Note de l'auteur : Oui je sais je suis une semaine en retard mais... aucune review pour le chapitre 10 ? Bon, je n'aime pas trop quêter les commentaires, mais je trouve pas ça chouette chouette de votre part. Par chance, je sais avoir eu un très bon achalandage ce mois dernier à cause du nouvel outil Reader Traffic de . Voilà pourquoi je ne vous ais pas abandonné à votre suspens et que je vous ais écrit le chapitre 11. Espèces de chanceux.

Chapitre 11

Avançant de son pas naturellement assuré, Rose Scrimgeour reprenait ses aises de propriétaire de la maison. Toujours 22 ans, les cheveux auburn légèrement bouclés et les yeux bleus, son statut de fille du ministre retenue en otage avait nouvellement donné une certaine notoriété à son visage auprès du monde sorcier.

Il n'en était pas question pour l'instant, les couloirs du ministère étant encore calmes à cette heure. Mais la situation risquait de changer sans attendre, si on considérait l'endroit où elle se dirigeait.

Le bureau des Aurors était définitivement l'endroit où on l'envoyait. Pourquoi chercher plus loin ? Le maître ne voulait pas passer par quatre chemins s'il pouvait l'éviter. Et les plans tenus secrets, les grandes décisions prises en huis clos, tout y était et y serait encore. Voilà pourquoi elle était là.

Elle arrivait en vu de l'aile qu'elle recherchait, partie du deuxième étage où l'agitation régnait sans cesse. Tirant sur sa cape bleu cendré, elle en fit disparaître les plis qui, de toute façon, se fondaient dans les reflets du velours. Un pâle sourire était revenu sur ses lèvres et ses yeux brillaient d'un éclat froid qu'ils n'avaient habituellement pas. Sans la chevelure rougeoyante qui lui était propre, certains n'auraient peut-être pas fait le rapprochement entre elle et la jeune fille fraîche et souriante que présentaient les journaux. De charmante elle était devenue polaire. Mais de cela les Aurors ne se formaliseraient pas.

Elle entra d'un pas décidé dans la grande pièce divisée en box, sans se préoccuper du bruit ambiant qu'elle abhorrait habituellement. Les occupants de l'endroit, hommes et femmes assignés à de multiples dossiers, évoluaient dans un brouhaha constant, que chacun alimentait d'exclamations et de commandements divers. Cela contribua à camoufler son apparition pendant quelques secondes, personne n'ayant l'esprit disposé à dévisager les nouveaux venus. Même si soudain…

« Mlle Scrimgeour !? »

C'était Fleisher, elle pouvait l'affirmer rien qu'au ton de la voix. Mais elle ne daigna pas répondre, ni même se retourner vers son ancien garde du corps. Elle n'était pas venue perdre son temps avec les laquais de son paternel. Surtout si par cet acte la nouvelle de son retour s'ébruitait jusqu'à lui. Elle avait mieux à faire de sa visite.

Elle continua donc sans s'arrêter, même si à partir de là, quelques personnes se retournèrent sur son chemin. Son but se situait au fond de la pièce, derrière les portes de chêne vernis, chez le chef du département en personne. Le maître n'aimait pas attendre pour rien, elle se devait d'être ambitieuse dès le début.

Il ne lui manquait d'ailleurs que quelques pas à franchir lorsqu'on l'interrompit à nouveau, d'une manière plus brutale cette fois, en l'empoignant par le bras. Elle s'arrêta avant de se retourner promptement, presque violemment, vers l'importun qui se permettait un tel geste. Sa surprise fut presque inexistante en reconnaissant Kingsley Shacklebolt.

« Monsieur Shacklebolt, veuillez garder vos mains où elles ne gênent pas mes mouvements, j'essayerai de faire de même », déclara-t-elle d'un ton volontairement cassant, même si un sourire ornait encore ses lèvres.

L'homme à la peau noire ne bougea pas pour autant, l'empêchant ainsi de poursuivre son chemin. Il adopta plutôt une expression aimable dont elle ne voulait pas avant de répondre :

« Mlle Scrimgeour ! C'est une agréable surprise de voir que vous vous portez bien. Nous nous sommes inquiétés en votre absence. »

La jeune femme fit alors disparaître la dernière trace d'amabilité qu'il restait sur son visage. Sa cordialité avait des limites que cet homme ne connaissait visiblement pas.

« Et bien… » commença-t-elle de sa voix la plus acerbe, mais soudain sans pouvoir finir.

Pourtant la réplique était là, cinglante à souhait. Mais l'Auror venait au même moment de lui lâcher le bras pour lui serrer la main, geste qu'elle aurait évité normalement, pour des raisons qui lui étaient évidentes.

Les contacts physiques, aussi petits étaient-ils, la soumettaient toujours à une sorte d'éblouissement désagréable et cette fois, ce ne furent pas ses barrières mentales qui en écopèrent mais son esprit lui-même, laissé sans protection d'une manière des plus imprudente. Elle aurait pu comparer l'effet donné à une enseigne au néon allumée derrière ses paupières et qui afficherait agressivement le nom de son interlocuteur. D'un premier sursaut, elle se dégagea vivement de ce dernier avant de s'arrêter après quelques pas, prise d'un vertige soudain. Elle cru pendant quelques secondes qu'elle allait perdre connaissance mais lorsque sa vision lui revint normalement, elle était encore sur ses deux jambes.

« Et bien je serais resté absente plus longtemps si ça vous faisait un tel effet, Shacklebolt », compléta-t-elle finalement, d'une voix qui n'avait plus rien d'imposante.

D'ailleurs, elle ne se rappelait soudainement plus très bien du pourquoi de cette phrase.

Kingsley, quant à lui, ne fut pas long à réagir. Reprenant la jeune femme par le bras, il l'entraîna jusqu'à son box sans que personne ne les remarque. Celle-ci n'opposa pas de résistance, semblant quelque peu sonnée sans qu'il en sache la véritable raison. Il était d'avis qu'un endroit loin des regards indiscrets lui serait profitable. Son bureau formait le bout de sa rangée et était donc légèrement en retrait de l'agitation générale. À l'intérieur se trouvait simplement sa table de travail et deux chaises dont l'une à peine visible sous les piles de parchemins. Les murs n'avaient pas été épargnés non plus et avaient été tapissés de multiples photos et articles de la Gazette. Par chance, le sol permettait encore les déplacements ce qui n'était pas le cas chez certains collègues.

Ce ne fut que pour dégager un peu la place à l'aide de sa baguette qu'il relâcha la jeune femme. Celle-ci eut tôt fait de s'écarter de lui, sans pour autant quitter le box, se contentant de lisser nerveusement sa cape de velours pendant plusieurs secondes. La voyant fixer avec peine ses yeux au même endroit pour plus d'un moment, il se dit à nouveau qu'elle ne devait pas être dans son état normal. Il l'invita d'un geste de la main à a s'asseoir sur la chaise libre mais elle l'ignora.

« Êtes-vous sure d'aller bien, mademoiselle ? » s'informa-t-il alors.

Il y eut un délai avant que celle-ci ne réponde. Comme si elle avait besoin de temps pour décoder ses paroles.

« Oui, bien sûr, pourquoi ne serait-ce pas le cas ? » finit-elle pourtant par déclarer en un souffle.

Elle avait perdu ses couleurs depuis quelques secondes et la respiration lui semblait laborieuse. S'appuyant au mur d'une main, elle agrippa sa cape de l'autre, la tordant fiévreusement entre ses doigts. Mais soudain sa tête ballotta vers l'avant et Kingsley vint la rattraper, croyant qu'elle allait défaillir. Elle ne le fit pas, mais s'accrocha tout de même à lui, alors que ses genoux avaient lâché.

« Qu'avez-vous, mademoiselle ? » s'exclama l'Auror, son inquiétude grandissant à chaque secondes.

Elle répondit quelque chose qu'il ne saisit pas, le son de ses paroles étant étouffé par le tissu de ses robes. Il lui demanda de le dire à nouveau et elle sembla peiner plusieurs secondes avant de pouvoir articuler de nouveau :

« Aidez-moi… »

Il en resta figé quelques secondes, assommé par cette demande à laquelle il ne s'attendait pas. Et puis la voix qu'il avait entendue paraissait si… changée, soudainement.

Il bougea finalement, alors que la jeune femme lui glissait lentement entre les bras et réussit à l'asseoir sur le siège libre de parchemins. Celle-ci tremblait à présent et un voile de sueur couvrait son front. Lorsqu'il lui fit lâcher prises sur ses robes, elle retourna agripper sa propre cape comme si sa vie en dépendait. Et elle n'arrivait toujours pas à fixer ses yeux plus d'une seconde sur le même point.

« Qui a-t-il ? » s'empressa-t-il de lui demander, à présent à genoux devant elle. « Comment puis-je vous aider ? »

Un éclair passa dans le regard bleu de son interlocutrice avant qu'un sourire cruel ne déforme ses traits.

« Lâchez-moi, Shacklebolt, je ne veux rien de vous », cracha-t-elle avec cette nouvelle hargne avant de se mordre les lèvres et de fermer violemment les paupières.

Elle respira plusieurs fois, comme à bout de souffle, avant de relever la tête à nouveau. Ce geste sembla lui prendre toutes ses forces et se sont des yeux rendus brillant par la fatigue qu'il vit se fixer sur lui. Elle ouvrit d'abord la bouche sans pourtant réussir à émettre un son, puis se mordit les lèvres à nouveau.

« Que vous arrive-t-il… » souffla Kingsley, désespéré d'attendre une réponse.

« Un… un Imperium… » haleta finalement la jeune fille, la voix plus hachée qu'à l'ordinaire, avant de se raidir rapidement, fermant les yeux à nouveau.

L'Auror en resta bouche bée, son esprit ne semblant pas vouloir accepter l'information. Dans toute sa carrière, jamais il n'aurait cru entendre une victime du sortilège impardonnable se déclarer elle-même. Mais voici que c'était le cas. La fille du ministre ne serait jamais comme les autres.

Il se ressaisit quelques secondes plus tard, son sang-froid et sa logique reprenant le dessus. Ce n'était pas la première fois que le Seigneur des Ténèbres soumettait des sorciers de leur camp à l'Imperium, ce n'était pas la première fois qu'ils s'en apercevaient non plus. Il n'y avait qu'une chose à faire alors.

« Ne vous inquiétez pas, mademoiselle », murmura-t-il en allant discrètement saisir sa baguette mais sans la lâcher des yeux pour autant. « Je ferai le nécessaire. »

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Un moment était passé depuis son arrivée au ministère. C'était la seule estimation dont son cerveau se sentait capable, alors qu'il lui faisait l'effet d'être modelé en caoutchouc. Un moment, c'est-à-dire entre 30 minutes et quelques heures. Elle ne pouvait être plus précise.

Devant elle était assis un Auror qu'elle ne connaissait pas, ou dont elle ne se souvenait pas, et qui la fixait bêtement, sans sembler avoir autre chose à faire. Il portait une robe d'un brun-orange terni par la lessive, ornée de boutons et de poches à des endroits particulièrement inutiles. Le tout était simplement hideux. Elle faillit le lui dire, avant de décider qu'il n'en valait même pas la peine. Elle était si fatiguée que l'envie de parler lui passait toujours très rapidement.

Elle était encore assise sur la chaise du bureau de Shacklebolt, mais ses mains étaient à présent liées aux accoudoirs et sa baguette lui avait été confisquée. Elle ne se souvenait pas particulièrement du moment où cela avait eu lieu, mais elle ne pouvait que constater les faits. Position inconfortable pour raison inconnue et temps indéterminé.

Autour d'elle, les pensées ne formaient qu'un bourdonnement constant qu'elle pouvait oublier facilement. Peu importait, puisqu'elle n'arrivait même plus à se concentrer assez pour en extirper quoi que ce soit. Elle n'en avait plus l'énergie, ni la volonté.

Comment s'était-elle retrouvée dans ce bourbier ? Déjà si elle pouvait réussir à mettre ce point au clair…

Ce qui lui semblait être un étourdissement la prit à nouveau, effaçant momentanément la vision de l'Auror devant ses yeux et les pensées rationnelles de son esprit. Elle se raidit un peu, ayant l'impression de plonger sous une eau dense.

Que fais-tu ?

Elle ne répondit rien, ne pensa à rien. En vérité on ne s'attendait pas à ce qu'elle le fasse.

Qu'attend-tu ainsi, immobile ? Pourquoi n'agis-tu pas ?

« Je ne peux pas », pensa-t-elle sans grande conviction. « Tout ça est tellement… épuisant… »

Écoute ce qu'ils se disent. Retiens-le. Rapporte-le.

Elle aurait soupiré mentalement si cela était possible. Tout cela lui semblait si… impossible à repousser. Ces mots étaient des ordres qu'elle ne pouvait discuter, ni refuser. Mais elle n'arrivait même pas à comprendre les pensées de l'idiot à robe brune, pourtant à moins de deux mètres d'elle. Tout ça lui semblait si compliqué. Pourquoi était-elle là encore ?

Sa vision revint, ainsi que ses pensées désagréables, comme si rien ne s'était produit entre temps. À nouveau, elle trouva le bureau moche, son gardien moche, sans savoir ce qu'elle faisait ici, et ses liens coupant la circulation de ses mains. Il ne lui manquait plus qu'une migraine.

C'est alors qu'elle détecta une nouvelle présence dans son champs d'écoute ­– c'était une façon de parler – venant en direction du box. Shacklebolt assurément, qui était allé et venu plusieurs fois depuis qu'elle était là. L'homme entra justement dans le bureau quelques secondes plus tard, l'air aussi pressé qu'avant. Elle ne prit pas la peine de le regarder, se contentant de soupirer encore une fois et de changer légèrement de position sur sa chaise. Elle ne se rappelait pas ce qu'il lui avait dit la dernière fois, mais elle n'était pas d'humeur à l'écouter à nouveau, peu importe ses propos. Sur le moment, la seule chose qui lui aurait peut-être fait envie aurait été de dormir.

« Vous êtes toujours avec nous Mlle Scrimgeour ? » demanda Shacklebolt en s'agenouillant devant elle, se mettant à sa hauteur.

Elle le fixa sans répondre. Un « oui » ou un « non » n'aurait pas été d'une très grande utilité, peu importe sa situation. Et l'énergie lui faisait défaut pour ce genre de banalité.

« J'ai parlé avec votre père, et avec d'autres personnes de confiance qui ont votre bien à cœur », poursuivit l'Auror lentement, avec le ton qu'on les guérisseurs lorsque le diagnostic est grave mais qu'ils ne veulent voir personne paniquer.

C'était agaçant selon elle. Et puis vraiment, elle ne voyait pas qui pouvaient bien être les « personnes ayant son bien à cœur ». Tout cela n'était que des sottises. Elle le savait, Shacklebolt le savait, et l'autre en robe brune n'était même plus dans le box pour le savoir aussi.

« Nous avons décidé de la meilleure solution pour vous, étant donné ce qu'il vous arrive », entendit-elle ensuite.

Le reste ne fut pas bien difficile à aller chercher, si bien qu'elle ne pu déterminer avec certitude si les mots avaient été dits ou pensés. Ils n'avaient fait qu'apparaître dans son esprit, sans qu'elle en ait conscience.

« En vous envoyant à New York, vous serez en sécurité », disaient-ils.

New York. Elle tressaillit en entendant cela. Elle ne devait pas aller à New York, elle n'avait pas achevé son travail en Angleterre. Il fallait qu'elle s'échappe, comme la dernière fois.

Tu dois rester au ministère. Écouter autour. Rapporter au maître.

Elle ignora l'ordre. Il ne faisait aucun sens pour elle. Pour éviter New York, s'enfuir, transplaner, Liverpool, Sheffield, Brighton…

Tais-toi.

Brighton. Il fallait qu'elle trouve… qu'elle le trouve.

Elle inspira brusquement, comme si sa tête venait d'émerger de l'eau. Shacklebolt sursauta, alors qu'elle serait les mains sur les accoudoirs de sa chaise. Son esprit venait de s'éclaircir brusquement, même si une volonté autre que la sienne semblait vouloir l'en empêcher. Elle ne devait pas trouver Severus Rogue, elle ne le pouvait pas. Mais elle devait révéler son identité à l'Ordre, maintenant qu'elle-même ne pouvait plus servir d'intermédiaire avec l'espion.

Tais-toi.

Non. Elle devait…

« Mlle Scrimgeour, est-ce que tout va bien ? » demanda Shacklebolt à nouveau préoccupé par elle.

Tais-toi.

« Non… » riposta-t-elle du mieux qu'elle pu. « Je dois… »

L'effort était tel qu'elle vit pendant quelques instants des ombres noires apparaître devant ses yeux. Mais son esprit restait clair sur ce qu'elle devait faire. Une main fraîche vint lui toucher la joue, la forçant à redresser la tête. L'Auror la força à le regarder, tout en articulant tranquillement :

« Que se passe-t-il ? Que cherchez-vous à dire ? »

Non.

« Ma… ma source… » finit-elle par laisser tomber entre deux halètements.

Une lueur s'alluma dans le regard de son interlocuteur. Il comprenait l'importance de ce qu'elle s'apprêtait à dire.

« Qui est-ce ? » souffla-t-il, pour ne plus qu'aucun de ses collègues ne puissent l'entendre.

Non.

« S..Sev… » parvint-elle à expirer, après plusieurs secondes.

Il ne lui en fallu pas plus pour qu'un haut-le-cœur la prenne.

« Rogue… »

Et ses sens se brouillèrent et ses yeux ne virent plus.

Note de l'auteur : hinhih, bon, oui, j'avoue, je n'ai pas encore alligné une seule lettre d'un seul mot du chapitre 12. Mais l'idée est là ! l'idée est là !