Bonjour à tout le monde. Merci à Molly59 pour m'avoir laisser une review. Je me demande si, finallement, je ne ferais pas mieux de t'envoyer directement mes chapitres par mail, ce serait plus simple et plus rapide que de les poster ici.

La fin de mon chapitre précédent a été raboté, je l'ai donc mis à jour. J'espère que ff ne me fera plus de blagues de ce genre.

L'action est de retour dans ce chapitre, ainsi qu'un personnage qu'on avait presque oublié...

Bonne lecture.


CHAPITRE 11 – Grabuge à King's Cross

Harry ouvrit péniblement un œil. Sortir du lit était particulièrement éprouvant ce matin. La journée de la veille avait été singulièrement éreintante. Tous ces élèves qui voulaient les accompagner sur leurs moindres pas, tous ces idiots qui voulaient les toucher, Ron et lui. Pauvres fous ! Ils étaient rentrés complètement épuisés, profitant de l'effet de surprise engendré par l'une des farces des jumeaux Weasley. Pendant que tout le monde s'esclaffait autour d'un élève devenu tout rose après avoir ingurgité une friandise, Ron et lui s'étaient discrètement éclipsé vers l'arrière–boutique et avaient rejoint le QG.

Ils n'avaient pas tardé à aller se coucher, dînant rapidement et préparant vaguement leurs affaires pour le lendemain. Une fois encore, ils n'avaient pas partagé le même service de table que les filles et Ron regrettait de n'avoir pas pu mettre la main sur Dean Thomas. Mais il ne s'inquiétait pas trop : celui–là ne perdait rien pour attendre ! Ron le retrouverait tôt ou tard dans le dortoir de Gryffondor. Et même déjà bien avant, dans le Poudlard Express. Pour sûr, Dean sentirait passer les humeurs de son préfet !

Harry aussi pensait à Dean mais avec un léger pincement au cœur. Un jour il avait regretté de ne pas être un Weasley, de ne pas habiter le Terrier où existait une famille sympathique, pleine de vie et d'amour. Il avait souvent envié Ron d'avoir un vrai foyer. Un jour il s'était laissé submergé par ce désir fou de vouloir ce qu'il ne possédait pas. Et aujourd'hui cela recommençait. Dean, lui, ne possédait qu'une seule chose que Harry aurait vraiment souhaité : l'amour de Ginny. « De toute façon, j'ai rendez–vous avec Dean… » Cette petite phrase, prononcée la veille par la jeune fille résonnait encore à ses oreilles. Harry en voulait à Dean mais il savait pourtant qu'il n'y était pour rien. Harry commençait à goûter véritablement aux âpretés de la jalousie et il n'aimait décidément pas cela.

Ces réflexions lui retournèrent l'estomac et lui rompirent brutalement la sensation de sommeil. Maintenant bien éveillé, Harry voulut se lever. C'est là qu'il se rendit compte qu'un corps était allongé contre le sien. Il était trop petit pour qu'il puisse être celui de Ron. De beaux cheveux cuivrés lui chatouillaient le visage et dégageaient un parfum délicieux. Ginny ! Elle avait dû rouler sur elle–même pendant son sommeil et leurs deux corps s'étaient rejoints comme s'ils avaient été attirés par un magnétisme naturel. Harry se redressa dans un réflexe, surpris par une telle situation mais il regretta bien vite son geste. Il aurait voulu rester encore des heures tout contre ce corps tellement convoité, en sachant toutefois très bien qu'il en souffrirait davantage bien plus tard. Son mouvement brusque réveilla la jeune fille qui se retourna, se demandant ce qui l'avait tiré du sommeil. A la vue de Harry, ses yeux s'écarquillèrent et elle fit un mouvement de recul tout aussi spontané que la réaction du garçon… Elle se cogna contre Hermione allongée un peu plus loin dans le lit.

–– Que… Qu'est–ce que tu…

Ginny s'interrompit. Instinctivement elle ramena la couverture à elle, pour couvrir tout ce que Harry aurait pu découvrir de son corps, comme si elle était dévêtue. Elle était à présent écarlate et ne semblait plus en mesure de prononcer le moindre mot. Son trouble était palpable. Harry n'aurait su dire si elle était en colère, s'il s'agissait de gêne ou encore d'autre chose. Un mélange de tout cela sans aucun doute. Hermione se redressa derrière elle.

–– Que se passe–t–il ?

Elle ne mit pas plus d'une demi–seconde pour comprendre la situation.

–– Il est temps de se lever, dit alors Harry avec une drôle de voix.

Il regrettait presque d'avoir prononcé ces mots. C'était comme s'il avait lui–même tué l'espoir naissant. Mais il ne voulait pas se laisser gagner par le doute. Les filles ont parfois tendance à laisser planer des espoirs pourtant vains et le seul lot récolté n'est généralement que souffrance. Ginny était avec Dean, il devait s'en faire une raison. Harry se jeta hors du lit en tournant le dos aux filles, un goût amer dans la bouche. Il tapa un bon coup de la main sur les couvertures où des bosses laissaient deviner les jambes de Ron. Celui–ci qui ronflait comme un troll fit un bon magistral.

–– Debout, fainéant. Il faut se préparer pour l'école.

Harry sortit en vitesse de la pièce où l'atmosphère était devenue trop malsaine à son goût. Il n'eut pas l'occasion d'entendre les borborygmes endormis de Ron qui avait murmuré quelque chose comme « ggrrmlrl, encore 5 minutes m'man ». Harry se précipita vers la cuisine bien qu'il n'avait pas très faim. Assis à table, se trouvaient Mrs et Mr Weasley, Fred et George.

–– Oh bonjour Harry, s'enthousiasma Molly. Justement j'allais venir vous réveiller tous les quatre, s'empressa–t–elle d'ajouter.

–– 'lut, crièrent en chœur les jumeaux.

–– Bonjour Harry, tu as bien dormi ?

Harry salua tout le monde et prit place à table. Il commença alors à grignoter quelques saucisses grillées sans trop de conviction et en silence. Devant un tel manque d'appétit, les autres s'interrogèrent.

–– N'aies pas peur, Harry, lui dit Fred. Nous n'avons rien mis dans les saucisses. Tu ne prendras pas la même couleur que ce pauvre Liam Finnigan.

–– A ce propos, ce bleu turquoise lui allait à ravir, fit remarquer George.

–– Vous ne savez jamais vous arrêter vous deux ! reprocha lourdement leur mère. Ce pauvre garçon risque d'être traumatisé pour sa rentrée à Poudlard. J'espère pour vous que cette couleur partira avant la cérémonie de répartition…

–– Bien sûr que non, maman ! C'est notre commerce qui est en jeu !

–– Comment veux–tu que nous fassions notre publicité si les effets ne durent pas suffisamment longtemps pour être vus par notre plus gros potentiel de clients ?

–– Tout le monde regarde les premières années pendant cette cérémonie, c'est donc normal que ce soit un des nouveaux qui portent nos couleurs !

Tous les deux s'esclaffèrent.

–– George et Fred, vous devriez avoir honte de faire ces blagues stupides !!!

–– Je rappelle à notre gracieuse mère que ce sont nos blagues stupides qui permettent à l'Ordre du Phénix d'occuper ces lieux.

–– Et puis d'ailleurs nous n'avons pas forcé ce jeune Liam à manger nos friandises piégées, s'indigna Fred.

Harry observait la dispute avec un regard lointain. C'était une situation assez habituelle et qui concernait toujours les mêmes protagonistes. Il fit mine de sourire un peu mais ce n'était pas très convaincant.

–– Tu me sembles bien pensif, Harry. C'est à cause de la rentrée ?

–– Oui, mentit Harry en s'adressant à Arthur.

–– Comme je te comprends, Harry. Ce sera une année difficile pour toi, s'inquiéta Molly qui vint lui serrer les épaules avec force et semblait avoir oublié la présence de ses deux fils. Il te faudra beaucoup de courage pour affronter tous ces regards.

–– Tu dois passer outre de tout cela, Harry. N'oublies pas que tu dois pouvoir en permanence fermer ton esprit ! Tes soucis, tu dois les oublier ou du moins t'en accommoder. Ils ne doivent pas te faire perdre l'idée que tu es potentiellement en danger.

–– Et vous croyez que c'est facile ?

Harry n'avait su se contrôler et avait parlé avec une certaine agressivité proche de l'exaspération. Il se rendit soudainement compte que c'était Lupin qui venait de s'adresser à lui, en entrant dans la cuisine. Et il savait qu'en dépit de l'agacement que lui suscitaient ces mots, Remus avait raison. Peu lui importait le regard des autres de toute façon, avec le temps il s'y était habitué. Mais cette fois c'était différent. C'était Ginny qui le rendait pensif. C'était elle qui occupait ses pensées et c'était elle qui demeurait sa faiblesse. S'il voulait parvenir à fermer son esprit, il devait la chasser de son cœur et cela lui semblait impossible. Un silence gêné prit place dans la pièce mais il fut vite brisé par Lupin qui s'attendait à une telle réaction de la part du jeune homme.

–– Bien sûr que c'est difficile, Harry. C'est même plus difficile que n'importe qu'elle autre épreuve que tu auras encore certainement à subir. Mais tu dois le faire impérativement. Et tu en es capable.

–– Hum, vous désirez manger quelque chose, Remus, demanda timidement Molly pour couper court à tout sentiment de malaise.

–– Oui certainement, je n'ai encore rien mangé ce matin. Mais j'attendrai le service suivant, avec les jeunes.

Après avoir mangé avec hâte et avec une certaine difficulté, Harry sortit en direction des douches. Il n'adressa pas un regard aux autres quand il les croisa dans le hall. Il voulait qu'on lui fiche la paix. Et pas moyen d'être seul plus de deux minutes dans cette maudite cave. D'autant plus que tout le monde s'était opposé à ce qu'il sorte seul sur le Chemin de Traverse… Il resterait donc plus longtemps dans les douches car là, au moins, personne ne viendrait le déranger. Mais il dut vite déchanter. En entrant dans la minuscule salle de bain, il vit un message que Mrs Strout avait laissé en lettres de feu sur le mur, adressé à l'attention des utilisateurs de la douche. La découverte du Barbariomycète virulens indiquait la présence d'une importante quantité de mercure dans les murs et les sols de la petite pièce. Ce métal très toxique étant terriblement néfaste pour leur santé, Mrs Strout recommandait de ne pas utiliser les douches plus de 5 minutes.

–– Une journée qui commence merveilleusement bien, marmonna ironiquement Harry.

Après s'être rapidement lavé, il se précipita vers la chambre où il se vêtit. Il contempla un instant la cage vide d'Hedwige. Sa chouette les avait suivis vers le nouveau QG mais les lieux étaient trop exigus pour laisser un rapace de cette envergure à l'intérieur. Hedwige avait donc reçu une certaine liberté jusqu'à présent. Mais elle ne devait cependant pas se montrer trop souvent sur le Chemin de Traverse pour ne pas attirer l'attention. Un aussi bel oiseau, doté d'un magnifique plumage crayeux ne passait certainement pas inaperçu. C'est ici qu'Hagrid avait acquis Hedwige pour l'offrir à Harry et sans doute son ancien propriétaire pouvait s'en souvenir. Au moment du départ, elle viendrait s'installer sagement dans la cage et ils iraient tranquillement jusque la gare de King 's Cross.

Harry avait commencé à ranger ses affaires dans sa malle. Il avait retrouvé l'onguent de Neville et remarqua que le flacon s'accommodait très bien avec la ceinture que lui avait offerte Hermione. Il l'y accrocha à tout hasard car il se souvint qu'au square Grimmaurd, au moment où cet infect Kreattur était apparu ensanglanté, il avait regretté de ne pas l'avoir sous la main.

Dans sa poche, il sentit le poids du petit boîtier précieux qu'il avait trouvé dans son coffre à Gringotts. Il le sortit pour mieux l'observer. Il chercha après un verrou, une serrure éventuelle ou tout autre mécanisme d'ouverture. Mais il ne trouva rien de tel. Il tenta à nouveau de l'ouvrir mais il n'y parvint toujours pas. Peut–être fallait–il connaître la bonne formule… Après plusieurs tentatives infructueuses il retourna le petit coffret dans tous les sens, à la recherche d'un indice. Rien. Harry était perplexe devant cet écrin. Pourquoi tant de protections autour de lui ? Que conservait–il de si précieux ? Harry entendit un peu de bruit dans la pièce d'à côté et jugea préférable de cacher son bien. Les autres ne tarderaient pas à revenir.

Il tenta alors de terminer le rangement de sa malle le plus vite possible pour ne pas à devoir supporter la présence des autres. Il se souvint subitement que Tonks lui avait un jour appris un sort parfaitement adapté à la situation. Il essaya de s'en souvenir et décida de l'appliquer.

–– Failamal !

En une seconde, la chambre ressembla à un vrai champs de bataille. Tout était sans dessus–dessous. Manifestement, Harry n'était pas vraiment doué pour le ménage. « Mais non, imbécile » lui dit sa petite voie intérieure. Tu n'es pas assez concentré. Ce n'est pas la bonne formule !!!

–– Failamalle !

Cette fois, toutes ses affaires allèrent s'installer parfaitement dans sa malle. A son grand étonnement, l'ensemble était très bien rangé –il était donc assurément plus doué que Tonks en cette matière ! Seule une paire de chaussette lui était retombée sur la tête. Et c'est évidemment juste à ce moment précis, alors qu'il se trouvait dans cette posture ridicule, que les autres entrèrent, Ginny la première.

–– Hé bien Harry, qu'est–ce que tu fais avec des chaussettes sur la tête ? Tu as inventé une nouvelle chorégraphie sur la chanson « Tattoo » des Bizarr'Sisters ?

–– Ça va Ron, je rangeais mes affaires. Et j'ai d'ailleurs fini.

Il jeta la paire de chaussette dans sa malle et essaya de sortir de la pièce. Mais Hermione se plaça sur son chemin.

–– Harry, arrêtes de nous fuir !

–– Je ne vous fuis pas, je vais juste… je vais chercher Hedwige !

–– Sans sa cage ?

–– Accio Cage !

–– Je t'accompagne.

–– Non tu dois faire tes valises.

–– Failamalle ! Voilà c'est fait. Maintenant je t'accompagne.

Ron resta bouche bée devant le sortilège parfait de Hermione. Elle, au moins, n'avait pas de chaussettes sur la tête. Les siennes étaient impeccablement pliées et empilées dans sa malle, avec ses livres de cours parfaitement bien alignés. Ginny ne semblait pas s'en étonner mais elle ne devait pas maîtriser le sort aussi bien puisqu'elle décida de rester pour ranger ses propres affaires manuellement.

Harry remonta vers le magasin des jumeaux qui n'allaient pas tarder à ouvrir. Il le traversa, avec Hermione sur ses talons. Il ouvrit la porte de devant, regarda un bref instant s'il y avait du monde dans la rue ou un quelconque danger puis il appela sa chouette.

–– Harry, tu ne peux pas fuir Ginny indéfiniment.

–– C'est elle qui me fuit… Or, je n'ai pas l'intention de lui courir après ni de souffrir inutilement alors je préfère y mettre un terme. C'est tout !

–– Ah non, pas maintenant ! J'ai passé tout mon après–midi d'hier avec elle pour tenter de recoller les morceaux…

–– Hermione occupes–toi de… Quoi ? Elle a passé l'après–midi avec toi ?

–– Mais oui, gros malin. Tu croyais vraiment qu'elle avait rendez–vous avec Dean ?

–– Ben… heu… c'était logique, non ? Elle est officiellement avec lui. Ce n'était pas le cas ?

–– Disons que Dean a préféré ne pas s'éterniser sur le Chemin de Traverse quand il a su que Ron avait découvert ses dessins… Tu sais, Harry, Ginny et Dean ce n'est pas encore très solide ! De plus, depuis quelques semaines les choses ont un peu changé…

Un hululement retentit. Hedwige arrivait toutes ailes déployées après une nuit passée à chasser le rongeur. Elle se posa sur l'épaule de Harry et lui mordilla affectueusement le lobe de l'oreille. Harry la caressa en retour.

–– Qu'est–ce que tu veux dire ?

–– Je lui ai parlé, Harry. Je lui ai dit que tout n'était pas perdu entre vous. Je crois sincèrement que vous avez une chance ensemble ! Vous devriez sérieusement avoir une discussion seul à seule.

–– Hermione entremetteuse ! J'aurais jamais pensé à ça.

–– C'est bien le problème avec vous, les garçons ! Vous ne pensez jamais ! Et puis arrête tes sarcasmes inutiles et agis. D'ailleurs le plus tôt sera le mieux.

–– Et quand veux–tu que je lui parle, je n'ai jamais l'occasion d'être seul avec elle.

–– C'est vrai, ici ce n'est pas vraiment envisageable. Sur le trajet vers King's Cross non plus. A l'école, c'est délicat. Tu tomberas toujours sur Rusard, Rogue ou Peeves dans les couloirs pour t'interrompre au plus mauvais moment. Et dans la salle commune vous devrez attendre que tout le monde se couche…

–– Et il y aura Dean !

–– Oui, il y aura Dean ! Donc il vaut mieux que vous discutiez avant. En fait, je ne vois qu'une possibilité : le Poudlard Express !

–– Le train ? On ne sera jamais seuls dans nos compartiments ! Il y aura toujours Neville, Luna ou quelqu'un d'autre avec nous. Sans compter tous ces nouveaux « pots de colle » qui ne nous lâchent plus, Ron et moi !

–– Arrête d'être aussi pessimiste, Harry ! Et nous, on est qui ?

–– Mes amis, et après ? Je ne vois pas où tu veux en venir !

Hermione leva les yeux au ciel. Elle avait l'air de dire qu'il n'était vraiment pas doué !

–– Ce que tu peux être lent quand tu t'y mets ! Ron et moi, nous sommes préfets !!! Et ça veut dire qu'on peut empêcher quiconque de vous déranger ! Tu commences à comprendre maintenant ?

–– Ha… heu… oui, c'est vrai. Mais tu ne pourras retenir d'autres préfets… Certains se feront un plaisir de perturber la situation… Tu sais, un petit blond accompagné de deux primates géants ?

–– Harry, tu es un sorcier oui ou non ? Le sortilège de Collaporta, ça te dit quelque chose ?

–– Il peut être contré par l'Alohomora.

–– Pas si ton sort est plus puissant. C'est Drago qui voudra ouvrir. Tu penses vraiment que Drago est plus fort que toi ? Sans parler de ses gorilles décérébrés !

–– Non, sans doute… Mais si on veut acheter des friandises lorsque le chariot…

–– Harry !!! Tu le fais exprès ? Je vais finir par croire que tu ne veux vraiment pas sortir avec Ginny.

–– Chuuuut ! Moins fort ! C'est pas ça… c'est que… je n'en sais rien…

–– Tu as peur ?

–– Heu…

–– C'est normal d'avoir peur. C'est bien plus dur que d'affronter des Mangemorts !!! Et de ce point de vue là, tu as beaucoup moins d'expérience. Mais si tu ne te décides pas, tu n'auras jamais rien !

Harry ne répondit pas. Elle avait comme d'habitude parfaitement raison. Un sourire apparut sur son visage inquiet ce qui contenta Hermione. Après quelques secondes d'hésitation, il avait finalement choisi de se lancer. Il suivrait son plan. Aujourd'hui, dans le Poudlard Express, Harry embrasserait pour la première fois Ginny. Et tant pis pour Dean Thomas.

Après qu'Hedwige ait daigné entrer dans sa cage, Ron les rejoignit pour faire de même avec Coq. Harry senti que Ron avait perçu ses pensées mais ne s'en offusqua pas. Au moins Ron avait reçu le message et ne flanquerait pas tout par terre comme à son habitude. Ron lui fit un clin d'œil complice ce qui signifiait qu'il l'aiderait. Tout s'arrangeait donc…

Une fois de retour dans la cave, Harry vit que du monde s'était rassemblé dans ce qui servait de hall. Maugrey avait rejoint Lupin. Elphias et Mondingus étaient également présents. Ils avaient probablement transplané directement vers le QG de l'Ordre.

–– Vigilance constante, jeunes gens ! Combien de fois faut–il vous le répéter ! Ne vous exposez pas seuls sur le Chemin de Traverse !

–– Le professeur Dumbledore a dit que le Chemin était sûr.

–– Dumbledore n'a pas des yeux partout. Il suffirait d'une seule fois ! Allons, préparez–vous, on va se rendre à la gare.

–– C'est tout ? Je pensais que vous seriez plus nombreux, s'inquiéta Mrs Weasley.

–– Tonks est retenue au ministère. Elle a un surcroît de travail pour… vous savez quoi ! Votre fils William a été rappelé à Gringotts, les gobelins ont en ce moment bien besoin de lui pour améliorer leurs relations avec les sorciers. Les autres sont en missions, je ne devrais pas vous le rappeler.

–– Et Mrs Strout demanda Harry ?

–– Elle s'occupe d'un des nôtres.

–– Quoi ? Qui a été blessé ?

–– Ne vous occupez pas de cela. Pressez–vous nous y allons.

George prit Harry à part.

–– Hey Harry ! Tiens, prends ceci, conseilla–t–il. Un petit éventail de nos nouveautés. Si tu pouvais les essayer une fois à l'école et de préférences loin de ta préfète d'amie…

Harry glissa le paquet parmi ses affaires et une ou deux rainettes ombrageuses dans l'une de ses poches. Il pouvait les sentir gigoter et il espérait secrètement s'en débarrasser le plus rapidement possible, de peur qu'elles ne lui explosent dessus. C'est Ron qui s'approcha ensuite de Harry pour lui souffler quelques mots à l'oreille.

–– Je crois que Maugrey parlait de Sturgis Podmore. Je n'ai pas bien vu le fond de ses pensées parce qu'il réfléchit très vite le vieux Fol–Œil. Mais il a dû se battre avec une autre personne que je ne connais pas contre des Mangemorts. Une femme assez jeune aux cheveux noirs. Ça ne te dit rien ?

Harry regarda Ron. Il ne savait pas ce que cela signifiait et n'eut pas vraiment le temps d'y réfléchir. Autour d'eux tout le monde se préparait au départ. Dix minutes plus tard, l'attroupement déambulait sur le Chemin de Traverse. Ils se divisèrent en plusieurs groupes. Maugrey Fol–Œil était devant, suivis par Hermione, Ginny, Molly et Arthur. Puis venait Harry et Ron, accompagnés de Lupin et Mondingus. Elphias fermait la marche. Ils sortirent du Chaudron Baveur, salué par Tom toujours aussi alerte. A cette heure matinale, il n'y avait que très peu de clients dans son pub. Et Tom avait pris soin de vérifier que ces quelques habitués ne puissent pas créer de problèmes pour l'Ordre. Le véhicule du Ministère n'était pas encore arrivé. Mondingus proposa alors de prendre un petit Firewhisky pour patienter mais il ne reçut pour toute réponse que le regard meurtrier d'Alastor Maugrey. Il ne chercha plus à proposer quoi que ce soit et se contenta de jouer avec quelque chose qui bougeait dans sa poche tout en jetant des coups d'œil vers Fol–Œil. Ce que ses poches contenaient ne devait probablement pas être bien légal. A moins qu'il n'ait reçu lui aussi des rainettes ombrageuses de Fred et George. Il se pencha vers Ginny et lui siffla quelques mots dans l'oreille. Sous son haleine fétide, Ginny grimaça.

–– Alors, jeune fille ! Tu t'es servi des graines d'Aphroditius Lovia ?

–– Heu… je… non…

–– Ça vaut bien la peine que je me décarcasse si tu ne t'en sers même pas.

Ginny était de nouveau écarlate. Elle ne prit pas le risque de regarder dans la direction de Harry. Celui–ci sourit un peu. Si tout se déroulait sans anicroche, elle n'aurait plus besoin de ces graines dans une heure.

Après quelques minutes d'attente sous les protestations d'impatience de Maugrey, la voiture arriva. Le groupe monta avec empressement à l'intérieur.

–– Z'avez mis du temps, Alcibiade !

–– Désolé Mr Maugrey ! Je n'ai pas pu me libérer plus tôt. Il y a beaucoup de complications au ministère et tout le monde est sous pression. Chacun suspecte son voisin et ça devient vraiment invivable. L'ambiance est devenue exécrable ! J'ai dû inventer une histoire abracadabrante pour obtenir l'autorisation de sortir plus tôt le véhicule.

–– Mouais. Encore les effets de cet infâme Voldemort !

Alcibiade fit une grimace inqualifiable. Il fallait pourtant qu'il s'habitue à entendre plus souvent ce nom. Surtout avec Maugrey qui n'était pas du genre à prendre des gants.

–– Conduis–nous à King 's Cross.

–– Bien Monsieur. C'est étonnant, je dois escorter une autre personne à King 's Cross, juste après vous. Une mission pour le Ministère…

–– Qui ? demanda Maugrey.

–– Je ne sais pas. On n'a rien voulut me dire. Top secret. Enfin, ça m'avait l'air d'être assez important alors je vous le dis.

–– Tu as bien fait, Alcibiade. Je n'aime pas que le Ministère fasse des mystères. Curieux que les aurors ne soient pas avertis.

Plus personne ne parla dans la voiture. Le déplacement se déroula sans encombre. Harry et Ginny étaient côtes à côtes et la jeune fille avait gardé le teint rosé. Cette réaction lui donnait bon espoir pour la suite des évènements dans le train. Arrivé à King 's Cross, le chauffeur prit rapidement congé du groupe ; on lui avait demandé de ne surtout pas être en retard.

–– Une fois que vous serez sur le Quai 9 ¾ vous devriez être en sécurité. Le ministère y a concentré une véritable armée d'agents de sécurité, expliqua alors Elphias Doge. Je crois même qu'il y en a un dans chaque wagon.

–– Je sens que ce sera vraiment une drôle d'année, répliqua Ron en faisant une grimace.

La gare, bien que pleine de voyageurs, ne montrait pas plus d'effervescence que les années précédentes. Harry se demanda s'il y avait des sorciers cachés qui surveillaient les allées et venues des passants. Peut–être y avait–il des aurors répartis sur les quais. Peut–être des métamorphomages se cachaient parmi ces inconnus qui déambulaient dans la station. Après tout, si Lord Voldemort voulait terroriser la population, s'il voulait instaurer un nouveau climat de terreur et enrayer le ministère maintenant que chacun savait qu'il était revenu, c'était le moment d'agir. Rien de tel qu'une attaque sur plusieurs centaines d'élèves qui se rassemblent avant d'être en sécurité à Poudlard. Plusieurs centaines de morts avec autant de familles détruites… Non, le ministère avait sans doute pris toutes les précautions nécessaires ! Si Voldemort devait frapper, ce serait à un moment plus inattendu. Harry tenta de chasser cette pensée de son esprit. Il préféra penser que dans dix minutes il serait seul avec Ginny. Il ne laisserait pas Voldemort lui gâcher ce moment.

Le groupe approcha de la barrière située entre le quai 9 et 10. Un grand homme avec des cheveux clairsemés, vêtu d'un costume noir avec un pardessus sobre et muni d'un parapluie attendait à côté du passage vers la voie 9 ¾. Il regardait sa montre à intervalles réguliers. Il fallut attendre un bon moment qu'un groupe de touristes japonais daigne s'éloigner du quai pour pouvoir passer en toute discrétion. L'homme fit un discret signe de tête à Maugrey qui passa le premier pour vérifier qu'il n'y avait aucun danger de l'autre côté. Puis il donna le signal pour que Ginny, Hermione et les parents Weasley passent à leur tour. Enfin vint le tour du deuxième groupe. Lupin passa le premier. Mondingus devait faire passer les adolescents avant lui mais il reconnut un auror avec qui il avait déjà eut quelques déboires judiciaires et il préféra ne pas s'attarder plus longtemps avant de passer sur le Quai 9 ¾, sous la désapprobation courroucée d'Elphias. C'était à présent au tour de Harry et de Ron qui plongèrent sur la barrière en même temps…

Clang !

Les deux chariots entrèrent en collision avec la barrière qui se déforma un peu sous le choc. Ron se prit une de ses valises en pleine figure tandis que Harry s'était écrasé l'estomac sur son chariot et en avait le souffle coupé. La cage d'Hedwige et celle de Coq roulèrent par terre dans un bruit assourdissant, les deux rapaces piaillant avec force, l'un de fureur l'autre d'étonnement amusé. Elphias et l'homme firent de grands yeux surpris ! La sorcière aida à ramasser les cages et paquets en vitesse afin de faire taire les oiseaux tandis que les passants les observaient d'un air sévère et hautain. L'homme au parapluie fit semblant de les sermonner, comme s'ils avaient été deux idiots qui avaient joué un jeu dangereux. Mais tous étaient surpris. C'était la deuxième fois que cela arrivait en 4 ans.

–– Nom d'un Scroutt à pétard ! Si j'attrape ce satané Dobby…

–– Je ne pense pas que ce soit Dobby, Ron !

–– Ah non ? Et qui d'autre serait capable de…

Ron fut soudain parcouru par un frisson de frayeur. L'homme et Elphias sortirent discrètement leurs baguettes et regardèrent tout autour d'eux, le teint blafard.

–– Tu crois que c'est lui ? Tu crois qu'il est là, pour nous, demanda Ron d'une voix tremblante.

–– Non… c'est pas lui… Ma cicatrice me ferait mal… c'est…

Un chahut infernal pris place quelque part dans le grand hall de la gare. Des gens courraient comme des fous, bousculant sur leur passage un grand nombre de voyageurs. Ils courraient après quelqu'un mais on ne distinguait pas vraiment qui ils poursuivaient parmi tout ce monde.

– Un Mangemort ?

Harry distingua une silhouette fine qui courait à toute vitesse pour tenter d'échapper à ses agresseurs. On aurait dit une adolescente. Ron qui avait une vue perçante depuis son accident pu confirmer.

–– C'est une fille, blonde, ma foi fort jolie… Tu crois qu'elle a volé quelque chose ?

–– Attends mais c'est… mais c'est VICKY !!!

Sans trop savoir pourquoi, Harry se mit à courir lui aussi dans sa direction. Elphias n'eut pas le temps de l'en empêcher et Ron, écrasé sous sa malle ne pouvait pas bouger. Le sorcier de la barrière, lui, n'avait pas l'autorisation de quitter son poste et il ne savait pas ce qu'il convenait de faire. Il tâta la barrière pour vérifier que le passage était bien fermé, comme pour s'assurer qu'il n'était pas en train de rêver. Apparemment le « champs horadien » de Victoria, le rayon d'action de toute annihilation de la magie s'était encore agrandi. Et il paraissait suffisamment puissant pour bloquer tout passage vers le quai 9 ¾.

Harry se précipitait à toute allure vers les troubles. Victoria, par sa jeunesse et sa petite taille parvenait à se glisser assez facilement entre les voyageurs qui attendaient leur train. Le groupe de sorciers qui la poursuivait avait beaucoup plus de mal à passer et nombreux étaient ceux qui trébuchaient sur des passants. Mais la jeune fille était totalement paniquée et ne savait pas quelle direction elle devait prendre. A la jonction de plusieurs galeries, d'escaliers et de quais, un autre groupe de cinq personnes se précipita sur elle. La seule solution qui lui restait était de fuire dans la direction de Harry. Et c'est à ce moment précis qu'elle le vit s'approcher d'elle à toute vitesse.

Sous l'effet de la surprise, elle s'arrêta net. A la frayeur de son visage, Harry comprit qu'elle le prenait pour l'un de ses agresseurs et qu'elle se sentait à la fois cernée et trahie. Elle devait encore avoir à l'esprit l'agression de son frère Earvin. Le sorcier à la tête du premier groupe s'approchait dangereusement et n'était plus qu'à quelques mètres d'elle. Mais Harry n'était pas loin non plus. Victoria fit un mouvement de recul en voyant s'approcher le jeune homme et elle sentit avec horreur une main se refermer sur son bras. Le sorcier venait de l'attraper. Mais moins d'une seconde plus tard, cette même main la relâcha. Harry avait foncé tel un bélier sur l'individu et tous les deux allèrent s'écraser sur le sol deux mètres plus loin.

Victoria complètement affolée reprit sa course. L'homme à terre avait le souffle coupé par le coup reçu en pleine poitrine. Les autres sorciers étaient déjà à la hauteur de Harry quand celui–ci, toujours affalé par terre, tendit le pied pour faire tomber l'un d'entre eux. La chance lui sourit car celui–ci trébucha. Il emporta avec lui son collègue dans un geste réflexe pour se rattraper et tous deux tombèrent lourdement, obstruant ainsi le passage. Les autres, emportés par leur élan, ne purent s'arrêter à temps et entrèrent en collision avec les hommes au sol.

Dans cette confusion générale, Harry se releva, marcha sur une main qui tentait de le saisir à la cheville et il pris la fuite sans demander son reste. Heureusement qu'il avait placé sa baguette dans l'étui que lui avait offert Hermione. Il aurait très bien pu la casser lors du choc violent qu'il venait de subir. Déjà du sang dégoulinait de ses narines et commençait à tacher ses vêtements. Pour ne pas changer, les verres de ses lunettes s'étaient de nouveau brisés. Mais il n'en avait que faire. Il fallait absolument qu'il suive Victoria, il fallait qu'il la protège. Certes, il ne savait ni de qui, ni pourquoi et encore moins comment il ferait cela, sans la moindre magie, mais il devait le faire.

Victoria, à bout de souffle et en pleurs, failli se faire attraper par un sorcier isolé avant que celui–ci ne se fasse agresser par un chien sur la queue duquel il avait marché. Elle retraversa le grand hall dans la direction inverse, cédant à la panique et ne sachant plus où aller. Elle fut assez rapidement rejointe par Harry qui l'appela par son nom. Elle se retourna tout en courant mais elle se tordit la cheville et s'écroula par terre. Harry plongea sur elle. Ses poursuivants ne tarderaient pas à arriver. Victoria était complètement abattue. Harry la prit dans ses bras et, avec une force qu'il n'imaginait pas posséder, il la souleva et l'emmena en quelques secondes se cacher dans un photomaton où il tira le rideau pour rester hors de la vue des poursuivants. Quelques instants plus tard, le hall fut envahi par des sorciers qui se demandaient où ils étaient passés. Victoria voulut se débattre bien qu'elle n'avait plus la moindre énergie. Harry la serra contre lui.

–– Je suis avec toi, Vic. Ne bouges pas, ne dis rien, je vais te sortir de là…

Elle ne répondit pas. Elle se contentait d'observer Harry avec un mélange de gratitude et d'incrédulité. Mais elle était trop lasse pour pouvoir dire un mot. Harry pouvait sentir le cœur de la jeune fille battre la chamade. Mais l'heure n'était pas à mesurer les battements cardiaques de Victoria. Harry observait ce hall décidément trop encombré de sorciers. Il savait qu'ils ne pourraient rester indéfiniment dans cet endroit exigu. Ils finiraient par se faire prendre.

Une vieille femme replète voulut utiliser la machine et s'offusqua de devoir attendre si longtemps. Elle allait commencer à faire un scandale sur le fait que les jeunes se croyaient tout permis et qu'il y avait d'autres endroits pour se bécoter quand Harry saisit l'opportunité qui se présentait. Un petit convoi postal composé de plusieurs chariots et tiré par un mini véhicule passa juste devant le photomaton et cacha quelques instants ses occupants de la vue des sorciers. Harry prit la jeune fille par la main et la tira vers le convoi. Ils se déplacèrent tous les deux le dos recourbés juste à côté des chariots. Ils parcoururent comme cela une trentaine de mètres. Mais le convoi s'arrêta net en plein milieu de la gare, loin de toute possibilité de sortie.

Harry et Victoria se déplacèrent lentement vers l'issue la plus proche, un tunnel qui passait sous des voies. Espérant se noyer dans la foule, le mieux était qu'ils ne se fissent pas remarquer. Ils se tenaient la main comme deux amoureux qui se promenaient dans la gare. Mais avec un nez en sang et des lunettes cassées, passer inaperçu devint un exercice bien difficile. Très vite ils furent repérés et à nouveau ils se mirent à courir vers le tunnel. Les deux adolescents dévalèrent des escalators à contre–sens, recevant insultes et protestations sur leur passage, et se précipitèrent de l'autre côté du souterrain. Mais leurs poursuivants étaient déjà à leurs trousses.

–– Continue, Vic, je m'occupe d'eux !

A la sortie du tunnel, Harry bouscula des voyageurs et poussa leur propre chariot rempli de lourdes valises vers les escaliers. Les traqueurs prirent de plein fouet cette pluie de valise et le résultat immédiat fut de les retenir à distance durant un temps raisonnable. Mais le bruit qui s'était produit avait éveillé l'attention de quelques autres sorciers. Combien y en avait–il donc dans cette gare ? Non, ce n'était pas des sorciers ! C'était des policiers moldus qui s'inquiétaient du désordre général qui s'était installé et pensaient certainement avoir affaire à des délinquants ou des pickpockets. Il ne manquait plus que ça ! Mais ces agents ne semblaient pas avoir remarqué Victoria. Tant mieux car au moins elle serait sauve.

Harry prit une autre direction pour éloigner ses poursuivants de Vic. Mais les agents moldus étaient beaucoup mieux préparés à la course que des sorciers habitués au transplanage et Harry perdait déjà du terrain. Ce n'était pas grave. Le plus important était de laisser à Victoria suffisamment de temps pour qu'elle puisse fuir. Après tout, la police n'avait aucune charge contre lui, il n'avait commis aucun crime. En regardant derrière lui, Harry ne vit pas qu'il fonçait droit sur un distributeur de friandises. Il se le prit de plein fouet et roula sur sol, transi de douleur. Le distributeur se renversa et son contenu s'échappa. Les boules de gommes roulèrent comme des billes et tous les policiers firent des vols planés avant de se recevoir violemment au sol. Harry se releva avec difficulté. Il se demanda s'il n'avait pas une côte brisée mais il n'avait pas le temps de se plaindre. De nombreuses ecchymoses parcourraient son corps. Il reprit la fuite et eut juste le temps de voir au loin Victoria se faire attraper par un sorcier qui la plaqua au sol.

Mais une grosse dame fut scandalisée de voir qu'un homme aussi mal habillé se jette comme un animal sur une innocente jeune fille en pleurs et elle se rua avec fureur sur le sorcier comme l'aurait fait un buffle et en le traitant de tous les noms d'oiseaux. Elle lui envoya son sac en pleine figure et l'homme ne put se défendre contre l'assaut frénétique de cette inconnue. Victoria en profita pour se relever et poursuivit sa course avec beaucoup de peine. Elle ne savait plus où elle allait, elle était à bout de force. Sa robe avait été déchirée par l'agrippement du sorcier et elle chancelait presque sous le regard de passants médusés par un tel spectacle.

Harry tenta de la rejoindre mais déjà les agents de police se relevaient et d'autres sorciers accouraient dans sa direction. La seule possibilité de fuite était de traverser les voies. Déjà Victoria, dans sa fuite, s'était engouffrée sur un quai qui n'avait aucune autre issue que les lignes de chemins de fer. L'état d'épuisement dans lequel elle se trouvait lui avait enlevé toute notion du temps, des espaces et surtout du danger. Elle s'était déjà engagée le long des voies ferrées, là où seuls les ouvriers du rail ont le droit de passer. Harry ne réfléchit pas plus longtemps, il regarda qu'aucun train n'arrivait et se précipita vers elle à travers tout. Des gens crièrent car des sorciers s'étaient lancés à sa poursuite et il y avait maintenant une dizaine de personnes qui couraient dangereusement sur les lignes de chemin de fer. Victoria n'avançait pratiquement plus, prête à s'effondrer, exténuée de fatigue.

Et Harry fut frappé d'horreur devant la vision qui s'offrait à lui… Un train… un train entrait en gare et il arrivait droit vers la jeune fille. Harry courut de plus belle, il donna toute l'énergie qui lui restait. Il ne se souciait plus de ses poursuivants. Le chauffeur du train semblait ne rien avoir remarqué. Harry courait toujours à s'en meurtrir les pieds sur les traverses en bois. Vic ne bougeait plus, paralysée par la fatigue, la peur mais aussi probablement par un sentiment fataliste. Harry s'approchait, il n'était plus loin. Le conducteur remarqua enfin que quelque chose se déroulait sur la voie mais il était déjà trop tard pour que le convoi puisse s'arrêter à temps. Victoria vacillait, le regard perdu devant elle. Harry n'était qu'à quelques mètres, hors d'haleine. Les crissements des freins métalliques résonnèrent dans toute la station en crachant des étincelles. Harry plongea.