Chapitre 10.

« Il était là. Je n'y croyais plus et il apparut soudainement, tel un mirage en plein désert. Il était le miracle que je n'espérais plus, le futur que je m'étais interdit. Et, peut-être que pour moi, continuellement plongé dans l'obscurité, il rayonnait un peu trop. Alors je le fuis, comme si je craignais que son feu ne me consume. Je le fuis comme la peste. Mais malgré mes tentatives désespérées, je terminai en cendres. Car l'évidence que je m'efforçais jusqu'alors de nier me brûle le cœur : je l'aime. »

D'un œil hagard, Sasuke relisait pour la millième fois au moins le court paragraphe qu'il venait de coucher sur le papier. À la faible lueur du soleil matinal, il s'efforçait de donner un sens au dernier mot qu'il avait écrit. « Je l'aime ». Il réalisa qu'il n'avait pas réfléchi une seule seconde en écrivant ces quelques lettres, comme si sa main s'était soudainement libérée de son contrôle. Ce sentiment étrange, cette sensation nouvelle, s'était installé dans son cœur depuis plusieurs semaines déjà mais il n'avait encore jamais osé lui donner un nom, tétanisé par la force de ses émotions.

De larges cernes grignotaient ses joues, trahissant son insomnie. Dès qu'il fermait les yeux, le visage souriant de Naruto se dessinait sous ses paupières. Cette image, aussi belle soit-elle, glaçait son cœur d'horreur et perturbait son sommeil. En contemplant le ciel balafré de larges barreaux de métal noir, il n'avait cessé de songer à l'usuratonkachi, se remémorant l'arôme mentholé de son parfum et la suavité de sa voix. Aux alentours de quatre heures du matin, la vérité lui apparut, claire et évidente : il était amoureux de Naruto Uzumaki. Il en était même follement amoureux. Ce sentiment l'effrayait autant qu'il le galvanisait. Tout lui semblait différent désormais, puisqu'il pensait à quelqu'un, ou plutôt, puisqu'il avait enfin quelqu'un à qui penser, quelqu'un pour qui respirer. Quelqu'un qui ne le jugeait pas, qui l'appréciait entièrement, qui lui souriait avec une sincérité saisissante. Quelqu'un qui lui permettait de voir le monde d'un nouvel œil.

En un mois seulement, Naruto lui apporta ce dont il avait toujours manqué. L'amour, la compassion, le partage, l'authenticité… ces notions lui étaient toutes inconnues avant que Naruto ne prenne place dans son existence. Tout en lui aspirait à le rendre fou. Son regard aux multiples nuances cobalt lui donnait le feu aux joues et faisait briller ses yeux. Les mots qui s'échappaient de ses lèvres roses et humides le frôlaient quelques secondes, mélodieux et sensuels, avant de pénétrer dans sa chair pour vibrer dans tout son corps. Et que pouvait-il bien dire de ces cheveux couleur blé ? Ces cheveux blonds dans lesquels le soleil mettait de l'or possédaient cette douceur, ce toucher particulier, qui le rassurait à chaque fois qu'il y glissait une main en faisant mine de le taquiner. Sasuke n'en doutait plus : l'amour qu'il éprouvait pour l'usuratonkachi allait au-delà des limites du raisonnable.

Dès son entrée au centre IPPJ, Sasuke se crut condamné à ne connaître que la haine et le mépris des autres, lui qui portait sur le dos l'étiquette « coupable ». Car oui, il était coupable, coupable d'un crime incompris par la société. Il avait sauvagement battu son père au point de le plonger dans le coma pendant de longues semaines. Au fil de son incarcération, Itachi s'éloigna de lui, peinant à masquer la rancune qu'il nourrissait à son égard. Après avoir perdu sa mère, Sasuke craignit de perdre son frère, son unique famille.

L'avenir, il n'en espérait plus rien. Le bonheur, il n'y croyait pas. La vie, il n'en attendait pas moins que douleur et déception. L'amour, il s'évertua à le chasser définitivement de son cœur, se persuadant qu'il n'avait besoin de personne et que personne n'avait besoin de lui. Ses rares contacts sociaux se limitaient aux coups de poing et aux insultes. Méprisé par sa famille, détesté par les autres jeunes du centre pour avoir failli tuer son père, Sasuke se retrouva seul, vu comme un criminel par ses proches, considéré comme un paria par ses camarades.

Du fond de sa cellule, il passait son temps à méditer, à réfléchir, à se demander ce qu'il pourrait bien faire une fois libéré des hauts murs. Il ne se voyait pas entamer de grandes et longues études mais il ne souhaitait pas non plus cumuler les petits emplois, désireux de gagner correctement sa vie pour ne dépendre de personne. Supportant jour après jour les brimades des autres adolescents du centre, il se renferma de plus en plus sur lui-même, se moquant de la thérapie par la parole que prônait Karin Hozuki. Il se croyait perdu et condamné à errer à jamais sur les chemins de la vie, sans but ni destination.

Puis il intégra la chorale. Les débuts furent difficiles, chaotiques. La haine que Naruto lui vouait le toucha bien plus qu'il ne le laissa croire. Dans le petit local de chant, il se sentait davantage rejeté que derrière les murs du centre. Les regards des chanteurs se voulaient froids et supérieurs, comme s'ils s'efforçaient de lui rappeler sans cesse le crime qu'il avait commis. Cependant, un jour, les yeux de Naruto le virent autrement. Sasuke eut l'impression de revivre, de renouer avec sa véritable personnalité, celle qu'il s'évertuait à dissimuler derrière son apparence froide et indifférente.

Sa vie retrouva tout son sens et son combat quotidien eut une raison d'exister. Alors qu'il n'y croyait plus, qu'il se pensait condamné à ne connaître que la haine et la rancœur, Naruto entra dans sa vie, la rendant plus belle et plus savoureuse, tel un soleil balayant les épais nuages qui peuplaient son cœur. Et rien que pour le voir sourire encore, Sasuke tiendrait le coup. Il se sentait prêt à tout supporter, à tout endurer, si cela lui permettait de passer un peu de temps aux côtés de Naruto. Quelques après-midi seulement aux yeux du monde, des heures de bonheur inespéré dans les siens.

La voix rocailleuse d'un des éducateurs du centre tira Sasuke de ses rêveries et, juste avant que la lourde porte de métal ne s'ouvre, il cacha son précieux cahier sous le matelas. Le mercredi était synonyme de corvées ménagères et de travaux manuels. Certains jeunes de la section D trouvaient intelligent de décharger leur colère sur les meubles ou les appareils électriques de la salle de repos. De ce fait, toute la section devait ensuite réparer les dégâts et voyait son temps de détente amplement raccourci. Au lieu de s'abrutir derrière l'écran de télévision situé au centre de la salle de repos ou de s'oublier à travers les chapitres d'un bon livre, les adolescents passaient leurs soirées à restaurer les meubles abîmés par leurs camarades trop impulsifs. Sasuke, n'ayant jamais été très manuel ni très adroit, se blessait facilement, s'attirant ainsi les railleries de ses congénères.

D'une voix morne et fatiguée, l'éducateur fit l'appel et tous répondirent présent. La plupart des jeunes allèrent ensuite effectuer leurs travaux d'intérêt général tandis que les autres s'armaient déjà de balais, de torchons et de tout un tas de produits ménagers.

En traînant le pas, Sasuke se dirigea vers le fond du couloir, indifférent aux ricanements mesquins des autres détenus. Le ténébreux n'était pas stupide au point d'ignorer que tous se moquaient de lui depuis qu'il poussait la chansonnette. Les rumeurs allaient de bon train au centre IPPJ et il ne s'écoula que très peu de temps avant que Sasuke ne se fasse assigner des surnoms tous plus charmants les uns que les autres. Un mois auparavant, sans doute se serait-il jeté sur eux pour les faire taire à l'aide de ses poings. Mais aujourd'hui, cela lui semblait futile, presque risible. Qu'ils rient s'ils en avaient envie, lui possédait quelque chose de bien plus précieux.

Naruto était devenu sa force et son unique envie. S'il tenait le coup à l'intérieur des hauts murs, ce n'était plus seulement pour s'attirer les faveurs de la juge Tsunade ou pour contenter son frère aîné. Chaque jour il luttait davantage, s'efforçait de nier les railleries dont il faisait l'objet, s'empêchait de ne pas tout démolir à coups de poing et de pied pour le seul sourire de Naruto. Les trois malheureux après-midi qu'il passait auprès de cet usuratonkachi aux yeux d'un cobalt envoûtant lui étaient vitaux. Si on les lui retirait, il n'aurait plus aucune raison de se battre pour la liberté. Souvent, il se surprenait à imaginer les moments qu'il passerait aux côtés de Naruto une fois dehors. Cette salve de scénarios agréables lui remettait du baume au cœur et l'empêchait de baisser les bras.

En poussant un soupir lourd de sens, Sasuke attrapa un balai et commença à nettoyer le sol, les yeux fatigués et le cœur en vrac. Quelques chuchotements planaient dans le couloir et tandis que les éducateurs gardaient un œil sur les jeunes délinquants, Sasuke se perdit dans des pensées bien plus douces que cette réalité insupportable. D'ici quelques heures, il se rendrait à la chorale où il pourrait enfin laisser apparaître le véritable Sasuke. Porter ce masque froid et indifférent devenait de plus en plus difficile, résister aux moqueries et aux humiliations de certains détenus était une véritable épreuve.

Perdu dans ses pensées les plus intimes, Sasuke ne remarqua pas Neji Hyûga s'approcher de lui, un sourire narquois peint sur son visage pâle.

-Alors Uchiha ? Il paraît que t'es une petite pédale ? siffla-t-il.

Sasuke feignit ne pas l'entendre et se concentra sur sa tâche, en réprimant l'envie de lui coller son poing dans la figure. En faisant mine de balayer, Neji s'approcha davantage, à tel point que son souffle tiède heurta la joue de Sasuke. Le mélange de tabac et d'Axe émanant du corps de Neji titilla les narines de Sasuke qui ne put s'empêcher de grimacer, écœuré de le sentir si près de lui. S'il y avait bien une personne que Sasuke ne supportait pas au centre IPPJ, c'était sans aucun doute Neji Hyûga. Ses doigts se crispèrent autour du manche à balai tandis que son cœur battait au rythme de la colère. Sasuke ferma les yeux et inspira profondément, essayant de garder le contrôle de lui-même.

-Les balais, c'est ton truc pas vrai ? reprit Neji d'un ton persifleur, cela dit, ça ne me surprend pas. T'as la carrure d'une nana.

Un rictus mesquin franchit la barrière de ses lèvres, comme si ce qu'il venait de débiter était drôle. Sasuke le fusilla du regard. Ses mains moites commencèrent à trembler sous l'effet de l'énervement et, se sentant à deux doigts de lui sauter dessus pour lui faire ravaler son sourire factice, il s'éloigna de quelques pas. Amusé, Neji le suivit en feignant de nettoyer le sol.

-Je suis certain que tu aimes l'heure de la douche, hein, Uchiha ? cracha-t-il, tu peux te rincer l'œil à loisir.

Sasuke serra les dents et se retourna à la volée pour le toiser de toute sa grandeur. Ses doigts serraient tellement le manche du balai que ses phalanges en devinrent blanches. Sa gorge s'assécha subitement et les muscles de ses mâchoires roulaient sous ses joues, trahissant son agacement. La voix de la raison qui ne cessait d'insuffler à Sasuke de garder son calme tendait à disparaître, la colère prenant le dessus sur ses bonnes résolutions. Neji avança de quelques pas et planta son regard méprisant dans celui de Sasuke, qui ne cilla pas une seconde.

-Réponds quand je te parle, chuchota Neji.

Un sourire goguenard s'arqua sur les lèvres de Sasuke.

-Que veux-tu que je réponde à ça, Hyûga ? rétorqua-t-il froidement, ce que tu dis est si stupide que j'en perd la voix.

En une fraction de seconde, la colère s'inscrivit sur le visage de Neji et dans ses yeux nacre fulgura une étincelle effrayante. Il jeta son balai sur le sol et après s'être assuré qu'aucun éducateur ne traînait dans les parages, il attrapa Sasuke par le col de son t-shirt et le plaqua sans délicatesse contre le mur.

-Ne joue pas au plus malin, Uchiha, siffla-t-il. Ici, tu es seul, tu n'as aucun ami. À ta place, je ferais gaffe à mes arrières.

-Je n'ai pas peur de toi, Hyûga. Tes menaces me font plus marrer qu'autre chose. En général, les chiens qui aboient très fort ne mordent pas. T'as une grande gueule mais tu ne fais jamais rien. Alors va jouer ailleurs, tu ne m'intéresse pas.

Une lueur inquiétante brillait dans les pupilles de Neji qui resserra son étreinte autour du cou de Sasuke, l'empêchant de respirer correctement. En suffoquant, Sasuke tenta vainement de se dégager de l'emprise de Neji.

-Tu te crois mieux que les autres parce que Akasuna et la psy t'ont à la bonne, Uchiha ? susurra Neji contre son oreille, méfie-toi. Il est possible que tu n'atteignes même pas la date de ton procès. Les éducateurs ne sont pas toujours là pour nous surveiller. Qui sait ce qui pourrait t'arriver au détour d'un couloir, hein ?

La respiration bloquée et les poumons en feu, Sasuke ne put répondre. Lorsque Neji l'avait agrippé soudainement, sous l'effet de la surprise, il laissa tomber son balai sur le sol. Si seulement il l'avait encore en main, il ne se serait pas gêné d'en flanquer un bon coup dans l'abdomen de Neji. Les ongles enfoncés dans le bras de son tortionnaire et le regard haineux, Sasuke sentait la rage déferler en lui comme une vague.

-Eh bien quoi ? reprit Neji, tu essaies de dire quelque chose, petite tapette ?

Le dernier mot abolit ce qu'il lui restait de raison. Dans un excès de rage, Sasuke sembla retrouver sa force et, sans réfléchir, attribua un coup de genou bien placé à son bourreau qui, stupéfait par ce revirement de situation, recula de quelques pas. Prit d'un vertige à cause du manque d'oxygène, Sasuke se rattrapa au mur en toussotant, les joues rouges et la gorge douloureuse. La vue embrumée et le corps prit de légers tremblements, Sasuke ne trouva pas la force de se baisser pour ramasser son balai. Neji fut plus rapide. Muni de son balai, il s'approchait dangereusement de Sasuke afin de lui faire payer son affront.

Alors qu'il allait lui asséner un coup dans le ventre, des bruits de pas résonnèrent dans le couloir, stoppant son geste. Entre temps, Sasuke s'était redressé, le souffle court. Comme un réflexe, il s'empressa de masquer à l'aide de son t-shirt les empreintes de doigts entourant sa gorge, sachant pertinemment qu'aller se plaindre aux éducateurs ne ferait qu'empirer la situation. Neji baissa le manche de son balai et fit semblant de nettoyer le sol à la vue de Sasori Akasuna. Avant de s'éloigner, il jeta un dernier regard dédaigneux à Sasuke et murmura un « t'as de la chance ».

Sasuke se contenta de le regarder disparaître à l'angle d'un couloir et, tandis qu'il se baissait pour ramasser son balai, Sasori arriva à sa hauteur, l'air inquiet.

-Un problème Sasuke ? demanda-t-il.

Passé maître dans l'art de dissimuler ses émotions, Sasuke n'eut aucun mal à reprendre contenance, affichant un air détaché, comme si ce qui venait de se passer n'avait jamais existé.

-Aucun problème, articula-t-il, j'ai juste glissé et fait tomber mon balai sur le sol.

Un doux sourire se dessina sur les lèvres de Sasori.

-Tu as toujours été un grand maladroit, hein ?

Sasuke opina de la tête avant de reprendre son activité. Sa surprise fut grande lorsque Sasori l'informa qu'il avait de la visite. Perplexe, il fronça les sourcils. Nous étions mercredi. Or, Itachi ne venait habituellement que le vendredi. Sans poser de questions, Sasuke abandonna son balai dans un coin du couloir et suivit Sasori jusqu'à la salle des visites. Son frère était là, assit autour de la même table en plastique vert. Un pincement aigu serra le cœur de Sasuke qui, inquiet, s'avança d'un pas incertain.

-Itachi ? Qu'est-ce que tu fiches ici ?

Le concerné lui décocha un sourire tendre tandis qu'il s'installait en face de lui.

-Depuis que je me suis séparé de Kin, je n'ai plus qu'un seul travail, expliqua Itachi. J'en ai donc profité pour venir te voir.

-Tu as enfin décidé de te débarrasser de ton boulet ? se moqua Sasuke, je suis heureux de voir que tu as enfin retrouvé tes c…

-Oui, ça va, j'ai compris, le coupa l'aîné.

Sasuke éclata d'un rire discret et chaleureux, un rire qui saisit l'âme d'Itachi. Cela faisait tellement longtemps qu'il ne l'avait plus entendu rire ainsi. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres. Il retrouvait son petit-frère perdu dans les ténèbres de la haine depuis tant d'années. En face de lui se trouvait le véritable Sasuke, le Sasuke qui lui avait tant manqué. Dans les prunelles onyx de son petit-frère résidait un espoir inébranlable.

-Tu sais Sasuke, reprit Itachi, j'ai bien réfléchi et j'ai décidé qu'une fois sorti du centre, tu viendrais vivre chez moi. Enfin… si tu es d'accord.

Sasuke sourit gentiment.

-Je suis entièrement d'accord, répondit-il, mais tu sais, il n'est pas sûr que je puisse sortir.

Ces quelques mots heurtèrent Itachi de plein fouet. Il se redressa sur sa chaise, sourcils froncés. À ses yeux, il était impossible que Sasuke ne sorte pas. Son cadet se comportait correctement depuis qu'il avait intégré la chorale et ne faisait plus parler de lui. Il n'y avait donc aucune raison qu'on le retienne davantage à l'intérieur de ces murs froids et gris. Dans un peu plus de quatre mois, Sasuke serait libre. Itachi n'envisageait même pas d'autre option. Sasuke sortirait. Il en était convaincu.

-Tu vas sortir Sasuke.

-Garde les pieds sur Terre, Itachi. Rien n'est sûr. Ces gens-là ne laissent rien passer. Tu peux être retenu ici pour des raisons stupides.

-Karin Hozuki connait son travail. Cette femme m'insupporte mais je dois reconnaître qu'elle exerce correctement son métier. Elle te fera sortir parce qu'elle sait qui tu es vraiment, elle sait que tu ne feras de mal à personne une fois dehors.

-Karin Hozuki n'est pas la seule à décider, tu sais. Ils sont plusieurs experts à évaluer mon cas. Et tu oublies qu'avant d'intégrer la chorale, j'avais quelques… problèmes relationnels ici. Mes nombreuses bagarres avec d'autres détenus sont notées dans mon dossier, tout comme mon soi-disant mutisme. S'ils ne m'ont pas déjà catégorisé comme une « personnalité antisociale », je suis vraiment chanceux.

Itachi serra les poings sur ses cuisses, démuni face au réalisme cruel de Sasuke. Il avait beau être le plus jeune, Sasuke resterait le plus mature. Le cœur débordant d'espoir et la tête pleine de projets futurs, Itachi ne s'imaginait pas vivre plus de cinq mois sans la présence quotidienne de Sasuke. Les deux frères avaient énormément de temps perdu à rattraper. Ils devaient réapprendre à se connaître hors des murs du centre IPPJ et partager ensemble des moments trop longtemps négligés.

Itachi désirait entendre Sasuke chanter, il souhaitait le regarder sourire et s'épanouir, mais surtout, il voulait se pardonner lui-même de l'avoir abandonné aux mains violentes de son père. Cela faisait des mois qu'Itachi attendait –et il attendait toujours d'ailleurs- le procès de Sasuke, des mois qu'il se projetait dans l'avenir, imaginant les moments merveilleux qu'il passerait aux côtés de son petit-frère, son petit-frère qui lui manquait tant, son petit-frère qu'il ne pouvait même pas serrer dans ses bras. Le toucher, respirer son odeur, sentir la chaleur autrefois familière de sa peau, embrasser sa joue, ébouriffer ses cheveux noirs… Itachi se trouvait amputé de tous ces gestes affectifs et protecteurs. Cette maudite table d'un vert hideux le gardait loin de son unique famille et les regards inquisiteurs des officiers de police ne permettaient aucun rapprochement. Sasuke allait sortir, il devait sortir.

-Arrête, 'Suke ! cria presque Itachi, puisque je te dis que tu vas sortir !

À l'entente de ce surnom particulier, Sasuke fit des yeux ronds. Devant sa mine abasourdie, Itachi l'interrogea du regard.

-Comment est-ce que tu m'as appelé ? souffla Sasuke.

Itachi lui décocha un sourire tendre, prenant enfin conscience de ses propres paroles.

-'Suke, répéta-t-il.

-Cela fait des années que tu ne m'as plus appelé comme ça. Je crois que la première fois que tu m'as surnommé de cette façon, je devais avoir…

-Tu avais six ans, le coupa Itachi, et je t'apprenais à rouler à bicyclette. Tu es tombé par terre et tu as commencé à pleurer comme un sauvage au beau milieu de la chaussée. Tes genoux étaient en sang et je me souviens que je t'ai serré contre moi en te disant...

-« Ne t'en fait pas, 'Suke, ton grand-frère est là. Il ne peut rien t'arriver », compléta Sasuke avec un sourire.

Itachi hocha la tête. Emu, il sentit quelques larmes perler au coin de ses yeux et peina à ravaler la boule s'étant formée au creux de sa gorge. À la venue au monde de Sasuke, Itachi s'était juré de toujours tout faire pour le protéger et le tenir à l'écart des ignobilités de la vie. Il lui promit d'encaisser les coups à sa place et de préserver son bonheur afin que le ciel peuplant son cœur soit perpétuellement bleu et ne connaisse jamais l'orage. À trois ans, lorsque Sasuke fut victime de terreurs nocturnes, Itachi passa chacune de ses nuits à ses côtés, gardant soigneusement le petit corps fragile de son cadet contre le sien, bien plus fort, lui chuchotant au creux de l'oreille des contes de fées aux fins heureuses, espérant ainsi éloigner les mauvais rêves. Lorsque son père entrait dans une colère noire, Itachi attrapait Sasuke et l'emmenait manger une glace en ville en attendant que la demeure familiale retrouve son calme illusoire.

Et puis un beau jour, blasé par les querelles incessantes de ses parents et désireux d'entrer dans la vie active, Itachi s'en alla, abandonnant Sasuke au chaos. Bien des années s'étaient écoulées depuis ce jour fatidique mais Itachi ne parvenait toujours pas à se pardonner, et ce malgré les paroles rassurantes de Sasuke. Si seulement il n'était pas parti… peut-être que son frère vivrait autrement.

Comme s'il lisait dans les pensées de son aîné, Sasuke lui donna un léger coup de pied, le faisant sursauter.

-Arrête de ruminer le passé, Tachi, dit-il. Pense plutôt au futur qui s'étire devant toi.

Confus, le plus vieux baissa les yeux.

-Parfois, je me demande vraiment lequel de nous deux est l'aîné, murmura Itachi.

-On s'en fiche de ça. Nous pouvons compter l'un sur l'autre, c'est ça le principal. Le reste, ce ne sont que des conventions ridicules.

Itachi ne put résister au sourire qui le gagnait. Sasuke était décidément bien plus fort que lui. Ils avaient tant de choses à se dire, tant de choses à se prouver l'un à l'autre. Itachi espérait seulement que la justice se mettrait de leur côté. Sasori informa que la visite était terminée. Sasuke salua son frère d'un bref signe de tête et lui sourit une dernière fois avant de disparaître derrière la porte menant au couloir de la section D, son éducateur sur les talons. Itachi fixa la chaise vide durant une fraction de seconde, l'œil éteint, avant de se lever péniblement.

Le soleil mordait la ville de sa lumière blanche et une chaleur étouffante planait sur Tokyo. Itachi sortit du centre et plongea une main dans la poche de son jeans, à la recherche de ses clés de voiture. Soudain, une voix familière hurla son nom. Il se retourna à la volée et leva les yeux vers l'un des bâtiments du centre IPPJ. La main en visière et paupières plissées, il reconnut rapidement Karin Hozuki qui, penchée vers le vide, lui ordonnait de ne pas bouger. Surpris, Itachi haussa les sourcils en se demandant ce que cette folle pouvait bien lui vouloir encore. Tandis qu'il s'interrogeait sur la santé mentale de la jeune psychologue, celle-ci sortit du centre IPPJ, une dizaine de papiers dans les mains, et commença à courir dans sa direction.

Itachi s'étonnerait toujours de la capacité typiquement féminine de courir avec des hauts talons et une jupe. Cette prouesse relevait de l'exploit à ses yeux. Le pire dans tout ça, c'était que Karin courait avec grâce et élégance. Un sourire narquois s'arqua sur les lèvres du jeune homme tandis qu'il l'imaginait en train de se rétamer sur le sol, la tête la première dans une flaque de boue. Essoufflée, Karin arriva à sa hauteur et sans même le saluer, elle lui fourra les papiers dans les mains.

-Tenez, dit-elle.

Perplexe, Itachi fronça les sourcils en examinant la paperasse que Karin venait de lui donner.

-Des dépliants ? interrogea-t-il.

-Des dépliants pour les femmes battues, expliqua Karin. Parmi ces brochures, il y a un numéro de téléphone gratuit. Votre mère pourra appeler des professionnels à tout instant afin de se renseigner et de parler un peu de ses problèmes conjugaux. S'il vous plaît… donnez-les-lui, c'est important.

Un léger soupir franchit les lèvres d'Itachi. Un poids supplémentaire venait de s'ajouter sur ses épaules.

-Je comptais lui donner moi-même ces brochures lorsque je suis allée la voir, reprit Karin, mais il faut dire que vous vous êtes comporté comme un vrai gentleman ce jour-là. Vous m'avez fichue à la porte à une vitesse telle que je n'ai pas eu le temps de les sortir de mon sac.

-À ce propos, répondit-il, je suis désolé de vous avoir mal parlé ce jour-là. C'est juste que…

-Ce n'est pas grave, coupa Karin, nous ne sommes pas là pour parler de moi. S'il vous plaît, donnez-les-lui lorsque votre père sera absent. Dîtes-lui qu'elle n'est pas seule, que beaucoup de femmes sont dans son cas, dîtes-lui aussi qu'elle peut s'en sortir, qu'elle doit en parler, qu'il existe des refuges pour femmes battues et des centres venant en aide aux hommes violents. Accompagnez-la dans un refuge si elle ne se sent pas prête à s'y rendre seule ou bien, si vous n'êtes pas disponible, j'irai avec elle.

Touché par les paroles de Karin, Itachi ne put s'empêcher de sourire. La dévotion dont Karin faisait preuve auprès de Sasuke le surprendrait toujours autant qu'elle l'attendrirait. Trop fier pour l'avouer mais assez intelligent pour le reconnaître, Itachi n'ignorait pas qu'il devait énormément à la jeune psychologue. Elle avait été la première à croire en Sasuke, à le soutenir, alors que tous l'abandonnaient à son sort. Elle l'avait poussé à se battre, avait été la main gardant la tête de Sasuke hors de l'eau, l'empêchant ainsi de se noyer. Si elle n'avait pas été là, Itachi n'aurait peut-être jamais retrouvé le petit-frère qu'il aimait tant.

Interprétant son silence comme une incertitude, Karin se sentit obligée d'insister.

-Ne soyez pas naïf, monsieur Uchiha. Il n'y a pas de miracle. Si votre père ne se fait pas aider, il ne changera pas, qu'importe la sincérité de ses promesses. Un homme violent ne s'en sort pas seul, c'est impossible.

-Je ne le sait que trop bien vous savez.

Elle baissa les yeux, maudissant sa maladresse. Bien sûr que ce grand nigaud d'Itachi Uchiha connaissait cette vérité à la fois triste et terrifiante pour avoir grandi aux côtés d'un homme violent. Sentant son malaise, Itachi posa une main amicale sur son épaule, la tirant de ses pensées douloureuses.

-Merci pour tout ce que vous faîtes, souffla-t-il. Je vous trouve agaçante et culottée mais vous faîtes du bon travail avec mon frère. Je vous remercie.

Karin sourit de toutes ses dents, amusée.

-Et moi, répondit-elle au tac au tac, je vous trouve immature et irresponsable mais je suis heureuse que vous existiez car sans vous, Sasuke se retrouverait seul. Finalement, vous n'êtes pas si inutile.

Surpris par tant d'impolitesse, Itachi écarquilla les yeux d'au moins cinq millimètres. Qui d'autre que Karin Hozuki se permettrait de parler ainsi aux proches de l'un de ses patients ?

-Alors vous, vous êtes un sacré numéro, rétorqua-t-il.

Karin haussa les épaules d'un air désinvolte.

-Ne dit-on pas que les psy sont encore plus fous que ceux qu'ils soignent ? demanda-t-elle avec une humour.

-Cette affirmation ne fait plus aucun doute lorsqu'on vous connait.

Karin ouvrit la bouche sur un silence, cherchant quelque chose à rétorquer. Un petit rire s'échappa d'entre ses lèvres lorsqu'elle s'avoua vaincue. Itachi sourit gentiment, amusé par la douceur de la jeune femme. Désormais, il comprenait pourquoi Sasuke l'estimait autant.

-Quoi qu'il en soit, reprit Karin, n'oubliez pas de donner ces dépliants à votre mère.

Itachi opina de la tête. Satisfaite, Karin le salua avant de tourner les talons pour retourner travailler, fidèle à elle-même. Itachi reprit sa route sans se retourner, scrutant le parking à la recherche de sa Toyota. Lorsqu'il la trouva enfin, garée entre un gros 4x4 et une Audi imposante, il se dépêcha de s'en approcher pour s'y engouffrer.

En lâchant un soupir mêlant fatigue et soulagement, il se laissa tomber sur le siège conducteur. Une agréable odeur vanillée flottait dans l'habitacle, une odeur que le jeune homme avait toujours connue parce qu'elle berça toute son enfance.

-Tu t'es encore dégonflée, maman, dit Itachi d'une voix dure.

Sur le siège passager, Mikoto s'efforçait de retenir ses larmes. Les doigts crispés autour de sa ceinture de sécurité et les traits tendus, elle faisait preuve d'une force insoupçonnable pour ne pas éclater en sanglots. C'était la première fois qu'elle se rendait au centre IPPJ et le simple fait d'apercevoir les hauts murs vétustes et gris glaçait son cœur d'horreur. Son propre enfant était enfermé à l'intérieur de ces murs et elle ne pouvait rien y faire. Le temps où elle aurait pu y faire quelque chose était révolu, désormais.

Pourtant, suite à la visite de Karin, Mikoto chercha longuement en elle une dernière once de courage afin de rendre visite à Sasuke. Le désir de le voir et de lui parler faisait battre son cœur à cent à l'heure mais la peur de confronter son regard rempli d'une probable rancune la paralysait littéralement. Elle ne supporterait pas que son fils la haïsse même si elle comprendrait son éventuelle réaction de rejet. La veille, elle téléphona à Itachi en lui demandant de l'accompagner au centre, espérant secrètement que la présence de son aîné calmerait ses angoisses. Mais dès le moment où Itachi coupa le moteur de sa petite Toyota, Mikoto se ravisa.

Sentant le regard inquisiteur d'Itachi vriller sa joue, elle réunit tout son courage pour lever les yeux vers lui.

-Je… comment va-t-il ? questionna-t-elle d'une voix faible.

-Tu le saurais si tu m'avais accompagné.

-Ne sois pas si dur, Itachi. J'ai tellement peur qu'il ne me pardonne pas.

-Te pardonner de quoi, maman ? Tu sais très bien que Sasuke ne t'en veut pas. Il ne t'a jamais considérée comme coupable de quoi que ce soit, bien au contraire, il est le premier à te défendre.

Une douleur lancinante transperça le cœur de Mikoto à la suite de ces paroles teintées de reproche. Itachi ne la plaignait pas, contrairement à Sasuke. Il estimait que sa mère était assez grande pour assumer ses choix et qu'au lieu de pleurer constamment sur son sort, elle n'avait qu'a claquer la porte de la demeure familiale. Il ne niait pas la souffrance et les drames quotidiens de sa mère, cependant, il jugeait que Sasuke, tapi au fond de sa cellule, était bien plus malheureux qu'elle. En réalité, entre les deux frères, celui qui en voulait le plus à Mikoto était l'aîné.

-Je ne veux pas qu'il me déteste, couina-t-elle. Quel genre de mère suis-je, Itachi ? Je n'ai pas été capable de vous protéger de votre père et aujourd'hui, c'est Sasuke qui en paie le prix.

Irrité par les geignements de sa mère, Itachi ne put s'empêcher de soupirer.

-Le passé est derrière, répliqua-t-il sèchement, c'est trop tard pour le modifier et c'est trop tard pour pleurer dessus. Sache une chose : Sasuke a besoin de toi, maintenant plus que jamais. Dans quelques mois, il passera au tribunal. Tu dois être là, maman. N'oublie pas la raison pour laquelle il est enfermé.

Cette dernière phrase s'était échappée de sa bouche contre son gré. C'en fut trop pour Mikoto qui ne put retenir ses larmes. Elle sanglota silencieusement, le visage enfouit entre ses mains. La culpabilité partit à l'assaut d'Itachi qui se mordit férocement la langue, comme pour la punir de cette franchise mal venue. Mikoto connaissait le motif du crime de Sasuke, inutile de le lui rappeler, cela n'aidait personne. Dans un élan de tendresse, Itachi posa une main sur l'épaule de sa mère et la massa doucement.

-Je suis désolé, chuchota-t-il, arrête de pleurer d'accord ? Je n'aime pas te voir pleurer.

Le corps prit de légers soubresauts, Mikoto semblait en pleine crise de larmes. À chaque fois qu'elle croisait le visage dur d'Itachi, elle se rappelait son erreur. Dès qu'elle apercevait la rancune gisant dans les profondeurs de ses prunelles d'ébène, elle s'insultait de mauvaise mère. Son passé douloureux lui revenait sans cesse en plein visage sans qu'elle ne puisse le contrer, tel un boomerang. Le soir où Sasuke faillit commettre l'irréparable ne cessait de la hanter. La culpabilité et la remise en question accompagnaient ses nuits, la tristesse et le mépris qu'elle avait envers sa propre personne rythmaient ses journées. Toute sa vie ne se résumait plus qu'à cet horrible soir où Sasuke cogna violemment son père pour la protéger. Oui, pour la protéger. N'était-ce pas à elle de protéger ses enfants, normalement ?

Jamais elle ne pourrait se pardonner d'avoir laissé Sasuke porter ce fardeau à sa place. C'était elle qui aurait dû mettre un frein aux agissements de Fugaku, pas Sasuke. À cause de sa faiblesse et de son incapacité à protéger ses propres enfants, la détention en IPPJ assombrissait l'avenir de son fils. Le mot « criminel » lui collerait toujours à la peau, comme une seconde nature. Mikoto ne se le pardonnerait jamais. C'était impossible.

Elle prit une profonde inspiration et sécha ses larmes sous le regard tendre d'Itachi. Avec une certaine douceur dans le geste, Itachi lui donna les dépliants de Karin Hozuki.

-Tient, c'est pour toi.

Il n'en dit pas davantage, laissant Mikoto examiner les documents. Ses traits se tendirent subitement lorsqu'elle comprit de quoi il s'agissait. Elle interrogea Itachi du regard et la panique fulgurant dans ses pupilles serra le cœur du jeune homme. Feignant de ne pas remarquer la détresse de sa mère, jugeant que c'était à elle seule de prendre les choses en main, Itachi fit vibrer le moteur de la Toyota.

Dans un silence tendu, ils prirent la direction de la demeure Uchiha, quittant un enfer pour un autre.

XxXx

Cela faisait plusieurs minutes que le cours de chant était terminé. Un silence presque religieux régnait dans le petit local, trahissant la fatigue des élèves. Sous le regard de Tenten, venue l'écouter chanter, Gaara rangeait sa guitare dans son étui. Ino, quant à elle, vidait sa deuxième bouteille d'eau minérale, soulageant sa gorge sèche et légèrement irritée tandis que Naruto discutait avec Kurenai de la chanson qu'il devrait interpréter en solo le jour du spectacle. De son habituelle démarche élégante, Sakura s'approcha de Sasuke, qui adossé au mur, attendait avec une impatience soigneusement dissimulée le moment de se retrouver seul avec l'usuratonkachi afin d'interpréter pour la millième fois au moins Imagine.

Faisant preuve d'une parfaite discrétion, Sasuke n'aurait jamais cru que son regard langoureux serait intercepté par Sakura. Cette dernière se plaça à côté du ténébreux et suivit son regard. Un discret sourire se courba sur ses lèvres colorées de rouge lorsque ses prunelles émeraude se posèrent sur son meilleur ami. Avec un certain amusement au fond des pupilles, elle dévisagea Sasuke, trop occupé à déshabiller Naruto du regard pour s'occuper d'elle.

-Au fait, s'exclama Sakura d'un ton innocent, Naruto est célibataire. Et il aime les hommes. Cool hein ?

Sasuke se raidit subitement et fit un effort colossal pour affronter les yeux rieurs de Sakura. Fier, il croisa les bras sur sa poitrine et haussa les épaules d'un air désinvolte avant de rétorquer froidement :

-Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse, Malabar ?

Un sourire espiègle s'étira sur les lèvres de la jeune fille.

-Oh… rien du tout. Je disais ça comme ça, répondit-elle avec une pointe de malice dans la voix.

Sasuke fronça les sourcils en marmonnant un « tss » agacé. Il espérait naïvement que son attitude détachée et faussement désintéressée masquerait le trouble qui l'envahissait. Mais c'était mal connaître Sakura qui, à la fois touchée et amusée par la timidité de Sasuke, se dressa sur la pointe des pieds pour lui murmurer à l'oreille :

-Essaie d'être plus discret la prochaine fois que tu materas les fesses de Naruto, même si je reconnais qu'elles sont belles.

Instantanément, les joues de Sasuke se teintèrent de pourpre tandis que, frustré, il la détaillait avec un mélange de colère et d'incompréhension. Le sourire de Sakura s'élargit de plus belle, dévoilant ses dents parfaitement blanches. Naruto choisit cet instant pour les rejoindre. Ses orbes cobalt jonglèrent entre Sasuke qui, mal à l'aise, ne parvenait pas à le regarder, et Sakura dont le large sourire le rendit soupçonneux.

-Qu'est-ce que vous… commença le blond.

-Bonne répétition à vous deux, le coupa Sakura avant de s'enfuir en courant.

Incrédule, Naruto la regarda disparaître derrière la porte en compagnie d'Ino, Gaara et Tenten.

-Qu'est-ce qu'elle a ? demanda-t-il en se tournant vers Sasuke.

-J'en sais rien, rétorqua le brun avec mauvaise humeur, elle craint cette fille.

Indifférent, Naruto haussa les épaules.

-Alors là, ce n'est certainement pas moi qui vais te dire le contraire, répondit-il.

Sans remarquer la gêne de Sasuke, Naruto s'installa derrière le piano et donna naissance à une mélodie improvisée sur laquelle s'élevaient quelques notes mélancoliques. Sasuke le contempla longuement, le cœur en émoi et la respiration saccadée. Il n'en douta plus : ses efforts quotidiens valaient bien ces quelques heures de bonheur. Perdre Naruto lui était inconcevable. L'aimer un jour était comme un rêve. Un rêve pour lequel il se battait continuellement.

Le droit de l'aimer. L'obtiendrait-il un jour ?

Le siège en cuir noir situé derrière le piano à queue était assez large pour supporter deux personnes. Sans réfléchir, Sasuke s'installa à côté de Naruto et respira son odeur à pleins poumons, oxygène désormais vital. Ses prunelles sombres se baissèrent sur les doigts fins de Naruto allant et venant sur les touches blanches et noires. Il se surprit à se montrer jaloux de ce stupide clavier. Il voudrait tant, pour une poignée de seconde s seulement, prendre la place de ces touches noires et blanches que les phalanges de Naruto effleuraient avec une douceur incomparable.

-Comment est-ce que tu me vois, usuratonkachi ? demanda soudainement Sasuke.

Surpris par cette question inattendue, Naruto interrompit brutalement sa mélodie et se tourna vers Sasuke, sourcils légèrement froncés.

-Je ne sais pas vraiment, répondit-il, je crois que je te considère comme un ami.

Un petit sourire se courba sur les lèvres de Sasuke, sourire contrastant avec la déception serrant son cœur. Il souhaiterait être autre chose qu'un « ami » aux yeux de Naruto. Cependant, il ne pouvait pas nier qu'il valait mieux être considéré comme « un ami » que comme un étranger. Mais tout de même… « ami » n'était pas suffisant. Il désirait plus que ça. Il voulait incarner l'avenir de Naruto, il souhaitait devenir l'oxygène de ses poumons et le sang de ses veines. Il donnerait le monde pour occuper la place la plus importante dans ce cœur qui lui semblait à la fois si proche et si lointain. Compter pour lui, se battre pour lui, vivre pour lui, rire pour lui, respirer pour lui, sourire pour lui, pleurer pour lui, chanter pour lui… le moindre de ses gestes s'adressait à Naruto Uzumaki. Naruto Uzumaki qui avait changé sa vie en un seul regard, la rendant plus belle et plus colorée au fil des jours. Mais aux yeux de cet être si important, il n'était qu'un « ami ». Même le Malabar vivant et l'artiste raté prénommé Kiba Inuzuka se trouvaient un échelon au-dessus de lui dans le cœur de Naruto puisqu'ils étaient ses « meilleurs amis ». Insupportable.

Sasuke baissa tristement les yeux pour étudier le clavier du piano. Sans qu'il ne sache pourquoi, une soudaine mélancolie traversa son corps comme une vague. La gorge serrée et les yeux brûlants à force de retenir ses larmes, il se laissa envahir par une flopée de souvenirs désagréables. L'image de son père écroulé sur le sol se dessina devant ses orbes onyx, lui rappelant cette partie sombre dont il craignait une nouvelle manifestation. Songer qu'il puisse un jour s'attaquer à Naruto le rendait presque malade.

En demeurant à ses côtés et en partageant des moments complices avec lui, Sasuke exposait Naruto au danger de se faire violenter, peut-être même de se faire assassiner lorsqu'un beau jour, l'impulsivité et la colère prendraient une fois de plus le pas sur sa raison. Cette idée le terrifiait, l'ankylosait à tel point qu'il avait souvent pensé à prendre ses distances avec l'usuratonkachi, à s'éloigner définitivement de lui, à renier ses sentiments pourtant si forts et si sincères. Mais dès qu'il plongeait dans l'océan de ses yeux, Sasuke se ravisait, incapable de l'ignorer, succombant au pouvoir ravageur de son sourire.

Inquiet par le mutisme du ténébreux, Naruto posa une main amicale sur son épaule, lui arrachant un agréable frisson.

-Sasuke ? Quelque chose ne va pas ? demanda-t-il d'une voix douce.

En s'efforçant de sourire, le brun leva vers lui des yeux brillants de larmes.

-Tu sais, souffla Sasuke, tout le monde me prend pour un assassin dangereux ou un psychopathe assoiffé de sang. Les gens se retournent sur mon passage, chuchotent en m'apercevant, me fuient comme la peste, les journalistes bavent sur moi et s'amusent à me photographier comme si j'étais une bête de foire. Les autres interprètent ma réserve et mon silence comme une froideur. Ils pensent que l'image que je leur envoie est authentique, sincère alors qu'en réalité… je ne fais que mentir. Naruto, je ne veux pas être proche des gens simplement parce que j'ai vu de quoi j'étais capable… je veux dire, j'ai quand même plongé mon père dans le coma à coups de batte de baseball. Cette partie de moi me fiche la trouille. Je préfère rester loin des autres, je ne veux plus faire de mal à quiconque.

Les doigts de Naruto pressèrent légèrement son épaule, en signe de réconfort, tandis qu'un tendre sourire illuminait son visage.

-Tu ne fais pas que du mal, Sasuke, répondit-il. Tu ne dois pas oublier les erreurs que tu as commises, il est normal que tu en subisses les conséquences mais tu ne dois pas tourner le dos au monde et t'interdire d'être heureux. Lorsque tu chantes, je sens les larmes noyer mes yeux et j'ai l'impression que chacun de mes myocardes tremble dans ma poitrine. Ta voix est magnifique, Sasuke. Vraiment magnifique. Ne reste pas bloqué sur un passé douloureux, regarde vers l'avenir et saisis ta chance. N'oublie pas tes erreurs et tires-en des leçons mais tient également compte des choses merveilleuses que tu es capable de faire.

Le discours de Naruto ne surprit aucunement Sasuke. Le blondinet possédait toujours les mots justes, les mots capables d'apaiser ses colères et ses angoisses. Qu'il les chante ou qu'il les exprime simplement, sortant de sa bouche, les mots demeuraient beaux. Il n'avait suffit que d'une parole de Naruto pour que Sasuke se sente un peu mieux. L'usuratonkachi détenait un véritable pouvoir guérisseur sur Sasuke. Il était l'onguent palliant chacune de ses plaies, le vent balayant les nuages de son existence, la lumière au bout du tunnel qui l'encourageait à avancer, encore et encore, avancer en espérant l'atteindre un jour.

-Naruto, je… ne suis pas un taré, chuchota Sasuke, j'étais un adolescent comme les autres. Si j'ai fait ça à mon père, c'était uniquement pour protéger ma mère.

Naruto se raidit subitement et comme un réflexe, sa main déserta l'épaule de Sasuke, ses yeux bleus perdirent de leur lumière.

-Je n'ai jamais connu mon père, confia le blond, il est mort quand ma mère était enceinte. Il me manque chaque jour un peu plus alors c'est vrai qu'imaginer que tu aies pu faire une chose pareille au tien me dépasse mais… tu n'as pas à te justifier auprès de moi.

-Mon père battait ma mère. Il la battait toujours et il me battait aussi… lorsque j'étais plus petit. Puis, j'ai grandi. S'attaquer à moi devint plus difficile pour lui et ma mère en paya le prix. Un jour, je ne l'ai plus supporté. C'est tout.

Naruto ne sut quoi répondre, trop choqué par la confession de Sasuke. L'image idéale du père que l'absence de Minato avait forgée dans son esprit se fissura subitement. Derrière ses airs rustres, Sasuke souffrait atrocement, douleur qu'il transmettait par le biais de ses chansons. Il sentait pourtant qu'il devait dire quelque chose, n'importe quoi, s'il voulait briser le malaise planant entre eux.

-Je… commença-t-il.

-Et je ne te parle pas d'une simple claque qu'un père flanque à son fils parce qu'il s'est mal conduit, reprit Sasuke. Non, moi je te parle de coups de pied dans les côtes et de coups de poing dans le ventre, je te parle de la douleur qu'on peut ressentir lorsqu'un homme te cogne et que cet homme est ton propre père. Je te parle de l'humiliation qui t'envahit lorsque tu es cloué au sol et que tu ne peux plus bouger, je te parle de cette colère froide qui prend possession de ton cœur lorsque tu regardes, impuissant, ta propre mère se faire tabasser, je te parle de cette peur inavouée, de cette crampe à l'estomac en voyant l'heure tourner parce que tu sais qu'il va bientôt rentrer du travail, je te parle du stress qui te ronge lorsque tu quittes l'école, lorsque tu te demandes « combien de coups vais-je encaisser ce soir ? ». Je te parle de tout ça, Naruto. Je te parle d'une douleur que je ne souhaite à personne. Pas d'une simple claque. Les jours où je ne recevais qu'une simple claque, j'étais au Paradis. Alors dis-moi, Naruto, dis-moi comment je pourrais un jour le pardonner ? Dis-moi comment pourrais-je ne pas le détester après tout ce qu'il a fait ? Dis-moi que j'aurais dû laisser ma mère se faire battre sans lever le petit doigt, ose seulement me regarder en face pour me dire que je n'aurais pas dû réagir. Je me fiche pas mal de me retrouver dans un centre de détention, je me fiche que ma mère me haïsse, je me fiche de ce que les autres pensent de moi, ils ne savent pas qui je suis. J'ai fait ce que je devais faire ce soir-là et tu sais quoi ? Je ne regrette rien. Ma fierté et ma conscience ne sont pas entachées. Elles l'auraient été si j'avais regardé sans bouger.

Le visage de Naruto ne se déforma pas sous l'effet de la surprise et l'angoisse ne tordit pas ses traits. Il ne s'en alla pas loin de Sasuke et ne détourna pas les yeux. Il resta lui-même, le regard bienveillant et le sourire au coin des lèvres. Un sourire triste, un sourire blessé, mais un sourire quand même. En le voyant encore à ses côtés, Sasuke ne put réprimer un soupir de soulagement. Il songea alors que si Naruto demeurait auprès de lui après une telle confession, il ne le quitterait jamais. Pourtant, dans le bleu de ses yeux s'inscrivaient quelques lignes de nostalgie.

-C'est étrange de penser que tu voudrais que ton père disparaisse alors que moi, je donnerais tout pour que le mien soit là, chuchota Naruto.

Ces mots heurtèrent Sasuke de plein fouet. Soudainement, l'usuratonkachi lui apparut autrement. Naruto, dont la vie semblait si parfaite aux yeux de Sasuke, supportait la douleur de la solitude et connaissait le manque que procure l'absence d'un être cher. Voilà d'où provenait ce léger tremblement secouant sa voix lorsqu'il chantait ainsi que cette fêlure dans son sourire. Sasuke prit alors conscience qu'au milieu de toute la chaleur humaine qui l'entourait, Naruto était aussi seul que lui. À l'instar des amitiés de Sakura et Kiba, malgré l'amour inconditionnel d'une mère, le vide creusant la poitrine de Naruto ne se comblait jamais, sinon en chantant. Il était comme incomplet. Car il n'existait au monde pire douleur que celle de se sentir seul au milieu de la foule.

Ils échangèrent un regard qui sembla durer une éternité, échange visuel à travers lequel leur lien se renforça. Leurs yeux dialoguèrent longuement, se transmettant des sentiments que leurs bouches s'efforçaient de taire. Tous deux ne connaissaient d'un père que le nom. Naruto ne connaissait le sien qu'à travers les paroles de sa mère, imaginant la couleur qu'aurait sa vie si Minato existait encore. Sasuke, par la force de l'expérience, associait l'image d'un père aux coups et aux insultes, il n'avait du sien que des souvenirs amers et douloureux, des cauchemars autrefois bien réels. Aucun des deux ne savait ce qu'était l'amour d'un père.

Ils ne connaissaient d'un père que le nom et la fonction sociale. Ils ne savaient pas ce qu'était un véritable « papa ». Le papa qui attend à la sortie de l'école, le papa au sourire rassurant, le papa aux bras protecteurs, le papa avec lequel on se bat parfois, stupidité masculine. Le papa qui aime. Un monde inconnu pour les deux adolescents, amour perdu à jamais irremplaçable.

Naruto ne voyait le visage de son géniteur qu'au travers les pages d'un album aux photographies décolorées par les années. Il fermait fortement les yeux et essayait d'imaginer le timbre de voix de Minato ainsi que l'éclat de son rire. Il idéalisait le caractère calme et jovial que lui décrivait sa mère d'un ton secoué par la nostalgie. Sasuke n'avait connu que la partie sombre de Fugaku. Son rire ? Il était moqueur et humiliant, presque aussi dévastateur que la force de ses poings. Son visage ? Il peuplait ses cauchemars, lui rappelant ainsi les atrocités de son enfance. Sa voix ? Elle le faisait littéralement trembler de peur. Ne crachant qu'insultes et reproches, elle semblait ignorer l'existence du mot « je t'aime ». Son caractère ? Sasuke le décrirait en deux mots : impulsif et violent.

Cruel paradoxe.

Qu'est-ce qu'un père ? Ou plutôt qu'est-ce qu'un « papa » ?

Ils ne le sauraient jamais.

Naruto ravala la boule s'étant formé dans sa gorge. Songer à Minato engendrait en lui une salve d'émotions contradictoires. Fidèle à lui-même, Sasuke restait fort et impassible malgré son estomac tiraillé par l'angoisse. D'une voix tremblotante, Sasuke demanda :

-Est-ce que ça te dérange si je chante quelque chose, usuratonkachi ?

Comme pour le remercier de sa soudaine douceur, Naruto lui décocha un léger sourire.

-Absolument pas, répondit-il simplement.

Sans plus attendre, Sasuke se leva et s'éloigna de quelques pas. Sentant qu'il allait certainement craquer sous le poids des sentiments, il tourna le dos à Naruto, trop fier pour le laisser entrevoir sa tristesse.

We'll do it all
Everything
On our own

We don't need
Anything
Or anyone

Sa voix vacillait vers l'aigu, croulant sous le poids de l'émotion. Sasuke chantait sa douleur, chantait leur douleur. Il chantait sa souffrance, celle de Naruto, celle de tous les enfants dont le père était aux abonnés absents. Il chantait pour toutes ces femmes victimes de violences conjugales qui, trop faibles ou trop amoureuses, ne parvenaient pas à claquer la porte. Il chantait pour sa mère, pour Itachi, il chantait pour le monde entier, espérant que ceux qui souffrent parviennent un jour à trouver leur « usuratonkachi ».

If I lay here
If I just lay here
Would you lie with me and just forget the world ?

Chanter pour quelqu'un, il n'existait à ses yeux rien de plus sincère. Chanter au nom de quelqu'un était certainement ce qu'il y avait de plus merveilleux au monde dans l'esprit de Sasuke. Son cœur parlait, se délivrait des secrets qui l'assénaient continuellement. Sa voix s'élevait dans les airs, puissante et mutine, et il eut l'impression d'exister. Chanter prit tout son sens, ses mots devinrent réels, vivants, puisqu'enfin ils tombaient dans une oreille attentive.

Et si chanter était un cri du cœur, alors il s'adressait à Naruto.

I don't quite know
How to say
How I feel

Those three words
Are said too much
They're not enough

L'inévitable se produisit. Les larmes inondèrent ses yeux et roulèrent sur ses joues, silencieuses et porteuses d'un sombre passé. La dernière fois qu'il s'était autorisé à déverser sa peine, cela devait être le fameux soir où il découvrit la véritable nature de son père, le soir où sa vie bascula brusquement. Les paupières à demi fermées et le visage incliné vers l'arrière, il défia les limites de sa voix, mettant tout son cœur et toute son âme dans le refrain, refrain qui n'était pas dépourvu de sens puisqu'il trahissait son rêve le plus cher. Son rêve d'aimer Naruto. De l'aimer pour toujours.

If I lay here
If I just lay here
Would you lie with me and just forget the world ?

Forget what we're told
Before we get too old
Show me a garden that's bursting into life

Let's waste time
Chasing cars
Around our heads

Naruto se leva lentement pour s'approcher sans faire de bruit. Hypnotisé par la beauté de sa voix voilée de chagrin, envoûté par la magnificence de cette chanson, il eut l'impression de sentir son cœur imploser au creux de sa poitrine. Il n'était pas très doué en anglais mais il n'avait pas besoin de comprendre cette langue complexe pour saisir le sens des paroles de Sasuke. Car ce qu'il était en train de chanter faisait partie de lui. Cette chanson était pour lui le lien connectant leurs deux coeurs. Un lien indestructible.

I need your grace
To remind me
To find my own

If I lay here
If I just lay here
Would you lie with me and just forget the world ?

La voix de Sasuke gagna en puissance tandis qu'il entamait l'ultime couplet. Son avenir, il ne le voyait que dans les yeux de Naruto. S'il ne pouvait pas vivre à ses côtés alors autant arrêter de vivre tout de suite. S'il ne se battait pas pour lui, alors autant arrêter de se battre. Et tandis que les larmes déferlaient sur ses joues, il se sentit lui-même plus que jamais.

All that I am
All that I ever was
Is here in your perfect eyes, they're all I can see

I don't know where
Confused about how as well
Just know that these things will never change for us at all

If I lay here
If I just lay here
Would you lie with me and just forget the world ?

Le dernier couplet s'acheva en un long soupir. Sasuke porta une main à sa joue humide de larmes avant de frotter ses yeux rouges et gonflés. Naruto n'hésita pas une seconde pour l'attirer à lui et le serrer contre son cœur. La surprise naquit sur le visage de Sasuke et une sensation nouvelle émergea sur le côté gauche de sa poitrine. Gêné mais heureux, il n'essaya pas de se dégager de l'étreinte de Naruto. Au contraire, il ferma les yeux en se laissant bercer par le souffle de sa respiration. Il avait chaud, il était bien. Ses bras étaient décidément le plus bel endroit du monde, un endroit qu'il n'aurait jamais voulu quitter. Durant une fraction de seconde, Sasori hésita à se lever mais il resta finalement assit et se contenta de replonger dans les pages de son journal, n'ayant pas le cœur d'interrompre leur échange des plus innocents.

-Je suis vraiment ridicule, chuchota Sasuke, la joue collée à l'épaule de Naruto.

-Tu ne l'es pas, Sasuke, chuchota Naruto. Tu as le droit de pleurer, d'être en colère. Quel mal y'a-t-il à ça ?

-Je ne sais même pas pourquoi je chiale, usuratonkachi. C'est ça le pire. C'est que je ne sais même pas pourquoi je chiale.

Inconsciemment, Naruto resserra son étreinte. Sa bouche glissa lentement jusqu'à l'oreille de Sasuke. Ses lèvres en effleurèrent le lobe, arrachant un agréable frisson à Sasuke. D'une voix douce, il se contenta de murmurer quelques paroles qui rendirent Sasuke plus amoureux encore.

-Tu peux pleurer autant que tu veux, Sasuke. Mon épaule recueillera chacune de tes larmes. Parce que tu es mon ami.

Et le silence reprit son droit, embellissant davantage cet instant, un silence dans lequel une multitude de « je t'aime » se perdaient. Ils ne songèrent à rien sinon à la chaleur que l'autre provoquait en eux.

Les bras de l'autre. Leur unique Paradis.


Chanson chantée par Sasuke: "Chasing cars", Snow Patrol

Bonsoir tout le monde =)

Tout d'abord, j'ai relu le chapitre plusieurs fois mais je suis tellement crevée en ce moment qu'il est fort probable qu'il y ai quelques fautes d'orthographes ou des mots en trop (ou en moins, ça m'arrive aussi XD) donc j'en suis désolée. Ce chapitre était très long, j'en suis bien consciente et j'espère qu'il n'a pas été trop lourd à lire et que sa longueur ne vous a pas gênés. J'espère aussi que les fans de Neji ne me détestent pas, j'aime bien Neji dans le manga mais il me fallait un méchant homophobe pour la suite, désolée x) Le chapitre 11 devrait vous plaire, enfin je crois x) petit indice: ça se passera entre Naruto et Sasuke et ce sera le début de ce mot magnifique qui commence par un Y. J'espère que vous avez aimé ce chapitre dégoulinant de cucul, de guimauve, de miel, de sucre et de tout ce qu'on veut x) Je ne sais pas quand sortira le chapitre 11 donc je vous souhaite de bonnes et joyeuses fêtes =)

Réponses aux reviews anonymes:

Réponse à Celine: Coucou =) toujours fidèle au RDV héhé =) oui, pas de bol pour Karin et Suigetsu mais bon c'est un mal pour un bien x) elle s'investit beaucoup dans son métier, oui =) peut-être un peu trop parfois x) mais remercions-la pour ce qu'elle a fait pour Sasuke car sans elle, il n'aurait jamais rencontré Naruto x)

Réponse à Sasuke22: Coucou =) merci =) je suis contente que ce que je fais te plaise =)

Réponse à Hitomi-Pyon: Hey =) oui Sasuke est très heureux aux côtés de Naruto, cela dit je le comprends x) ah oui ? =) je suis heureuse que tu sois attachée à Karin, c'est un personnage que j'aime beaucoup, surtout dans cette fiction =) j'espère que tu as aimé ce chapitre =)

Réponse à Romance: Coucou =) je vais bien merci, j'espère que toi aussi x) je suis contente que l'évolution de la fic te plaise, merci beaucoup =) pas de bol pour notre rouquine favorite mais ça ira mieux x)

Réponse à Delff: Salut =) merci beaucoup, je suis heureuse que ça te plaise =)

Réponse à Bn-and-cie: Hey =) ça fait toujours plaisir de retrouver une ancienne lectrice =) ben elle est là comme tu peux le voir, Germaine x)

Réponse à Hikari-chan: Hellow =) merci beaucoup pour tes reviews, ça me fait très plaisir de savoir que tu aimes ce que je fais =) merci beaucooup =) je suis contente que mon style te plaise, sincèrement moi je le trouve grossier et très basique x) des fautes il doit y en avoir lol sauf qu'on ne les voit plus (tant mieux pour moi x) ). C'est certain que le thème choisi pour cette fiction n'est pas évident à tourner mais c'est quelque chose qui me tient particulièrement à coeur =) je suis un auteur plus penché sur le réalisme, je ne sais pas écrire du fantastique même si j'adore en lire par exemple =) je me sens plus à l'aise avec des thèmes difficiles en fait et des personnages torturés =) oh si tu me dis que je te fais rêver, je ne peux pas être plus heureuse alors =) c'est la meilleure chose qu'on puisse me dire, merci beaucoup, ça me touche sincèrement =) il est sûr que si cette fiction te plaît autant que j'aime les écrire, nous sommes toutes les deux récompensées =) non non je ne te trouve pas lourde du tout =) ralala j'ai donné de nouveaux fans à Coldplay, Chris Martin m'en doit une x) la tirade de Sasuke sur les écrivains c'est simplement ma façon de penser =) certains écrivains sont talentueux mais la célébrité finit par tuer ce talent, ils écrivent des trucs commerciaux qui sont pour moi illisibles x) dommage =) je trouve ça dommage d'écrire juste pour la succès, je me dit toujours que le jour où je n'écrirais plus par passion mais juste pour le "succès", je déposerais ma plume définitivement x) j'espère que tu as aimé ce chapitre et merci encore pour tous ces encouragements =)

Merci à tous pour reviews et vos encouragements, ça me va droit au coeur =)

Gros bisous =)