CHATON

Un immense merci à tous ceux qui ont lus le chapitre précédent! Vous étiez moins nombreux que d'habitude mais vos commentaires ont fait palpiter mon petit cœur de pierre! J'avais prévu de mettre le paquet pour faire mieux encore ce chapitre là mais j'avoue que je suis très très à la bourre et j'avais un peu l'esprit parasité (notamment par de la danse indienne). J'espère qu'il vous plaira malgré tout! Beaucoup de personnages font leur grand retour et certains se parlent enfin!
J'ai normalement répondu aux membres du site par MP et aux lecteurs anonymes sur mon LJ.
Bonne lecture!


Précédemment dans Chaton

Roger Davies a été piégé par Inger Svenson, sa "fiancée" du moment, lors d'une émission de télé. Inger voulait qu'on parle d'elle, malheureusement, tout ne s'est pas passé comme prévu.
En mentionnant Chaton et ses maîtresses, Roger a suscité l'intérêt de tous les curieux du pays, notamment celui de la rédactrice en chef du Daily Wizard qui, persuadée de tenir le scoop du siècle (et de pouvoir emmerder par la même occasion la Gazette du Sorcier) a lancé sur les traces du mystérieux petit chat son plus fin limier.
Pour rattraper toutes ses bourdes, on a forcé Roger a s'excuser publiquement. Selon Pénélope Deauclaire, la prochaine étape est d'entamer une thérapie.
Le monde du Quidditch a été lui aussi secoué par les propos de Roger. Mettant en cause l'un de ses coéquipiers pour un transfert illégal, il a attiré l'attention de la presse et du Ministère vers les clubs de Wigtown et de Flaquemare. Du coup, même le fait que Flaquemare change de balais paraît suspect. On a chargé Percy Weasley d'enquêter.
Olivier Dubois a refait surface après quatre années. Après avoir été approché par une recruteuse et laissé en pension chez Percy Weasley. Poussé par son épouse, Percy a été obligé de lui demander que quitter l'appartement. Depuis, on est sans nouvelle d'Olivier.

Piqûre de rappel

Gilda Green - rédactrice en chef du Daily Wizard
Darwin - Journaliste du Daily Wizard
Moïra Sander - Stagiaire au Daily Wizard, travaille avec Darwin.
Inger Svenson - ex-"fiancée" de Roger Davies
Libby Livingstone - Présidente des Wigtown Wanderers
Walter Ellis - Poursuiveur des Wigtown Wanderers, soupçonné d'avoir conclu un accord illégal avec Flaquemare.


Procéder par étapes

— Comment ça « on ne nous répond pas » ?

Mal à l'aise, la stagiaire se dandina un instant. La colère de Green, la rédactrice en chef, était prévisible. Depuis près d'une semaine, depuis que Darwin avait pu aller à la « confession » publique de Roger Davies (s'imposer était un terme plus propre à la situation), le Daily Wizard avait retrouvé son statut habituel auprès du staff de Wigtown.

Indésirable et blacklisté.

Autant dire que les demandes d'interview de Bébé n'aboutissaient jamais. Mais Moïra savait que cette explication ne conviendrait pas à sa supérieure.

— J'essaie de joindre les Wanderers depuis plusieurs heures mais ça ne répond pas, tenta-t-elle les yeux baissés.

A vrai dire, on lui raccrochait au nez (enfin, façon de parler, par voie de cheminette, à la figure était plus correct). Et ça, c'était valable pour les rares fois où on décrochait… Nuance légère qui, pour un résultat identique, ne valait pas la peine d'être précisée.

— Je t'avais prévenu, soupira Darwin à l'autre bout de la pièce.

Gilda Green le foudroya du regard. Le calme et le désintérêt visible du journaliste ne faisaient que renforcer l'anxiété de la stagiaire. Quand leur patronne voudrait passer ses nerfs, elle choisirait une personne sur laquelle elle avait prise. Autant dire que deux options s'offraient à Moïra Sander désormais : s'enfuir ou parvenir à la contenter.

— Et moi, je te dis que Davies nous donnera son interview ! répliqua Green sèchement. Il aura à le faire s'il veut calmer tout ça.

Elle désigna les hiboux et les parchemins qui encombraient la pièce. La récompense annoncée avait eu l'effet escompté. Le pays entier s'était mis à la recherche du petit chat. Moïra ne put réprimer un frisson à la simple idée de devoir tout éplucher. Parce qu'évidemment, c'était à elle que cela reviendrait.

— Il est bien conseillé, signala Darwin, et bien entouré.

La jeune femme n'avait pas compris en quoi cela embêtait tant le journaliste. Il n'avait pas donné de détails et s'était contenté de lui dire qu'une campagne de communication avait été mise en place autour de Roger (ce qui lui avait paru, même en tant que débutante, plutôt évident). Et que donc, on ne parviendrait plus à l'approcher désormais. La déclaration du joueur concernant la non-existence de Chaton n'avait convaincu personne. Il n'y avait qu'à voir la masse de courrier que la récompense avait provoquée.

— Bien entouré ? Justement ! répondit la rédactrice en chef avec un sourire. C'est pour ça qu'ils céderont.

Percevant l'agitation du bureau voisin, ils comprirent qu'une piste sérieuse avait été trouvée. Si seulement Moïra avait pu approcher Davies… Elle savait que la réputation de tombeur du joueur était loin d'être usurpée. Peut-être qu'à la différence de Darwin, en utilisant son charme et d'autres arguments, elle aurait su le faire craquer. Cinq cent gallions de récompense, un emploi à vie quasi-assuré au journal… Cela valait bien d'y mettre un peu du sien.

La réflexion amusée de Green la sortit de ses pensées.

— Heureusement qu'à défaut d'avoir Davies, nous avons son ex.

oOoOo

LE NOUVEL AMOUR D'INGER

(Daily Wizard, édition du 6 mai 2004)

C'est dans un restaurant chic de la capitale qu'Inger Svenson a accepté de rencontrer notre journaliste. Celle qui, il y a peu, était encore en proie aux larmes a désormais retrouvé le sourire. Nous l'avions quittée femme blessée en train de se reconstruire, voilà que nous la retrouvons pleine d'énergie, prête à faire à nouveau des projets d'avenir. L'homme serein qui se tient à ses côtés n'y est sûrement pas pour rien.

Daily Wizard : Inger, bonjour.

Inger Svenson : Bonjour.

DW : Merci d'avoir accepté de nous rencontrer. Les dernières semaines ont été particulièrement difficiles pour vous. Comment se remet-on d'une telle histoire ?

IS : On s'en remet difficilement. Mais l'humiliation passe doucement. Surtout quand on se fait aider.

DW : Vous avez finalement gagné quelque chose dans cette affaire.

IS : Tout à fait, quelque chose d'important. (elle attrape le bras de l'homme qui se tient à ses côtés.)

DW : Votre nouvelle histoire d'amour a surpris beaucoup de monde. Comment est-ce arrivé ?

IS : Augustus a été mêlé bien malgré lui à toute cette histoire. Le jour du tournage, il ne nous a pas suivi, il n'a pas transplané jusqu'à… (elle marque une pause) mon ancien appartement pour la « révélation ». Il n'a donc pas été un témoin direct de la trahison de Roger mais lorsqu'il a appris ce qui s'était passé, il m'a contacté pour me remonter le moral et m'a envoyé des fleurs.

DW : Une attention charmante !

IS : Tout à fait naturelle de la part d'un homme charmant. De là, nous sommes restés en contact et nous avons été amené à nous retrouver. Nous sommes heureux désormais.

DW : Votre single, Femme bafouée, qui sort dans quelques jours, parle du sentiment de trahison et de rancœur qui accompagne bien souvent la victime d'adultère. Êtes-vous toujours dans cet état d'esprit ?

IS : Non, bien sûr que non. Augustus m'a apporté la paix. Heureusement d'ailleurs. Vous savez, il n'est pas bon de ressasser. Quoi qu'en dise les gens, je ne m'acharne pas sur Roger. J'ai autre chose à faire désormais. Mon album, que je finis en ce moment même d'enregistrer aura une tonalité très différente, justement.

DW : Vous êtes donc plus apaisée ?

IS : Exactement. J'ai survécu à cette épreuve, je suis sortie plus forte de cette tempête. J'ai enfin rencontré un homme bien. Attention, je ne dis pas que Roger ne peut pas être une bonne personne mais il a un vrai problème à régler.

DW : Lequel ?

IS : C'est plutôt évident, non ? (elle esquisse un sourire entendu)

DW : Il a laissé entendre qu'il allait se faire soigner, qu'il allait suivre une thérapie. Que pensez-vous de cela ?

IS : C'est bien… mais ce n'est pas d'une thérapie dont il a besoin si vous voulez mon avis. Mais d'une vasectomie.

(Tout comme notre journaliste, Augustus Blum, le célèbre chanteur sembla quelque peu surpris par le terme choisi).

IS : C'est le mot, non ?

Après explication, il s'avère que l'ancien mannequin parlait d'un autre type d'opération… visant à avoir de manière un peu plus radicale, les mêmes effets.

oOoOo

Difficile de jouer au gentil garçon, comme la Trinité le voulait, quand son « ex-fiancée » (même lui avait été contaminé par cet horrible vocable) lui tirait constamment dans les pattes. Même pour Roger.

Une vasectomie ?

Encore une preuve de sa consternante bêtise.

Roger n'était certes pas parfait. Mais qu'on le considère comme un malade sexuel à soigner, c'était plus qu'il ne pouvait supporter. Il aimait les femmes. Il les avait toujours aimées. Et alors ? Et après ? Était-ce un crime ? Il les traitait avec élégance (on oubliait toujours un peu vite que tout ça n'était que de la faute d'Inger). Mais non ! Peu importait ce qu'il disait, on le traitait comme un pervers. Personne ne pensait à la réaction de sa pauvre mère Personne ne pensait à ce que lui ressentait.

Non, Davies avait été rangé dans la case obsédé sexuel et chacun se sentait le droit d'y aller de son petit commentaire. Les femmes pour lui conseiller de se faire soigner (mais leurs regards lui demandaient tout le contraire), les hommes, dans la majeure partie des cas, pour le féliciter. Et à chaque fois, tout le monde finissait par lui parler de Chaton, intronisée sex-symbol de l'année. Quoi qu'il puisse expliquer.

Parce qu'il estimait ne pas avoir de problème avec les femmes et qu'il ne croyait pas au bienfait d'une quelconque thérapie, il s'était décidé à ne pas aller à son rendez-vous.

Il y avait songé à l'instant même où Deauclaire et lui avaient quitté le club après sa découverte de la Trinité, quelques jours auparavant. L'arrivée inopinée d'un Flint paniqué à son appartement l'avait renforcé dans cette idée. Totalement affolé, l'ancien Serpentard lui avait appris (comprendre qu'il le lui avait hurlé) que Dubois ne se trouvait plus chez Weasley. C'était la femme de ce dernier qui, absolument ravie, s'était fait un plaisir de l'en informer.

Bien heureux de lui refiler le dragonneau (parce que Môssieur Marcus devait s'entraîner aujourd'hui, lui), le joueur des Falcons lui avait conseillé de tenter de contacter Weasley (recevoir des idées de Flint, ça, c'était un bon motif de thérapie). Roger ne prit pas la peine de saluer cette ingénieuse idée (le sarcasme n'aurait pas pris) et contacta Weasley aussitôt que l'autre idiot tranplana.

Mais Percy n'était pas chez lui. Ni au travail.

Ce qui, s'il l'avait un instant réellement apprécié, l'aurait très certainement inquiété.

Plus si sûr de lui (Dubois n'avait quand même pas tué Percy Weasley pour trouver sa dose ? Et si oui, après tout il y a avait des chances, à quel degré Roger était-il complice de cet homicide ?), Davies commençait à imaginer avec nervosité tous les possibles lorsqu'un hibou frappa à sa fenêtre.

La Beuglante d'avertissement que lui envoya Livingstone (il était donc si prévisible ?) le convainquit d'au moins aller émarger.

Dubois avait survécu quatre années dans la rue. Et Roger avait toujours su le retrouver. Une fois cette bêtise terminée, il s'y mettrait.

Cela lui ferait une raison supplémentaire de rendre cette visite la plus brève possible (la première étant qu'il n'avait que de faux problèmes à régler). Il transplana dans la seconde.

— Explique-moi juste ce que tu fais là ! grogna-t-il alors qu'il approchait du local où la réunion devait avoir lieu.

Sa remarque fit éclater de rire Pénélope.

— Je voulais juste m'assurer que tu viennes, répondit-elle simplement. Ose me dire que tu n'as pas pensé à t'esquiver !

Ça, il ne pouvait le nier. Aussi ne chercha même-t-il pas à le faire.

— Et puis, je sens que ça va être marrant, ajouta Pénélope avec légèreté.

Roger eut un rire forcé. Assurément, il prenait part à la plus grosse farce de l'année. Le temps de parcourir les derniers mètres qui le séparait de la porte d'entrée, Deauclaire lui expliqua la suite des évènements.

A la fin de la première séance, on ferait un communiqué pour donner plus d'informations sur la thérapie et son avancement. On annoncerait ainsi les objectifs de son travail de bénévolat. Et on préciserait qu'il n'était pas allé consulter pour une vasectomie, s'était-elle empressée d'ajouter.

Délicate attention, n'est-ce pas ?

Roger ne releva cependant pas. Peu importait. Après cette entrevue, il aurait des choses bien plus graves à gérer. Il gravit les dernières marches du perron en se faisant mentalement la liste des endroits où Dubois aimait se ravitailler.

La porte devant laquelle il s'arrêta était somme toute banale, la maison en brique rouge, comme toutes celles du quartier. Rien ici ne laissait présager que se tenait un lieu de thérapie. Rien dans le quartier n'aurait pas laissé penser qu'ici aurait lieu une réunion de sorciers.

Le sigle « SA » était discrètement gravé au-dessus de la sonnette.

— Les Sorciers Anonymes, expliqua Pénélope d'y appuyer à deux reprises. Il existe plusieurs groupes de paroles qui auraient pu t'aider mais nous avons choisi celui-ci pour toi.

— C'est moldu, à la base, non ? marmonna Roger les sourcils froncés.

— Oui, concéda Deauclaire, ce dispositif a fait ses preuves chez les moldus, c'est vrai. Mais en tant que sorcier, aller déballer sa vie devant n'importe qui est un peu compliqué. Ça aurait été une violation de la Clause du Secret. Alors, on a crée les SA. Le fonctionnement est quasiment le même… Tu verras, ils t'expliqueront mieux que moi.

La porte s'ouvrit alors et un sorcier d'un âge avancé et doté d'une impressionnante moustache se présenta pour les accueillir.

— Roger, enchanté, dit-il en lui tendant la main et en l'invitant à entrer. Je suis Gus. Ici, nous préférons n'utiliser que les prénoms, c'est une manière de conserver l'anonymat et de protéger notre vie privée.

— Vous m'en direz tant…

— Bien sûr, c'est légèrement différent dans votre cas. Mais je puis vous assurer que chaque membre gardera pour lui ce qui se dira ici.

— Ce qui se passe au SA reste au SA, c'est ça ? soupira Davies, un sourcils haussé.

Gus ne sembla pas relever son ton ironique. Le coup de coude que Pénélope lui adressa lui signifia qu'à elle, il ne lui avait pas échappé.

— Bonjour, je suis Pénélope, dit-elle avec un sourire. J'accompagne Roger aujourd'hui.

— C'est gentil de votre part, répondit Gus en lui serrant la main à son tour. Il est bien que les proches accompagnent cette démarche.

— A vrai dire, elle est surtout là pour vérifier que je ne m'enfuis pas, rectifia Roger.

Le rire nerveux et forcé de Pénélope ne parvint pas à donner le change. Gus les considéra un instant et s'abstint de répondre. Maudissant Roger du regard, l'ancienne préfète suivit le vieux sorcier dans un couloir étroit. Ils pénétrèrent dans un vaste salon. La décoration et le mobilier étaient un peu passés, la tapisserie vieillotte et la moquette usée. Une dizaine de chaises étaient rangées en cercle. Gus prit place sur une d'entre elles et leur demanda d'un geste de la main de l'imiter.

— Les entrées à nos séances sont libres, expliqua le vieux sorcier. Celle d'aujourd'hui n'aura lieu que ce soir. Nous avons deux types de réunions : les ouvertes, où les parents et proches sont conviés. Votre amie pourra donc y venir...

Roger adressa un regard faussement énamourée à Pénélope qui, bizarrement, ne l'amusa pas un instant.

— Et il y a les réunions fermées, réservées aux membres, reprit Gus sans se laisser perturber par le regard assassin qu'elle lui avait rendu. C'est là le principe de notre association : des alcooliques parlent aux alcooliques, des toxicomanes parlent aux toxicomanes, de manière générale, ce sont les additcs qui parlent aux addicts. C'est par l'échange que nous espérons nous aider à en sortir.

Il marqua une pause dans son exposé. Mal à l'aise, Roger se demanda s'il devait dire quelque chose.

— C'est une bonne idée… tenta-t-il maladroitement.

Gus l'approuva d'un hochement de tête.

— Tout ceux qui veulent changer, essayer de changer, sont admis chez nous. C'est votre cas, n'est-ce pas ? Vous voulez changer Roger ?

Le joueur laissa échapper un reniflement moqueur. Si Deauclaire n'avait pas été là, il aurait sûrement dit la vérité. Livingstone et elle devraient avoir honte de le laisser abuser de pareils gens. Le regard de Gus, plein d'espoir et de compassion devant ce qui risquait d'être le premier pas de sa thérapie (avouer son problème et son envie de guérir, une connerie dans le genre) était insupportable. Roger reporta son attention sur la moquette par endroit très élimée.

— Ça s'impose, bafouilla-t-il.

Il sentit plus qu'il ne vit le sourire encourageant de Gus. Le sorcier fit apparaître d'un mouvement de baguettes un parchemin.

— Voici les horaires de nos réunions ainsi que les douze étapes qui vous aideront sur la voie de la guérison. Que ce soit clair, nous ne sommes pas guérisseurs, nous n'avons pas de remèdes, nous ne les remplacerons pas. Les SA sont un soutien à tous les dépendants. Abstinents ou non. Jour après jour, c'est notre credo.

Roger nota avec ironie que Dubois était à l'extérieur alors que lui, était coincé ici. Penser à l'ancien Gryffondor lui fit mettre le doigt sur l'origine de sa gêne (autre que le mensonge et la manipulation, évidemment). Tout ici le ramènerait à la déchéance de Dubois, à ce qu'il s'infligeait, à ce que Roger avait laissé arriver. On ne devrait plaisanter avec ces choses-là. Il ne pourrait pas.

— On ne peut agir que sur ce qui se passe aujourd'hui, reprit Gus, insensible à son trouble. Donc, on s'engage à ne pas boire le premier verre de la journée, à ne pas prendre la première dose… Tout simplement. Et on répète cette opération tous les jours.

Une connexion se fit alors dans l'esprit de Roger. Un léger détail avait été oublié.

— Je ne peux pas faire ça, murmura-t-il affolé.

— Vous verrez, le rassura Gus avec un sourire confiant. Vous y arriverez.

— Non, je ne peux pas vivre sans sexe, désolé.

Pénélope s'étrangla en l'entendant et victime d'une violente quinte de toux, elle eut du mal à reprendre son souffle. Gus, lui, ne semblait pas voir le rapport. Davies, en revanche, le voyait parfaitement. Mentir aux autres, profiter de ce système, feindre l'alcoolisme, c'était une chose. Mais le sexe ?

— On en discutera après, Roger, fit Pénélope une fois remise. Monsieur... Gus, ajouta-t-elle en se levant. Merci pour votre accueil, nous reviendrons.

— Prenez le temps de regarder notre programme. C'est important de voir le chemin à parcourir avant de s'engager.

— Merci... Gus, dit Roger en se levant à son tour et en lui serrant la main. C'est un pseudo, pas vrai ?

A en juger par le regard qu'il lui rendit, apparemment pas.

— Tu savais, n'est-ce pas ?

Roger avait attendu d'être sorti et d'avoir tourné l'angle de la rue pour s'en prendre à son ancienne préfète.

— Je t'en prie, Roger, ça ne va pas te faire de mal ! répliqua cette dernière en haussant les épaules.

— Mais je n'ai pas de problèmes avec les femmes ! s'écria-t-il agacé. Je n'ai pas envie de me passer d'elles durant toute ma vie.

— On te demande simplement de jouer le jeu. Tu n'en mourras pas. Au pire, tu apprendras des choses. C'est une philosophie intéressante.

Roger était loin d'être convaincu, il le lui fit comprendre d'une moue désabusée.

— Ta prochaine séance est dans dix jours, déclara Pénélope en sortant son agenda.

— Je croyais que je devais être prêt.

— Oui, mais être prêt est plus simple quand on n'a pas de problème, c'est vrai...

Il détestait Deauclaire. Il les détestait elle et son sourire calculateur.

Sans rien ajouter, Davies la regarda transplaner (soit disant, Livingstone voulait savoir comment ça s'était passé), maudissant intérieurement toutes les femmes. Puis il quitta à son tour les lieux dans un craquement.

Fini de jouer. Il avait un véritable drogué à retrouver.

oOoOo

Le portail de Flaquemare était massif. La grille en argent mesurait une dizaine de mètres, deux immenses roseaux s'y croisaient. Trop imposant, presque déplacé, à son goût. Limite suspect. Après un quart d'heure passé à en scruter les moindres détails, Percy avait pu se faire son opinion. Le vigil zélé posté à l'entrée avait vérifié à plusieurs reprises son identité et d'un coup de cheminette s'était assuré qu'il était effectivement attendu. Encore une dizaine de minutes plus tard, on vint le chercher. L'un des avocats du club se présenta à la loge et lui fit signe de le suivre. Il n'était pas le bienvenu.

— Mr Trebleton ne pourra pas vous recevoir, expliqua ce dernier alors qu'ils remontaient l'immense allée menant au bâtiment principal. Les joueurs sont à l'entraînement et le président au Ministère. Vous êtes au courant des poursuites qui sont engagés contre nous, j'imagine ?

Percy acquiesça silencieusement. On lui avait bien fait comprendre dès que le rendez-vous avait été pris qu'ils avaient tous d'autres chats à fouetter. Sur sa gauche, il aperçut les anneaux du terrain d'entraînement. Le gardien de l'équipe y faisait une série d'arrêts. Il eut un pincement au cœur en pensant que quatre années auparavant, c'était cette place que Dubois occupait. Ce même Dubois qu'il avait du chasser de chez lui cinq jours auparavant.

— La parole du président me paraît tout de même importante, signala-t-il, reprenant ses esprits.

— Il répondra à vos questions, en ma présence, lorsque vous le convoquerez, répliqua l'avocat froidement. Il vous autorise cependant à aujourd'hui visiter nos garages et à poser des questions à notre magingénieur…

— En votre présence, évidemment.

L'avocat ne sembla pas percevoir l'ironie de son propos. Du moins, il feignit de ne pas le faire.

Percy savait bien que c'était une faveur qu'on lui faisait que de le recevoir aujourd'hui. Une simple manière pour Flaquemare de feindre la bonne volonté et d'éviter ainsi d'attirer sur eux plus de soupçons. Percy savait que l'ingénieur en question avait du être plus que brieffé avant son arrivée.

— Evidemment.

Percy ne put s'empêcher de fulminer. Il était parfaitement au courant des scandales dans lesquels on soupçonnait Flaquemare de tremper. Et il ne manquerait assurément pas de convoquer en bonne et due forme le président dans son propre bureau au Ministère pour le passer à la question.

Flaquemare, comme tout un chacun, n'avait pas l'air de réaliser que si la vente des réglages était avérée, c'était une toute autre sanction qu'ils encourraient. L'amende sportive du transfert ne serait rien, comparée.

Contrairement à Nimbus, où Percy avait senti de la réserve mais aucune hostilité, l'ambiance ici était toute autre. Les personnes croisées paraissaient tendues. Presque coupables. Faisant confiance à la femme qu'il avait rencontrée chez Nimbus, Percy ne doutait pas qu'il trouverait des éléments de réponse ici. Pas forcément aujourd'hui. Mais il finirait bien par comprendre ce qui s'est passé.

On lui fit prendre une dizaine de couloirs différents qui mirent à mal son sens de l'orientation. Ils finirent par arriver dans un hangar, où avaient été installés plusieurs ateliers, séparés les uns des autres par de basses cloisons. La salle était quasiment vide, seul un homme s'y était attardé.

— Où sont passés vos employés ? demanda Percy, surpris.

— Quand les joueurs sont sur leurs balais, on n'a pas vraiment raison de trouver du monde ici, expliqua froidement l'avocat. Trois personnes sont en charge des garages du club. Vous allez en rencontrer notre responsable, Andrew Grint. C'est lui qui supervise et applique les décisions prises avec les joueurs, les médicomages et le président.

L'homme d'une quarantaine d'années, qui semblait plus fait pour le travail de banque qu'un travail manuel, vint à leur rencontre et essuya la main sur son tablier avant de serrer celle que Percy lui avait tendue.

— Cirage, désolé, marmonna-t-il.

Percy lui adressa un bref sourire.

— Percy Weasley, Département des transports magiques. Je suis ici pour enquêter sur la plainte déposée contre le club de Flaquemare par Wigtown.

L'homme jeta un rapide coup d'œil en direction de l'avocat.

— Mouais, je suis au courant.

— Où sont les balais en question ?

— En ce moment ? ricana Grint. Sous les fesses de leur propriétaire.

Embarrassant... Percy sentit ses joues s'empourprer. Le sourire moqueur de l'avocat ne l'aida pas à reprendre contenance.

— Puisqu'il n'a échappé à personne que nous avions modifié les réglages il y a peu, reprit l'avocat d'un air entendu, il ne vous étonnera pas non plus que les joueurs les utilisent au maximum pour s'y familiariser. Les habitudes sont parfois difficiles à changer.

— Dans ce cas, pourquoi avoir changé les réglages aussi soudainement ? demanda Percy en rapportant son attention sur le magingénieur. Quelques jours avant un match, alors que la fin de saison arrivait, c'est un choix qui me paraît risqué…

— Pour raison médicale. Ungerer ne pouvait plus monter sur son balai. Du coup, nous avons souhaité faire bénéficier l'équipe des Alizées. Nous les aurions changé de toutes façons durant l'été…

Un bref instant, des cris leur parvinrent depuis le terrain où l'équipe s'entraînait.

— Je vais avoir besoin d'un justificatif médical.

— Bien entendu, soupira Grint. Mais ce n'est pas moi qui pourrais vous le donner.

Percy se tourna vers l'avocat, un sourire forcé aux lèvres et lui tendit un parchemin, que l'homme s'empressa de parcourir. Ce qu'il y découvrit ne parut pas le ravir. Weasley n'avait certes pas encore le formulaire 104.B. Mais il n'était pas désarmé pour autant.

— Bien, je vous les ferai parvenir au plus tôt, soupira l'avocat, résigné.

— Qui a décidé de ces réglages ? reprit Percy sans plus lui accorder d'attention.

— Moi, répondit Grint. Avec le médecin, Nimbus et le prési…

L'empressement avec lequel on lui coupa la parole les fit tous deux sursauter.

— Vous aurez également une copie de nos échanges, l'interrompit aussitôt l'avocat.

Percy l'en remercia d'un hochement de tête.

— Ne faut-il pas un certain temps d'adaptation quand les réglages sont changés ?

— Oui, les joueurs doivent réapprendre à manier leurs balais. Comme si vous changiez de chaussures.

— Donc c'était un risque véritable que de leur faire jouer le match sur de nouveaux balais ?

Le jeune homme roux sentit la gêne gagner son interlocuteur.

— Nos réglages étaient fiables, se contenta de répondre ce dernier. C'est un coup de poker que nous avons remporté.

Sauf si les réglages étaient bel et bien ceux des Wanderers, et donc avaient fait leur preuve depuis le début de la saison.

— Et que pensez-vous du fait qu'il s'agisse des mêmes que ceux de Wigtown ?

— Ils sont similaires, rectifia l'avocat.

— Et Wigtown n'a pas le monopole des bonnes idées, compléta Grint.

Malgré le sourire qu'il tentait d'arborer, Percy sentit le malaise du technicien grandir. A l'agitation de l'avocat (qui ne cessait de passer d'un pied à l'autre, extrêmement agaçante comme attitude), il comprit que son entretien allait bientôt prendre fin. Il ne lui restait vraisemblablement plus qu'une question. Autant mettre les pieds dans le plat.

— Ce n'est donc pas Walter Ellis qui vous a fourni ses réglages en gage de bonne foi ? demanda-t-il avec lenteur.

— Vous comprendrez, aux rumeurs qui courent, que le club ne désire pas s'exprimer à son sujet, déclara l'avocat, intimant par le regard Grint de garder le silence.

Ce dernier ignora cependant sa demande implicite.

— A chaque sorcier, sa baguette, soupira-t-il avec lassitude. C'est un peu pareil avec un balai. Ellis n'a pas le physique de nos joueurs. Il n'aurait pas été possible de mettre ses réglages sur nos balais.

Mais ses informations auraient pu servir de bases aux nouveaux réglages, leur faisant économiser des semaines de recherches chez Nimbus et d'essais, songea Percy.

L'avocat ramena Percy aux portes du centre d'entraînement dans le plus grand silence. Repassant devant les anneaux du terrain d'entraînement, il put constater que l'équipe venait de rentrer. Sans le formulaire 104.B, il n'était même pas question d'aborder un potentiel examen des balais.

Dommage pour Flaquemare, son président et ce stupide avocat, il l'obtiendrait.

Lorsque les imposantes grilles se refermèrent, Percy transplana. Peu convaincu parce qu'il avait entendu, désormais persuadé qu'effectivement, quelque chose de louche se tramait.

oOoOo

FLAQUEMARE PRONE L'INCITATION A LA DEBAUCHE

(Balai Magazine, édition du 6 mai 2004)

Alors que la chambre de résolution des litiges a statué sur l'annulation de l'accord préalable unissant Walter Ellis et le club de Flaquemare, la commission de discipline examinera d'ici peu les sanctions à prendre envers les deux parties. Si les Wanderers appellent à la clémence, il n'est pas improbable que les officiels décident, eux, de faire preuve de fermeté.

Ce n'est pas la première fois qu'un club de la Ligue sera mis en cause de cette façon. Flaquemare a déjà été mêlé à une affaire de « débauchage ». Le règlement de la fédération est pourtant clair. Un club ne peut inciter, sans accord du club possédant le joueur, à rompre un contrat.

Quand la commission aura décidé du degré d'implication de Flaquemare, nous aurons une meilleure idée de la sanction possible. Elle peut aller d'une interdiction de une à cinq périodes de recrutement et peut s'accompagner d'une forte amende.

Cela sera-t-il suffisant pour en dissuader d'autres d'en faire autant ? Quel est le but de la sanction : punir symboliquement ou réellement handicaper le club ?

Au quel cas, ne peut-on pas imaginer des sanctions purement sportives, comme des matchs de suspension ?

La commission de discipline aura à décider de cela. Et nul doute que tous les dirigeants auront les yeux braqués sur ce qui se déroulera à ce moment là.

oOoOo

— Flint te cherchait aujourd'hui.

Avec déception, Roger vit son interlocuteur hausser les épaules, sans même daigner lever les yeux du torchon qu'il lisait. Il avait cru provoqué chez lui un autre type de réaction.

— Tiens donc ? fit Dubois, faussement étonné, en adressant un sourire à la serveuse qui leur apportait leurs thés.

Comment Dubois pouvait aussi bien jouer au con ? Il avait disparu de chez Weasley depuis cinq jours. Évidemment que quand Flint l'avait découvert, il avait failli en crever et avait tout fait pour le retrouver. Il en avait presque raté un entraînement.

Et ça, de la part de Marcus je-ne-pense-qu'à-ma-gueule Flint, c'était carrément suspect.

— Je t'ai cherché moi aussi, signala Roger.

Dubois posa un instant son journal.

— Oui, mais toi, tu m'as trouvé…

A la décharge de Flint, Roger Davies était entraîné. Il avait suivi à la trace Dubois durant quatre années. Alors, il savait parfaitement où celui-ci aimait traîner et où il aimait se ravitailler.

Contre toute attente, après plusieurs jours d'errance supposée, il avait retrouvé un Dubois propre, bien habillé, bien nourri et de toute évidence, drogué.

Le manque aurait dû le marquer. Un début de sevrage aurait été flagrant et remarqué. Roger en était donc arrivé à une conclusion qui lui avait glacé le sang.

Percy Weasley avait vendu son âme pour lui.

Percy Weasley avait entaché sa célèbre moralité.

Ceci dit, Percy Weasley s'en était aussi vite débarrassé. Il avait fallu à Roger de longues minutes et d'âpres négociations pour arracher à Dubois le nom de la personne à qui on l'avait confié désormais. Mais rien, ou presque rien, ne pouvait résister à la curiosité de Roger. Il avait échangé l'information contre des détails croustillants (et à peine exagérés) de la panique de Flint. Chose qui l'avait convaincu que ces deux là avaient quelque chose à lui cacher.

Avec un sourire, Dubois lui indiqua le Daily Wizard posé non loin.

— Vieux, t'as bien fait de la larguer, elle voulait te castrer.

— Oh, la ferme, bougonna Davies.

— Remarque, heureusement qu'elle est apaisée et qu'elle a autre chose à faire qu'à te critiquer.

Personne n'y croyait. Inger apaisée ? Inger étant passée à autre chose ? Si seulement ! Elle n'était rien sans lui. Il ne se passait pas une journée sans qu'elle médise sur son compte et expose par la même sa stupidité. Qu'elle pose nue, ça aurait les mêmes effets et au moins Roger aussi pourrait en profiter…

— Elle veut qu'on parle d'elle et de son stupide disque… Elle ne sait même pas chanter.

— T'es dur avec elle, répliqua Olivier, feignant d'être peiné. Des tas de gens ne savent pas chanter.

— Ouais, mais la plus grande partie s'en abstient.

Dubois le sans cœur et sans moral qui prenait le parti d'Inger… Le manque devait sûrement le faire parler. Agacé, Roger rumina un instant ses pensées, laissant l'idiot assis face à lui savourer son plaisir et siroter son thé. Il aurait mieux fait de commander une dose d'alcool. Ce qui, vue la thérapie qu'on lui imposait, n'était pas la meilleure des idées. Il repensa à la perte de temps de son après-midi et du plaisir évident que Deauclaire y avait prit.

— Je commence une thérapie.

Il se mordit les lèvres à l'instant où les mots lui avaient échapper. Annoncer ça à Olivier Dubois ? Belle ironie…

— Sérieux, pourquoi ?

— Paraît que j'ai un problème avec les femmes.

— Bien entendu… Mais lequel ? demanda Dubois un sourcil haussé.

— Je les aime trop… visiblement.

— Visiblement, reprit-il. Alors, c'était vrai pour l'opération ? ajouta-t-il en reprenant son journal. Merde, je vais finir par croire au truc qui publie toutes ces conneries !

— Non, bien sûr que non, répondit Roger agacé en le lui arrachant des mains. On m'oblige à assister à des réunions. Et à l'abstinence.

Les coins de la bouche de Dubois tressautèrent.

— A l'abstinence ?

Roger hocha de la tête pour acquiescer. Il n'avait pas le courage de le formuler.

— Tu veux dire que tu n'auras plus le droit de coucher avec une femme ? Sérieux ? Jusqu'à quand ?

— Les rechutes étant à éviter, je crois que c'est à vie…

Pour la première fois depuis longtemps, sûrement quatre ans, il entendit Dubois rire. Sincèrement. Pas l'éclat de rire forcé dont il se fendait parfois avec méchanceté. Le bruit était bizarre, la voix éraillée, comme s'il en avait perdu l'habitude.

— Si tu veux mon avis, Roger, ton problème, ce ne sont pas les femmes, juste quelques-unes d'entre elles en particulier.

— Ouais, ricana Davies en portant sa tasse à ses lèvres, t'imagine pas les conneries qu'on m'a données. Les étapes, genre commencer par reconnaître que j'ai un problème, demander pardon, embrasser des bébés... Le genre de conneries qu'on file aux alcooliques et aux toxi…

Roger était un jeune homme intelligent mais sa langue était définitivement à surveiller. Comprenant qu'il avait fait une bêtise, il s'interrompit. Le rire de Dubois n'était plus qu'un lointain souvenir. Roger eut du mal à soutenir son regard assassin. Le Poursuiveur sentit le malaise qu'il avait mis de côté depuis qu'il avait retrouvé Dubois, le regagner.

C'était la première fois qu'il se retrouvait face à lui depuis que Flint l'avait repéré. Et jusque là, il avait échappé au courroux d'Olivier. Jusqu'à cet instant précis.

— Tu m'en veux, pas vrai ? marmonna-t-il les yeux baissés (pas par culpabilité, simple technique d'évitement).

— Et pour quoi exactement ? demanda Dubois d'une voix traînante.

— Pour tout, avoua Roger en levant les yeux vers lui.

Le junkie le considéra du regard un instant.

— T'es un être faible, ça, je le savais, finit par soupirer ce dernier. J'ai beaucoup réfléchi et j'ai fini par me dire que ça devait arriver.

— Tu vas faire quoi ?

Dubois esquissa un sourire.

— Tu meurs d'envie de savoir, pas vrai ?

Littéralement.

L'ancien Gryffondor observa songeusement le couple de la table d'à côté. Roger le sentit partir loin dans ses pensées. Mauvaise idée. Il avait vraiment envie de savoir ce qu'il prévoyait.

— Mon agonie est en train de commencer, gémit-il quand il estima qu'il avait trop attendu.

Dubois secoua la tête et posa son regard sur lui.

— Je suis plus le seul concerné, fit-il avec un sourire forcé.

Roger lui concéda cela. Son retour allait bientôt se savoir. Ils n'allaient pas y couper. Il s'abstint cependant de rappeler que Flint en était responsable. Pas lui. Ce n'était pas nécessaire, Dubois le savait.

Un plan était à envisager désormais. Quelqu'un comme Olivier ne pouvait pas réapparaître comme ça. Sans y être préparé. Sans que la communauté, voir le monde entier, y soit préparée. Un plan était nécessaire. Si possible, un plan intelligent. Donc Flint était à écarter.

— Et qu'est-ce que tu vas faire ? demanda Roger avec lenteur.

— Ça dépendra, soupira Dubois sombrement. Faut que j'y réfléchisse… Et toi ?

— Oh, ça ne dépendra pas de moi.

Dubois esquissa un sourire maigre.

— Dans l'immédiat, avoua-t-il après une hésitation (Roger était à peu près sûr que c'était pour s'assurer qu'il était suspendu à ses lèvres... ce qui était le cas), je vais aller voir quelques personnes avant de décider si je commence à bouger.

Davies ne répondit rien, pressé que Dubois enchaîne, ce qu'il ne fit bien évidemment pas.

— Tu veux que je meure, pas vrai ? se plaignit-il, suppliant.

Olivier lui confirma cela d'un hochement de tête. Toxicomane manipulateur et sadique... Ouais, c'était vraiment à Roger de suivre une thérapie.

— Je pensais aller voir mes parents.

De surprise, Roger avala de travers. Maîtrisant avec peine une violente quinte de toux, il tenta de reprendre contenance en portant sa tasse à ses lèvres mais se souvint que celle-ci était vide. Le moment était peut-être venu de commander de l'alcool. Par « quelques personnes », Davies avait pensé (et espéré) Flint ou son dealer. Pas les parents blessés par la déchéance et la prétendue mort de leur progéniture.

— Je me disais, reprit Olivier, qu'il serait peut-être plus correct pour eux que je leur apprenne que je suis en vie… avant que quelqu'un d'autre le fasse.

— C'est… c'est… C'est une bonne chose, je crois, tenta Roger d'un ton encourageant.

Dubois le foudroya du regard. Il avait menti (évidemment, c'était une grosse connerie). Bizarrement, durant ces quatre années, seule la vérité, la vraie, les avait liés, Olivier et lui.

— T'es sûr de ce que tu fais ? Je veux dire, tu as vraiment envie de revenir ?

Olivier le dévisagea.

— C'est marrant. Si je devais en parler aux autres, à n'importe qui, tous m'encourageraient et me diraient d'aller de l'avant. Mais toi, Roger Davies, c'était tout le contraire. Tu me suggères de ne pas le faire, de continuer comme ça. Pourquoi ? demanda-t-il d'un air sournois.

— Tu ne pourras pas faire machine arrière, Dubois. Tu ne pourras pas disparaître une autre fois. Tu ne peux pas infliger ça à tes parents une deuxième fois.

Il lui concéda ce point et l'encouragea à reprendre d'un geste de la tête. Roger prit une seconde pour peser les mots qu'il devait prononcer.

— Tu n'es pas guéri, Olivier. Et je ne sais pas si tu es prêt à l'être. Je sais ce que tu vis, je sais comment tu vis. Je sais que ça va être extrêmement dur et...

— Mais tu ne sais pas si je suis prêt à changer, le coupa Dubois froidement.

— Je t'en prie. Moi, je ne le suis pas… Et pourtant, je n'ai que de faux problèmes !

L'ancien joueur de Quidditch laissa échapper un reniflement moqueur.

— Peut-être que je ne suis pas prêt, avoua-t-il d'une voix traînante. Mais quoi qu'il arrive, il y a des choses que je ne peux plus laisser en suspens. Quelques comptes à régler…

Intérieurement, Roger se mit à trembler. Alors, il était sérieux ? Si Dubois commençait à se montrer, ils pourraient plus faire machine arrière. Tous les deux. Tous les trois, puisque Flint aussi était impliqué. Tout allait s'emballer. Si Dubois l'envisageait, c'était finalement qu'il était plus prêt qu'il ne le pensait. Il n'avait peut-être pas fait que se droguer durant quatre années. Il avait peut-être déjà son plan.

Cette idée le fit frissonner.

— Il est quand même doué ce Weasley, finit-il par soupirer, pour changer de sujet.


Prochaine dose: "Le retour de l'enfant prodigue"

Note: Je crois que tout le monde aura fait le lien entre les SA et les AA. Je me suis renseignée sur l'organisation et j'ai essayé de la transposer chez les sorciers, sûrement en forcissant le trait. J'espère que ça ne choquera ni ne blessera personne. Je m'en excuse si c'est le cas.