. Nous vous laissons votre maison à Godric's Hollow et la maison héritée de vos parents mais nous voulons qu'Harry reçoive le manoir Potter situé en Ecosse.
- Cette vieille maison ? Mais elle est complètement à l'abandon depuis des années, les parents de James l'avaient quittée pour se rapprocher de nous peu de temps après notre mariage…
La jeune femme préféra ne rien dire de plus, le regard cinglant du gobelin étant suffisamment clair pour comprendre qu'il ne fallait pas poser de questions. Pour le moment, à l'exception de la somme d'argent demandée, leurs exigences lui paraissaient étrangement… modestes.
- Enfin, nous voulons que le professeur Dumbledore, votre époux et vous-même vous engagiez par un contrat magique écrit à ne pas tenter de ramener Harry Potter sous votre tutelle pendant les deux prochaines années.
Deux ans, telle était la durée maximale que pouvait avoir un contrat magique. Les gobelins ne semblaient visiblement vouloir prendre aucun risque dans cette affaire. Albus ne pouvait pas les en blâmer et, même si cela allait retarder considérablement ses plans, le contrat prendrait fin au début de la troisième année d'études du jeune Potter, ce qui laisserait encore tout le temps nécessaire au directeur pour trouver un moyen de le ramener sous la tutelle de ses parents.
Les autres conditions étaient possibles. La plus coûteuse serait sans doute celle concernant la fortune et les actions des Potter mais ni le manoir en ruines, ni le coffre ne seraient de grandes pertes. L'un dans l'autre, ce n'était pas si un mauvais compromis que ça…
… et puis, il ne fallait pas exclure la possibilité que le jeune Harry, actuellement entre la vie et la mort, ne vienne à perdre la vie cette nuit. Dans ce cas-là, la signature du contrat ne les engagerait à rien puisque les Potter seraient les seuls légataires du Serpentard.
- Lily, Minerva, pourriez-vous libérer James, s'il vous plaît ? Je pense que nous allons avoir besoin de sa signature pour le contrat, une fois que nous en aurons complètement finalisé les termes.
Même s'ils avaient perdu une manche, la partie était loin d'être terminée et même s'il lui fallait être patient, les gobelins finiraient tôt ou tard par comprendre qu'on ne s'opposait pas à Albus Dumbledore sans en payer chèrement les conséquences.
Cela faisait plusieurs minutes déjà que les quatre Serpentard avaient regagné les donjons mais aucun ne ressentait l'envie d'aller se coucher… ou plus exactement, ils étaient tous conscients qu'ils ne parviendraient pas à trouver le sommeil avant de savoir si Harry allait s'en sortir ou non. Jamais ils n'avaient vu le professeur Rogue dans un tel état auparavant donc ils se doutaient que ce dont leur ami souffrait devait être grave.
- Vous pensez que Neville et Hermione ont pu regagner leurs dortoirs sans souci ? Demanda finalement Tracey, davantage pour faire la conversation et briser le silence qu'autre chose.
- Oui, ils avaient un mot de Mme Pomfresh après tout. Répondit Daphné, d'une voix éteinte.
La jeune Greengrass n'avait pas vraiment cru Harry lorsqu'il lui avait dit qu'il était en froid avec sa famille mais si elle en croyait la manière dont il leur avait crié dessus et surtout la procédure de reniement qu'il avait évoquée à voix haute, tout ce qu'il leur avait raconté était vrai. Cela voulait dire que les Potter avaient vraiment abandonné leur enfant à des moldus qui détestaient la magie… cela ne fit qu'enflammer davantage la haine qu'elle ressentait à l'égard de James Potter mais d'un autre côté, la jeune fille se sentait également coupable de son attitude envers Harry.
Ils furent tous tirés de leurs sombres pensées lorsqu'une voix s'éleva derrière eux.
- Qu'est-ce que vous faites tous là aussi tard ?
Drago Malefoy venait de descendre les escaliers mais contrairement à d'habitude, Gregory Goyle et Vincent Crabbe ne l'accompagnaient pas. S'ils en croyaient les ronflements bruyants qu'ils pouvaient entendre depuis la salle commune, les deux gardes du corps du blond devaient être profondément endormis.
Néanmoins, le fils de Lucius n'était pas le seul à être resté éveillé puisque Pansy Parkinson et Millicent Bulstrode ne tardèrent pas à apparaître par l'autre escalier qui menait au dortoir des filles. Etrangement, ce fut Blaise qui prit la parole d'une voix fatiguée et sans appel.
- Ecoute Malefoy, on a tous eu une mauvaise soirée. Harry est à l'infirmerie et on ignore s'il va passer la nuit alors si tu pouvais garder tes petites phrases assassines pour demain, on t'en serait tous reconnaissants.
Drago était sur le point de répondre par une réplique cinglante quand les mots du jeune Zabini furent enregistrés par son esprit ensommeillé. Un sourire sarcastique fleurit alors sur ses lèvres tandis qu'il reprenait la parole d'un ton amusé.
- Oh, Potter est sur le point de mourir alors… ce n'est pas trop tôt. Un sang-mêlé n'est déjà pas le bienvenu à Serpentard mais si en plus, il vient d'une famille comme les Potter…
Il ne vit pas Théodore se lever du canapé, ni même se rapproche de lui, tout ce qu'il vit, ce fut le regard meurtrier qu'il lui adressait et surtout, le bout de sa baguette collé contre sa jugulaire.
- N… Nott, qu'est-ce qui te prend ?
- Harry ne t'a jamais rien fait mais tu le juges simplement sur sa famille. Pas étonnant que les Gryffondor nous traitent de Mangemorts…
- Ne touche pas à mon Drago, sale traître à ton sang !
Et sur ces mots, Pansy leva sa baguette et aurait sûrement jeté un sort dans le dos de Théo si elle n'avait pas reçu une gifle cinglante de la part de Tracey, lui faisant du même coup lâcher sa baguette. La jeune Davis avait toujours les joues rougies par les larmes versées quelques temps auparavant mais son regard était déterminé tandis qu'elle braquait sa propre baguette sur la jeune Parkinson.
Millicent voulut sortir discrètement sa baguette mais à peine avait-elle glissé sa main dans sa poche qu'elle aperçut celle de Daphné dirigée vers elle.
Tenant sa joue rougie avec une de ses mains, Pansy arborait un air furieux tandis qu'elle commençait à s'époumoner :
- CRABBE ! GOY…
- Silencio.
Devenue incapable d'exprimer le moindre son, la Serpentard tourna la tête et constata que c'était Blaise, toujours assis dans un confortable fauteuil de cuir noir, qui venait de lui lancer le sortilège de mutisme. Le garçon à la peau ébène laissa échapper un léger soupir avant de parler à son tour.
- Comme je l'ai dit, nous avons passé une mauvaise soirée et je ne compte pas déranger Mme Pomfresh avec vos carcasses endolories alors nous allons passer un accord. Vous essayer de tenir votre langue en notre présence et on fera en sorte de faire comme si vos présences ne nous importunaient pas, ça vous va ?
- Depuis quand t'es-tu rangé du côté des traîtres, Zabini ? Siffla Drago, le fixant du regard.
Blaise le regarda un instant, l'air sincèrement incrédule, avant d'éclater de rire.
- Du côté des traîtres ? J'imagine que c'est vrai… d'un certain point de vue, comme dirait Harry. Tu ne l'as sans doute pas remarqué mais Harry est le Serpentard le plus brillant de notre année. Il m'a fallu un moment pour l'admettre mais sa maîtrise de la magie est tellement intuitive qu'il nous dépasse sans même s'en rendre compte. Je dois travailler dur tous les jours pour rester au niveau et tu sais quoi ? J'ai découvert que je pouvais réussir aussi, comme avec ce sortilège de mutisme qu'on apprend normalement en cinquième année. Il n'est pas spécialement dur mais il demande pas mal de concentration.
Le garçon fit une course pause, jouant un instant avec sa baguette avant de reprendre, d'une voix songeuse.
- Chacun d'entre nous a ses spécialités. Théo est doué en Métamorphose et en Histoire, Daphné en Potions et en Astronomie, Tracey en Botanique et je suis plutôt bon en Sortilèges. Telles sont les matières qui nous viennent naturellement mais depuis qu'on connaît Harry, on a tous cherché à se hisser à son niveau ou tout du moins à s'en rapprocher… en améliorant nos points forts tout en comblant nos points faibles.
Et d'une manière totalement imprévisible, le garçon se leva et fit volte-face en direction de Millicent avant de s'écrier :
- Expelliarmus !
La baguette de la jeune fille vola jusqu'à lui et il la contempla un instant avant de la poser sur la table basse. Son attention se reporta ensuite sur Drago, dont le visage avait considérablement pâli.
- Nous avons pris pas mal d'avance sur toi et tes deux babouins. Pour être honnête, je pense que nous rivalisons avec les Serdaigle et que la seule autre personne qui nous est encore supérieure à part Harry, c'est Hermione Granger. Vois-tu, Drago, je n'ai pas été réparti à Serpentard juste parce que je suis un sorcier de sang-pur ou parce que je me glorifie de l'histoire de mes ancêtres… mais parce que j'ai de l'ambition.
Blaise se rapprocha alors du blond à pas lents et fit doucement s'écarter Théodore avant d'attraper Malefoy par le col de sa robe. Lorsqu'il s'exprima à nouveau, tout sourire avait disparu de son visage et sa voix était devenue glaciale.
- Tu considères que la vie d'Harry ne vaut rien ? Mais alors dans ce cas, celle d'un bon à rien comme toi qui lui est tellement inférieure, qu'est-ce qu'elle vaut au juste ?
Les yeux de Drago s'étaient écarquillés face à cette déclaration et il s'était mis à trembler même si Blaise n'aurait pas su dire si ses tremblements étaient dus à la colère ou à la peur. Néanmoins, il parut réussir à trouver un peu de cran quelque part et prit la parole d'une voix légèrement chevrotante.
- Si mon père apprend…
- Ton père ? N'es-tu donc bon qu'à te réfugier derrière lui comme un pauvre petit bébé ? Qui fait honte à la maison Serpentard selon toi ? Le sang-mêlé abandonné qui excelle dans toutes ses classes et qui a sauvé une fille d'un troll ou le sang-pur qui se réfugie dans les jupes de son paternel dès qu'il se retrouve dans une situation où il est désavantagé ?
Cette fois-ci, le blond avait dû atteindre ses limites car il poussa le jeune Zabini avant de sortir sa baguette et d'hurler :
- Serpensortia !
Un énorme serpent jaillit du bout de sa baguette et paraissait sur le point de se jeter sur Blaise.
- Vipera Evanesca !
Le long serpent noir disparut aussi soudainement qu'il était venu et tous se tournèrent vers le nouveau venu, qui avait prononcé l'incantation.
Plutôt grand, l'adolescent âgé d'une quinzaine d'années possédait des cheveux châtains assez courts et des yeux bleus. Il arborait un badge de préfet sur sa robe de sorcier et son visage exprimait un certain mécontentement tandis qu'il posait son regard sur les différents élèves.
- Je peux savoir ce qui se passe ici ?
- Cela ne te regarde pas Higgs, retourne te coucher ! S'exclama Drago, sa baguette toujours braquée sur Blaise.
- Stupefix !
Lorsque le rayon de lumière rouge percuta le jeune Malefoy, ce dernier s'effondra de tout son long sur le sol. L'enjambant comme s'il ne s'agissait que d'un simple tapis, Terence posa cette fois-ci son regard sur Blaise, qui se contenta de hausser les épaules.
- Simple divergence d'opinion. Malefoy se réjouissait de savoir qu'Harry est dans un état critique à l'infirmerie, alors que nous nous inquiétons pour lui.
- Potter est à l'infirmerie ? Répéta Higgs, abaissant quelque peu sa baguette tandis que son visage exprimait une certaine inquiétude.
Le préfet appréciait beaucoup le jeune Potter. Même s'il était de sang-mêlé, il s'avérait aussi être l'un des Serpentard qui rapportait le plus de points à leur maison et il prenait toujours le temps d'aider ses camarades quand ces derniers avaient des difficultés. Ce n'était peut-être pas une attitude très « Serpentard » mais Terence trouvait qu'un peu d'entraide et de bonne intelligence dans les donjons ne pouvait pas leur faire de mal.
D'ailleurs, ils étaient désormais en tête en termes de points, en compétition avec les Serdaigle, alors que le premier match de Quidditch n'avait même pas encore eu lieu. D'autant plus que pour avoir assisté à quelques uns des cours de vol des première année, Terence avait pu constater que le jeune Harry volait bien et il songeait même à lui proposer de l'entraîner pour entrer dans l'équipe l'année prochaine…
- Est-ce qu'on peut faire quelque chose pour l'aider ? Demanda-t-il, le regard toujours fixé sur Blaise.
Zabini se contenta de secouer la tête en signe de réponse négative avant de lui répondre d'une voix plus lasse.
- Le professeur Rogue et Mme Pomfresh sont déjà en train de le soigner.
Higgs acquiesça simplement, conscient que s'il y avait bien quelqu'un qui pouvait arriver à le tirer des griffes de la mort, ce serait Rogue. De toute sa scolarité, jamais il n'avait vu son directeur de maison laisser tomber un de ses serpents, et ce en dépit des ennuis que cela pouvait lui apporter auprès de McGonagall.
Le préfet tourna ensuite son attention vers Pansy et Millicent.
- Vous deux, je ne veux pas entendre le moindre mot de ce qui s'est passé ici filtrer à l'extérieur ou je vous promets que votre vie ici deviendra rapidement un tel enfer que vous en viendrez à souhaiter être réparties à Poufsouffle. Maintenant, allez vous coucher.
Les deux filles s'exécutèrent sans un mot, récupérant toutefois leurs baguettes au passage avant de disparaître dans l'escalier. Passant une main dans ses cheveux, Terence fit léviter le corps inanimé de Drago avant de s'adresser une dernière fois aux quatre Serpentard.
- Pour ce que ça vaut, sachez que nous ne sommes pas tous comme Flint ou cet idiot de Malefoy. Si vous avez un problème avec eux, n'hésitez pas à venir me voir ou même Adrian. On se chargera de leur rappeler que leur mentalité stupide ne dirige pas notre maison.
- Merci Terence. Déclara Tracey d'une petite voix.
Le préfet lui adressa un sourire avant de faire léviter Drago en direction des escaliers.
- Essayez quand même d'aller dormir, vous ne serez pas bons à grand-chose demain si vous êtes épuisés.
Et sur ces mots, Higgs disparut à son tour dans les escaliers, le bruit de ses pas s'évanouissant à son tour quelques instants plus tard. Après s'être souhaités bonne nuit, garçons et filles se séparèrent en se dirigeant vers leurs dortoirs respectifs mais un seul individu occupait toujours leurs pensées.
Harry ignorait complètement où il se trouvait. Tout autour de lui était d'une blancheur immaculée et une sorte de brume l'entourait mais c'était tout ce qu'il avait remarqué en se réveillant… enfin ça, et la robe de sorcier qui était apparue à côté de lui quelques instants après qu'il se soit rendu compte qu'il était nu comme un ver.
Non loin de lui se trouvait une créature difforme, qui ressemblait à un petit enfant à la peau rouge vif, presque écorchée et qui dégageait des gémissements plaintifs tout en se recroquevillant sur lui-même. D'ordinaire, le Serpentard se serait sûrement rapproché de lui pour voir ce qui n'allait pas mais il éprouvait un étrange et puissant sentiment de répulsion à son égard.
- Tu ne peux rien pour lui.
Harry fit volte-face en entendant s'élever une voix derrière lui. Il avait pourtant été sûr de se trouver seul ici, à l'exception de la créature qui était toujours allongée par terre. Désirant très fort avoir sa baguette, le garçon fut surpris de la voir apparaître dans sa main.
L'homme devant lui ne sembla cependant pas s'en offusquer. Plutôt grand, il était vêtu d'une robe de sorcier anthracite et possédait des cheveux noirs, bien qu'argentés au niveau des tempes, et sensiblement aussi rebelles que les siens. Ses yeux bleus l'observaient avec un mélange d'amusement et de tendresse qu'il n'avait jamais vu aucun être humain éprouver à son égard.
- Qui êtes-vous ? Demanda Harry en brandissant sa baguette.
- Mon nom est Charlus Potter, je suis ton grand-père.
