Disclaimer : les persos ne sont pas à moi
Couples : 1x2, 3x4, 5xSally
Genre : aventure, romance et UA
Rating : M … et oui ça y est !
Un grand merci pour vos review, surtout à celles auxquelles je n'ai pas pu répondre n'ayant pas mis leur adresse, ainsi que pour celles qui ont mis cette fic dans leurs alertes ou favorites donc : Merci beaucoup, ça motive. Je ne sais plus à qui j'ai répondu ou non mais merci mille fois, ça me touche beaucoup, merci, merci, merci !!!!
_ Sale chienne ! Tu vas payer ! Prépare-toi à avoir la visite de Shinigami !
Heero se raidit. Toujours dans le dos de son amant, il se détacha et le contourna pour lui faire face. Il planta ses yeux dans les siens, plus sérieux et inquiet que jamais.
_ Que comptes-tu faire Duo?
Son compagnon ne répondit pas de suite, tout le monde était suspendu à ses lèvres, stupéfaits de le voir ainsi. Même le jour de son arrivée, quand il avait attrapé Heero par le col pour le plaquer au mur, il n'avait pas l'air aussi dangereux.
_ A ton avis ? Tu crois que je vais la laisser s'en tirer sans rien faire ?
Le ton ne montait même pas. Sa voix ne trahissait aucun sentiment particulier mais dans ses yeux brillaient une telle fureur ! Heero ne les lâchait pas des siens d'ailleurs. Il lui semblait que si il perdait le contact, il le perdait tout court.
_ Je n'ai pas dit ça non … mais je m'inquiète de ta réaction. Je ne veux pas que tu fasses quelque chose d'inconsidéré, ne te laisse pas emporter contre elle, si tu la blesses t...
Pour la première fois depuis la révélation de Sally, Duo sortit de son introspection et de son débat intérieur. Il reporta sa colère sur Heero, ses poings étaient tellement serrés que les jointures de ses doigts blanchirent et craquèrent. Le japonais savait qu'il se contenait pour ne pas le frapper mais il ne comprit pas ce qu'il avait pu dire pour arriver à un tel résultat.
_ Si jamais tu oses prendre sa défense …
Heero tiqua. Qu'est-ce qu'il s'imaginait encore ?
_ Duo, je …
_ Non mais j'hallucine ! Elle a tenté de tuer mon cheval et toi tu veux m'empêcher de la blesser ?!
_ Ça suffit ! Pourquoi crois-tu que je dises ça ? Si tu lui fais du mal c'est toi qui paieras, crois-tu que je veuille venir te voir en prison ? Penses-tu que gâcher ta vie pour une tarée comme elle vaille le coup ?
Duo se renfrogna mais se calma quelque peu. Il se rapprocha de son amant furibond. Ils s'étaient de toute évidence mal compris, aussi Duo pris un air d'enfant inquiet, jouant sur cette petite moue adorable à laquelle Heero ne résistait jamais.
_ Tu veux dire que tu ne t'inquiétais pas pour elle mais pour moi ?
_ Mais bien sûr !
Heero hurlait toujours, Duo baissa les yeux, toute l'équipe assistait à la scène sans savoir quoi dire. Soupirant, Heero le prit par la taille.
_ Comment as-tu pu croire une seconde que je me souciais d'elle après ce qu'elle nous a fait ?
_ Nous ? Mais c'est mo...
_ Ttttt, Duo, mon ange, Deathscythe a beau être ton cheval, nous sommes ensemble maintenant et ce qui te touche me touche aussi. Tu comprends ?
Duo se colla contre lui et se cacha dans son cou. De l'être en furie et effrayant qu'il était quelques minutes plutôt, il ne subsistait rien. Heero avait cet effet sur lui, il l'apaisait quoi qu'il arrive. Il l'empêchait d'exploser et de foncer droit dans le mur. Il ne faisait aucun doute que sans lui, Duo serait déjà dans sa voiture pour aller tuer Fuyuko. Ce n'était pas une façon de parler, il comptait vraiment la tuer, il l'aurait peut-être regretté par la suite, mais sur le coup, rien ne l'aurait arrêter. Excepté Heero. Il avait le don de le changer en chaton inoffensif.
_ Mais je suis tellement furieux Heero…
Attristé par la voix blessée et contrariée de son amant, le japonais tenta de le rassurer.
_ Je sais. On va trouver quelque chose.
Duo redressa vivement la tête, un air plus que déterminé sur le visage. Les autres restaient bluffés par toutes les émotions qui se succédaient sur le visage de l'américain en si peu de temps.
_ Je vais me venger. Je veux la faire souffrir comme elle a fait souffrir Deathy.
Heero secoua la tête. Non, ce n'était pas ce qu'il voulait, il craignait que Duo ne se laisse emporter par sa Némésis et fasse une grave erreur qui leur coûterait cher à tous les deux.
_ La vengeance n'est pas la solution, il vaudrait mieux aller porter plainte.
Duo n'eut pas le temps de répondre que Quatre pris les devants.
_ Ce n'est pas que je sois forcément du côté de Duo, surtout qu'on ne sait toujours pas ce qu'il a prévu de faire, néanmoins, prévenir la police ? Pour leur dire quoi ? La seule preuve qu'on ai ce sont les examens de Sally, rien qui incrimine Fuyuko.
_ Et le témoignage d'Howard.
Quatre secoua la tête, imité par J.
_ Non Heero, ce sera sa parole contre celle de Fuyuko. Dans le doute, elle s'en sortira sans soucis.
Tous froncèrent les sourcils mais ils durent bien reconnaître que le blond avait probablement raison. Wufei s'avança à son tour.
_ Je ne veux pas aggraver les choses mais, imaginez qu'on porte plainte et qu'elle s'en sorte, folle comme elle est, elle voudra encore plus se venger et si cette fois elle s'en prend directement à Duo …
_ Je sais me défendre !
_ Quand on t'attaque directement oui, mais elle est fourbe, regarde avec Deathscythe. Mon ange, Wufei a raison.
Duo le repoussa avec hargne. Il les regarda tous tour à tour, les défiant du regard.
_ Alors quoi ?! On la laisse s'en tirer ?! Hors de question ! Faites ce que vous voulez mais c'est à mon cheval qu'elle s'en ai pris et je ne laisserais pas passer !
_ On ne dit pas qu'il ne faut rien faire Duo, il faut seulement prendre le temps de la réflexion, ne pas se précipiter.
_ J a raison mon ange, il faut y penser à tête reposée.
Duo ne les écoutait plus vraiment, il venait d'avoir un déclic. Aurait-on été dans un dessin animé, qu'une ampoule brillante serait apparue au-dessus de sa tête. Il leva les mains en signe d'apaisement.
_ Attendez, attendez … Je ne peux pas la blesser physiquement car dans ce cas, ça se retournera contre moi c'est ça ?
Ils se contentèrent d'hocher la tête, ne voyant pas trop où il voulait en venir.
_ Mais la torture psychologique, rien ne pourra la prouver, ça ne laisse pas de traces, non ?
Son sourire mauvais était revenu et beaucoup frissonnèrent. Heero repensa à la façon dont Duo s'était nommé un peu plus tôt et il eut la vision troublante de son ange en messager de la mort, tout vêtu de noir et une cape sombre à capuche le recouvrant entièrement. Il secoua la tête, chassant cette image à la fois sexy et dérangeante et pria pour qu'il n'invente rien de dangereux.
_ Qu'as-tu en tête ?
_ Je vais la faire souffrir, sans même la toucher.
_ Comment ?
Duo se tourna vers Trowa qui avait été le plus rapide.
_ Voyons, réfléchissez, elle s'en ait pris à mon cheval parce que tout le monde sait combien il compte pour moi, et à votre avis, qu'est-ce qui compte le plus pour elle ?
Ils tournèrent la tête comme un seul homme, plantant leur regard sur Heero. Celui-ci eut une soudaine envie de disparaître sous terre et sentit ses joues le chauffer. Le sourire de Duo s'accentua et il hocha la tête, ils avaient tous compris. Il pris son amant dans ses bras, se collant dans son dos.
_ Je vois qu'on est sur la même longueur d'ondes... Donc, il faut taper là où ça lui fera mal. Et pour ça, j'ai besoin de toi bébé.
Heero croisa les bras sur son torse et pris un air bougon qui fit sourire tout le monde, détendant un peu l'atmosphère trop lourde pour un début de journée.
_ Si tu comptes m'empoisonner, je crains fort de ne pas être d'accord.
Quelques rires de plus et l'ambiance était à nouveau agréable. Duo lui mit une petite tape sur la tête.
_ Stupid boy !! I don't believe it ! You're so … so …
Il ne put continuer à s'embrouiller car Heero venait de se retourner pour poser ses lèvres sur les siennes en un doux baiser.
_ Je t'aiderai.
_Merci.
_ Nous t'aiderons tous.
L'équipe au complet regarda J, tous plus surpris les uns que les autres.
_ Ba quoi ? Vous êtes ma famille les enfants. Quand quelqu'un s'en prend à vous, il est normal que je vous aide, non ? Et puis à mon âge, je ne crains plus grand chose vous savez !
Duo était très ému. Il n'aurait jamais cru que J le considérait comme faisant partie de sa famille, ça faisait seulement 6 mois qu'il était là après tout !
_ Merci beaucoup, ça me touche énormément, moi aussi je … vous considère comme ma famille.
Duo tapa ses pieds sur le paillasson afin de faire tomber les gouttes de pluie qui s'y accrochaient et abaissa la poignée pour entrer chez eux. Il était intrigué, il n'avait plus vu Heero depuis le repas du midi et chaque fois qu'il avait tenté de le trouver, quelqu'un lui tombait dessus pour lui demander de faire tel ou tel truc. Il n'avait pu se libérer qu'en fin d'après-midi et espérait trouver Heero à la maison.
A peine entré, il se sentit attraper par le bras et une main se posa sur ses yeux. Il eut un mouvement de recul, cherchant à s'échapper, d'anciens réflexes se réveillèrent mais avant d'avoir commis l'irréparable, à savoir envoyer son agresseur dans le mur, il reconnut le corps de son amant et se calma.
_ Chut mon ange, garde les yeux fermés et laisse-toi conduire.
_ Mais que …
_ Chut j'ai dit.
Alors Duo obtempéra. Après tout, ce ne serait pas si mal de se laisser aller et de se détendre un peu. Depuis mardi dernier et ce que Sally leur avait appris, il n'avait pas cessé de se retourner les neurones pour trouver une vengeance digne du crime horrible auquel s'était livrée cette garce de Fuyuko. Chaque fois qu'il pensait être sur une piste, soit Heero lui démontrait l'impossibilité de mise en application, soit il se rendait compte que ce n'était pas assez.
Oui. Pour ce soir, il déconnecterait et se changerait un peu les idées. Il se sentit pousser dans une pièce et Heero lui demanda de garder les yeux fermés jusqu'à ce que la porte soit refermée. Cela lui rappela leur soirée de Noël et il sourit, amusé. Il était en effet dans la salle de bain et son amant lui avait même préparé des vêtements propres.
Il se dénuda et se glissa dans la douche, savourant avec bonheur la chaleur de l'eau qui se déversait sur son corps plus que tendu en ce moment. La pluie avait remplacé la neige mais ce n'était pas forcément plus agréable. Le seul avantage était que de ce temps là, il n'avait pas besoin de ses lunettes. Son cheval était entièrement guéri et ça le soulageait énormément. En plus, ils étaient vendredi, demain il aurait pas mal d'élèves et ça l'occuperait suffisamment pour oublier un peu cette saleté de japonaise qui le poursuivait jusque dans son sommeil.
Il secoua la tête. Non ! Il ne penserait pas elle ce soir ! Il sortit de la douche et passa ses vêtements propres. Il toqua à la porte pour signaler à Heero qu'il était prêt. Ce dernier vint le chercher et resta un instant bloqué devant la vision de son amant. Il était à couper le souffle, il se reprit enfin et lui passa un bandeau tout doux sur les yeux et le noua sur ses cheveux lâchés.
_ Laisse-toi faire mon ange. Suis-moi.
Il se fit entraîner dans le salon où son amant l'assis sur le canapé.
_ Bon, je peux enlever ça maintenant ?
Il se prit une tape sur le dos de la main qu'il avait rapproché de ses yeux.
_ Hey !!
_ Pas touche à ça.
Duo fit la moue mais reçut un léger baiser qui le fit sursauter. Il ne l'avait pas senti arriver et il devait avouer que c'était plutôt excitant comme situation.
_ Sais-tu quel jour nous sommes ?
_ Ba ! Vendredi !
_ Oui, mais le combien sommes-nous ?
Duo réfléchit un instant, compta sur ses doigts et blanchi à vue d'œil, contrastant sans le savoir avec le bandeau noir qui entourait son visage. Il mit ses mains sur sa bouche dans un souffle.
_ Shit !! Pardon love, je n'avais pas réalisé ! Je suis impardonnable.
_ Ce n'est pas grave mon ange, je savais que tu ne savais pas, tu as eu d'autres choses à penser que la Saint Valentin … et c'est tant mieux.
_ Hein ? Pourquoi ?
_ Parce que comme ça, j'ai pu préparer ma surprise, j'y tenais beaucoup, je voulais te remercier pour la soirée de Noël.
_ Heero …
Duo était ravi et très ému, il avait une envie déchirante de plonger ses yeux dans ceux de son amant, d'y lire tout son amour et de le lui rendre.
_ Dis … quand est-ce que je pourrais enlever ça ? Je veux te voir.
_ Non, je suis désolé mais ça fait partie de la soirée.
_ Je vais devoir le garder tout le temps ?
_ Un bon moment oui, mais je te promet que tu vas aimer... fais-moi confiance.
_ J'ai honte, je n'ai pas de cadeau pour toi.
_ C'est toi mon cadeau. Tu es beau mon ange.
Duo sourit. Il tendit la main devant lui un peu au hasard mais Heero l'attrapa et la serra dans la sienne.
_ Toi aussi tu es beau Heero.
Ce dernier s'esclaffa.
_ Tu ne me vois même pas !
Duo secoua la tête.
_ Pas besoin. Je te vois tout le temps, même derrière mes paupières closes, je te vois. Tu es beau Heero. Tout le temps, quoi que tu fasses. Quand tu montes Wing en tenue de concours, tu es époustouflant. Le matin au réveil, tu es terriblement mignon. Quant tu sors de la douche avec juste une serviette autour des hanches, tu es sexy. Quand tu me fais l'amour tu es … sensuel …
Sur ce, il l'embrassa, trouvant ses lèvres par miracle, nouant ses bras autour de sa taille. Duo savourait pleinement, en effet, avoir les yeux bandés étaient une bonne idée et même ainsi son amant se laissait faire.
Enfin, c'est ce qu'il avait cru jusqu'à ce qu'Heero l'allonge sur le canapé, le coinçant sous son corps. Ils s'embrassèrent alors à perdre haleine, les lèvres d'Heero s'égaraient sur le visage de Duo, sur son cou, ses clavicules dévoilées par sa chemise pas totalement boutonnée. A chaque baiser, Duo tressaillait, il ne savait jamais où Heero allait attaquer et c'était si diablement excitant qu'il se laissa complètement emporter par ces sensations. Mais le rythme ralentit, ils reprirent peu à peu pieds avec la réalité, et finalement le japonais se redressa légèrement.
_ Heero …
Le brun tint bon, le gémissement de Duo était très attractif mais ce n'est pas comme cela qu'il avait prévu la soirée.
_ Non, attend, il y a un planning à respecter.
_ Mais …
_ Non, je rêve de cette soirée depuis longtemps alors elle sera parfaite, je ne veux rien précipiter, je veux que tu puisses en apprécier pleinement chaque seconde.
Duo bouda un peu pour la forme mais se laissa redresser.
_ Ce soir, je m'occupe de tout.
Joignant le geste à la parole, Heero lui mit dans la bouche un petit canapé que Duo savoura à sa juste valeur.
_ Ça te plait ?
_ C'est délicieux.
Il avait une totale confiance en son amant et même si il ne pouvait pas voir ce qu'il lui mettait dans la bouche, il l'ouvrait sans crainte, refermant toujours ses lèvres en prenant bien soin d'haper les doigts nourriciers pour les lécher ou les suçoter au passage. Leur petit manège continua jusqu'à ce que le plat entier fut fini. Duo parvint tout de même à attraper un hors-d'œuvre pour le glisser dans la bouche de son compagnon mais fut aussitôt réprimandé.
_ C'est le dernier, tiens. Tu as soif ?
_ Merci. Un peu, oui.
_ Bouge pas.
Il sentit Heero se déplacer et revenir près de lui. Il ne lui dit pas un mot mais une main vint se placer sous son menton pour le lui tourner. Une bouche vint se presser sur la sienne et aussitôt il écarta les lèvres. Un liquide frais et sucré mais au léger accent alcoolisé se répandit sur sa langue et dans sa gorge. Il eut un sursaut très vite réprimé et dégusta sans honte ce baiser si particulier. Il chercha la langue d'Heero avec la sienne et l'entraîna dans une danse langoureuse au parfum rhum orange. Un peu de la boisson fut perdue dans le processus et s'écoula le long de son cou.
Presque à regret, le japonais quitta cette bouche si aimante pour aller cueillir le nectar sur la peau de Duo, le faisant gémir. Tout comme le plateau précédemment, le verre entier passa de la même façon. Boire à même la bouche d'Heero. Si il avait su avant que ce serait si délicieux, il aurait testé bien plus tôt !
Ils ne restèrent pas aussi sage que pendant la dégustation des petits fours et il faut bien avouer que des mains s'égarèrent sous des vêtements, titillant des zones sensibles, excitant sans jamais satisfaire. La musique qui passait dans le salon, le bruit de la pluie contre les fenêtres, la lumière douce qu'il devinait à travers son bandeau, le parfum entêtant et doux de son amant... Duo aurait aimé que ça ne finisse jamais.
_ Je vais servir le repas ici. Il n'y rien de très compliqué, je voulais pouvoir passer mon temps avec toi plutôt que dans la cuisine et aussi te nourrir moi-même comme je viens de le faire.
Si Heero s'était redressé, Duo était complètement appuyé sur le dossier du canapé, la tête en arrière, il peinait à reprendre son calme, surtout pour une région bien précise de son anatomie. Même sa voix était alanguie. L'alcool, peut être, l'effet Heero, sûrement.
_ Tout est parfait, absolument parfait.
Le dîner fut excellent, ils prirent tout leur temps. L'excitation alternait avec la douceur et lorsque le dessert arriva, ils s'étaient laissé consumer par leurs sentiments et aussi un peu par l'alcool.
_ Je t'ai amené ton dessert préféré.
Ces simples mots firent se redresser Duo, son attention complètement dirigée vers son amant.
_ Fraises au chocolat en brochette ?
_ Gagné. Je les ai faites tout à l'heure. Le progrès est quelque chose de formidable, trouver des fraises en plein hiver ...
Tout en disant ça, il attrapa une des dites brochettes et la tendit vers son amant. Celui-ci y planta les dents et laissa fondre le fruit recouvert de chocolat dans sa bouche, doucement, toutes les saveurs se mélangeant, créant une explosion sur ses papilles gustatives. Il gémit, la tête en arrière, offrant une vision très érotique à Heero qui se retint tant bien que mal de lui sauter dessus.
_ Hummm, c'est trop bon. Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter autant de douces attentions ?
_ Tu le mérites, c'est tout. Ta présence dans ma vie à elle seule est un miracle, j'ai envie de prendre soin de toi, de te faire plaisir, de t'apporter tout ce que tu souhaites.
_ Tu es tout ce que je souhaite. Embrasse-moi.
Le japonais s'exécuta et ils finirent leur dessert. N'y tenant plus, Heero décréta qu'il s'occuperait de ranger et de laver le lendemain, il avait une furieuse envie de se fondre en son amant, là, tout de suite.
_ Viens avec moi.
Même si la voix devenue rauque de son amant était une bonne indication quant à la destination qu'il voulait lui faire prendre, Duo eut envie de jouer un peu.
_ Où ça ?
_ La suite du dessert est dans la chambre.
_ Ah oui ?!
_ Oh oui …
Un sourire carnassier sur les lèvres, Duo suivit sans se faire prier son compagnon dans leur chambre. La première partie de la nuit se passa dans un rêve, mettant en scène d'autres bandeaux mais cette fois aux poignets d'un américain très consentant, du chocolat encore mais plus seulement sur des fraises, des soupirs et des gémissements exprimant un plaisir qui n'avait plus rien à voir avec la dégustation gastronomique de la soirée.
Enfin libéré de ses chaînes de soie, Duo reposait, comblé, sur le torse de son amant presque assoupi. Il revoyait, façon de parler, les événements de la soirée et souriait comme un idiot bienheureux. Sa main droite dessinait des arabesques sur le corps d'Heero. Il était pensif, ce dernier le sentait bien mais il n'avait nul envie de l'empêcher de penser. Il profitait juste de ses petites attentions quand le corps contre lui eut un sursaut brutal.
_ Duo ?
_ J'ai trouvé !
A moitié endormi, le brun ne saisit pas l'allusion. De quoi parlait-il ? Il n'avait pas donc pas réussi à l'épuiser ?
_ Hein ?
_ J'ai trouvé bébé ! Je sais comment me venger, je sais comment la faire payer … Elle va souffrir …
Heero se rembrunit aussitôt, il avait espéré que cette fille les laisse tranquille au moins ce soir. Il pensait avoir redoublé suffisamment d'efforts pour que Duo pense à autre chose que ce désir de revanche qui le bouffait chaque jour un peu plus. Le silence de son amant et la tête qu'il faisait suffirent à Duo pour comprendre qu'il venait d'être maladroit. Réprimant son envie de lui exposer son plan, il lui grimpa littéralement dessus et l'embrassa tout doucement.
_ Pardon. Je suis maladroit, après tout ce que tu as fait ce soir pour moi et pour rendre cette soirée inoubliable, je ne devrais pas penser à ça. Je te promets de ne plus en parler, je ne veux rien gâcher, je te dirais tout demain, désolé... Joyeuse Saint valentin bébé.
Et Heero se laissa attendrir. Il serra fort Duo contre lui et roula pour les mettre face à face sur le côté. Il le contempla un moment, le punissant de ses vilaines pensées en ne répondant pas tout de suite. Ce ne fut que lorsque les yeux de Duo prirent cette lueur de crainte, qu'il céda enfin.
_ Ce n'est pas grave, je te connais maintenant, je sais que tu es impulsif et imprévisible. Si tu me promets de laisser ça jusqu'à demain matin, alors c'est oublié.
_ Ok.
_ Joyeuse Saint Valentin mon ange.
Sur un dernier baiser, ils s'endormirent, toujours en contact l'un avec l'autre.
_ Je sais pas Duo.
Ils étaient toujours au lit. Le matin se levait à peine. Malgré ce qu'il en pensait la veille, le japonais était tout de même très curieux de savoir ce que le cerveau maléfique de son amant avait mis au point. Tout juste réveillés, il lui demanda de lui exposer son plan, ce que Duo s'empressa de faire avec un plaisir évident. Quand il eut fini, Heero se détacha de ses bras pour s'allonger sur le dos, fixant le plafond. Duo l'imita, attendant qu'il veuille bien lui répondre. Ce qu'il venait de faire mais pas comme il l'aurait souhaité.
_ Je peux rien faire sans toi.
Heero soupira, il se passa une main devant les yeux, chassant les dernières brumes du sommeil.
_ Je sais … Mais quand même, ce que tu veux faire, c'est … gênant et puis … on sait pas comment elle pourrait réagir, elle t'en voudra encore plus et si elle essaie de te faire du mal …
_ Je t'ai déjà dit que je pouvais me défendre ! Et puis dans ce cas, ça serait de la légitime défense, au moins tout le monde saurait comme elle est folle, ce ne seront pas les témoins qui manqueront si elle tente de me tuer !
_ Duo ! C'est pas drôle.
L'américain se tourna vers son amant. Celui-ci ne le regardait toujours pas mais il sentait bien qu'il était contrarié.
_ Tu crois que ça m'amuse ?
Le regard blasé que lui lança son amant le fit presque rougir. Il avait presque oublié à qui il s'adressait. Heero était le seul à le connaître si bien.
_ Bon ok, j'avoue, ce plan ne me déplaît pas et je dirais même que ça m'amuse un peu … mais j'aurai préféré ne pas avoir à faire quelque chose comme ça, je ne peux laisser son crime impuni, elle a commencé, elle va devoir assumer ses actes et quitte à me venger, autant que j'y prenne du plaisir, non ?
Heero secoua la tête. Son amant avait des arguments imparables, il le savait. De toute façon, il n'arrivait jamais à lui refuser quoi que ce soit quand il avait cette tête là.
_ C'est bon, je suis d'accord. Mais tu es sûr qu'il n'y a pas un autre moyen ?
_ Je sais où ça te pose problème. Je te promet d'y réfléchir, mais je suis tellement certain de ce plan !
_ Hn.
_ Ok ?
Un soupir, signe de lassitude ou de reddition ?
_ Ok.
Reddition. Un sourire.
_ Je t'aime love.
_ Il faut croire que moi aussi pour accepter de faire un truc pareil.
Duo lui sourit gentiment, bien conscient, oui, de la magnifique preuve d'amour et de confiance que lui offrait l'homme de sa vie. Ils finirent par se lever, déjeuner et se préparer pour aller bosser.
Arrivés dans les écuries, Duo vit Quatre et alla le trouver pour lui exposer son plan, il avait besoin de son aide. Au fur et à mesure de ses explications enjouées, le visage du blond se décomposa, passant d'un regard bienveillant à un regard qui laissait entrevoir quelques doutes sur la santé mentale de son ami. Doutes qui finirent par passer la barrière des lèvres.
_ Tu es fou !
Interrompu vers la fin de son monologue, Duo se stoppa net et fixa Quatre, une lueur indéfinissable au fond des yeux et un sourire figé sur les lèvres.
_ Ba oui ! Mais c'est pas nouveau!
_ … …
_ Alleeeeeez avoue que je suis un génie ! Imagine la tête qu'elle va faire, après ça, elle osera jamais plus nous approcher ! Et encore moins mettre les pieds ici !
Quatre continuait à secouer la tête avec force. Duo était taré ! Il devait admettre que ce que Fuyuko avait fait était horrible mais de là à … Et puis … d'où il lui était venue cette idée !
_ Comment as-tu trouvé ça ?
Duo lui répondit comme si la réponse était d'une évidence !
_ Hier soir, pendant un câlin avec mon chéri.
_ C'est bon, je veux pas savoir, te sens pas obligé.
_ T'es mimi quant tu rougis kitten !
Quatre pouffa. La débordante bonne humeur de Duo était un plaisir, il avait passé une semaine avec un visage si sombre que Quatre se crut retourner à la période où il n'était pas encore avec Heero. Rien que de le voir si heureux à nouveau était suffisant pour lui faire accepter ce plan tordu.
_ Bon, je suppose que si je refuse, tu demanderas à quelqu'un d'autre et vu que Wufei à un sens de la justice au moins aussi tordu que le tien ...
_ Tout juste ! Non, sans rire, j'ai vraiment besoin de toi sur ce coup. T'auras pas grand chose à faire en plus mais ton appart est juste en face du notre et ce sera plus pratique, à moins que tu n'acceptes de louer le judas de ta porte à Wu ? Mais il va devoir squatter ton appart et ruiner ta soirée avec Tro et …
_ Ok, ok, je le ferai mais tu ne paies rien pour attendre !
Duo lui sauta au cou.
_ Merci merci merci merci …
_ Ouai, allez ! Au boulot ! Les box vont pas se pailler tout seul !
_ Yes Sir !
Ils s'armèrent de leur fourche, paillèrent, balayèrent, rangèrent tout ce qui traînait et quand tout fut fini, ils prirent une pause bien méritée avant de commencer les cours. C'est autour d'un café qu'ils poursuivirent leur discussion, profitant d'être seuls dans la salle de club, les autres bossaient encore.
_ Tu penses faire ça quand ?
_ Aujourd'hui c'est mort, trop de monde et pas le temps de tout mettre en place, demain on se repose parce que la semaine a été chargé et en plus ça me laissera le temps pour les détails de dernière minute.
Duo se tut, réfléchissant un instant. Il plissa le nez et posa son menton sur sa main gauche, la droite jouant avec le bout de sa natte. Quatre aurait adoré pouvoir le prendre en photo à cet instant, il l'aurait offert à Heero. Il savait que le brun adorait quand son ange prenait cet air inspiré. Ils avaient eu l'occasion d'en parler une fois en passant, Quatre ne savait même plus comment. Ça devait être la fois où le blond avait eu besoin de se confier au sujet de l'évolution de sa relation avec Trowa. Pour une fois, c'était lui qui avait eu besoin de réponses à ses questions, à ses doutes. Non pas qu'il doutait de leur amour, mais il se demandait si eux aussi seraient prêts à vivre ensembles. Heero lui avait juste expliqué que le jour où il ne se poserait plus la question, alors il pourrait sans regret le proposer à Tro. C'était comme cela qu'il avait su pour Duo et lui, depuis, pas un jour ne passait sans qu'il ne soit comblé par cette idée.
_ Lundi !
Quatre sursauta et Duo le regarda avec étonnement.
_ Tu dormais ou quoi ?
Le rougissement sur les joues du blond répondit à sa question.
_ Scuse, j'étais dans mes pensées et tu m'as fait peur à crier comme ça !
_ Si t'avais suivi, t'aurai pas été surpris. Enfin bref ! Je disais donc, lundi. Ça sera bien. Ça fera pile poil une semaine que Heero l'a mise au courant pour nous. Ça me paraît bien, oui, très bien.
Le sourire dangereux de Duo était revenu et Quatre ne put s'empêcher de trembler. Il espérait seulement que tout se passerait comme l'américain l'espérait et qu'il n'y aurait pas de faux pas.
_ Ok pour lundi. Mais tu devras penser à déplacer Deathscythe. Si il lui prend l'envie de venir faire un tour dans l'écurie et qu'elle le voit, ça foutera tout en l'air.
_ Ouai, pas faux. Je vais devoir prévenir J alors.
_ Eeeeet oui...
_ Hey ! Faux frère ! Tu dis comme ça tu pensais qu'il refusera mon idée.
Quatre se leva et posa une main sur l'épaule de son ami en passant à côté de lui.
_ Il ne s'y opposera pas, il t'a dit qu'il t'aiderait, il te soutiendra quoi que tu décides.
Sur ce il s'apprêta à partir mais, surprenant le petit sourire en coin de Duo, il se retourna à nouveau vers lui, l'air sérieux et faussement fâché, agitant un index réprobateur sous le nez du natté.
_ Sauf si tu décides à la tuer Duo !
Duo baissa la tête, une petite moue dépitée sur son visage.
_ Grillé.
Ils rirent tous les deux et finalement Duo se leva pour sortir avec Quatre. Il venait d'apercevoir ses premiers élèves se garer sur le parking.
_ Yes ?
_ Hilde ?
_ … heu … oui.
_ C'est Heero.
_ Oh Heero !
Le ton hésitant avait laissé place à une joie sincère et le brun se détendit quelque peu. Non, il ne trahissait pas son amant en appelant sa meilleure amie dans son dos. Au contraire, c'était pour lui qu'il faisait ça. Oui, pour lui.
_ Bonjour Hilde. Je te dérange ?
_ Non pas du tout voyons !
_ C'est que je ne maîtrise pas le décalage horaire aussi bien que Duo.
Hilde allait-elle comprendre l'allusion ?
_ J'en déduis donc qu'il ne sait pas que tu m'appelles. Que se passe-t-il ? Il va bien ?
Oui, allusion comprise. Heero était trop doué ! Ah ironie quand tu nous tient …Comme si c'était le moment ! Heero se serait giflé si il avait pu mais son corps s'y refusa, à croire que sa conscience s'opposait à toute forme d'auto-punition. Il tentait par tous les moyens de se faire oublier que si Duo apprenait ce qu'il était en train de faire, il le tuerait, d'une façon ou d'une autre.
_ Heero ?! Il va bien ?!
_ Hein ?! Oh oui pardon, oui il va bien.
Bon allez, fallait qu'il se décide. Il ne pouvait pas laisser la pauvre brunette mijotée comme ça sans rien lui dire. C'était trop cruel.
_ En fait, je t'appelle pour que tu me conseilles. Duo t'as appelé quand pour la dernière fois ?
_ Hum … maintenant que tu le dis, il ne nous a pas appelé la semaine dernière, ni moi, ni G. Je le sais parce que quand l'un ou l'autre l'a au téléphone, on se raconte les dernières nouvelles. En temps normal, je l'aurai appelé en m'en rendant compte, mais cette semaine ça a été la folie au ranch ! Épidémie de grippe chez les cows-boys et c'est le bétail qui trinque ! Alors que se passe-t-il pour que Duo oublie de nous appeler ?
Et Heero lui raconta tout, les problèmes avec Fuyuko d'abord et Hilde le traita d'abruti aveugle, prenant bien soin de préciser qu'il était vraiment un mec, bordel ! Si la première insulte était largement méritée, il ne sut pas trop comment comprendre la deuxième jusqu'à ce qu'elle précise qu'il n'y avait qu'un mec pour ne pas se rendre compte quand une fille lui courrait après. Il ne put qu'approuver.
Puis, il lui parla de ce que la japonaise avait fait en se voyant rejeter et, en entendant le grondement sourd qui s'élevait de la gorge d'Hilde, Heero se dit que ce n'était pas plus mal que les deux jeunes femmes se trouvent à des milliers de kilomètres l'une de l'autre. Quand il l'eut rassuré sur l'état de santé de Deathscythe, il lui expliqua le plan de Duo pour le venger, rougissant jusqu'aux oreilles alors même qu'elle ne pouvait pas le voir. Pour le coup, Hilde ne disait plus rien.
_ Hil ? T'es toujours là ?
_ Hum ? Ah oui, oui... C'est bien un plan à la Duo, complètement hallucinant et imprévisible. Quelle personne censée proposerait un truc pareil à son amant, franchement ?
Heero grimaça.
_ Ça m'aide pas beaucoup …
_ De toute façon, tu as déjà accepté.
_ Oui mais … je ne me défilerais pas c'est certain, et lui faire changer d'avis sera impossible, pourtant, je me pose pas mal de questions et je sais qu'il me répondra pas, pas en ce moment en tout cas.
_ Et tu comptes sur moi ?
_ Je sais que ça ressemble à une trahison mais ça n'en est rien je te le jure. Je m'inquiète juste. Il était tellement maussade toute cette semaine et là, rien que de penser à son idée démente, ça le rend tout guilleret, il sautille partout, il est tout joyeux. C'est étrange de se dire que l'idée de faire souffrir une personne, même si elle le mérite, le met autant en joie. Je ne l'avais jamais vu comme ça. Et puis ... c'est quoi cette histoire de Shinigami ?
Il y eut un comme un bruit d'air expiré vivement, puis un grand blanc au bout de la ligne. Heero attendit, il espérait que la jeune femme lui réponde, éclaire un peu sa lanterne parce que là, c'était le noir le plus complet. Au bout de ce qui lui parut une éternité, la voix quelque peu hésitante de la brune se fit de nouveau entendre.
_ Ok. Ce que je vais te dire, je suppose qu'il aurait fini par t'en parler, c'est pour ça que je le fais. Mais il faudra que tu le lui avoues quand tout ceci sera un peu calmé, sinon c'est moi qui le ferait et dans ce cas c'est à toi qu'il en voudra. Il ne supporte pas le mensonge et les cachoteries.
_ Je sais et toi, tu sais que si je me résous à le demander à toi plutôt qu'à lui, c'est que je ne peux pas faire autrement.
_ Bien, alors écoute car je ne me répéterais pas.
Et il écouta. Tout. Pendant de longues minutes qui lui parurent interminables. Elle lui raconta l'enfance de Duo dans des les différentes foyers qui l'avaient accueillis. Exposant les faits que son amant avait passé sous silence. Elle lui raconta comment sa mère d'adoption, à laquelle il avait été vite retiré, était morte peu après. La femme s'était suicidé après de longues semaines de dépression. Puis elle lui énuméra toutes les personnes qui avaient croisé la route de Duo et qui étaient mortes peu de temps après. Notamment le foyer où il avait appris à chanter, celui où il s'était senti le mieux, presque comme dans une famille.
Ce jour là, il avait fait une bêtise de gosse. Il était sorti en douce et avait rejoint une bande avec laquelle il traînait souvent. Ils avaient tenté de voler une voiture pour aller se promener et s'étaient fait arrêtés. La pauvre sœur Hélène avait dû aller en pleine nuit chercher Duo au commissariat. Lorsqu'ils revinrent au foyer quelques heures après, ce fut pour être stoppés par les pompiers. Un incendie avait ravagé le bâtiment, ne laissant aucun survivant. C'est pour cela qu'il n'y était pas resté et avait été contraint d'être placé dans un nouveau foyer, séparé de la sœur qu'il aimait tant.
Ce nouveau foyer qu'il avait rejeté de toute son âme, dans lequel une petite brute le tyrannisait. Ce sale gosse avait piqué le dossier de Duo dans le bureau du directeur et avait vu la liste impressionnante de morts qui parcouraient la vie de l'adolescent. Au lieu d'y voir uniquement ce que c'était, une malchance certaine et une vie horriblement cruelle, il avait répandu d'effroyables mensonges dans tout le foyer. Ce qui devait arriver arriva et Duo fut complètement rejeté, mis à l'écart comme un pestiféré. Les seuls qui lui parlaient encore, autres que les éducateurs, ne le faisait que pour le harceler et l'insulter. Et très vite, le surnom de Shinigami, le messager de la mort, lui fut donné.
Duo n'était pas stupide, il savait bien qu'il n'y était pour rien, qu'il n'avait pas provoqué ces morts, il pensait juste porter malheur, mais pour leur faire face, il devint vraiment Shinigami. Se vengeant de tous ceux qui lui avait rendu la vie impossible. Se battant comme un forcené dès qu'il était attaqué, à savoir très souvent. Il fut mêlé a tellement de bagarres dont il sortait victorieux alors que tout le monde pensait qu'il y resterait, envoyant ses assaillants à l'hôpital plus souvent qu'à leur tour, et finissant lui-même au poste, que son surnom avait fini par faire trembler les pires racailles de tout le quartier. C'est à cause de cela qu'il fut envoyé chez G. C'est à cause de cela qu'il préféra resté à l'écart, s'isolant lui-même par crainte d'être rejeté, encore.
_ Je pensais qu'il avait totalement passé ce cap. Même après ce que Solo lui a fait, Shinigami n'est pas réapparu. Je pensais que G et moi avions réussi à l'exorciser. Ce n'est pas très rassurant.
Heero ne répondit pas tout de suite, il tentait tant bien que mal de tout assimiler. La vie passée de son amant était un cauchemar, comment avait-il réussi à se sortir intact de toute cette merde ? Quoi que intact n'était peut être pas tout à fait exact. Hilde reprit, sentant bien que le brun n'était pas encore en état de parler.
_ Je me demande … je pense qu'il a vraiment eu peur de te perdre à cause de cette fille, additionné à la peur de perdre Deathscythe, ça doit être le déclencheur.
_ Hn. Qu'est-ce que je dois faire Hilde ?
La pauvre jeune femme sentait bien la détresse dans la voix de son nouvel ami, malheureusement elle ne pouvait pas grand chose pour lui, surtout à plusieurs milliers de kilomètres de là.
_ Je ne sais pas, je suis désolée. Je te dirais bien de le laisser faire en espérant qu'une fois qu'il se sentira vengé, il sera plus calme mais …
_ Mais tu as peur qu'il reprenne ses habitudes d'avant, c'est bien ça ?
_ Oui. Surveille-le Heero. Parle-lui, ne le laisse surtout pas s'enfermer dans sa tête, force-le même si vous devez vous engueuler, il t'aime et il ne prendra pas le risque de te perdre, alors n'hésite pas.
_ Pfffffff. Oui, je vais faire comme ça. Bon, je te tiens au courant t'inquiète pas, mais je vais devoir te laisser, Duo ne devrait pas tarder. Merci pour tout.
_ Merci à toi de m'avoir prévenu. Je l'appellerai tout à l'heure, je ferais comme si de rien n'était et je verrai bien ce qu'il me dira.
_ D'accord, bonne chance. A bientôt. Bonne fin de dimanche.
_ Pour moi, il est quasiment finit Heero, le décalage horaire, tu te rappelles ? Allez bye !
_ Ouai ... bye.
Le lundi matin arriva plus vite que ne l'attendaient les deux amants. Si Duo était excité comme un cavalier de l'Apocalypse au matin de sa première bataille, Heero, lui, était stressé et nerveux comme un hérétique devant l'Inquisition. Sentant l'inquiétude de son compagnon, Duo s'approcha et l'entoura de ses bras.
_ Tu es toujours d'accord bébé ?
Heero se retourna sans briser leur étreinte et lui fit face. Il le contempla un instant en silence, comme pour s'assurer que sa voix ne le trahirait pas.
_ Oui. Finissons-en.
Alors, Duo lui planta un bref baiser sur les lèvres et, se détachant de lui, alla chercher le portable du brun sur la table basse pour le lui donner.
_ Vas-y, je reste près de toi.
_ Et si elle ne veux pas répondre ?
_ Crois-moi, elle ne résistera pas en voyant ton nom s'afficher. Et si elle ne décroche pas, laisse un message lui demandant de te rappeler au plutôt sans rien dire d'autre, je te garanti qu'elle le fera au plus vite.
_ Très bien.
Heero inspira profondément pour se donner du courage. Le plus dur allait être de jouer la comédie, de ne pas laisser le ton de sa voix montrer le dégoût que lui inspirait la jeune femme. Il sursauta lorsque la première sonnerie retentit et son corps se tendit. Raide comme un piquet, il n'avait plus conscience de la main de son amant autour de la sienne, seules les tonalités résonnant dans son oreille avait toute son attention. Un déclic se fit entendre et une voix un peu hésitante répondit. Heero se maudit de la lenteur de sa réaction. A la voix de la japonaise, il avait bloqué. Il se gifla mentalement pour se reprendre et lui répondit.
_ Fuyuko ?
Ouf. Il n'avait pas bégayé. La suite maintenant.
_ Hee … Heero ?
_ Oui. Je … j'espère que je ne te dérange pas ?
Heero l'entendit déglutir.
_ No … non. Je ne m'attendais pas à un appel de toi c'est tout.
A la voix douce et craintive de Fuyuko, Heero eut un presque des doutes sur sa culpabilité et il manqua de craquer, seulement Duo ne comptait pas le laisser faire. Voyant le regard troublé du brun, il lui serra la main un peu plus fort pour le rappeler à l'ordre.
_ Oui, je m'en doute. Écoute, ce que je veux te dire n'est pas facile mais je tiens beaucoup à m'excuser pour la dernière fois.
_ Oh …
Pour le coup, elle semblait vraiment surprise.
_ Oui, je me suis rendu compte que j'avais été très injuste envers toi et très dur aussi. Je te demande pardon, même si je sais que je ne le mérite pas.
_ Ah …
Elle n'était décidément pas loquace ! Heero maugréa intérieurement. Il allait falloir qu'elle y mette du sien, sinon si il n'y arriverait pas !
_ Je n'aurais pas dû m'emporter contre toi comme je l'ai fait, surtout que …
Bon c'était le moment crucial. Il devait à tout prix être convainquant. Mais comment assurer sa voix quand rien que d'imaginer la situation qu'il allait lui décrire lui déchirait le cœur ?
_ ... surtout que je me suis rendu compte que tu avais raison pour Duo.
Un hoquet de surprise résonna au bout de la ligne. Heero se concentra, resserrant inconsciemment sa prise sur la main de l'américain.
_ Co … comment ça « raison » ?
_ Et bien, tu avais raison de dire qu'il m'avait fait quelque chose. C'est comme si il m'avait ensorcelé, je ne me suis rendu compte de sa vraie personnalité qu'il n'y à que quelques jours.
_ Que s'est-il passé ?
Elle semblait reprendre de son assurance.
_ En fait son cheval a été malade et il est mort. Il en a été très affecté comme tu t'en doutes, ce que n'importe qui peut comprendre. Par contre, il a laissé entrevoir son vrai visage après. Il est devenu complètement parano, il s'est mis à t'accuser, à dire que tu avais tué son cheval...
Heero laissa délibérément sa phrase en suspens, comme si il reprenait de l'air pour poursuivre, en réalité il voulait écouter le moindre souffle de son interlocutrice pour tenter d'y entendre un signe révélateur. Toutefois il en fut pour ses frais, aucun signe d'air, à croire qu'elle se retenait de respirer en attendant la fin de sa phrase.
_ Au début, on a tous pensé que la douleur et le chagrin le faisait délirer mais ça n'a fait qu'empirer. J'en ai eu marre, j'ai craqué, je lui ai dit que ça ne pouvait pas être toi, il m'a accusé de prendre ta défense, on s'est tellement engueulé qu'à la fin je... je l'ai quitté. Il est reparti aux États-Unis ce matin, sur un coup de tête. J'ai fini par réaliser qu'il n'était pas celui que je croyais. Même si c'est un peu tard, tu crois que tu pourras me pardonner d'avoir été aveuglé ?
Il avait envie de vomir. Tous ces mensonges ! Lui qui n'aimait pas ça, mais alors pas ça du tout ! Et Duo ? Lui qui avait pour principe de vie de ne pas mentir ? Comment avait-il pu inventer un truc pareil ? Est-ce que la vengeance se situait au-delà des principes pour Shinigami ? Quand tout ça serait fini, il faudrait vraiment qu'ils discutent. La voix de Fuyuko le ramena sur terre.
_ Je suis désolée pour son cheval, je suis désolée pour vous, et je crois que oui, je pourrais te pardonner.
Heero ne put s'empêcher de penser que le ton de sa voix avait l'air trop enjoué pour qu'elle soit réellement attristée de tout ce qu'il lui avait raconté. En une seconde, ses interrogations précédentes volèrent en éclat, remplacées par une haine démesurée envers la jeune femme. Si au moins, elle avait semblé réellement désolée pour Deathscythe, Heero aurait pensé qu'elle éprouvait des remords. De toute évidence, ce n'était pas le cas !
_ Je te remercie. Je pense que je me suis fourvoyé à ton sujet, à notre sujet. J'aimerai beaucoup te revoir pour parler de tout ça face à face, ça serait mieux je pense. Tu crois que tu pourrais te libérer ce soir pour venir chez moi ?
_ Bien sûr !
Trop facile ! Heero grinça des dents, voilà qu'il devenait aussi sarcastique que Duo.
_ Par contre n'en parle ni à tes parents ni aux miens, je ne suis pas encore prêt à les revoir.
_ Aucun problème. A quelle heure veux-tu que je vienne ?
_ Et bien, je travaille cet aprem', alors disons vers 20 heure ?
_ Super ! A ce soir alors Heero.
Rien que la façon dont elle prononçait son nom... Brrrrr … Ça lui collait de d'ces frissons ! Une vipère. Voilà à quoi elle lui faisait penser, une fourbe et vicieuse petite vipère.
_ A ce soir Fuyuko.
Il raccrocha et s'effondra dans les bras de Duo. La tension extrême qui l'avait habité pendant toute la conversation se relâcha d'un coup et il sentit une profonde fatigue l'engloutir.
_ Là, là, je te tiens love. Appuies-toi sur moi. Je suis tellement navré que tu ais dû faire ça. Merci énormément. Tu ne sais pas à quel point ça compte pour moi que tu ais accepté de le faire. Je t'aime tant.
_ C'est bon mon ange. Je t'aime aussi. C'est pour nous que je l'ai fait. Quand je pense à ce soir …
_ Ce soir je m'occupe de tout, tu ne t'inquiète de rien.
_ Hn.
Heero n'était pas franchement convaincu mais à cet instant, il ne sentait pas le courage de mettre en doute les dires de son amant. Il n'aspirait qu'à une chose, se blottir contre Duo éternellement. Seulement, l'heure du repas approchait. Ils avaient fait toutes leurs corvées du matin, ils avaient décalé chacun le seul cour qu'ils avaient dans l'après-midi et Duo avait changé son cheval de place. Il l'avait conduit dans un des box de l'infirmerie placés à l'écart des écuries de telle sorte que, même si elle s'y promenait, elle ne risquerait pas de le voir.
_ Je vais préparer à manger et après on fait tout ce dont tu as envie.
_ Hn. J'ai envie de me reposer et après on pourrait sortir se faire une ballade à cheval. Je sais que les chemins sont pas super praticables mais on doit pouvoir faire un petit tour quand même ?
Duo l'embrassa tendrement en prenant son visage au creux de ses mains.
_ J'ai dit tout ce que tu veux, alors on fera comme ça. Que veux-tu manger ?
_ Je te fais confiance. Je vais m'allonger un peu, appelle-moi quand ce sera prêt.
_ Pas de problème.
_ A droite ou à gauche ?
_ A droite plutôt, à gauche il y a une descente qui risque d'être boueuse.
_ Tu as raison. A droite alors.
Duo engagea donc Deathscythe sur le petit chemin vallonné qui serpentait entre les champs et qui les ferait longer la forêt. Le temps n'était pas au beau fixe mais il ne faisait pas trop froid. De toute évidence, la promenade plaisait autant aux cavaliers qu'aux montures. Heero se sentait revivre. Ça faisait si longtemps qu'il n'était pas sortit en extérieur avec son amant. Depuis les concours avec Fuyuko en fait, il avait dû renoncer à ses ballades du dimanche comme les appelait Duo.
Quand ils étaient en match ou que lui-même allait en concours, ils trouvaient toujours le temps de faire au moins un petit tour, histoire de se retrouver juste eux. Il ressentit encore une fois une vague de culpabilité l'accabler, il ne se pardonnerait jamais d'avoir fait subir ça à Duo, cet abandon … L'américain ne fut pas dupe, il vit bien le malaise de son amant et tenta d'orienter la conversation sur un sujet banal, anodin, qui les éloigneraient de toutes ces histoires passées mais aussi de ce qu'ils devraient faire le soir même. Ils parlèrent ainsi de tout et de rien, parfois ils se taisaient, savourant simplement le silence uniquement troublé par le doux bruit des sabots sur le sol mou. L'air était vivifiant et même en hiver le paysage était sublime. Ils se retrouvaient comme coupés du monde, dans leur petite bulle de tendresse et Dieu que ça leur avait manqué !
Dans un élan d'amour incontrôlable, Duo enleva sa main droite du pommeau de sa selle et se pencha légèrement pour attraper celle d'Heero. Comprenant l'intention de son compagnon, celui-ci prit ses rênes dans une seule main et referma les doigts autour de celle de Duo. Ils se sourirent et continuèrent à marcher ainsi jusqu'à leur retour au club.
Après avoir dessellé et s'être occupés des chevaux, ils nourrirent avec l'aide de Wufei et rentrèrent dans un silence de plomb jusque chez eux. Duo ouvrit et s'effaça pour laisser passer Heero. Ils accrochèrent leur manteau dans le placard de l'entrée et une fois dans le salon, ils restèrent là, sans bouger, sans rien dire, sans savoir quoi faire. La tension qui envahissait peu à peu la pièce leur pesait autant à l'un qu'à l'autre mais ils n'osaient pas briser le silence. C'était à peine si ils osaient se regarder. Chacun craignait ce que l'autre allait dire. Finalement, ce fut Duo qui osa, il prit la main de son amant, l'entraîna sur le canapé et le cala dans ses bras.
_ Je ne suis qu'un crétin. On devrait tout annuler, ce n'est pas une bonne idée, regarde dans quel état ça te met.
Heero secoua la tête, répondant négativement.
_ Je ne te dirais pas que je suis à l'aise avec cette idée, j'ai peur des conséquences, mais il faut le faire, tu te sentiras libéré ainsi. Je ne veux pas que cette histoire te hante encore, je veux reprendre une vie normale et … tout est ma faute, alors c'est normal que j'y mette du mien.
_ Ta faute ?
_ Hn. Si j'avais stoppé Fuyuko plus tôt, on n'en serait pas là.
_ Arrête Heero ! On en a déjà parlé, tu n'es pas responsable de la folie de cette fille !
Duo prêchait dans le vide, il le voyait bien.
_ Ouai … Quelle heure il est ?
_ 19h13. Tu veux manger bébé ?
Heero secoua la tête de gauche à droite en grimaçant.
_ Pas faim.
_ Oui, moi non plus.
Heero jeta un œil autour de lui. Avisant la porte d'entrée légèrement entrouverte, la bouteille sur la table, les verre qui l'accompagnaient, le mot posé à côté. Il voulait s'assurer qu'ils n'oubliaient rien.
_ Tout est prêt ?
_ Oui.
Le silence retomba dans le salon et les deux hommes ne quittèrent par leur position. Elle n'était pourtant pas si confortable. Ils redoutaient tant l'arrivée de la japonaise … Cette fois ce fut Heero qui se reprit le premier. Il se releva d'un bond et se planta devant l'américain qui le regardait en se demandant quelle mouche l'avait piqué !
_ Bon ça suffit, on va pas rester plantés là comme deux cons à se retourner le cerveau. On va faire ce qu'on a dit. Ton plan est tordu mais il est bon, alors on va le mettre en pratique et maintenant qui plus est !
La bouche ouverte, stupéfait de cet éclat soudain, Duo ne bougeait toujours pas. Son amant était terriblement sexy comme ça. Les poings sur les hanches, fier et droit, une lueur de défi qui brillait au fond de ses yeux. Alors un sourire naquit doucement sur ses lèvres et prenant tout son temps, il se déplia et se leva à son tour. Il attrapa le menton du japonais entre les doigts de sa main droite et passa la gauche sous son pull. Si Heero ne bougea pas, Duo put tout de même sentir le frisson qui le secoua. Cela lui donna juste envie de jouer un peu plus. Il approcha ses lèvres de celles de son amant, presque à les toucher, il souffla doucement dessus avant de murmurer.
_ You're so sexy like this, my love.
Et il l'embrassa. Sans précipitation, avec délectation, comme si il goutait sa bouche pour la première fois. Ses lèvres papillonnaient sur celles du brun, sa langue taquinait sa jumelle. Encore et encore, ne donnant qu'un avant-goût de la soirée. Sa main passait et repassait sur son ventre, effleurant sensuellement la peau fine et contractée des abdos du brun. Quand le baiser prit fin, Heero se recula et le regarda avec amusement.
_ Vraiment ?
Le regard de Duo se fit encore plus prédateur.
_ Tu en doutes ? Tu veux des preuves ?
_ Pourquoi pas ?
Duo reprit ses lèvres, toujours sans précipitation aucune, au contraire il prenait tout son temps, se frottant lascivement contre ce corps qu'il savait si brûlant. Il voulait sentir l'excitation monter en lui. Son plan serait exécuté, certes, mais ça ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas donner de plaisir à son amant. Ce soir, il se donnerait complètement à lui, de tout son corps, de toute son âme. Il lui ferait oublier que tout ceci était programmé, minuté. Il lui ferait perdre la tête jusqu'à ce qu'il se perde lui-même. Pas pour se faire pardonner cette machination, pour le remercier d'y participer au contraire. Alors qu'il sentait son compagnon durcir contre lui, il laissa un instant ses lèvres.
_ Dans la chambre.
Net, précis, Duo n'attendait aucune réponse, aussi, il partit sans se retourner dans ladite pièce. Heero, perdu dans les brumes du plaisir, ne comprit pas tout de suite. Toutefois, il se reprit vite et poursuivi le natté jusqu'à leur lit où il s'était déjà installé, l'attendant dans une position des plus indécentes.
_ Tu te fais désirer bébé ?
Pas besoin de répondre. Pas avec des mots en tout cas. Heero s'avança lentement, profitant à sa juste valeur de la vision extatique reposant sur les draps. La couverture avait été repoussé au pied du lit.. Il se passa inconsciemment la langue sur les lèvres, il avait la bouche sèche d'un coup. Il enleva pull et t-shirt, les laissa tomber au sol sans y prêter plus d'attention. Les yeux de Duo flamboyèrent.
Heero monta sur le lit et vint se placer à quatre pattes au-dessus de lui. Il le regarda sans rien faire, son corps si proche du sien sans pour autant le toucher. Il vit le natté ouvrir la bouche mais posa vite un doigt sur les lèvres si douces. Pas de mot. Duo sourit. Il aimait beaucoup cette idée. Il agrippa la nuque du brun et l'attira à lui délicatement. Heero se laissa faire mais ne resta pas inactif. Il enleva les encombrants vêtements de son amant et caressa doucement son torse. Ses lèvres entamèrent un circuit qu'elles connaissaient par cœur sans s'en lasser. Elles glissèrent le long du cou, suçotant et mordillant la peau. Elles freinèrent un peu en arrivant près des boutons de chair, la langue du brun les titilla, joua avec un moment puis repartit sur le chemin menant au nombril, laissant derrière elle une traînée de feu vif.
Les caresses s'enchaînèrent encore mais gardaient pour cible le haut du corps. Leurs jeans les gênaient mais aucun ne voulait céder, c'était à celui qui exciterait le plus l'autre. Le premier qui se jetterait sur son amant pour le mettre à nu aurait perdu. Et Duo perdit. Il était à bout, de plus, si son but semblait être atteint, à savoir faire oublier à son amant l'arrivée prochaine de Fuyuko, lui s'en rappelait parfaitement et il savait qu'il avait un timing serré à respecter. D'un mouvement souple, il inversa leur position et déboutonna le jean d'Heero. Il le fit glisser, libérant des cuisses musclées et se dit que finalement, il pouvait bien s'occuper du boxer en même temps. Les deux morceaux de tissu rejoignirent le reste des vêtements sur le sol. Alors que son amant avançaient ses mains pour faire subir le même traitement à son pantalon, il le stoppa, attrapa ses poignets et les ramena au-dessus de sa tête, lui faisant bien comprendre que ce soir, comme il le lui avait dit plutôt, il s'occupait de tout.
Les phares d'une voiture balayèrent le parking privé des moniteurs, près de la Grange. Le véhicule en question se gara, s'alignant à ceux déjà présents. Quand le moteur fut coupé, la portière conducteur s'ouvrit, laissant sortir une jeune femme aux cheveux bruns tombant sur ses épaules. Elle se dirigea d'un pas quelque peu hésitant vers l'entrée du bâtiment. Elle était anxieuse et excitée en même temps, cela se sentait dans sa façon de se mouvoir. Ses pas étaient précipités mais en regardant bien, l'on pouvait voir ses mains trembler. Elle se saisit vivement de la porte d'entrée et passa le hall rapidement, cherchant sur les portes des appartements le nom de son ancien moniteur.
Enfin, elle le trouva. Elle jeta un œil à sa montre, elle était pile à l'heure, parfait. Elle ajusta ses vêtements, défroissant des plis imaginaires sur son manteau et sa jupe. Inspirant un grand coup, elle frappa de légers coups à la porte qui partit un peu en arrière sous la poussée. Intriguée, elle l'ouvrit complètement et osa pénétrer d'un pas dans l'appartement. Il y faisait sombre mais une légère lumière parvenait du salon. Appelant tout bas le nom du japonais, elle jeta des coups d'œil de part et d'autre, détaillant avec avidité l'intérieur, l'intimité de l'homme qu'elle aimait. Jamais elle n'aurait pensé pouvoir visiter son appartements après les évènements de la semaine passée, et là, non seulement elle se trouvait chez lui, mais en plus c'était lui qui l'y avait invité. Elle lui ferait oublier son américain dégénéré, cette erreur de la nature. Heero avait fait fausse route mais elle lui pardonnait, elle le ramènerait sur le chemin de la raison.
Ne voyant personne, elle s'engagea plus franchement dans l'entrée et se dirigea vers le salon. Perdue dans sa contemplation, elle n'eut pas conscience d'un regard turquoise posé sur elle ni de la porte d'entrée qui se refermait sans bruit dans son dos. Le salon était vide, rien n'y traînait à l'exception d'une bouteille de vin ouverte mais non entamée sur la table, deux verres posés à côté. Elle avisa un morceau de papier blanc sur la table.
« De quoi commencer la soirée en beauté, je t'attends dans la chambre avec impatience. »
Elle sentit son cœur s'arrêter et repartir aussi vite, ses joues la brûlèrent et son corps entier fut parcouru de frissons. Alors elle ne s'était pas trompé, Heero l'aimait ! Il s'était rendu compte de son erreur et cette soirée, c'était pour s'excuser ! Toute à sa joie, elle ne fit plus attention à tout ce qui l'entourait, elle était comme déconnectée de son corps. Elle attrapa la bouteille et remplit les deux verres, ne pouvant résister elle en but plusieurs petites gorgées à la suite pour se donner du courage et reprendre un peu ses esprits.
Un peu rassérénée, elle se mit à la recherche de la chambre. Première pièce, cuisine, raté. Elle se dirigea vers le couloir et poussa la première porte, tombant de suite dans le bureau. La porte d'après s'avéra être la buanderie. Elle commençait à avoir la tête qui lui tournait, mettant ses vertiges sur le compte de la nervosité et d'une espèce d'excitation par anticipation, elle poursuivit son chemin, arrivant dans la salle de bain. Très bien, ne restait plus qu'une porte, au fond du couloir.
Prenant son courage à deux mains et s'armant de son plus beau sourire, les deux verres toujours à la main, elle poussa la porte et là … Les deux verres pleins s'écrasant sur le sol ne firent presque pas de bruit, leur chute amortie par la moquette. Les deux mains plaquées sur la bouche, les yeux écarquillés et remplis d'incompréhension, elle fixait sans y croire les deux corps en mouvements sur le lit, à moitié recouvert par les draps.
Heero ne se rendait même plus compte de ce qui se passait. Il ne s'inquiétait ni de l'heure ni de savoir si Fuyuko était arrivée ou non. Fuyuko qui d'abord ? Plus rien n'existait à part son amant. Jamais, pas même la première fois alors que Duo s'était entièrement offert à lui sans rien attendre en retour, il n'avait éprouvé ça.
A croire que la culpabilité ressentie par Duo de devoir infliger une telle épreuve à son compagnon était un bon aphrodisiaque. Dès qu'il fut parvenu à débarrasser Heero de son jean et de son boxer, sa bouche et ses mains continuèrent leur progression vers le bas de son corps. Elles caressèrent son membre avec déférence et application mais ne lui apportèrent pas la délivrance tant espérée.
Heero ne comprenait plus. D'habitude lorsque son amant vénéré le prenait en bouche, il ne le relâchait qu'après lui avoir une apporté une jouissance indescriptible, ensuite il le prenait avec amour et passion. Ça n'avait pas l'air d'être son attention là. Qu'avait-il en tête ?
Sans qu'il ne s'y attende, Duo se redressa et Heero vit le drap glisser le long de son corps pour s'arrêter sur la douce courbure de ses hanches. Dieu, son amant avait une chute de reins à faire se damner le plus saint des saints ! Il le regarda, incrédule, se préparer lui-même rapidement, la tête rejetée en arrière, de petits gémissements plaintifs s'échappant de ses lèvres entrouvertes. Puis, il plaça ses hanches au-dessus du membre plus dressé que jamais du japonais et se laissa redescendre, ses yeux plantés dans les siens. Duo ne grimaça même pas en sentant le sexe imposant de son amant s'imposer en lui, il ne ressentit aucune douleur, trop occupé qu'il était à regarder son amant rougir sous l'intensité de son regard.
Lorsque Duo sentit son Heero en lui jusqu'à la garde, il laissa échapper un soupir de contentement et s'allongea de tout son long sur le corps du brun. Il le sentit frémir aux frottements occasionnés par ce mouvement et s'en réjouit grandement. Il avait décidé plus tôt dans la soirée qu'il ferait tout pour que leurs ébats ne ressemblent pas à un coup programmé comme ce devait être le cas à l'origine. Ça serait plus que ça, Heero méritait plus que ça. Il se donnerait à lui comme jamais. Duo se souciait peu à cet instant de son propre plaisir, il s'était fixé un but, lancé un défi, faire perdre toute notion spatio-temporelle à son amant. Lui donner plus de plaisir qu'il n'en avait jamais eu. Défi oh combien ambitieux quand on connaissait leurs exploits passés, mais Duo savait qu'il pouvait le faire. Cependant, pour mener ça à bien, il avait besoin de se sentir connecté à lui.
Toujours allongé sur lui, il plaça ses mains de chaque côté de son cou, ses doigts fins se rejoignant derrière la nuque. Il le fixa plus intensément encore, leur visage à quelques centimètres l'un de l'autre. Il commença une très lente ondulation de ses hanches, le reste de son corps ne bougeait pas, plaquant celui du brun encore plus profondément dans le matelas. Il ne pouvait pas parler, Heero le lui avait bien fait comprendre. Alors, il mit tout son amour, toute sa dévotion, toute sa tendresse, dans ses prunelles incandescentes. Il souhaitait ardemment lui faire comprendre ce qu'il lui offrait. Il sentit comme un léger mouvement d'air dans la pièce aussitôt suivit d'un bruit sourd et d'un glapissement de bête blessée et il su que son plan venait de débuter. Ne se laissant pas déconcentrer pour autant, il accentua ses gestes. Sans aller plus vite, il emmenait ses hanches toujours plus bas à chaque aller-retour, savourant pleinement le souffle de plus en plus rauque de son amant sur son visage.
Heero n'en pouvait plus. Il allait mourir c'était certain. Jamais, non jamais il n'aurait eu l'audace d'imaginer ça. Ils ne faisaient pas l'amour, ils étaient l'Amour. Ce n'était pas qu'un acte charnel, sans qu'il ne sache comment, Duo les avait emporté dans leur monde rien qu'à eux, monde qu'ils n'atteignaient lors de leurs ébats qu'au moment de l'orgasme. Habituellement, il ne se sentait connecté à Duo de façon aussi intense qu'au moment, bien trop court, de la délivrance. Pourtant, là, la connexion était bien réelle, il pouvait la ressentir jusqu'aux tréfonds de son être, jusqu'aux papillons qui virevoltaient dans son ventre. Ils étaient en symbiose parfaite, une communion pleine et entière de leur corps et de leur âme. Heero se perdait lui-même dans les yeux de Duo. Gêné par quelques mèches de sa frange, il leva une main et repoussa les cheveux rebelles. Son autre main remonta elle aussi et attrapa la natte de son amant, ne pouvant plus se détacher de lui. Il ne pouvait même plus gémir ni fermer les yeux. C'était Duo qui avait le contrôle mais pour autant il ne se sentait pas dominé, ni dominant d'ailleurs. Ces considérations n'avaient même plus lieu d'être. Ils avaient atteint un état de béatitude digne des plus grands moines bouddhistes.
L'un sur l'autre, leurs mains au niveau du visage ou de la nuque, ils se mouvaient en douceur, avec une grâce touchante, Heero sentit qu'il ne pourrait plus tenir et il en fut presque soulagé. Il était épuisé, soutenir le regard de Duo, le poids de son corps sur lui, le plaisir sans nom qu'il lui apportait... Il vit les lèvres de son amant bouger et il put y lire les mots muets qu'elles dessinaient.
« Je t'aime ».
L'orgasme le balaya. Il ne l'avait même pas senti arriver, il lui brûla les reins et des perles d'eau brillèrent au coin de ses yeux. Yeux qui ne voyaient plus rien, ni les iris violines emplies de satisfaction, ni le plafond de la chambre. Rien qu'un voile blanc, plus lumineux que les nuages du paradis. Il se libéra en son amant par de longs et puissants coups de reins, ses mains crispées sur son cou. C'était indescriptible, d'une puissance incommensurable. Il savait qu'il venait de vivre un moment unique, magique, d'une intensité rare. Puis, plus rien, le néant, il sombra dans une inconscience bienvenue.
Duo vit avec plaisir son amant se tendre, ses yeux se voiler et il le sentit venir en lui, longuement, puissamment. Et même si lui n'avait pas eu sa délivrance, il se délecta de celle de son amant, preuve qu'il avait réussi sa mission, lui faire oublier la présence de la japonaise à l'entrée de leur chambre, d'autant plus qu'il sentait qu'elle était encore là. Elle n'avait pas pu s'arracher au spectacle qui se jouait sous ses yeux. Cependant, il n'en ressenti pas la satisfaction qu'il avait attendue, celle que lui apportait la jouissance de son amant était bien supérieure. Il vit Heero fermer les yeux et sombrer et il se dégagea doucement pour ne pas lui faire de mal. Il embrassa tendrement ses lèvres et se redressa, prenant bien garde de ne pas le découvrir. Elle ne devait rien voir de son corps. Il était sien.
Replaçant le drap sur Heero, il s'assit sur le bord du lit, dos à la porte et se pencha pour attraper son boxer et son jean. Il aurait aimé se lover contre lui, rester près de lui pour attendre son réveil et ne pas manquer le petit sourire qui apparaîtrait sur ses lèvres. Ce moment avait été si ardent, si seulement ils avaient pu connaître une telle expérience dans une situation différente... Mais bon … On ne changeait pas le passé, ce qui était fait était fait et il fallait maintenant terminer son plan. Sinon, tout ça aurait été inutile. Sans même se retourner, il savait qu'elle n'était plus là, tout comme il savait qu'elle ne pouvait pas être allé loin. Elle ne pouvait pas sortir puisque Quatre avait bloqué la porte de l'extérieur, et quand bien même, avec le tranquillisant pour chevaux qu'il avait versé dans le vin, elle ne serait pas partie bien loin.
Ne prenant pas la peine d'enfiler quoi que se soit de plus et après une dernière caresse à son amant, il quitta la chambre, grimaçant devant la tâche de vin à l'entrée de la pièce, il allait falloir shampouiner la moquette. Comme il s'y attendait, il la trouva évanouie dans le couloir. Il vérifia rapidement qu'elle ne s'était pas blessée en tombant et la transporta dans le salon. Il la jeta négligemment sur le canapé et fouilla ses poches.
Il commençait à s'impatienter quand, enfin, il brandit fièrement l'objet de sa quête. Il consulta le menu du téléphone portable, il cherchait le journal des appels. Une fois trouvé, il s'empressa d'effacer la trace du coup de téléphone que lui avait passé Heero le matin. Il le remit ensuite à sa place et alla dans l'entrée. Il toqua quelques coups et la porte s'ouvrit sur Quatre.
_ C'est bon ?
_ Oui. Merci.
_ Où est-elle ?
_ Sur le canapé.
Duo voyait bien que Quatre hésitait, il voulait lui demander quelque chose mais il n'osait pas. Et comment qu'il n'osait pas ! Le blond avait du mal à reconnaître son ami. Il avait l'impression d'avoir à faire à un étranger. C'était Duo sans être lui. Son ami, si expressif d'habitude, avait laissé place un être froid dont le regard ne laissait rien transparaître. Un regard vide et sombre, glacial. Quatre se ressaisit, il se redressa et pu enfin parler.
_ Tu ne lui a rien fait, hein ?
Encore ce sourire ! Carnassier, dédaigneux.
_ Pas encore ….
_ Et où est Heero ?
Quatre jouait son joker. Au nom de son amant, une touche de douceur apparut dans les yeux et le sourire du natté. Fugace, certes, mais Quatre l'avait bien vu. Il était rassuré de voir que finalement son ami n'était pas loin.
_ Il dort, il se remet. Je vais attendre qu'ils se réveillent. Merci pour ton aide. A demain.
_ Ok. A demain. Si t'as un problème …
Pas la peine de finir sa phrase, ils s'étaient compris. La porte se referma et Duo retourna dans le salon. Il avait prévu des sels pour réveiller Fuyuko, il n'avait pas envie qu'elle passe la nuit là. Heureusement que Sally lui avait donné la bonne dose pour l'endormir, une très faible dose, juste de quoi l'assommer rapidement et pendant seulement quelques instants.
Il lui passa le petit flacon sous le nez et quand il la vit grimacer, il le referma et le mit dans sa poche. C'était le moment. Elle n'allait rien comprendre. Il jubilait mais s'efforça de ne rien laisser paraître dans son attitude.
Où était-elle ? Que s'était-il passé ? Elle avait mal au crâne et sentait bien qu'elle n'était pas dans son lit, mais alors où … ? Soudain, un flash la terrassa. Elle revit avec une netteté effrayante les derniers événements de la soirée. L'homme qu'elle aimait dans les bras d'un autre, en train de faire l'amour et elle était restée là, n'arrivant pas à croire ce qu'elle voyait. Elle ne pouvait s'arracher à cette vision, paralysée par le choc. En plus, pas n'importe quel autre ! Elle ne comprenait plus rien ! Elle s'était débarrassé de lui, il ne devrait pas être ici ! C'était elle qui devrait être dans ce lit avec Heero et pas ce … ce monstre !
Elle ouvrit enfin les yeux, furieuse et désorientée. Elle se redressa doucement, une main sur la tête dans une vaine tentative de calmer son début de migraine. Elle s'assit et regarda autour d'elle, pas de trace du japonais. Et l'autre ? Pas en vu non plus, parfait, elle allait partir. Une fois chez elle, elle se reposerait et tirerait tout ça au clair. Elle voulait surtout comprendre comment Heero avait pu se retrouver dans les bras de Duo alors qu'il lui avait demandé de passer. Sûrement que ce taré d'américain avait menti, en fait il n'était pas parti et il avait réussi à envouter son amour encore une fois. Oui, c'était ça. Ça ne pouvait être que ça ! Elle devait libérer Heero ! Forte de cette résolution, elle se leva.
Un mouvement dans l'entrée du salon la fit sursauter. Elle porta la main à sa poitrine dans un réflexe inconscient. Ses yeux se noircirent de haine quand elle reconnut le corps élancé de son ennemi. Elle le regarda approcher doucement, elle eut soudain l'impression de savoir ce que devait ressentir un lapin face à une panthère. Il devint vite évident pour elle qu'elle était la proie, l'intruse indésirable. Elle le haïssait c'était acquis mais là, à l'instant, elle en avait surtout peur. Son regard seul suffisait à glacer le sang, le sourire mauvais qui ne quittait pas son visage n'annonçait rien de bon non plus. Elle ne savait pas quoi faire mais n'eut pas à attendre plus longtemps.
_ Alors ? Le spectacle t'a plu ?
Que devait-elle répondre à ça ? D'ailleurs, devait-elle vraiment répondre ? Il devait bien se douter que la réponse était non ? Alors, elle ne répondit pas. Duo ne se départit pas de son calme et s'approcha encore. Il allait maintenant poser la question clé. Celle qui allait mettre en route tout le reste de sa machination, la partie principale même. Celle qui la détruirait.
_ Et on peut savoir ce que tu fais chez nous ? … Heero ne t'a pas dit la semaine dernière qu'il ne voulait plus te voir ?... Jamais... Tu as de la chance que je l'ai suffisamment occupé et épuisé pour qu'il ne te remarque pas.
Chaque phrase faisait mouche. A chaque coupure, elle reculait d'un pas et finalement se retrouva acculé contre un mur du salon. Comment ça chez « nous » ? Comment ça "la semaine dernière" ? Elle avait reparlé à Heero depuis, Duo ne devait pas le savoir.
_ Hee … Heero m'a appelé. Il m'a dit que tu étais … parti. C'est lui qui m'a demandé de venir !
Si au début elle était encore hésitante, elle avait repris du poil de la bête. Tant mieux, ça n'en serait que plus jouissif.
_ Oh ! Et pourquoi serais-je parti ? Pourquoi aurais-je quitté mon si merveilleux amant, l'homme que j'aime et qui m'aime ?
_ Heero ne t'aime pas ! Il m'a appelé et m'a dit de venir ! Il m'a dit que vous étiez séparés et qu'il avait fait une erreur ! Il n'est pas comme toi, il est normal lui ! Toi tu n'es qu'un dénaturé, un pervers !
Le sourire de Duo se fit moqueur. Comme il aimait ça, voir la certitude qui habitait ses yeux en cet instant, la chute ne serait que plus spectaculaire.
_ Je crois que tu es folle. Tu as perdu la tête si tu veux mon avis. Dis-moi, as-tu eu l'impression qu'il ne m'aimait pas tout à l'heure ? Que je le forçais ? Tu ne l'a pas entendu gémir ? Tu n'as pas vu le plaisir que je lui donnais ? Qu'est-ce qui, dans ton monde imaginaire, aurait pu faire qu'Heero et moi nous séparions ?
Elle ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Elle ne trouvait pas ses mots, elle ne voulait pas répondre à ses provocations, elle voulait ignorer, oublier ce qu'elle venait de voir. Elle ferma les yeux et se concentra pour ne pas faire de bourde.
_ Heero m'a dit que ton cheval était mort et que tu étais devenu incontrôlable et qu'après il t'avait jeté.
Duo s'esclaffa.
_ Oh vraiment … Mais Deathscythe va très bien ! De quoi aurait-il donc bien pu souffrir dans ton monde imaginaire ?
Elle se mordit les lèvres et ses doigts ne devaient plus ressembler à grand chose vu comment elle les tordait à cet instant.
_ Je … je ne sais pas, Heero ne me l'a pas dit …
_ Tu es sûre de ne pas savoir ? Qu'est-ce qui pourrait bien terrasser un cheval en pleine forme si rapidement ? Voyons, tu dois avoir une petite idée, intelligente comme tu es …
_ Je … Non ! Je n'en sais rien, n'essaie pas de m'embrouiller ! Je sais que ton cheval est mort ! Il ne peut pas être vivant !
_ Et pourquoi donc ?
_ Heero me l'a dit !
Duo secoua la tête, l'air faussement peiné pour elle, intérieurement, il était aux anges, ça devenait vraiment amusant de voir comment elle rougissait et de voir ses yeux se dérober alors qu'elle cherchait quoi répondre sans s'incriminer.
_ Tttttt, pauvre petite fille perdue, Heero n'a pas pu dire ça puisque mon cheval va très bien, tellement bien que cet après-midi nous sommes allés nous promener à cheval en amoureux.
_ Non … je sais qu'il est mort, c'est obligé.
Elle commençait à douter, parfait. Sa voix avait perdu en intensité, preuve qu'elle ne savait plus trop où elle en était.
_ Je le sais, Heero …
_ Arrête avec tes « Heero me l'a dit », je te dis moi qu'il ne t'a rien dit du tout et encore moins de venir chez nous ce soir !
La voix de Duo claqua. Elle sursauta.
_ Mais ... et la bouteille de vin hein ? Et le mot ?! C'est pas une preuve qu'il m'attendait peut être ?
_ Cette bouteille c'est moi qui l'ai apporté, j'ai fini avant Heero, je l'attendais mais il était tellement pressé de me retrouver qu'il ne l'a pas vu et est venu directement dans la chambre, enfin ... dans le lit en fait ...
Elle le fixa avec un air si désemparé que Duo se dit que c'était vraiment trop facile. Un sourire triomphant illumina soudain le visage de Fuyuko et elle fourra rapidement la main dans sa poche pour en sortir son portable. Elle le lui montra en jubilant, sa voix prenant des accents de victoire.
_ Tu vas voir ! Je vais te prouver qu'il m'a appelé, qu'il m'a dit de venir et que ton cheval est mort ! Après tu partiras, tu nous laisseras tranquilles une fois pour toute !
Duo croisa les bras et attendit, il restait d'un calme à toute preuve, c'était le moment qu'il attendait. Elle ne s'en rendit même pas compte. Elle cherchait frénétiquement dans son portable la preuve qu'elle avait raison. Duo vit une ride de contrariété barrée son front, elle ferma les yeux une seconde, ses doigts s'arrêtant de taper sur les touches et quand elle les rouvrit, se fut pour jeter à Duo un regard de haine et de folie.
_ Comment as-tu fait ? C'est toi hein ? Je le sais ! Pas la peine de mentir !
_ De quoi tu parles petite fille ?
Le portable vola dans la pièce pour finir sa course, et sa vie, dans un mur. Il frôla Duo qui ne bougea pas d'un millimètre. Elle haletait, furieuse et ses yeux n'arrivaient à se poser nulle part dans la pièce. Un des effets secondaires du tranquillisant ajoutait probablement à sa désorientation. Sa voix devenait hystérique.
_ Tu n'es qu'une sale petite pute !! Tu mens ! Heero m'a appelé et ton cheval est mort, je le sais, je l'ai tué !!!
Elle stoppa aussitôt, les mains sur la bouche. Le temps suspendit son vol alors qu'elle réalisait ce qu'elle venait de dire. Quant à Duo, un sourire triomphant éclairait son visage. Enfin ! On y était. Il éclata d'un rire lugubre qui la fit frissonner.
_ Toi ? Tuer ? Mais tu ne sais même pas ce qu'est la mort pauvre petite fille perdue. Moi je le sais … Je suis son messager, vois-tu elle m'a choisit lorsque j'étais enfant.
En un geste, il éteignit la lampe qui se trouvait à portée de main et il la plaqua contre le mur, son corps presque collé au sien, il murmurait d'une voix aussi noire que la pièce désormais. Elle tremblait et suffoquait, ne comprenant pas comment la situation avait dégénérée à ce point. Elle était terrifiée et espérait vivement que ce n'était qu'un cauchemar. Cet homme face à elle dégageait une telle impression de froideur, froid comme le néant, le vide absolu.
_ Tu ignores ce que tu risques à jouer avec Shinigami petite fille. Crois-tu réellement que Heero t'aurai appelé ? Crois-tu réellement qu'il t'aurai demandé de venir le voir ? Crois-tu réellement que je t'aurai laissé le champs libre ? La leçon de la semaine dernière ne t'a pas suffit ?
Lentement il fit remonter sa main le long de sa gorge, resserrant son étreinte au fur et à mesure de sa progression. Il n'aurait qu'un geste à faire, une simple contraction du biceps et elle serait morte. Il voyait toute la scène comme si il était hors de son corps, expérience qu'il avait déjà vécu plusieurs fois, à chaque bagarre il dissociait son esprit de son corps. Cette fois ne serait pas différente. Quoi que … si tout compte fait, elle serait un peu différente, cette fois, il pourrait aller jusqu'au bout.
Ce ne furent pas les sanglots hachurés de la japonaise qui l'en empêchèrent. Ce fut une main douce et légère posée sur son épaule et deux petits mots de rien du tout.
_ Mon ange...
Heero s'était réveillé le sourire aux lèvres. Il se sentait si bien. Enfin complet, pour la première fois de sa vie. Il s'étira et chercha son amant en palpant le matelas autour de lui avant même d'avoir ouvert les yeux. Le vide et les bruits qui lui parvenaient du salon eurent tôt fait de ranimer sa mémoire encore confuse et il se jeta littéralement hors du lit, enfilant boxer et jean en vitesse, comme son amant un instant plus tôt. Il pria pour que Duo n'ait rien fait d'inconsidéré et fonça dans le couloir.
Lorsqu'il vit la scène qui se déroulait sous ses yeux, il ne perdit pas une seconde et se retrouva très vite contre le dos de son amant. Il devait le ramener vers lui avant que Shinigami, l'enfant des rues ne fasse des siennes et ne le regrette ensuite. Avançant plus près, il posa une main sur son épaule et l'appela.
Duo relâcha toute la tension de son corps et la laissa. Elle s'effondra, se laissant glisser contre le mur en suffoquant. Ses yeux pleins de larmes ne distinguaient plus rien mais elle avait reconnu la voix d'Heero. Elle s'essuya rageusement les yeux et leva la tête. Il ne la regardait même pas, il se contentait de bercer ce démon au creux de ses bras.
_ Chuuuuut mon ange, mon amour, mon Graal... C'est fini, elle a compris que je t'appartenais, elle ne nous approchera plus maintenant. Elle ne te fera plus de mal, jamais, je ne la laisserai plus faire ... Chuuuuuuut ....
Ce n'est qu'à ce moment qu'il posa les yeux sur elle. Et elle comprit qu'elle avait perdu. Le dédain et le dégout dans ce regard étaient bien réels. Mais elle voulait comprendre ! Elle se releva tant bien que mal, ses jambes la portant à peine.
_ Heero ?
Cette voix plaintive, comme elle était désagréable. Où était passée la charmante jeune femme avec laquelle il s'était tant amusé ? Où était l'amie ? Disparue de toute évidence, si elle avait seulement existé un jour, ce dont Heero doutait au final. Cette soit disant amitié n'avait été qu'une façade pour l'approcher et l'attirer vers elle. Aujourd'hui, elle se révélait au grand jour. Le fait qu'elle ait avoué avoir tenté de tuer Deathscythe l'avait conforté dans le plan de son amant. Il n'éprouvait plus aucune culpabilité à y avoir participer.
_ Qu'es-tu venue faire ici ?
Fuyuko était déconcertée, lui aussi allait lui faire le coup du « je ne t'ai pas appelé » ? Elle n'avait pourtant pas rêvé, elle était sûre que Duo l'avait manipulé comme il le faisait avec Heero, tout comme elle était sûre que ce dernier ne pourrait pas lui mentir.
_ Tu … tu m'as appelé …
Duo, toujours dans les bras de son amant, reprenait ses esprits, finalement soulagé que le brun l'ait arrêté à temps. Il aurait vraiment regretté après coup, non pas que la vie de cette fille ait une quelconque valeur pour lui, mais ruiner sa vie et celle d'Heero à cause d'elle ? Jamais ! Il se contenta donc de regarder l'amour de sa vie porter le coup de grâce à celle qu'il avait bien faillit tuer de ses mains.
_ Je ne t'ai pas appelé. Tu es folle Fuyuko.
_ Mais …
_ Je t'avais dit que je ne voulais plus jamais te voir ! Quel mot n'as-tu pas compris dans ma phrase ? Serais-tu idiote en plus d'être dérangée ? Ça se soigne tu sais !
Droit au but. Elle le regarda, les yeux écarquillés de stupeur. Sans même un dernier coup d'œil, il se détourna d'elle complètement et caressa délicatement le visage de Duo qui abaissa ses paupières pour savourer pleinement le contact. Il posa ses lèvres sur les deux volets de peau, descendit sur le nez puis enfin sur les lèvres, les baisant délicatement.
Se retirant, il soupira d'aise et sourit en entendant Duo faire de même. Il avait eu peur mais maintenant il savait que Duo resterait celui qu'il avait connu six mois plutôt. Il ne redeviendrait pas la brute froide et associable des foyers de son adolescence, parce qu'il ne le laisserait pas faire, tout simplement. Il faudrait qu'il pense à en parler à Duo et à appeler Hilde pour la rassurer. Mais en attendant …
_ Tout va bien ?
_ Oui.
Duo se cala dans ses bras, il ronronnait presque, complètement oublieux de la présence de la japonaise. Pour lui, tout était fini, elle n'existait déjà plus. Seul comptait son homme, son amour à qui il s'était offert de la plus belle des manières. Et d'ailleurs, Heero avait l'air de s'en souvenir à l'instant.
_ Merci mon ange, pour le don magnifique que tu m'as fait tout à l'heure.
Duo leva les yeux vers lui et ne vit qu'un regard cobalt émerveillé empli de reconnaissance et de toute évidence plus qu'ému. Alors il lui donna la seule réponse qu'il pouvait lui faire.
_ Prends-en soin, c'est tout ce que je te demande.
Heero le serra contre lui, très fort, comme pour qu'ils ne fassent plus qu'un, comme un nourrisson serrant son doudou, comme les mères le font avec leur enfant, comme les amants véritables le font depuis la nuit des temps.
_ Oui mon ange, je prendrai grand soin de ton âme.
Heero cella sa promesse d'un baiser et posa sa tête dans son cou. L'américain en fit de même et ils partirent, ainsi enlacés, dans leur monde rien qu'à eux. Ecoeurée dans tous les sens du terme et persuadée d'avoir perdu la raison, Fuyuko s'enfuit de l'appartement aussi vite qu'elle le put.
Les deux amants n'entendirent même pas la porte claquer.
Voilà pour la vengeance de Duo, j'espère qu'elle vous satisfait ?
Pour celles qui souhaitaient sa mort (et j'en fait partie croyez-moi !) je suis désolée mais je trouvais que ça aurait été un peu exagéré et ça me disait pas d'en faire des meurtriers et d'envoyer mon chouchou en tôle !!!
A bientôt pour la suite, au programme, la reprise des match notamment car n'oublions pas qu'ils un championnat à mener !!
Bizzzzz
