Shizuru avait décidé de changer ses plans, cela faisait plusieurs séances qu'elle n'avait pas pris l'avantage, elle devait tout donner aujourd'hui.
« Shizuru, qu'est-ce que tu fais ? Retournes à ta place. »
« Pourquoi, on pourrait parler l'une en face de l'autre, il y a une si grande distance entre nous. J'ai l'impression que tu as peur de moi, je ne vais pas de manger, enfin…sauf si tu le demandes. » Shizuru s'était retrouvée juste en face de sa psychologue, elle s'était même assise sur cuisse, comme si de rien n'était, elle semblait vouloir avancer rapidement, jouer avec des pincettes et aussi longtemps ne semblait plus l'intéresser. Elle enveloppa son cou dans son bras. La professionnelle ne semblait pas apprécier ce rapprochement, elle n'appréciait pas du tout son comportement désinvolte et provoquant de leurs dernières séances, elle l'avait insulté, elle l'avait provoqué. C'était dans son caractère de séduire, de provoquer. Elle avait discerné au fil des sessions ce comportement de jeu, Shizuru voulait avoir toute l'attention sur sa personne. Elle était narcissique, imbu de sa beauté, elle pensait que tout le monde la voyait comme un objet de désir. C'était pour cette raison qu'elle prenait ses poses sexy, qu'elle avait ses réflexions portées sur la sexualité. Peut-être que c'était l'image négative qu'elle se renvoyait ? Elle n'avait pas réussi à ouvrir cette coquille, elle n'avait lu que son dossier, elle avait fait son opinion sur sa patiente mais elle devait la laisser extérioriser sa peine, ses secrets, ce qui était en elle. La châtain était visiblement troublée par son homosexualité, elle avait compris cela. Natsuki avait fait ses recherches, elle voulait parler à la sœur de Shizuru, celle-ci était partie à l'étranger et elle dut demander l'aide de son ami Reito qui était détective privée. Quant au père de la châtain, il était trop occupé avec le travail et partir en conférence à l'étranger pour s'occuper de son enfant. Peut-être était-ce à cause de ce rejet constant de sa propre famille que Shizuru cherchait le réconfort excessif auprès des inconnus ? Visiblement, il y avait un manque affectif.
« Shizuru, je ne le répéterai pas deux fois et je ne veux pas te blesser physiquement mais tu as intérêt à t'éloigner de moi ou tu le regretteras, je ne suis pas comme les autres que tu cherches à manipuler. Jamais, je ne m'abaisserai à céder à tes avances ! » Siffla la bluette qui agrippa solidement l'épaule de sa patiente.
« Abaisser ? » De la colère illuminait ses rubis. « On verra si c'est toujours le cas. »
Shizuru mit ses bras derrière la nuque de sa psychologue, elle allait l'embrasser mais la louve détourna la tête et repoussa violemment loin d'elle en la fit valser sur le sol. Fujino fut désarçonnée par cette réaction. Elle se mit à rire. Personne à ce jour n'avait osé la repousser. Elle était furieuse, elle n'allait pas se laisser faire mais il semblerait qu'elle n'ait pas le dernier mot.
« Tu crois que ton petit jeu fonctionne sur moi, je ne suis pas comme les autres. Dommage pour toi. Tes mièvreries, ta séduction me laisse totalement de marbre. Tes mensonges, tes papillonnements de paupières plus que ridicule me lasse. Je ne cherche pas à coucher avec toi, ou à être ton pantin. Pour moi, tu n'es qu'une enfant paumée, ce serait abuser de toi que de céder à tes petits caprices. Je suis là pour t'aider et non pour t'enfoncer comme en cet instant, c'est en partie de ta faute si tu te retrouves dans cette position, tu pourrais aller mieux si tu me laissais une chance de t'aider, tu n'aurais pas à te résoudre à toute cette mascarade. Je pense que tu caches des choses en toi, c'est pour cette raison que tu agis de la sorte, je n'arrive pas à mettre le doigt sur ce qui te tourmente pour que tu sois une telle bombe à retardement. Tu dois te dire mais qu'est-ce qu'elle raconte cette idiote ? Parle, je m'en fous ! Je ne vais pas essayer de changer ton opinion mais si tu continues à faire ces conneries alors je me verrai forcer de mettre un terme à tout ceci. Je ne cherche pas à te blesser mais à te montrer que tes agissements sont mauvais et stupides. Oublions ce fâcheux événement et reprenons tout au début. D'accord ? » Dit calmement docteur Kuga qui se leva de sa chaise et tendit avec bienveillance sa main pour aider sa patiente. Celle-ci repoussa brutalement la main avec le revers de la sienne et cracha :
« Vous croyez que je vais vous applaudir ? Vous vous croyez comme une sainte ? Je déteste les personnes de votre genre. »
« Mon genre ? Quel est-il ? Dis-le-moi ?»
« Hypocrite, qui pense être au-dessus des autres, qui croit que parce qu'ils ont aussi vécu des malheurs, ils peuvent aider tout le monde mais c'est impossible ! Tu crois que je vais me laisser faire avec tes méthodes ? Faire comme si je ne vous intéressai, me provoquer, me mettre en colère. »
« Non, c'est vrai, c'est compliqué d'avoir une conversation avec toi, tu es bien trop arrogante pour cela. Qui se croit supérieure ? Invincible ? C'est pour cette raison que tu as essayé de te tuer, tu te trouves courageuse ? Tu es faible, tu ne peux affronter la réalité, tu n'aies pas capable de demander de l'aide. Est-ce à cause de ta famille ? Ton père ou ta sœur ? » Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. La beauté de Kyoto se mit à déchirer sa blouse ainsi qu'à se donner des gifles au visage. Son médecin fut choqué d'un tel acharnement, elle devait à tout prix l'arrêter avant qu'elle ne se blesse gravement. Elle attrapa ses poignets mais elle se fit griffer ses avant-bras ainsi que le long de sa joue gauche. Du sang parcourra le long de sa griffure.
« À l'aide ! Au secours ! » Hurla comme une hystérique Fujino. La bluette regretta la portée de ses mots, elle ne s'attendit pas à cette folie.
« Shizuru ! Ça suffit maintenant ! S'il le faut je vais appeler les infirmiers pour qu'ils te donnent un calment ! Calme-toi, je suis désolée si j'ai été brusque avec toi alors ne te blesses plus. »
« Au secours ! Au secours ! Aidez-moi ! » Continua la jeune femme alors que des infirmiers arrivaient pour constater ce qu'il se passait. La châtain se mit à hoqueter, elle rampa vers les hommes en blanc.
« Pitié ! Aidez-moi ! Elle a essayé de me violer ! » Natsuki était bouche-bée, c'était quoi cette histoire ? Elle ne devait pas être autant surprise, elle se doutait que la jeune femme allait la piéger, elle soupira et se leva. Il semblerait qu'elle avait perdue, elle avait essayé de se battre mais contre un mur c'était impossible. Ce fut un grand silence, Shizuru continuait de sangloter, ensuite, elle remit avec difficulté son vêtement. Les infirmiers observèrent leur collègue, ils ne semblaient pas croire aux paroles de la patiente aux rubis, elle avait tellement menti qu'ils ne croyaient plus ses mots. De plus, certains des hommes connaissaient Natsuki ainsi que sa relation avec Miss Maria. Il était impossible qu'elle eût des gestes aussi déplacés, ils toisaient du regard la châtain qui semblait être sous le choc.
« Qu'est-ce que vous faites ? Faites-là partir d'ici ! Il faut la mettre derrière les barreaux ! » Ordonna la mythomane à la chevelure blé.
« Comme avec Smith ? » Dit la louve qui regarda avec pitié cette gamine qui convulsionnait de rage.
« Vous êtes tous les mêmes. »
« C'est ce que tu penses mais la réalité n'est pas comme telle que tu la perçois. »
« Faites ce qu'elle dit. Emmenez-là loin d'ici. » Déclara d'un ton ferme la directrice de l'institut psychiatrique. Fujino se mit à sourire victorieusement peut-être un peu trop vite. « Ramenez Shizuru dans sa chambre, elle sera confinée pendant une semaine dans sa chambre, elle aura a mangé dans sa chambre, elle pourra aller aux toilettes ainsi qu'aux douches mais elle ne pourra voir personne d'autre dans le centre, personne ne doit lui parler. Elle pourra sortir au parc mais seule avec un garde. » La nommée fut sous le choc, elle crut avoir mal entendu, elle se retourna vers Miss Maria qui répondit à son indignation :
« Que croyez-vous jeune fille ? Qu'on allait de nouveau se laisser piéger par vos calomnies ? Depuis l'affaire Smith, j'ai installé des caméras en cas de souci, que ce soit agression des patients ou des médecins. Nous pouvons voir les vidéos, vous pouvez dire qu'on n'a pas le droit, qu'on atteint vos droits mais Natsuki a aussi enregistré par audio votre conversation et elle a le droit pour vos séances. » La bluette ne démentit pas, elle se doutait que s'il y avait un débordement, elle devait protéger ses arrières.
« J'abandonne. » La châtain observa intriguée Natsuki, elle ne comprenait pas cette réplique. Il n'y avait pas de colère dans ce regard émeraude mais seulement de la déception.
« Ne me regardez-pas comme ça ! Arrêtez ça ! »
« Tu as gagnée Shizuru, tu as réussi à faire partir la seule personne qui voulait te donner une dernière chance. Tu dois être heureuse de t'être débarrassée de moi. Je ne te ferai plus perdre ton temps, je m'occuperai de personne qui veulent de mon aide et qui veulent s'en sortir. Au revoir. J'espère tout de même qu'un jour tu t'en sortiras. Et c'est la vérité, je ne t'en veux pas, seulement à moi-même de n'avoir pas pu te secourir de tes démons. Je suis désolée. » Kuga s'en alla en prenant ses affaires alors que l'adolescente se mit à rire, non elle n'avait pas gagné, cette sensation qu'elle avait en elle, elle était cette fois-ci la grande perdante.
