Salut ! Alors de la même manière que c'est l'histoire que Gaara redoute le plus de raconter, moi c'est le chapitre que je redoute le plus de poster :'D Déjà parce que c'est là qu'on va voir si le "suspense" que j'ai essayé d'instaurer (enfin bon j'dis ça mais quand j'avais commencé cette histoire j'avais pas du tout prévu que ça parte dans cette direction, vous savez ce que c'est) va marcher ou retomber comme un soufflé triste, mais aussi parce que c'est le plus "hard" de la fic (je sais qu'il y a laaargement pire sur ce site mais je suis un bisounours qui a pas pour habitude de poster des trucs même un peu hard mdr)
En espérant que vous aimerez !
/!\ Attention : Ce chapitre aborde des thèmes comme le harcèlement, les violences homophobes et le suicide.
Cassette 6, Face A
Naruto était ailleurs durant son travail. Il se fit reprendre à plusieurs reprises par son supérieur, et ses collègues le raillèrent une nouvelle fois.
« Eh ben ? Qu'est-ce qui t'arrive ? T'as eu un nouveau rencard et cette fois ça s'est mal passé ?
- C'était pas un rencard, fichez-moi la paix ! S'énerva Naruto.
- Pas la peine de le prendre comme ça…
- Ouais, parce que c'est pas comme ça que tu vas mettre fin à ton célibat ! »
Ses collègues rirent de la blague, et Naruto leva les yeux au ciel. Il les ignora et quitta son travail dès qu'il le put.
Il voulait rapidement terminer les cassettes, et en même temps, il avait peur de s'y mettre. Il savait que la prochaine histoire qui l'attendait serait la plus difficile. En tout cas, elle avait visiblement été la plus difficile pour Gaara. Naruto allait enfin comprendre ce qui lui était arrivé au lycée, ce qui l'avait traumatisé au point d'en avoir encore des conséquences aujourd'hui.
Une fois rentré chez lui, il se changea et mangea rapidement. Il n'avait pas très faim. Il emporta un sweat, la carte, son walkman et la sixième cassette, puis il ressortit.
Il faisait bon. Les gens étaient attablés aux terrasses des bars, et ils discutaient joyeusement. D'habitude, Naruto aurait été envieux, il aimait bien s'installer dehors et rire avec ses amis en sirotant une boisson.
Mais aujourd'hui, il voulait être seul. Il voulait du calme. Il s'éloigna un peu des bars pour retrouver un peu de tranquillité avant d'entamer la cassette.
« Bon. Nous y voici. Les événements que je vais te raconter sont probablement parmi les pires souvenirs que j'ai. Et je vais évoquer certaines choses dont je n'avais encore jamais parlé à qui que ce soit, même à Temari et Kankuro. J'espère que je vais aller jusqu'au bout.
Je n'ai associé aucun lieu sur la carte à cette histoire. Tu peux aller où tu veux. Moi, je suis toujours là, assis à mon bureau. Je n'ai jamais parlé autant en si peu de temps.
Est-ce qu'on sent que j'essaie de retarder l'inévitable ? »
Oui, on le sentait. Naruto commençait lui-même à stresser.
Il réfléchit à un endroit où se poser. Hors de question de retourner chez lui. Il y avait un parc pas très loin, avec un kiosque à l'abandon ; cela ferait l'affaire. Il espérait qu'il n'y aurait pas grand monde.
Une fois arrivé, il fut heureux de constater que personne ne se trouvait au vieux kiosque. Les gens préféraient s'installer près de la grande fontaine qui se trouvait plus loin dans le parc. Naruto s'assit en tailleur sur le sol dur.
« Je t'ai brièvement parlé de mon ex. Pardon de ne même pas donner de prénom mais, j'ai peur de craquer en le prononçant et de tout abandonner en brûlant ces cassettes et en me cachant à tout jamais dans ma chambre.
C'était donc en première, comme je te l'ai dit, il me semble. Il s'est retrouvé dans la même classe que moi, je ne l'avais jamais vu avant. Ou peut-être que si, mais je ne m'en souviens pas. Je n'ai pas une bonne mémoire des visages. Lui, il me connaissait, il avait déjà entendu des ragots sur moi, et il connaissait mon nom, comme une bonne partie du lycée.
J'étais l'ermite, l'emo, l'intello, le roux. J'étais aussi le 'fils de', et par conséquent, 'celui dont la mère est morte à sa naissance'. C'est le genre d'information qui avait facilement été trouvée, surtout alors que j'étais déjà une cible facile. »
Naruto était scandalisé qu'on puisse se servir de ce genre de choses contre lui. Les gens qui le faisaient n'avaient-ils donc pas de cœur ? Ça ne leur suffisait donc pas de s'attaquer bêtement à lui pour son silence ou sa couleur de cheveux ?
« Je t'ai déjà raconté comment nous avons commencé à nous parler. Il faisait partie des quelques personnes qui ne m'avaient pas pris pour cible, mais il a été le seul à venir vers moi et à ne pas avoir été décontenancé par mes rejets. Il ne comprenait pas pourquoi autant de monde s'acharnait sur moi. Moi, j'avais arrêté de chercher. De toute façon, il y avait toujours une nouvelle raison. C'était à peine si j'osais ouvrir la bouche en cours pour répondre aux questions, de peur que ça ne me vaille de nouvelles railleries. Même avoir un accent correct en cours d'anglais pouvait devenir un prétexte pour se moquer de moi. »
Gaara semblait complètement blasé en racontant ces souvenirs. Comme s'il était épuisé rien qu'en y repensant.
« Ça ne l'a pas arrêté. Il continuait à me parler, et quand parfois on lui demandait en riant pourquoi il traînait avec moi, il ignorait royalement la question ou envoyait paître la personne. Nous avons fini par devenir amis ; on discutait beaucoup ensemble, on s'entraidait pour les cours, on se voyait parfois en dehors du lycée…
Et pour la première fois de ma vie, je suis tombé amoureux. »
Cela faisait toujours bizarre d'entendre Gaara parler ouvertement de ses sentiments.
« On dirait que c'est mon truc, de tomber amoureux de ceux qui font un peu plus attention à moi que la moyenne… »
Il eut un rire embarrassé, mais sa voix paraissait surtout peinée. Naruto appuya sa tête contre la barrière à laquelle il était adossé et ferma un instant les yeux. Il aurait voulu avoir quelque chose à dire, mais rien ne venait.
« Au début, bien sûr, je refusais de reconnaître que je l'aimais. Pour moi, ce n'était pas normal. C'était ce que j'avais appris ; je ne pouvais pas tomber amoureux d'un garçon. C'était censé être contre-nature et malsain. »
Ce genre de choses mettait Naruto en colère… Le fait que l'on puisse entendre tellement souvent que ne pas être hétéro est une mauvaise chose que l'on finisse par croire qu'on a soi-même un problème, comme le décrivait Gaara.
« Pourtant, je ne m'étais jamais senti aussi heureux qu'en sa présence.
Un jour, il m'a invité chez lui. Et à un moment, il m'a regardé sérieusement en me disant qu'il avait quelque chose à me demander ; il voulait savoir ce que je penserais de lui s'il me disait qu'il n'était pas hétéro. Je ne savais pas quoi répondre. C'était la première fois que je rencontrais quelqu'un dans le même cas que moi. Je l'admirais, sur beaucoup de choses, et voilà que j'apprenais que nous avions ça en commun.
Peut-être que je n'étais pas si anormal, après tout.
Je lui ai répondu, 'On m'a appris que ce n'était pas normal et contre-nature.'
'Et toi ? Tu penses que je suis anormal et contre-nature ?' M'a-t-il doucement demandé.
'Non,' me suis-je immédiatement exclamé. »
« Toi non plus, tu n'es pas anormal, » murmura Naruto, repensant à la précédente cassette.
« Il m'a expliqué qu'il s'était récemment rendu compte que peu lui importait le genre de la personne quand il s'agissait d'attirance. Je me sentais comme sur un nuage. Je lui ai avoué timidement qu'en ce qui me concernait, j'avais fini par comprendre que je préférais les garçons. Et je ne sais pas ce qui m'a pris, mais j'ai lâché, 'surtout un.'
Me rendant compte de ce que j'avais dit, j'ai détourné le regard en me maudissant de ma bêtise. »
Naruto sourit. Ce n'était pas bête, c'était surtout mignon !
« Il m'a alors dit qu'il était arrivé à sa conclusion en réalisant que lui aussi, il y avait un garçon qui l'intéressait plus que les autres.
On s'est regardés. Puis, je ne sais plus qui a initié le geste, sûrement lui, mais on s'est embrassés. Et plus rien d'autre ne m'importait à ce moment-là. Je me fichais de tout ce que j'avais entendu jusque-là, sur ce qui devait être normal et naturel ou pas. En cet instant, rien ne me semblait plus normal et naturel que ses lèvres contre les miennes, sa main sur ma taille, les battements de son cœur contre ma paume.
Rien ne me semblait plus normal et naturel que cet amour partagé, et le bonheur qu'il me procurait. »
Le cœur de Naruto se serra. C'était assez perturbant d'entendre Gaara lui dévoiler des détails aussi personnels, mais c'était poignant. Il ne comprenait pas comment on pouvait encore penser qu'un tel amour ne pouvait pas être vrai, juste parce que ce n'était pas entre une femme et un homme.
« On s'est aimés. Intensément, éperdument. On se voyait chez lui, car j'avais trop peur de le faire venir chez moi. »
Pas étonnant.
« On arrivait parfois à se cacher au lycée pour échanger quelques gestes d'affection. Rien que pour se tenir la main, on devait vérifier autour de nous que personne ne regardait. »
Naruto serra les poings.
« Les gens s'éloignaient de plus en plus de mon copain, parce qu'il traînait avec le paria du lycée.
Mais ça nous était égal. On s'aimait, et c'était ce qui comptait le plus. J'avais même retrouvé l'envie d'aller au lycée, rien que pour le voir. Ça a duré une bonne partie de l'année scolaire.
Et un jour, quelqu'un nous a vus en train de nous embrasser. »
Le début des ennuis… La voix de Gaara s'était faite basse, et on entendait sa respiration devenir plus forte. Ça devenait difficile à raconter pour lui.
« A la fin de la journée, tout le monde était au courant. A partir de là, tout s'est dégradé. Les moqueries et les insultes se sont intensifiées, et pire que tout, elles ne me touchaient plus moi uniquement. Je m'en voulais de lui faire subir ça… Il me disait de ne pas m'en faire, mais tout ce que je voyais, c'était qu'on s'en prenait à lui parce qu'il était avec moi… Et… »
Il s'était interrompu à cause d'un sanglot qu'il retenait.
Maintenant, ça devenait difficile à écouter pour Naruto.
« Un jour, j'étais seul près des casiers. Mon copain devait me rejoindre un peu plus tard. Mais un groupe de trois ou quatre garçons est arrivé. Je les connaissais, ils faisaient partie de ceux qui s'acharnaient le plus sur moi… Sur nous. Ils ont commencé à me provoquer, à m'insulter. Je voulais m'éloigner, mais ils me bloquaient le passage. Les casiers dans mon lycée n'étaient pas situés près de salles de classe, crier pour appeler à l'aide ne m'aurait servi à rien. Et ils le savaient.
J'ai tout fait pour garder un maximum de contenance, mais j'étais terrifié. Je n'avais aucune idée de ce qu'ils voulaient me faire. »
Les poings de Naruto étaient à présent si serrés que ses ongles s'enfonçaient presque dans ses paumes. Il tremblait de colère.
La voix de Gaara, elle, tremblait encore de peur.
« Mon copain a fini par arriver. Il a commencé à s'énerver et à dire aux autres de nous laisser tranquilles. Ils se sont mis à rire, et l'un d'eux s'est avancé vers lui en lui disant 'Qu'est-ce que tu vas faire ?' J'étais tétanisé, mort de peur. Soudain, celui qui provoquait mon copain l'a bousculé violemment, et il s'est défendu. C'est là qu'ils ont commencé à se battre. »
Naruto baissa la tête et rajusta ses écouteurs, comme pour mieux se concentrer et ne rien rater de ce qui allait suivre.
« Il était sportif et arrivait à rendre les coups, mais il était seul contre plusieurs. Je ne supportais plus de voir ça, j'ai réussi à sortir brièvement de ma torpeur et j'ai voulu les empêcher de l'attaquer. L'un d'eux m'a alors violemment frappé, je crois que j'ai été jeté contre les casiers, et j'ai perdu connaissance. »
Naruto eut besoin de faire une pause. Au moins quelques minutes. Il se leva et fit lentement le tour du kiosque, tout en prenant de grandes inspirations pour chasser la tension qui l'envahissait. Entendre le récit de telles violences lui donnait lui-même envie de devenir violent.
Lorsqu'il se sentit mieux, il retourna s'asseoir, serrant ses genoux contre lui.
« Quand je me suis réveillé, j'étais à l'hôpital. Seul. Je ne comprenais pas ce qui se passait. J'ai paniqué. J'ai voulu me lever, mais ma tête me faisait terriblement souffrir. »
Gaara cachait toujours le même côté de son front avec ses cheveux. Une cicatrice qu'il voulait dissimuler ?
« Un infirmier a fini par arriver et a eu bien du mal à me calmer. Il m'a expliqué que j'avais passé la nuit ici. Il a aussi dit que les jours de mon copain n'étaient pas en danger, mais qu'il avait été 'salement amoché,' pour reprendre ses mots. »
Quel tact…
« Je voulais le voir, je voulais sortir de ce lit, mais j'étais encore trop faible.
Après quelques heures, j'allais un peu mieux, et j'ai eu le droit d'aller le voir. Il était effectivement en très mauvais état… Ses parents étaient dans la chambre, sa mère avait encore le visage rougi par les pleurs. Ils m'ont à peine vu arriver. Je n'ai rien pu dire d'autre que 'je suis désolé'. Ils ne m'ont pas répondu. »
Même si Naruto savait que Gaara avait dit ça car il était désolé pour les parents de son copain, il était presque sûr que son ami se sentait aussi un peu responsable. Il aurait voulu prendre Gaara entre quatre yeux pour lui dire qu'il n'avait aucune raison d'être désolé. Les seuls qui devaient l'être, c'étaient les types qui avaient mis son copain dans cet état !
« Je suis resté à l'hôpital jusqu'au lendemain en observation. J'aurais pu sortir plus tôt dans la journée, mais mon père n'est venu me chercher que le soir. Je voulais retourner voir mon copain avant de partir, mais il m'a simplement dit, 'hors de question'.
On était en semaine, mais Temari et Kankuro nous attendaient à la maison. S'ils étaient au courant de ce qui s'était passé, c'est uniquement parce que Temari m'avait appelé plusieurs fois et qu'elle s'était inquiétée que je ne réponde pas. Elle a appelé mon père, et il a bien été obligé de lui dire que j'étais à l'hôpital. »
« Mais quel enfoiré… » Lâcha Naruto.
« Ils sont restés quelques jours pour être avec moi.
Bien évidemment… Les raisons de cette… De cette agression étaient déjà arrivées aux oreilles de mon père. Les professeurs et surveillants avaient compris qu'on se faisait parfois 'chahuter' – c'est le terme qu'ils ont apparemment employé – parce qu'on était ensemble. »
Il y eut une pause, durant laquelle on entendait Gaara respirer profondément.
Il se retenait de pleurer, c'était évident. Naruto serra un peu plus fort ses genoux. Il était stupéfait de la façon dont le harcèlement de Gaara et de son copain avait été minimisé.
Et pourtant, maintenant qu'il y repensait, quand lui-même en avait été victime lorsqu'il était plus jeune, les professeurs s'étaient contentés de qualifier ça de « jeux d'enfants. »
« J'ai demandé à mon frère et ma sœur de m'emmener à l'hôpital sans que mon père le sache. Je voulais voir comment allait mon copain. Sa mère était dans le couloir. En me voyant, elle a blanchi. Elle m'a dit de partir immédiatement.
Je ne comprenais pas. Je lui ai dit que je voulais juste savoir comment allait son fils. 'Mal', a-t-elle dit. Elle avait, malgré elle, un regard accusateur, mais surtout inquiet. Elle a fini par me dire que mon père était venu les voir. »
« C'est pas vrai… » Cet homme n'avait-il donc aucune limite ?
« Comme je te l'ai dit, mon père est l'un des hommes les plus influents de la ville. Même plus. Il a énormément de moyens et une batterie d'avocats. La famille de mon copain n'était pas très aisée. Je ne sais pas ce que mon père leur a dit exactement, mais il leur a fait peur et leur a interdit de laisser leur fils communiquer avec moi. La mère de mon copain m'a dit qu'elle était sincèrement désolée, m'a redemandé de partir et est retournée dans la chambre.
Dès qu'il a pu sortir de l'hôpital, ils ont déménagé. J'ai voulu l'appeler, mais son numéro avait changé. Je n'ai plus jamais été en contact avec lui. »
La dernière vision qu'il avait pu avoir du garçon dont il était amoureux, c'était donc alors qu'il était allongé dans un lit d'hôpital, après avoir été passé à tabac. Bonjour le traumatisme.
« J'étais en colère. Ça ne pouvait plus durer. Quand mon père est rentré ce soir-là, je lui ai balancé tout ce que j'avais sur le cœur. C'était la première fois que je me dressais contre lui. Je lui ai dit qu'il n'avait pas le droit de faire ça, que je ne supportais plus qu'il fasse tout pour me descendre, pour me rendre la vie impossible. Je hurlais de rage et de désespoir, et je pense que j'ai fait peur à Kankuro et Temari. Mais ils n'ont pas essayé de m'arrêter. »
Peut-être qu'eux aussi auraient voulu se rebeller contre la maltraitance que Gaara subissait.
Sa voix tremblait de plus en plus.
« Mon père, quant à lui, m'a regardé fixement sans rien dire pendant que je déversais toute ma douleur. Il ne m'avait jamais donné la moindre affection, il n'avait jamais été là pour moi, et il venait de me prendre la seule source de bonheur que j'avais connue.
Je l'aimais… J'étais heureux… Et même ça, il ne me l'autorisait pas. »
C'était injuste…
« Quand je me suis tu, il m'a dit avec tout le mépris dont il était capable, 'C'est bon ? Tu as fini de geindre ?' »
Naruto cala son front sur ses genoux.
« Je crois que même mon frère et ma sœur étaient à deux doigts de réagir. Mais je les ai devancés. J'ai dit à mon père qu'il n'était qu'un monstre.
A son tour, il a craqué. Il m'a accusé d'être responsable de tous ses maux. 'Tu es un cancer pour cette famille', m'a-t-il dit. Il m'a aussi balancé à la figure que j'étais mal placé pour le traiter de monstre, car j'avais tué ma propre mère, et mon propre oncle, qui n'avait pas supporté la perte de sa sœur et qui s'était donc suicidé à cause de ce que j'avais fait. »
C'était insupportable. Comment un père pouvait-il accuser son propre enfant de la mort de sa mère et de son oncle ? Comment pouvait-on être aussi cruel ?
Naruto repensa soudainement à la conversation que Gaara avait surprise entre lui et Kiba, lorsque ce dernier l'avait décrit comme ayant l'air d'avoir 'je vais tuer toute ta famille' écrit sur le front. Ça avait dû lui faire encore plus mal que ce qu'il pensait.
« 'Et maintenant, ça, qu'est-ce que j'ai honte', a-t-il ajouté en me regardant de haut en bas avec dégoût. »
Gaara avait répété ces paroles avec lui-même beaucoup de dégoût dans la voix. Du dégoût pour ces mots, pour son père. Peut-être aussi pour lui-même.
« Je crois que la seule raison pour laquelle il ne m'a pas jeté à la rue dans la minute, c'est parce qu'il tient trop à sa réputation. Et aussi parce que Temari a dit, 'je crois que c'est bon, maintenant.' Elle a toujours été sa préférée, sans doute parce qu'elle ressemble beaucoup à notre mère, d'après les photos.
Il ne m'a jamais frappé de ma vie. Il n'en a jamais eu besoin. Les mots laissent parfois plus de traces que les coups. »
Et comment soigner des blessures qu'on ne voit pas ?
« Quand j'ai pu retourner au lycée, ce fut pire qu'avant. Les quelques amis de mon ex qui ne m'avaient pas rejeté quand il était là m'ont tourné le dos. En plus des insultes habituelles, maintenant, j'étais aussi le pédé, la tapette, la tarlouze. On spéculait grandement sur ma vie sexuelle à coups de commentaires dégradants. Je ne voulais plus mettre les pieds dans les vestiaires en sport, je préférais me changer dans les toilettes plutôt que d'affronter d'autres remarques humiliantes. On commençait même aussi à dire que j'avais laissé mon copain se faire tabasser sans réagir… Nos agresseurs avaient rapidement été trouvés et punis grâce à un témoin, mais ça n'avait rien changé au traitement que le reste du lycée me faisait subir. »
Naruto étendit ses jambes qui commençaient à s'engourdir. Il se rendit également compte qu'il avait froid. Il n'était pourtant pas particulièrement frileux, mais en cet instant, il frissonnait. Il enfila rapidement son sweat.
« Et quand j'étais chez moi et que mon père était là, il semblait toujours sur le point de me cracher au visage. Je l'évitais autant que possible, je me faisais mes repas dans mon coin et partais manger dans ma chambre.
Mon frère et ma sœur sont souvent revenus le weekend après ça. Un jour, Temari m'a dit qu'il m'était toujours possible de demander l'émancipation. Elle était prête à m'accueillir s'il le fallait. Kankuro aussi. Je lui ai… »
Gaara avait été secoué d'un nouveau sanglot.
« Je lui ai répondu que je n'avais plus la force de me battre contre lui. Je ne voulais plus dépenser d'énergie pour ça.
Et en vérité… »
Il n'arriva pas à finir sa phrase, car il avait commencé à pleurer. Il avait presque immédiatement mis son enregistrement en pause, le temps de se calmer.
C'était la première fois que Naruto entendait Gaara pleurer, et son cœur en fut brisé. Il entendait dans ces quelques pleurs la douleur de Gaara, et il en avait mal lui-même.
Lorsque Gaara recommença à parler, il semblait encore au bord des larmes.
« Et en vérité, je n'avais plus la force de me battre du tout. »
… Oh non. Pas ça.
« J'en pouvais plus. J'en pouvais plus… »
Non. Non, non, NON.
« Je voulais mourir. »
« NON ! »
Naruto avait crié. Quelques personnes l'avaient entendu, mais il n'en avait rien à faire. Il avait envie de fracasser son walkman au sol et de partir sans se retourner. Mais il ne put que rester assis là où il était.
« Je voulais mettre fin à cette souffrance, à cette douleur qui ne s'arrêtait pas et qui me rendait malade. Je voulais que tout s'arrête, ne plus jamais avoir à affronter le lycée, mon père, cette vie qui ne m'apportait rien. Je ne voulais plus vivre en ayant cette sensation de ne créer que du malheur autour de moi. Ma mère que je n'avais jamais connue, mon oncle qui m'avait aimé quand mon père ne le faisait pas, celui que j'aimais et qui avait risqué sa vie pour nous protéger… Rien n'allait plus, rien n'avait jamais été. »
« Non, Gaara… »
« J'étais décidé à passer à l'acte. »
Stop.
« J'ai attendu d'être seul à la maison. »
Arrête.
« J'ai fait couler un bain et je m'y suis installé, une lame de rasoir dans la main. C'était le seul… Moyen que j'avais à ma disposition. »
Arrête !
« Pardon… Je ne devrais pas te raconter ça. »
« Non, tu ne devrais pas ! »
A présent, lui aussi pleurait.
L'un de ses proches, son ami, Gaara, s'était senti si mal et se détestait tellement qu'il avait voulu mettre fin à ses jours. Cela semblait tellement irréel que Naruto peinait à y croire. A vrai dire, il ne voulait pas y croire. Non… C'était impossible. Pas lui. Pas Gaara.
Il se rappela de ce qu'il avait dit dans la cassette précédente. « Je commençais à retomber dans un état dans lequel je m'étais juré de ne plus retomber. » Est-ce qu'il parlait de ça ? Est-ce qu'il parlait de… D'envie d'en finir ?
« Oh non… »
Naruto cacha son visage dans ses mains. Gaara était vivant, il se forçait à se répéter cette phrase en boucle. L'idée même de le perdre lui était inconcevable. Il se leva de nouveau pour marcher un peu et sécher ses larmes qui refusaient de s'arrêter de couler.
Il s'attendait à être en colère. A en vouloir à Gaara de lui avoir raconté ça. A lui en vouloir d'avoir voulu partir. Mais la seule colère qu'il ressentait était envers tous ceux qui avaient poussé Gaara à bout. Ses harceleurs, ses agresseurs, son père. Ses bourreaux.
Gaara était vivant. Il lui parlait, il était là. Il était même avec sa sœur depuis quelques semaines, quelqu'un veillait sur lui. Il était en vie. C'était le plus important. La douleur de l'entendre parler d'un tel mal-être était insupportable, mais si le dire à quelqu'un à voix haute pour exorciser sa souffrance faisait partie de son processus de guérison, alors Naruto écouterait. Et il l'aiderait, il serait là pour lui autant qu'il le pourrait pour que cela ne se reproduise plus.
Il soupira. Avec beaucoup de difficultés, il se réinstalla.
« Et alors que j'étais sur le point de commettre l'irréparable, j'ai été surpris par la sonnerie de mon téléphone, qui était resté dans la poche de mon pantalon. J'aurais pu l'ignorer, mais je me suis arrêté. Je suis allé chercher mon portable dans le but de l'éteindre parce que je ne voulais plus être interrompu, mais peut-être qu'il y avait aussi une part de curiosité : peut-être que j'attendais quelque chose de ce message sans m'en rendre compte. Je ne sais pas. Toujours est-il que j'ai pris mon téléphone, et j'ai vu que mon frère m'avait envoyé un message. »
On entendait Gaara pianoter sur son téléphone.
« Je l'ai encore. Il disait : 'Salut Gaara, Tem et moi on sait que c'est très difficile pour toi en ce moment. On voulait que tu saches que tu peux nous appeler ou venir nous voir si tu as besoin. A très vite.'
C'est comme si mes dernières barrières avaient craqué. J'ai fait la plus grosse crise de nerfs et de larmes de toute ma vie. Je m'arrachais presque les cheveux. J'ai hurlé à m'en déchirer la gorge.
Personne ne m'a entendu. »
« Tu es entendu aujourd'hui, Gaara. » Il serra ses bras autour de lui.
« Mais à la fin, j'ai senti que quelque chose avait changé. J'étais juste… Vide. Et cette fois, je parle bien du vide complet, comme si… Comme si je ne fonctionnais plus. Je n'avais plus envie de rien, même pas celle de retourner dans la baignoire et de finir ce que j'avais commencé. Je m'étais vidé de toute ma rage et de toute ma peine, et il ne restait rien.
Je suis resté assis sur le sol de la salle de bain pendant ce qui m'a semblé des heures, le regard dans le vague. Mais ça n'aurait bien pu durer que cinq minutes, pour ce que j'en sais. J'ai entendu la voiture de mon père, et j'ai repris mes esprits. J'ai vidé la baignoire, je me suis rhabillé, j'ai rangé la lame et j'ai fait comme si de rien n'était. »
Pourtant, il s'était bien passé quelque chose. Et il en souffrait encore aujourd'hui.
« Les choses ont repris leur cours, à une différence près : j'avais décidé de prendre ce vide et de l'utiliser pour consolider l'armure que j'avais commencé à forger avant de rencontrer mon ex. Je ne laisserais plus rien m'atteindre, je n'attendrais plus rien de qui que ce soit. »
C'était donc là qu'il avait commencé à tout bloquer.
« Je n'ai jamais dit à Temari et Kankuro ce que j'avais voulu faire. Je ne leur ai jamais dit que ce message m'avait sauvé la vie.
Au début, je ne leur parlais pas, mais je ne les rejetais pas non plus complètement. J'ai appris petit à petit à faire pour eux une exception, car ils étaient bien les seuls à s'intéresser à moi, à vouloir savoir comment j'allais. Je pense que c'est grâce à eux que je n'ai pas perdu la tête durant ma dernière année de lycée. »
Il n'aurait probablement pas survécu s'il n'y avait pas eu quelqu'un pour lui parler.
Naruto frissonna. Il ne voulait pas y penser. Vraiment pas.
« Pour le reste, je suis resté impassible. J'arrivais en cours au dernier moment et j'étais le premier à partir, pour ne pas avoir à entendre les autres et les éviter le plus possible. Ne parler à personne, et ne laisser personne me parler. De toute façon, personne ne le voulait, si ce n'était pour m'insulter. J'ai travaillé dur pour avoir mon diplôme et partir dès que j'en aurais l'occasion. A la minute où j'ai su que j'avais réussi, j'ai fait mes valises et j'ai quitté la maison.
La boucle est bouclée. »
Sa voix s'était faite dure et froide, implacable, sur ces dernières phrases. Il s'était résolu à se fermer à tout le monde, plutôt que de prendre le risque de voir tout s'écrouler. Comme si tout allait forcément se répéter.
Naruto comprenait beaucoup plus de choses, maintenant. Des choses que Gaara avait dites au début des cassettes, des comportements qu'il avait eus, tout faisait sens. Il comprenait beaucoup mieux l'attachement que Gaara avait à leur amitié, sa peur que tout s'arrête brusquement, sa façon d'être de ces derniers mois ; à la fois proche et distant.
C'était aussi sûrement la raison pour laquelle Gaara l'avait autant repoussé au début ; Naruto lui avait rappelé le début de son histoire avec son ex, et il avait eu peur.
Naruto comprenait aussi un peu mieux pourquoi Gaara préférait qu'il attende d'avoir fini pour le contacter ; autant qu'il ait tout entendu, surtout de telles révélations, les plus importantes.
Il n'avait plus froid. Mais il se sentait épuisé. Ces révélations et ces émotions l'avaient éreinté. Et pourtant, il n'avait aucune envie d'arrêter maintenant. Il manquait encore quelque chose, un maillon, une pièce du puzzle pour comprendre ce qui avait poussé Gaara à parler, et cette pièce se trouvait sur la face B de la cassette encore dans son walkman. Sans perdre une seconde, il la retourna.
C'est quelque chose qui me tient à cœur alors je souhaite brièvement m'exprimer là-dessus : s'il vous arrive d'avoir de sombres pensées comme ça, ne restez pas seul-e avec ça. Parlez-en à quelqu'un, n'importe qui, que ce soit quelqu'un de vos cercles IRL ou bien en ligne, il y aura toujours au moins une personne qui vous écoutera.
Prenez soin de vous !
Note : (tant qu'à faire) (j'aime les notes de fin) (bonjour j'essaie d'alléger la tension) (j'espère que vous allez bien) Alors bon c'est p't'être de l'analyse de texte à deux ronds dont on se fiche un peu, mais si j'ai choisi cette "méthode" pour Gaara (vous voyez de quoi je parle) (alléger la tension on avait dit, Nore), c'est pas spécialement rapport à 13RW, je repensais surtout à la scène dans le manga où il essaie de se faire mal avec un kunai pour comprendre le concept de douleur.
VOILA j'ai fini de raconter ma vie, j'vous laisse !
