Dear Sunshine.

Chapitre 11.

Accoudé à la balustrade, House regardait le hall d'un œil morne.
Un nom l'obsédait mais il refusait de s'y attarder.
Il avait laissé Cuddy s'expliquer. Il n'avait pas voulu la croire et s'était contenté de répéter "non, non, pas lui"...
Et pourtant... Un doute s'était insinué... Un doute qui avait pris de l'ampleur au fil du temps.
Le parfum...
Les traces de boue dans le salon...
Comment avait-il fait pour être si vite chez Cuddy, lui qui habitait à une demi-heure de route ?

Et puis, il y avait l'intuition de Cuddy... Si forte, si convaincue !
Il lui avait conseillé de se taire, de ne rien faire... C'était à lui, à lui seul de s'en occuper.
L'homme de ses pensées fit irruption à ses côtés le faisant presque sursauter.
- Je ne pensais pas qu'elle viendrait travailler !

House suivit le regard de Wilson et observa quelques instants la doyenne.
Elle se déplaçait aisément malgré ses béquilles. Ne pouvant chausser ses talons, elle avait revêtue un pantalon et une botte cavalière couvrait sa jambe valide.
Le diagnosticien en éprouva un élan de fierté. Elle n'avait pas désiré rester seule à la maison. Il la comprenait.
A l'hôpital, elle se sentait en sécurité. Et elle le savait près d'elle.
Comme se sentant observée, elle leva les yeux et croisa ceux de son compagnon.
Elle rosit et détourna le regard en un mince sourire. Elle ignora sciemment Wilson.

House soupira et se tourna vers son ami qui fixait toujours la doyenne.
- Tu veux m'la piquer ?

Le cancérologue rougit, toussota et bégaya qu'il n'en était pas question.
House ricana :
- Il faut mieux de toute façon : Mini-Wilson est incapable d'égaler la performance de mini-Greg ! Cuddy est exigeante tu sais !

Il avança de quelques pas puis se retourna et lança d'un ton soudainement sérieux :
- Suis-moi ! Faut que j'te parle !

Cuddy observa les deux hommes qui s'éloignaient vers les ascenseurs.
Son cœur se serra : à cause d'elle, une amitié de longue date allait se terminer.
Comment Wilson avait-il pu en arriver à cette extrémité ?
Un éclair fulgurant lui traversa l'esprit : il avait écrasé Lucas !

Soudain, le doute la tirailla et elle comprit la réserve de House : Wilson était bien incapable de foncer et de percuter sciemment un être humain !
Elle s'était minablement trompée ! Ça ne pouvait être lui !
Elle sortit son portable et tapota nerveusement le numéro de House.
- Docteur Cuddy ?

La doyenne releva la tête et rencontra le regard inquiet de Brenda.
Cuddy ferma son portable et le mit dans sa poche. Elle interrogea ensuite sa secrétaire :
- Que se passe-t-il ?
- Albert vient de me signaler un fait étrange : toute la lingerie a été mise à sac ! Tout est sans dessus-dessous !

Cuddy soupira et répondit laconiquement :
- Bien j'y vais. Dites à Albert de me retrouver là-bas.
- Il vous y attend déjà, docteur Cuddy.
- Très bien.

Cuddy partit d'un pas rapide malgré ses béquilles. Ce contretemps l'agaçait prodigieusement. Elle aurait voulu joindre House avant qu'il ne parle à Wilson.
Elle souffla : ces maudites béquilles ne lui permettaient pas de téléphoner pendant qu'elle marchait !
Le coup de fil devra attendre !
Elle émit un grognement de rage en pensant à la lingerie dévastée : sûrement un petit plaisantin.
Elle fit une pause devant l'ascenseur et soulagea ses bras ankylosés par son poids.
Elle devait absolument se restreindre et galoper moins vite !

Lorsqu'elle sortit de l'habitacle, le sous-sol était plongé dans le noir.
Elle avança lentement et chercha à tâtons l'interrupteur.
Enfin la lumière se fit et la doyenne respira. Depuis le début de cette affaire, ses nerfs étaient à vif !

Elle claudiqua jusqu'à la lingerie, hélant régulièrement le concierge.
L'homme sortit de la pièce et l'observa avancer, un air gêné sur le visage.
- Alors que se passe-t-il Albert ?
- Docteur Cuddy, je ne savais pas que vous étiez blessée. Et moi qui vous fais déplacer !

La doyenne fit un geste vague de la main, signifiant par là-même que ce n'était pas grave. Voyant que le visage du concierge ne se libérait pas de son air coupable, elle prit sur elle et demanda d'un ton affable :
- Comment va votre femme ?
- Mieux ! Beaucoup mieux Docteur. Nous avons même prévu d'aller à la mer ce week-end.
- Je suis ravie pour vous Albert.

Elle observa le visage souriant de l'homme qui lui faisait face.
Il n'était pas très intelligent mais sa gentillesse dépassait de loin sa simplicité.
Il était serviable et beaucoup l'appréciait.
Cuddy se détendit et lui rendit son sourire :
- Bien Albert, montrez-moi la lingerie.

Il s'écarta pour la laisser passer, tout en restant à côté de la porte. Cuddy dut le frôler pour entrer dans la pièce.
Un frisson la parcourut lorsqu'elle sentit le parfum musqué du concierge.
Elle fixa les deux marches qu'elle descendit lentement en se morigénant : il fallait qu'elle arrête sa paranoïa !

Elle releva les yeux et se figea : la lingerie était parfaitement bien rangée !
Aucune anomalie ne se remarquait !
Elle fronça les sourcils et murmura :
- Qu'est-ce que c'est que ce cirque ?

La porta qui claqua derrière elle la fit sursauter.
Elle se raidit et sentit des goutes de sueur glacées descendre le long de son dos. Elle frissonna.
Le parfum...
Elle se tourna doucement et regarda le concierge. Aussitôt, tout espoir disparut en elle.
L'homme avait un rictus malsain sur le visage. Il la fixait d'un regard lubrique, parcourant ses jambes, ses hanches, sa taille, sa poitrine...
L'homme simplet, empli de gentillesse avait tout bonnement disparu.

Comprenant son erreur, Cuddy recula instinctivement de quelques pas, la respiration haletante, les membres engourdis par la peur...

Tbc...