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R.
« J'espère que tu te fous de ma gueule ? » fut la première réaction du brun qui se redressa en regardant avec hargne son ennemi juré.
« J'en ai l'air ? » répondit simplement Malfoy, adossé dans son propre fauteuil. Il le fixait, le sourcil légèrement relevé, comme pour appuyer ses dires.
« On dirait un mauvais conte pour enfant, t'en es conscient j'espère. Et je te signale que je suis resté avec Ginny un bon moment après la guerre. Ta théorie stupide ne tient pas. »
« J'ai été marié à une femme aussi je te signale. Ça ne veut pas dire que je l'aimais. » argumenta simplement Malfoy.
« Oui mais toi il est de notoriété publique que tu es… »
« Que je suis quoi ? Je suis curieux d'entendre ce qui se dit en dehors de ce manoir sur mon compte. » Cette fois-ci, c'était le Serpentard qui s'était légèrement mis sur ses gardes.
« Oh, enfin, que tu es homosexuel, ne m'obliges pas à tourner autour du pot Draco. »
« Et alors, on peut tomber amoureux de n'importe quel sexe Harry. Je ne te pensais pas si rétrograde. Mais ne changes pas de sujet. Les potions que je te donne ne sont pas seulement des cache-misère. J'ai aussi fait des tests, à ton insu bien sûr. »
« Pardon ? » Le visage d'Harry était devenu vermeil.
« Tu penses que tu aurais accepté de t'y soumettre si je t'en avais parlé ? Je suis un Serpentard, stupide balafré, je fais ce qu'il me plait, quand il me plait. »
Harry leva les yeux au ciel mais ne trouva rien à répondre, de toute façon depuis le début de sa malédiction sishyphienne, seul Malfoy avait réussi à rendre le rocher qu'il s'escrimait à pousser en haut de la montagne plus léger. Malfoy se lécha les lèvres et reprit :
« Je pense que Voldemort est parti avec un morceau de ton âme. »
Voyant qu'Harry allait le couper, il ajouta immédiatement : « Un morceau de ton âme en plus de la sienne qui s'est évaporée j'entends. »
« Comment sais-tu que Voldemort était une partie de moi ? » fut la première question d'Harry. L'ordre du Phoenix avait tout fait pour limiter la fuite potentielle d'une telle information : la reconstruction du monde sorcier était déjà assez difficile sans que toute la population sache que son Sauveur avait été en réalité un Horcruxe en sus des sept qu'avait créés le mage noir. De plus, ce genre de données pouvait facilement conduire à des dérapages : de là à ce qu'un décérébré se mette en tête qu'Harry Potter n'était qu'une extension de Voldemort capable de revenir à la vie, il n'y avait qu'un pas.
« Potter… Mon père était le bras droit de Voldemort et mon parrain son bras gauche. Je suis discret, pas stupide. Je l'ai su dès que le Maître a eu pour projet de t'attirer seul lors de la bataille. Mais ce n'est pas le point du jour, encore une fois. La magie noire est très complexe, Potter, bien plus complexe que ton petit cerveau puisse l'imaginer. Voldemort avait vécu en toi depuis de si longues années que ton âme était inextricablement liée à la sienne, comme un parasite finit par contrôler son hôte. En faisant preuve de courage et d'abnégation, tu as su te débarrasser de cette sangsue mais elle a laissé des traces : une magie instable (d'où tes pics de fatigue) et un sentiment de solitude (tu as perdu un partie de toi-même, que tu le veuilles ou non) notamment. Mais comme nous parlons de Voldemort, avant de passer à trépas il a aussi verrouillé une autre partie de toi-même, celle qui t'es le plus chère : l'amour. »
« Donc je n'ai pas perdu la capacité pleine d'aimer ? » s'enquit Harry.
« Non, mais elle est si profondément enfouie qu'il y a de grandes chances que toute ta vie, tu sois incapable d'y accéder. Ne te sens-tu pas désabusé depuis la fin de la guerre ? »
« Tu n'es pas mon psychomage Malfoy ! » cracha Harry.
« Non, c'est vrai, et je me contrefous de tes états d'âme. Par contre, je pense être l'un des seuls à pouvoir t'aider. Je veux dire, tu connais beaucoup de gens émoustillés à l'idée de frayer avec la magie noire ? Sans parler de ton humeur massacrante : à part les Belettes et Miss-Parfaite, il ne me semble pas que tu aies beaucoup de visites en ce moment. »
« La ferme. Je ne suis ici que parce que j'y suis obligé… tu es mon dernier espoir et tu le sais. »
Le silence s'installa mais il fut vite coupé par le brun qui reprit :
« D'accord Malfoy, je vais répondre à tes questions, de toute façon si je veux m'en sortir je n'ai pas vraiment le choix. Oui, je me sens souvent désillusionné, découragé ou mélancolique. Mais ce sont les signes d'une dépression non ? Rien d'extraordinaire pour un ex-héros à la retraite… » Soupira le brun. « Là, on parle d'une incapacité à ressentir, c'est quand même au-delà non ? »
« Une dépression, mon cher Potter, je l'aurais soignée en moins de temps qu'il faut à tes potionistes à la manque pour verser un sirop pour la toux dans la bouche d'un nourrisson endormi. Tu penses vraiment que je suis mauvais à ce point ? » railla Malfoy, son éternel sourire aux lèvres.
« Il n'y a pas de quoi rire, la Fouine ! On parle de ma vie là ! » explosa le Gryffondor.
« Oh, tranquille Saint-Potty » rétrograda Malfoy en levant ses mains en signe de défense. « Si on ne peut même plus détendre l'atmosphère ici, que va devenir ce Manoir vide si on ajoute en plus un mec complètement cinglé à l'intérieur ? Je parle bien-sûr de toi » ajouta-t-il, sans se départir de cette rangée de dents parfaites. Harry expira avec vigueur mais ne put s'empêcher de laisser un coin de ses lèvres suivre le mouvement :
« Ingrat Serpentard. Contrairement à ce que tu penses, de nombreux sorciers rêveraient que je leur confie ma vie et toi, tu es là, à me dédaigner du bout des lèvres ! »
« Désolé d'être moi-même. La noble famille Malfoy n'a pas l'habitude de traîner avec les Potter, traîtres à leur sang et feu mariés à des Sang-de-Bourbes dont le rouquin ferait vomir n'importe quel peintre. » répondit simplement Malfoy avant de se lever.
Dominant Harry de toute sa stature, il tendit alors brusquement sa main parfaitement manucurée vers son vis-à-vis :
« Qu'en penses-tu ? » lâcha-t-il.
« Hein ? Qu'en penses-tu de quoi ? » répondit Harry, perturbé par cette main d'albâtre qui attendait de rejoindre la sienne.
« Merlin qu'il est stupide, » fut la réaction de Draco qui leva les yeux au ciel, « que penses-tu de notre accord ? »
« Tu acceptes de m'aider malgré tout cela ? Tu as une idée de quoi faire ? On ne va pas seulement continuer d'essayer des potions ? Tu penses que je peux m'en sortir ? » S'enquit immédiatement Harry, sentant son cœur battre la chamade. Il n'avait pas ressenti un tel espoir depuis des mois.
« Oui, mais seulement si tu sers ma paume dans moins de 5 secondes et que tu arrêtes de me mitrailler de questions, histoire que je ne change pas d'avis. Tu dois aussi me promettre de me dire la vérité. Sur tout. Je veux tout savoir de ta vie, tous tes ressentis, toutes les potions que tu prends, à quelle heure tu manges et celle à laquelle tu dors. Épargne-moi juste tes passages aux toilettes, sinon je risque de ne pas pouvoir répondre de mes actes. »
Harry se leva alors brusquement et repoussant avec foi la main de son ennemi, il entoura de ses bras la carrure sèche de Malfoy junior qui se raidit à son contact mais ne le repoussa pas, attendant simplement que l'accolade se termine d'elle-même.
« " - J'ai toujours pensé qu'il s'agissait d'un état d'âme sublime et merveilleux; digne même, s'il est déçu. J'ai composé tant de ballades sur ce sujet. Mais le sentiment amoureux n'est que végétatif. C'est l'état de quelqu'un qui succombe à la maladie, qui ingurgite un poison. Car, semblablement à celui qui s'empoisonne, l'amoureux est prêt à tout pour obtenir l'antidote. A tout. Même à l'humiliation. » A. Sapkowski (Le sorceleur, The Witcher)
