11.
- Tu as réussi, Warius ?
- Tu as réussi, Albator ?
- Je ne savais quoi faire, quoi utiliser. Comment cela a-t-il pu marcher ? marmonna le premier.
- Grho t'ont inspiré. Il n'y avait aucun autre moyen pour que nous comprenions cette machinerie !
Reprenant conscience, relevé par son ami, Alvernon se retrouva sur ses deux pieds.
- Mon père n'avait pas à se sacrifier, j'avais pris ma décision…
- Et c'était insupportable pour lui, fit tristement Warius. Tu es son dernier enfant ! Il te protégera, plus et encore que tout !
- On peut parler de moi quand je ne suis pas là ? !
Immatériel, mou, squelettique, Albator réapparut, à la façon de sa nouvelle composition, n'ayant conservé du flou bonbontique que sa cape.
- Maintenant il va te falloir m'expliquer quel projet tu avais en tête ? !
- Feydar Zon est de retour là où nous ne l'attendions pas. On ne l'attendait plus nulle part ! Et il faut sauver nos amis de cette prison. Tu es un bonbon, papa. Tu fais partie de leur monde. Rentre dans les programmes et désactive tout !
- Bien. En étant gélatineux, je peux en effet intégrer ce système. Vous allez pouvoir sortir !
- Et toi ? chuchota Warius. Comment inverser le processus ?
- Je n'ai pas encore réfléchi à cette question, avoua Alvernon. Je pensais qu'à sacrifier ma personne, je n'avais pas songé qu'un fou encore plus suicidaire allait me court-circuiter !
- Je m'occupe de rendre ces Froyens inoffensifs.
- Et reviens.
- Oui, pour toi et mes petit-enfants.
- Non, pour Thernoble !
- Therchie ? s'étonna le fantomatique grand brun balafré.
- Elle a dit qu'elle t'aimait, releva Warius.
- Un propos vu les circonstances. Comment pourrait-elle avoir le moindre sentiment pour un inconnu
- Tu la mettras à la question, au retour, papa. Mais tu dois redevenir toi-même. D'accord ?
- Je ferai tout en ce sens !
Usant de son nouveau statut mou, Albator disparut de la salle, rentrant dans les appareillages.
Court-circuité, le système de Feydar Zon s'éteignit.
- On y va ! aboya Warius. Chacun à son cuirassé !
- Je sauve mon père, et je te rejoins.
- Comment ?
- Je sais ! Ghro me souffle ce que j'ai à faire.
Se retrouvant dans la salle des horreurs, Alvernon prit une bonne inspiration.
- Retourne sous l'origine du flux. Je vais te sauver papa.
- Merci. Je n'aime pas cette absence de forme…
- Et moi donc. D'autant plus que j'ai à faire son affaire à Zon. Il me pourrit la vie depuis bien trop longtemps !
- Il te faudra prendre ton mal en patience. Son Hell Manor a mis les bouts. Et après t'avoir rendu ton apparence normale, il faudra faire de même avec les prisonniers qui ne sont pas de véritables Froyens, même si on aurait pu s'y tromper si on n'avait su la vérité !
- Feydar Zon s'acoquinerait avec n'importe qui s'il lui promettait de le débarrasser de nous !
Ghro posé sur son épaule droite, Alvernon manipula cette fois les appareillages procédant à la terrible transformation, et inversement.
- Papa, sourit le jeune homme en pouvant enfin l'étreindre à nouveau. Notre trio est à nouveau réuni. Nous ne redouterons plus rien ! Zon ne perd rien pour attendre. Nous lui retomberons dessus, tôt ou tard, même si c'est plutôt lui qui va chercher à nous reprendre dans ses filets ! Mais occupons-nous des prisonniers pour leur rendre leur allure d'origine.
- J'aurais préféré ne pas perdre de temps à le poursuivre, mais je comprends tes priorités. Je reste ici pour inverser le processus. Ramène Warius à ta Colonelle, et rassure ta petite famille.
- Oui, papa, fit docilement le jeune homme. Surveille tes arrières, Zon n'aura pas intérêt à nous surprendre encore une fois !
- Je lui dois un chien de ma chienne, il regrettera d'être revenu à la charge !
- Change-toi plutôt les idées en faisant plus ample connaissance avec Tchernoble. Je suis sûr que Warius va te laisser plusieurs de ses membres d'équipage pour t'aider à tous les ramener à leur état naturel.
- Tchernoble, mais ça devient une obsession chez toi ! grinça le grand brun borgne et balafré, partagé entre agacement et amusement. Tu veux me marier sur le tard, ou quoi ?
- Qui sait ! ?
