Partie 11 – L'entropie se déchaîne
C'était le jour le plus heureux de la vie de Samantha Carter. Alors pourquoi avait-elle l'impression que son père l'escortait à son exécution ? Et pourquoi avait-elle l'impression qu'elle était exécutée, de façon totalement justifiée, en tant que traître ?
Hésitation. Voilà ce que c'est, se dit-elle. Voilà ce que ça devait être. Parce que Pete l'aimait et elle avait besoin d'être aimée. Elle méritait d'être aimée. Elle méritait d'avoir une vie normale et elle allait l'avoir. Et, Sainte Mère de Dieu, le Naquadah enroulé autour de son poignet devenait plus lourd avec chaque pas qu'elle faisait.
Elle remarqua que son père semblait réticent lorsqu'il remit sa main dans celle de Pete. Elle dévisagea Pete. Il souriait avec bonheur. Elle lui offrit le meilleur sourire qu'elle put rassembler et fut contente qu'il la tienne si fermement, car s'il ne l'avait pas fait elle était sûre que ses genoux auraient cédé sous le poids du Naquadah sur son bras.
Elle ne pouvait dire honnêtement qu'elle entendit quoi que ce soit de ce que le prêtre dit jusqu'à ce qu'il prononce ces mots fatidiques : « Si quiconque a une juste raison pour que ces deux personnes ne soient pas unies légitimement dans le mariage, qu'il parle maintenant ou se taise à jamais. » Puis la voix terriblement et bizarrement familière :
« Ouais, ça pourrait être moi. J'ai un petit problème avec toute cette affaire. »
Si Sam avait été une femme à pleurer pour un oui ou pour un non, elle se serait évanouie immédiatement.
ooo
Jack s'était renfermé complètement. Il ne ressentait rien. Pas de douleur. Pas de regret. Pas d'émotion. Rien. Il n'était rien. Puis une voix familière et inquiétante perça à travers le néant.
« Ouais, ça pourrait être moi. J'ai un petit problème avec toute cette affaire. »
Ce qui était si inquiétant fut le fait que c'était sa voix, mais il n'avait rien dit. N'est-ce pas ?
Il y eut un immense halètement collectif et un brouhaha alors que tout le monde se tournait vers le fond de la chapelle pour voir une silhouette grande et dégingandée se tenant au bout de l'allée.
Jack sentit son estomac chuter. Il l'avait dit et pourtant en même temps il ne l'avait pas dit.
« Thor, » siffla-t-il. « Téléportez-le hors d'ici. »
« En êtes-vous certain, O'Neill ? »
« Non ! » s'exclama Daniel en se tournant vers Jack. « Ne pensez-vous pas que ça pourrait être – oh, je ne sais pas – peu discret ? »
« Putain de fils de pute, » se maudit Jack. Lui et son autre lui-même.
Les soldats s'étaient placés de chaque côté de son clone diabolique, prêts à le traîner dehors sur l'ordre du Colonel Dixon. « Non ! » cria une voix étranglée. « Je veux entendre ce qu'il a à dire. »
Jack souhaita que le sol l'engloutisse ou que Thor le téléporte. N'importe quoi, ce qui serait le plus rapide.
ooo
« Que diable ? » Sam entendit Pete marmonner.
Elle se retourna du mieux qu'elle put dans la prise de Pete et vit le jeune homme étrangement familier debout au fond de la chapelle. Il avait grandi et n'était plus aussi maigre, remarqua-t-elle avec son détachement scientifique. Elle vit les soldats gardant la porte se ressaisir de leur surprise et l'entourer. Ses yeux familiers sombres et pénétrants l'imploraient. « Non ! » s'entendit-elle crier. « Je veux entendre ce qu'il a à dire. »
« Quoi ? » Pete suffoqua. « Qui est ce putain de gamin ? » Il n'obtint pas de réponse de la femme à côté de lui aussi il se tourna vers son frère. Il semblait aussi choqué et troublé que tous les autres. Pas de réponse là.
Le 'gamin' en question se débarrassa de la poigne des soldats et remonta d'un pas décidé l'allée pour se mettre devant Sam.
« Qui êtes-vous ? » demanda Pete.
« Elle sait, » dit le 'gamin' avec un sourire narquois. « Alors, Carter, vous voulez que je dise cela devant Dieu et tout le monde ou... »
« Hum, vous pouvez aller là, » le prêtre, qui en 30 ans à officier les mariages, n'avait jamais eu personne faire d'objection, montra une porte à côté de la chaire.
« Merci, mon père. Carter ? »
Elle acquiesça.
« Sam... » Elle entendit Pete plaider alors qu'elle passait la porte.
ooo
Jack O'Neill n'avait jamais paniqué au cours de sa vie. Ce qui s'était révélé être une qualité utile durant ses années dans les Black Ops et au SGC. Maintenant, à cet instant, il crut qu'il allait avoir une crise de panique. Il avait l'impression de ne plus pouvoir respirer et que le monde entier venait de se briser en mille morceaux, n'arrivant à se concentrer sur aucun.
Apparemment Daniel nota qu'il était sur le point de tourner de l'œil et tira sur son bras pour le mettre sur ses pieds. « Venez, Jack, allons... euh... vérifier la sécurité et voir comment il a réussi à entrer. »
Jack acquiesça et réussit à se libérer de la poigne de Daniel. Puis les deux hommes descendirent l'allée. Jack, il ne sut comment, réussit à ne pas s'évanouir avant d'atteindre la porte. Il aspira profondément l'air pur de la montagne et s'effondra sur les marches.
Daniel prenant conscience du besoin de solitude de Jack, commença à questionner les gardes sur comment Mini-Jack avait pu éviter leur vigilance. Apparemment il avait une invitation, mais Daniel n'arrivait pas à imaginer pourquoi diable Sam l'aurait invité. Après son enquête sans résultat, il s'assit à côté de Jack qui tentait d'allumer une cigarette avec ses mains tremblantes. Daniel lui prit le Zippo de ses doigts et Jack lui lança un regard meurtrier jusqu'à ce qu'il manipule le silex sans effort et porte la flamme à l'extrémité de la cigarette. Jack prit une bouffée avidement et Daniel le referma avec un claquement sec et le redonna à son ami.
Finalement, Jack parla. « Je n'aurais pas fait ça. »
« Il n'est plus vous, Jack. Il ne l'a plus été depuis deux ans. »
« J'aurais dû laisser Thor se débarrasser de son cul boutonneux comme il voulait le faire. »
« Vous ne pensez pas cela. »
« Et comment que oui ! Il ne devrait pas y avoir plus d'un seul moi à courir le monde et foutre en l'air la vie des gens ! » Il se leva brusquement. « Je vais aller marcher. »
Daniel, avant de retourner à l'intérieur, regarda Jack s'éloigner vers le petit jardin à l'arrière de la chapelle. Il y avait un léger brouhaha alors que les invités discutaient furieusement de l'étrange incident. Il revint au-devant de la chapelle et eut un sourire à la vue de la scène devant lui. Teal'c se tenait debout devant la porte par laquelle Sam et Mini-Jack avaient disparu et empêchait un Pete indigné d'entrer. Daniel s'assit entre Thor qui observait la scène silencieusement et Cassie qui, à son avis, était assise définitivement trop près de Jonas. Cassie se tourna vers lui, « Où est Jack ? »
« Il est allé marcher. »
« Est-ce qu'il va bien ? »
« Je crois que ça va dépendre, » dit Daniel et puis il observa avec fascination Pete et Mark Carter se disputer avec Teal'c, le Général Hammond, et un Jacob Carter étonnamment calme.
« Dites-moi simplement qui diable est ce gamin et quel droit il a d'élever une objection à mon mariage ! »
« J'ai peur que cela ne soit top secret, mon garçon, » dit le Général Hammond calmement.
« Merde aux secrets ! » cria Mark en réponse.
« Mark, pour l'amour de Dieu- » commença son père.
« Je ne sais pas comment, mais je suis foutrement sûr que c'est de ta faute ! » accusa-t-il son père.
Jonas se pencha par-dessus Cassie et murmura à Daniel, « Je suppose que vous n'avez pas de pop-corn sur vous ? »
« Je souhaiterais en avoir. »
ooo
Sam fixa le pupitre à musique devant elle. La pièce dans laquelle ils avaient trouvé un peu d'intimités était visiblement une salle de répétition pour le prêche. Elle continua de fixer les notes noires et partout ailleurs sauf les yeux bruns familiers.
« Carter... »
« Tu as beaucoup grandi, » lui dit-elle, mais sans le regarder. « Tu lui ressembles davantage. »
« Je suis lui, en bien des manières. Je t'aime toujours, Carter, » dit-il avec douceur.
Elle leva les yeux sur lui pour la première fois. Il portait un costume noir et une chemise noire très semblable à ce que portait le Général O'Neill la veille. Il avait les mains fourrées dans les poches de son pantalon et se balançait nerveusement d'avant en arrière sur ses pieds d'une manière douloureusement familière. Ses traits avaient mûri durant ces deux années depuis qu'elle l'avait vu. Il n'était plus un adolescent, mais il n'était pas non plus l'homme qu'elle connaissait.
« Que veux-tu que je fasse ? Que je quitte Pete à l'autel pour toi ? »
Il sourit avec ironie, « Autant j'aimerais cela et, crois-moi, je pourrais profiter de la compagnie, mais non. Je suis ici parce que tu devrais quitter – Pete, c'est ça ? » Elle acquiesça et il continua, « Quitter Pete pour moi, l'autre moi – l'original. »
« Je ne peux pas. »
« Pourquoi ? Peux-tu honnêtement me dire que tu aimes ce vermisseau ? Le peux-tu, Carter ? »
« Il m'aime ! »
« Toute la population mâle de la base et la moitié de la galaxie t'aiment ! » gronda-t-il de frustration et ses mains jaillirent de ses poches, leur nervosité incapable d'être contenue. « Siler t'aime. Il se mettrait en quatre pour toi, mais je ne te vois pas épouser Sparky ! » Sam ne put s'empêcher de sourire et il persévéra. « Il n'y a aucune chance que Pete t'aime comme je – comme il t'aime ! Tu le sais ! »
« Non, je ne le sais pas ! »
« Pour l'amour du ciel, Carter, nous sommes des âmes sœurs ! As-tu une idée de ce que j'ai ressenti durant ces deux années sans toi ? Je pense à toi chaque jour et rêve de toi chaque nuit. Ca fait mal. Ca fait aussi mal que quand j'ai perdu Charlie. Ne lui fais pas ça ! » plaida-t-il. « Tu le tueras, tu le sais, et tu te tueras toi-même. Pour quoi ? Pour quelque stupide fantasme avec un type normal ? Eh bien, tu sais quoi, Carter ? Tu n'es pas normale ! Tu as eu un serpent dans ta tête, tu as été possédée par une machine, tu as eu ton esprit altéré, tu as été torturée, et Dieu sait quoi d'autre depuis. Tu n'es pas normale et tu ne pourras jamais l'être. Tu es aussi brisée que moi et je t'aime pour cela. J'aime chacune de ces parties brisées. Ne me dis pas que ce connard dans son costume de singe là dehors ne s'enfuirait pas en hurlant comme une petite fille s'il savait par quoi tu es passée ou ce que tu pourrais faire ! »
« Et pour le- »
« Ne le dis surtout pas, Carter ! » Il la fixa avec un regard dur et agita un doigt devant elle. « N'essaie même pas ! Merde aux règlements. Tous les deux vous vous êtes cachés derrière eux pendant des années. Si vous aviez vraiment voulu les contourner, vous auriez pu. Le monde vous est redevable plus d'une fois et je crois que faire modifier la règle de non-fraternisation ne serait qu'un pâle remerciement. »
« Mais tu n'es pas lui ! »
« Non, je ne suis pas lui, mais vas-tu jeter en l'air un amour vrai pour une putain d'illusion de ce que tu crois que l'amour est supposé être ? Et tu n'es même pas heureuse ! Je t'ai vue remonter l'allée. Papa devait presque t'y traîner. C'est l'heure d'affronter les faits, Carter. » Ses yeux sombres, intenses et passionnés la transpercèrent.
Elle soupira et fixa le bracelet et le médaillon en Naquadah à son poignet. Elle le tendit vers lui. « Tu m'as donné ça au dîner de répétition la nuit dernière. »
Il prit sa main avec douceur dans la sienne et examina le médaillon. « 'En suivant les routes à travers les étoiles, j'ai trouvé mon cœur, Tout mon amour, Jack', » lut-il. « C'est la vérité. »
« Tu sais lire l'Ancien ? » dit-elle en levant un sourcil interrogateur.
Il eut un sourire narquois, « Bien sûr et le Goa'uld aussi. »
« Pourquoi l'as-tu caché ? »
« Je ne voudrais pas que notre vieux Space Monkey se sente moins important. Je sais juste assez de Goa'uld pour me débrouiller de toute façon. Teal'c et moi devions apprendre le Latin et l'Ancien pendant cette boucle temporelle. » Il semblait amusé par son incrédulité. « Quoi, tu pensais que je ne pourrais pas le retenir ? »
« Je ne pensais pas que tu le voudrais, » répondit-elle et puis elle étrécit ses yeux en le regardant. « Ca me fait penser, as-tu vraiment des livres de physique et d'astrophysique sur tes rayons ? »
« Ouaip, entre mes Calvin et Hobbes et la première édition du Magien d'Oz. »
« Donc tu comprends ce que je dis ? »
« Parfois. Tu es toujours plus intelligente que moi. » Il haussa les épaules. « J'aime simplement t'écouter parler. Tu deviens si passionnée. »
« As-tu vraiment des costumes Armani dans ta penderie ? »
Il rit à cette question. « Avant oui. Je ne peux plus vraiment me les permettre avec ce que le gouvernement me donne. Quoi, es-tu entrée par effraction chez moi ? »
« Daniel a effectué une 'étude archéologique'. »
« On ne peut jamais vous faire confiance, vous les scientifiques. Beaucoup trop curieux. »
« Pourquoi ne sais-je pas ces choses-là sur toi ? »
Son sourire devint légèrement amer. « Tu n'as jamais voulu savoir. Trop occupée à fourrer tous les trucs intéressants dans cette pièce, je suppose. »
Elle baissa les yeux sur le médaillon en Naquadah et se mit à pleurer. « Je suis désolée. Je suis tellement désolée. »
Il l'attira dans ses bras et la serra étroitement. « Ca peut s'arranger si tu le veux. » Il releva sa tête enfouie dans son cou. « Hé, ne pleure pas. Tu vas ruiner ton maquillage, » dit-il en souriant alors qu'il essuyait les larmes. « Tu es magnifique aujourd'hui. » Il leva sa main pour toucher le camélia épinglé dans ses cheveux. « La Dame aux Camélias. »
Elle renifla, « Essaies-tu de me dire que tu veux que je meure de tuberculose ? »
Il rit, « Non. » Il se recula, mais tint toujours ses mains et grava l'image devant lui. Les fleurs blanches dans ses cheveux. Il avait supposé, pour une raison ou une autre, qu'après l'incident avec les Shavadai, elle ne voudrait pas porter de voile. La rangée unique de perles du collier à son cou et les perles en forme de larme à ses oreilles. La robe blanche en satin, simple et sans bretelles, élégante dans sa simplicité et complètement Carter. « Tu es vraiment stupéfiante. »
« Pete n'aime pas ma robe. »
« C'est un idiot, alors. »
« Merci. »
« Alors que vas-tu faire ? »
« Pete est un homme bien, mais je ne peux pas l'épouser. Ce ne serait pas juste pour lui ou moi ou toi. Je suppose que le reste dépend du Général. »
Il hocha la tête et lui fit soudain un grand sourire, « A quoi diable pensaient-ils en me faisant général ? »
« Ils devaient être ivres. » Elle lui sourit en retour, puis se pencha pour embrasser sa joue. « Merci beaucoup. Je crois que j'avais besoin que quelqu'un me botte les fesses. »
« Hé, quand tu veux, » dit-il en remettant les mains dans ses poches. « Tu veux que je t'envoie Pete ou peut-être Papa ? Il pourrait lui dire. »
« Non, je vais lui dire. »
Il acquiesça et se détourna pour partir.
« Jack. »
Il se retourna, « Oui ? »
« Pourquoi es-tu celui qui a élevé l'objection ? »
« Je n'avais rien à perdre et rien à gagner. Alors, c'était facile pour moi. » Il fit un geste vers son poignet. « Il l'a fait la nuit dernière, mais je crois que tu ne voulais pas entendre. »
Elle hocha la tête de compréhension, « Merci encore. »
« Oh, pas de problème. »
