Comme tout à une fin, le voyage des Winchester au pays du Dieu Dagda aussi! Voici le dernier chapitre de Woods!

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Woods

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Les disparus de la pleine lune

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57 minutes . Voilà exactement le temps que Dean avait passé sous la douche. Et nom de dieu, c'était pas encore suffisant ! Pourtant il avait vraiment trop faim pour y rester plus longtemps et Sam commençait à l'énerver à frapper sans cesse à la porte en râlant à propos de l'eau chaude. Jamais content celui-là.

Un steak gigantesque dansait devant les yeux de Dean et, la bave aux lèvres, il se força à couper l'eau. Elle était tiède de toute façon…

Il leur avait fallut 20 bonnes minutes pour regagner la camionnette avec Willy Fitzerald, la victime. Les frères avaient du le trainer/porter tout le long.

En fouillant dans les outils du plombier, ils avaient trouvé une pince capable de les libérer. Il avait fallut batailler un long moment, mais quand la chaine d'acier avait enfin cédé, chacun d'eux avait poussé un énorme soupir de soulagement.

On a beau adorer une personne, passer toute une journée attaché à lui, l'avoir constamment à moins de 30 centimètre de son nez, le voir empiéter en permanence dans son espace vital, c'est un motif suffisant pour un meurtre.

La camionnette ne comptant que deux places à l'avant et Willy refusant catégoriquement de remonter à l'arrière, les frères, enfin séparés, avaient joué à shi-fu-mi. Dean - toujours avec les ciseaux - s'était bien évidemment retrouvé dans l'obscurité du fourgon.

Ce n'était déjà pas spécialement agréable d'être dans le noir complet sans pouvoir s'accrocher à quoi que ce soit, mais en plus il avait l'impression que son frère prenait tous les nids de poule exprès. Pour arranger les choses, ce pauvre Willy s'était pissé dessus de trouille quelques heures plutôt et Dean jura par tous les saints qu'il se casserait les deux mains avant de jouer encore à shi-fu-mi.

Sam avait bien prit son temps d'ailleurs pour arriver en ville. Son aîné était certain qu'il avait pris le chemin le plus long juste pour faire chier. Il avait beau se justifier en expliquant qu'un camion volé contenant trois types recouvert du sang d'un quatrième abandonné dans la forêt, devait éviter les grands axes, Dean n'avait rien voulu entendre. Et un Dean en colère qui s'enferme dans la salle de bain, ça veut dire douche froide pour Sammy.

Ils avaient largué Willy à l'hôpital avec quelques consignes, notamment de ne pas parler d'eux et de jouer les amnésiques au moins jusqu'au lendemain, qu'ils aient le temps de retourner dans les bois brûler le corps. Sam avait prit le temps de lui expliquer tout ça en détail pendant qu'il était assis bien confortablement à l'avant et qu'il prenait les routes les plus longues.

Willy était de toute façon un peu trop sonné pour enregistrer quoi que ce soit. On lui disait 'ne parle pas de nous' il répondait 'd'accord'. On lui disait 'des éléphants roses dansent au milieu du salon', il répondait 'd'accord' aussi. Les frères espéraient juste avoir le temps de saler et bruler Leland Murdoch avant que la police ne ratisse les bois.

Mais quoi qu'il en soit, ça attendrait demain. Ils n'étaient pas en état de faire quoi que ce soit maintenant. En passant par l'hôpital ils avaient 'emprunté' un peu de matériel médical pour leurs bras, mais les vrais plâtres attendrait la ville suivante. Ensuite ils avaient récupéré l'impala, caché la camionnette, et regagné leur motel en faisant un détour par le fast-food du coin.

Finalement dans leur malheur, ils avaient eu de la chance car ce jour était le 4 juillet, fête nationale. Les feux d'artifice et les pétards explosaient dans tous les coins, les gens dansaient dans les rues, criaient, chantaient, se battaient… Personne ne prêtait attention à deux types à l'allure étrange, aux vêtements déchirés et couverts de sang qui sortaient d'une camionnette de plombier pour rentrer dans une Chevy Impala. L'agitation et le bruit occupaient les badauds et la police, laissant aux Winchester une plus grande marge de manœuvre.

57 minutes plus tard donc, Dean ouvrit finalement la porte de la salle de bain, laissant échapper un énorme nuage de vapeur.

« Désolé Sammy, j'ai bien peur qu'il n'y ait plus d'eau chaude. » dit-il en souriant.

Contrairement à ce qu'il avait espéré, Sammy ne râla pas. Il ne leva même pas les yeux au ciel ! Il se contenta d'attraper un sachet de papier qui gisait, vide, à côté de lui et de le montrer à son frère.

« Désolé Dean, j'ai bien peur que ton McDo ait disparu. »

Il y avait deux choses qui contrariaient vraiment Dean Winchester. Les rayures sur son Impala et les hamburgers qui disparaissent. Sam avait commit les deux en moins de 48h. Beaucoup auraient décrit ça comme une tentative de suicide.

Mais Sam, ce petit con, était protégé par une espèce de loi mystique qui interdit d'étrangler son petit frère. Saloperie. Dean n'avait même pas les mots pour dire à quel point il était scandalisé par cette attitude. Alors il ne dit rien. Il croisa les bras sur sa poitrine, le regard noir et se dirigea vers le frigo. Il y trouva un reste de pizza d'origine douteuse mais le mangea quand même, juste pour marquer son point de vue.

Sam avait l'ordinateur portable sur les genoux et un gros tas de bouquins et de paperasse étalé autour de lui.

« Hey Dean, je crois que j'ai résolu le mystère de l'arbre géant qui nous à épargné. » dit-il sur un ton factuel.

« Moi aussi. »

Sam écarquilla les yeux. « Vraiment ? »

« Ouais. Il à vu ta tronche et il s'est enfuit. »

« Ha ha. Je ris à l'intérieur. » Rétorqua le plus jeune sur un ton très las.

« Éclaire-moi, Sherlock. » invita finalement l'aîné en se gavant de pizza.

« Dagda est le dieu de la nature, à l'époque des clans irlandais on lui sacrifiait les meilleurs chevaux et les meilleurs chiens de berger. »

« Des faits Sam, des faits. J'aime pas le suspens. Il nous à épargné parce que…? »

« Dagda ne fait pas dans le sacrifice humain. Ce sont uniquement des sacrifices d'animaux de compagnie. C'est une histoire de rendre l'animal domestique à sa nature sauvage. Green Hollow à des statistiques affolantes de disparition de chiens, de chats, de chevaux… Les envoutés du culte ont juste pour mission d'apporter leurs animaux au cœur des bois et de les y abandonner en sacrifice au dieu. »

« T'es en train de me dire qu'on nous a prit pour des chiens ? » S'étouffa Dean avec sa pizza.

Sam leva les yeux au ciel.

« On a interféré dans le plan des adeptes. Ils ont certainement voulu nous écarter de la seule façon qu'ils connaissent, en nous abandonnant en sacrifice. »

« Content que Dagda fasse la différence entre un Winchester et un caniche. »

« Ouep. » répondit Sam d'un air absent « Tu crois qu'on doit l'arrêter quand même ? »

« Parce qu'il mange des chiens et des chats ? Faudrait saler et bruler la moitié des chinois. » Rétorqua l'aîné.

Sam secoua la tête. « Faut vraiment qu'on retrouve papa… » Déclara-t-il d'un air grave.

« Pour ça ? Je t'en prie Sam ! »

« Non, c'est pas ça. Je veux juste lui demander s'il est certain qu'on soit lié génétiquement toi et moi. Je veux dire… t'es tellement bête… c'est pas possible… » Déclara le cadet d'un air très sérieux en contradiction avec la lumière dans ses yeux.

« Haha. Et toi t'es tellement drôle, j'en ai mal au bide. »

Sam ne pu s'empêcher de sourire. Avant de demander :

« Bon, la question reste valable. On fait quoi pour Dagda ? »

Dean haussa les épaules. « Tu veux que je te dise ? J'en ai rien à foutre. J'ai juste envie de dormir. »

« Hum… moi aussi. Mais quand même. C'est un dieu païen, il peut représenter une menace et »

« Sam » interrompit son frère. « On vient de vivre une très longue journée, ok ? On ne va pas aller affronter le géant vert de sitôt de toute façon. Alors qu'est ce que tu dirais de penser à autre chose, de lâcher ton ordi et d'essayer de dormir ? »

Sam se mordit la lèvre inférieure, pas certain de ce qu'il devait faire.

« Je ne crois pas qu'on devrait le faire. » dit-il finalement.

« Faire quoi ? » demanda son frère.

« S'occuper de Dagda. »

Dean leva les yeux au ciel. « Tu décroche jamais, hein ? »

Sam sourit et se gratta l'arrière de la tête. « C'est juste que c'est un dieu. Tu sais. Je pense qu'il y a quand même certaines choses qu'il faut respecter. »

« Respecter ? Qu'est ce que tu veux dire ? »

« On tue des tas de trucs sans se poser la question de ce que c'est. Un dieu c'est…un dieu. Même si techniquement on arrive à trouver un moyen de le tuer, est-ce qu'on doit le faire ? La divinité, on peut respecter ça, non ? Et puis, il n'est pas vraiment dangereux… » Bafouilla le plus jeune en essayant de se justifier.

« Tu sais quoi, Sammy ? Je crois que je suis d'accord avec toi. »

« Oh ? Vraiment ? » S'étonna le petit frère. « On s'en va d'ici dès demain ? Juste après s'être occupé du corps ? »

« Tu sais… » Dean hésita une seconde « ...Je n'ai jamais rien vu d'aussi beau moi non plus. L'arbre géant… les saisons…Je n'ai pas envie d'être celui qui détruira ça. » Déclara l'aîné.

Sam hocha la tête en souriant. Il était heureux de constater que lui et son frère étaient sur la même longueur d'onde à ce sujet. Ce qu'ils avaient vu aujourd'hui dans la rivière, le dieu et les saisons dansant un silencieux ballet autour de lui… C'était un spectacle enchanteur, sublime, comme dans un rêve. Ils avaient rarement l'occasion d'être confrontés aux aspects magnifiques du surnaturel. Au contraire, il n'en voyait que l'obscurité, la violence et le sang. Dagda était une lueur d'espoir, un témoignage que, peut-être, d'autres êtres merveilleux peuplaient les recoins reculés du surnaturel. Peut-être que tout n'était pas noir.

Certes le dieu tuait des animaux de compagnie… et peut-être que Médor et Minette réclamaient justice quelque part au paradis des bêtes, mais c'était un combat que ni Sam, ni Dean n'avaient envie de mener. Dagda avait vécu des siècles, et si ça devait tenir aux Winchester, il en vivrait encore d'autres.

Dean tendit une bière à son cadet avant de s'en ouvrir une lui-même. Sam s'en saisit en souriant.

« Ca m'étonne de toi quand même. Dean Winchester aurait-il un cœur ? » se moqua-t-il.

Dean arqua un sourcil, avala une gorgée de bière et poussa un rot absolument abominable qui fit presque trembler les murs.

« Je suis trop sensible. »

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La gazette de Green Hollow

6 juillet 2006

L'affaire des disparus de la pleine lune : les aveux complets du plombier !

Un élément clef vient s'ajouter au dossier des 'disparus de la pleine lune'. En effet, hier soir l'inspecteur Richard Lee Gordman, chargé de l'affaire depuis 2002, à reçu une lettre d'aveu signée de la main de Leland Murdoch, un plombier résidant à Green Hollow. Selon nos sources, cet homme endosserait la responsabilité de l'ensemble des kidnappings suivis de meurtre et indiquerait l'emplacement de chacun des cadavres dans la forêt. La police à déjà monté une équipe de recherche spéciale pour corroborer ces allégations. Selon une source policière, un corps aurait d'ores et déjà été retrouvé.

Tout porte donc à croire en l'authenticité de la lettre et des aveux. Leland Murdoch n'a pas pu être interpellé par les autorités et reste introuvable. Sa camionnette à été découverte ce matin dans un parking souterrain de la ville. Elle contiendrait des outils tachés de sang, il pourrait s'agir de l'ADN de plusieurs victimes. Les experts scientifiques sont en train de l'analyser.

Ces aveux soudains sont liés à la découverte d'une victime récente qui est parvenue à s'échapper. Cette personne est actuellement en soin intensif à l'hôpital où la police recueille son témoignage mais refuse de divulguer son identité, la décrivant comme « très choquée ».

La lettre d'aveux ne mentionne aucun mobile et ce sera aux experts psychologues de déterminer les motivations de ces meurtres. Le voisinage de Leland Murdoch et ses collègues de travail le décrivent comme une personne taciturne, discrète et antipathique. Les premiers éléments de l'enquête démontrent un lien entre le premier disparu, Robert Delawney, et Murdoch, qui effectuait des travaux de plomberie chez lui en 1996. Les prochains jours d'investigations devraient être déterminants.

Rappelons qu'entre 1996 et 2006 sept personnes originaires de Green Hollow avaient disparues un soir de pleine lune sans laisser de traces. Seul le cadavre de Katharine Baxter avait pu être retrouvé en octobre 2005 dans un affluent du fleuve qui traverse la forêt. Les enquêteurs avaient ratissé les bois sans jamais retrouver le moindre indice sur ces mystérieuses disparitions. L'année dernière le fiancé de l'une des victimes avait été placé en garde à vue puis relaxé faute de preuves. Depuis, l'enquête semblait au point mort. Ce nouveau rebondissement pourrait enfin clore l'affaire et apaiser les familles qui réclament justice depuis 10 ans.

Dexter M.

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Merci à tous d'avoir suivi cette histoire un peu étrange jusqu'au bout! A très vite! DEX