On s'approche de plus en plus du dénouement ! Le prochain chapitre ne sera pas le dernier mais ce sera quand même un grand tournant pour l'histoire !
Dites-moi ce que vous en pensez !
Merci encore pour vos reviews *-*
On nous enlevait enfin les menottes. La semaine s'était terminée avec une polémique croissante suite à ma candidature. Je n'en attendais pas moins. Les deux camps, que l'on nomme simplement les « pour » et les « contre » moi, se sont renforcés. Evidemment, Nia est la reine des contre et j'avais la certitude qu'elle attendait que je sois finalement séparée de Lexa pour m'exprimer clairement son mécontentement. Non pas que son air dégoûté à l'annonce de ma candidature n'avait pas été assez clair.
Je lançai un dernier regard à Lexa avant que nos chemins ne se séparent. Cette semaine m'avait parue longue, mais pas dans un mauvais sens. En fait, j'étais assez déçue de ne plus avoir de raison concrète de passer mon temps auprès de Lexa. Pendant six nuits je m'étais endormie à ses côtés, désormais c'était terminé. J'aurais voulu faire une crise enfantine, taper des pieds, hurler, la serrer si fort qu'on ne puisse pas me détacher d'elle. Car si je le voulais, pourquoi ne pouvais-je pas rester avec elle ? Sans menottes, librement ? Pourquoi ne pouvais-je pas simplement aller la voir quand bon me semblait, parce que j'en avais envie et que j'espérais peut-être être avec elle pour de bon, avec le titre officiel pour envoyer se faire voir tous ceux contre notre relation ?
Car, au stade où j'en étais, je voulais simplement pouvoir admettre en la regardant que je l'aimais bien, et que malgré tout ce qui se passait, sûrement à cause de tout ce qui se passait, elle me rendait folle.
Mon premier cours était commun aux autres filières et je pus ainsi retrouver Octavia et Raven. Je n'avais pas vraiment eu l'occasion de leur parler en privé des choses importantes et de celles qui ne le sont pas, mais dont nous aimions tout de même discuter. Nous nous assîmes les unes à côté des autres. Dans la salle, le plan de classe habituel avait entièrement changé. Les élèves s'isolaient par petits groupes. Le professeur n'en parut pas si surpris : il devait être habitué à ces retrouvailles de fin de jeu. Car après tout, avant de retrouver ses petites habitudes, il fallait rattraper le temps perdu en racontant ses péripéties à son groupe d'amis.
- Alors, Clarke... commencèrent les deux filles en cœur.
On se tournait en premier vers moi, évidemment... comme si rien ne s'était passé pour elle ! J'offris un magnifique sourire à Raven qui signifiait « N'as-tu pas QUELQUE CHOSE à dire TOI ? » mais Octavia semblait déjà être au courant. Apparemment, elles prenaient juste un malin plaisir à me persécuter. Elles m'auraient presque manquées en sept jours...
- Il ne me reste pas beaucoup de temps, je pense avoir trouvé un plan, lançai-je, évitant le premier sujet.
Leurs mines se firent plus sérieuses. Elles savaient très bien de quoi je parlais. Raven hocha la tête. Il n'y avait rien à ajouter. Pas ici. Il était préférable d'éviter de parler de Nia et de son plan machiavélique pour se débarrasser de moi il était tout aussi judicieux de conserver ma réputation. Même séparée de Lexa, je ne devais pas me montrer comme quelqu'un de manipulateur ou de particulièrement raisonné.
Le midi, je retournais à ma chambre pour le déjeuner. En entrant, je ne fus même pas surprise de découvrir Nia assise sur mon lit à pianoter sur l'écran de son téléphone. Je me postai devant elle, attendant qu'elle daigne détacher son attention de son téléphone pour me dire ce qu'elle foutait dans ma chambre.
- Clarke, finit-elle par dire en m'accordant un sourire dédaigneux.
Si elle n'était pas contente de me voir, elle aurait peut-être dû éviter de venir à l'endroit où je vivais. Pour ce qui est de la façon dont elle était entrée dans cette pièce verrouillée, c'était simple : elle s'était emparée du même pass dont la patrouille de membres du Bureau s'étaient servis l'autre jour pour entrer dans la chambre de Lexa. Si ce pass était censé se désactiver à la fin de la semaine de jeu, je supposai qu'il ne se désactiverait qu'à la fin de la journée car on ne nous avait retiré les menottes que ce matin.
- Je dois te parler. Tu as une minute, je suppose ?
Un peu tard pour demander ça... j'en avais déjà perdu cinq. Je ne répondis pas, elle allait déblatérer ce qu'elle avait à dire de toute façon. Elle se leva.
- J'ai été très surprise de ta candidature, quand bien même je n'ai jamais douté de tes intérêts pour le Bureau.
Ah oui... pour elle je n'étais rien d'autre qu'une manipulatrice, dans la version courte.
- Je ne doute pas non plus de tes intérêts pour Lexa, reprit-elle après avoir poussé un long soupir. Comment ne pas vouloir être proche d'une personne aussi popuaire ? D'ailleurs, à mon grand étonnement, beaucoup de gens t'apprécient. Tout le monde ne peut pas avoir la vue claire.
Elle voulait très certainement que je la frappe pour porter plainte contre moi et m'envoyer en prison pour tentative d'homicide. Exagéré ? Je savais qu'elle en était capable. Je restai muette. Je n'avais rien à lui dire et j'étais certaine que mon manque de réaction l'agacerait plus que n'importe quelle phrase. Elle laissa un court temps s'écouler avant de se rendre compte que je ne comptais pas répondre. Elle se montra la voie de la sortie et disparut de mon champ de vision, de mon ouïe, mais malheureusement pas de mon odorat. Son parfum était extrêmement fort. Je tapotai le lit là où elle s'était assise, plus par dégoût pour la personne que par réelle manie. J'observais chaque recoin de la pièce et remarquai rapidement que les choses avaient légèrement bougées. Elle avait fouillé, évidemment. Mais elle n'avait rien trouvé. Ce coup-là était prévisible des premiers idiots venus, j'avais bien fait en sorte d'ordonner mes affaires de sorte à ce qu'on ne puisse y trouver que des babioles, tout au plus. Pas de papier ou d'objet important. Le peu que j'avais était mieux caché qu'un trésor au milieu d'une gigantesque forêt. Pas moyen de le trouver à moins de ne connaître la localisation précise. Et celle-là, j'étais la seule à la connaître.
Le soir, j'appelai ma mère. Je ne lui avais encore rien dit. Je dus m'y résoudre. J'avais besoin de son aide. Je tâchai de lui expliquer ce qui se passait en gardant pour moi une bonne partie de l'histoire. Quand elle sut le danger que je courais au campus, elle me demanda pourquoi je ne rentrais pas. Pourquoi je risquais ma vie pour rien. La réponse me parut claire et pourtant loin. Je le lui dis, quand bien même ça me sembla étrange de me l'entendre dire. J'étais amoureuse.
Elle accepta de m'aider. Seule elle pouvait m'apporter ce dont j'avais besoin. Je me sentis un peu coupable de ne pas lui avoir tout dit en détails. Mais c'était une histoire compliquée, pas si étendue dans le temps, longue à détailler. C'était un enchaînement de causes à effet qui se resserraient sur moi. Je luttai toujours contre leur étranglement.
Je partis ensuite au travail. J'avais l'impression de ne pas y être allée depuis plusieurs mois alors que ça ne faisait que quelques jours. Mes collègues se moquèrent de moi toute la soirée, ils avaient vu les photos et vidéos de la semaine. J'avais une magnifique réputation.
En rentrant, je trouvai Raven sur son ordinateur. Il était pourtant tard, plus tard que l'heure à laquelle je rentrais les autres soirs de travail car j'avais attendu un bus. Il faisait désormais trop froid pour rentrer à pied.
- D'après les sondages, tu es en tête de liste pour les prochaines élections.
Ce n'était pas étonnant. La plupart des candidats n'étaient pas aussi connus que moi sur le campus. Même les étudiants qui me détestaient étaient capables de m'élire pour que Nia puisse mieux m'écraser ensuite. Je discutais encore un peu avec Raven avant d'aller dormir.
Encore fatiguée pour m'être couchée tard, je sortis de cours en fin de matinée pour rejoindre le rassemblement qui devait avoir lieu dans la même salle que celui auquel je m'étais portée candidate. Objet du jour ? Les candidats devaient exprimer leurs motivations, expliquer la raison pour laquelle ils s'étaient portés candidat. J'avais si hâte que, si Octavia ne m'avait pas kidnappée, j'aurais probablement fui. Mais une guerrière ne fuit pas, me disait Octavia, une guerrière se tient debout et se bat. Ce à quoi j'avais répondu que je n'étais pas moins une guerrière qu'une popstar reconnue. Pourtant, je devais monter sur scène.
La plupart des candidats étaient déjà présents derrière le rideau à l'arrière de la scène, ce qui faisait office de coulisses. Une trentaine de candidats pour peu de places. Et j'étais en tête de liste.
- Fais attention à toi.
Je tournai la tête, extirpée de mes pensées par une voix masculine. C'était Lincoln, qui n'attendit pas de réponse. Il n'avait fait que passer. Faire attention à moi ? N'était-ce pas un peu trop simple comme conseil ? Avec Nia dans les parages, évidemment que j'allais faire attention ! Une voix au micro résonna sur la scène. Lexa annonçait le début de l'événement. Dans la salle, la foule se tut brusquement au premier son de sa Présidente. Lexa annonça le premier candidat et une étudiante de deuxième année sortit des coulisses et monta les marches pour rejoindre le micro au centre de l'estrade. L'appel était fait par ordre alphabétique. J'étais en G, je savais que je passerais bientôt. Je n'avais aucune idée de quoi dire et, même si j'en avais eu, il était fort probable que je les oublie une fois là-haut devant tout le campus. J'étais habituée à être devant une foule. Je craignais juste de faire un faux pas, de ne plus coller au personnage, la version de moi qu'ils connaissaient, en paraissant trop sérieuse et réfléchie. Mais je ne pouvais pas non plus paraître totalement niaise car on m'avait déjà vue raisonnée. Quand la voix de Lexa appela mon nom, mon cœur s'enfuit de ma poitrine en courant. Je ne savais pas quoi dire. J'allais devoir improviser.
Je montai sur la scène, marche par marche, et m'approchai du micro sous le regard discrètement encourageant de Lexa. Ma bouche en face du micro, je trouvai rapidement un début de discours. Je me décidai à me lancer quand une voix derrière moi m'interrompit.
- Regardez-là. N'est-elle pas sublime sous les projecteurs ?
Ce ton sarcastique utilisé par cette voix profondément désagréable à mes oreilles n'était autre que celui de Nia. Elle vint se planter à côté de moi, ça tombait bien, j'avais besoin d'un pot de fleurs pour distraire l'assemblée.
- Nous attendons tes raisons, Clarke. Pourquoi t'es-tu présentée ?
J'allais répondre et je fus finalement soulagée qu'elle me coupe à nouveau car je n'aurais pas répondu quelque chose de très sympathique.
- Il y a de quoi se demander ce qu'elle a de si spécial, ne trouvez-vous pas ?
Elle s'adressait au public.
- Alors, Clarke, suffirait-il de si peu pour te faire tomber sous nôtre charme ? Serais-tu si facile que ça ?
Elle s'était approchée et me dévisageait lourdement. Je préférai ne pas répondre. Elle n'attendait que ça. Elle sourit alors, me saisit et colla sa bouche contre la mienne. Mon corps se crispa. Elle se détacha à peine trois secondes plus tard. Un grand sourire sur les lèvres, elle reprit la parole :
- Regardes-toi... quel effet cela t'a fait...
- Aucun, en réalité, déclara Lexa d'une voix neutre en s'approchant de nous. Il faut savoir la faire réagir, ça n'est pas donné à tout le monde.
Avec un sourire joueur, elle me saisit par la taille comme elle aimait tant le faire en public, et vint délicatement joindre ses lèvres aux miennes. Je saisis l'occasion pour montrer à tous – surtout à Nia, en fait – l'effet que le contact de Lexa me faisait. Ils avaient déjà eu l'occasion de s'en rendre compte mais il fallait bien marquer le contraste avec ma réaction précédente, au contact de Nia. Mes genoux se fléchirent légèrement, et Lexa dut resserrer sa prise sur moi. Elle détacha ses lèvres un instant pour tourner la tête, son nez frottant doucement le mien au passage. Nos lèvres se rencontrèrent, Lexa venant régulièrement caresser mes lèvres du bout de sa langue. Elle dut encore resserrer son emprise sur moi car je perdais l'équilibre. Sauf que cette fois, je ne jouais pas. Quelque chose n'allait pas. Je ne sentais plus mes jambes. Bientôt je ne sentis plus mes bras et, après mon dos, mon visage lui aussi commençait à être atteint. Je mordis la lèvre inférieure de Lexa, seul essai de m'accrocher à quelque chose. Mais c'était trop tard, je m'écroulais déjà dans les bras de Lexa. Je ne sentais plus rien, pas même les battements de mon cœur. Je n'avais ni peur, ni colère, ni apaisement au creux de ses bras. Je ne sentais strictement rien, à part peut-être de la fatigue. Mes yeux se fermèrent tous seuls. Je me laissai sombrer, parce qu'il n'y avait rien que je puisse faire pour remonter à la surface.
La lumière m'aveugla. Je baissai le regard. Des néons brillaient au-dessus de moi. La première chose que je pus réellement distinguer fut le mur blanc en face de mon lit. Mon lit ? Ce n'était pas mon lit. Il semblait énorme, je m'enfonçais dedans. Une main vint se poser sur mon bras. Je tournai la tête.
- Tu es à l'hôpital, me dit Raven.
Les sensations commençaient à revenir. Je sentis très vite une douleur étrange dans mon nez. J'y portai la main et en retirai ce qui m'avait permis jusqu'ici de respirer. J'étais bien mieux sans. Les souvenirs ne tardèrent pas à revenir non plus. Mais évidemment, ils ne m'apportaient pas de réponse claire sur ce qui m'était arrivé. Je demandai donc des éclaircissements à Raven.
- A ton avis ? Nia, me répondit-elle avec un soupir. Elle a encore essayé de t'empoisonner. Encore heureux on est arrivé à l'hôpital à temps. Mais bien sûr, tout le monde a pris ça pour un malaise. Lexa t'en as fait de l'effet !
Elle rit et je suivis. Je devais probablement être encore sous l'emprise de médicaments car je n'aurais pas ri à sa blague autrement. Fierté personnelle. Même si, pour le coup, c'était drôle.
- Laisse-moi deviner, lançai-je après m'être calmée, son rouge à lèvres ?
Raven hocha la tête. Nia se prenait pour un agent secret, avec le rouge à lèvres empoisonné. Ceci dit, quelque chose clochait.
- Ce n'était pas le plan prévu, exposai-je, et il devait avoir lieu dans cinq jours.
- Il aura toujours lieu. Ce dont ils ont parlé dans la salle du Bureau n'avait rien à voir avec ce qui s'est passé aujourd'hui.
Elle ne le dit pas mais je sentais qu'elle s'inquiétait. Elle devait savoir pourtant que, jusqu'ici, je m'en étais sortie. Elle s'attendait sûrement à ce que je lui assure que j'irai bien, mais une autre question avait germé dans mon esprit.
- Lexa, elle...
- Elle a pris l'antidote aussi, sait-on jamais. Il faut dire qu'avant de t'écrouler tu lui as mordu la lèvre jusqu'au sang...
Elle avait ajouté un petit sourire : « je n'en doutais pas moins de toi ». Elle n'avait même pas besoin de le dire, je connaissais ses blagues par cœur à force de les entendre.
Je sortis de l'hôpital et, me sentant assez bien, mieux qu'à mon réveil, je décidai d'aller travailler. J'avais raté une semaine à cause du jeu, je ne comptais pas rater un jour de plus de sitôt. L'ambiance au restaurant était plutôt bonne, ce travail était pour moi un moyen de me changer les idées. J'y allais doucement, faisant attention à mes gestes, car j'étais encore un peu étourdie. J'avais brièvement expliqué ce qui était arrivé à mes collègues et eux-mêmes m'avaient dit de faire attention. Quand je sortis, le froid me claqua le visage. Une silhouette émergea de l'ombre et je tournai la tête, frissonnante. Lexa m'attendait.
Dans la voiture, j'aperçus dans le rétroviseur la lèvre bleuie sur son visage. J'y étais allée un peu fort. En plein milieu de la forêt, nous nous réchauffâmes un moment sur le sofa, en face du feu, sans échanger un mot. Je commençai à m'endormir, aussi elle me fit signe de monter. Je découvris la chambre de l'étage, là où je n'étais encore jamais allée. Elle était semblable aux autres pièces de la maison : murs blancs. Une petite fenêtre ronde laissait à peine percevoir la forêt sombre. Aussitôt allongées dans le lit double, nous nous endormîmes.
La journée de cours fut longue. Ce matin, en me réveillant à côté d'une Lexa encore endormie, j'avais bien eu envie de nous enfermer dans la maison. Ne plus jamais quitter cet endroit isolé. Mais il fallait bien y retourner. Il y avait bien des raisons, dont celle que quiconque ne pourra argumenter : mettre fin au cycle vicieux mis en place par Nia.
J'ouvris la porte de ma chambre à laquelle on venait de toquer. Une rousse se tenait sur son pas. Ses épaisses boucles cachaient une bonne partie de son visage. Elle entra rapidement dans la chambre et ferma la porte. J'allai m'indigner, tous mes sens en alerte, quand la fille arracha sa touffe de cheveux d'une main. Des cheveux châtains dévalèrent en cascade sur ses épaules. Les yeux verts de Lexa me fixaient avec une touche d'amusement dissimulé sous son air sérieux.
- On n'a pas vraiment parlé, hier, se justifia-t-elle.
Evidemment, elle s'était déguisée pour venir me voir. Il ne fallait pas qu'on pense que nous nous voyions en cachette, cela ressemblerait trop à un complot. Surtout si les rencontres avaient lieu dans ma chambre. J'allai vérifier que la porte était bien fermée puis me tournai vers elle, ne sachant par où commencer. Elle me retira cette peine.
- Je voulais juste savoir comment tu allais, considérant...
- Je vais bien, répondis-je aussitôt. J'ai été transportée à l'hôpital assez rapidement.
Silence.
- Et toi, tu... repris-je, gênée.
- Ils m'ont donné ce qu'il fallait. Ils m'ont aussi recousue l'intérieur de la lèvre.
- Désolée...
- Ce n'est qu'un point de suture. Et ce n'est pas vraiment de ta faute.
L'atmosphère était lourde. J'avais l'impression, et je pensai que c'était le cas pour elle aussi, de parler dans le vide.
- Ça ira, lui dis-je.
Je faisais ainsi référence à la suite, tout ce qui viendrait après, ce qui d'ici ressemblait à un raz-de-marée, une terrible tornade, un déluge de lave, mais auxquels je résisterai car j'en avais décidé ainsi. J'en avais l'intime conviction. Je refusais de voir les choses autrement. Lexa hocha la tête. Elle voulait y croire. Mais une fois encore, le silence s'installa. Rien à ajouter. Ni elle ni moi. Je m'approchai et passai mon doigt au-dessus de sa lèvre endolorie. J'avais du mal à imaginer comment j'avais pu lui faire ça. Les souvenirs n'étaient pas aussi précis. Je ne me souvenais pas l'avoir mordue avec assez de force pour lui ouvrir la lèvre. Je redressai la tête. Perdue dans mes pensées, je n'avais plus fait attention à mes gestes et l'avait embrassée avec une douceur surprenante pour ne pas lui faire mal. Elle me dévisagea, ses yeux s'écarquillèrent. Toujours rien à ajouter, en fait. Pas besoin de parler ?
Elle me saisit et m'embrassa avec fougue, ignorant la douleur que son hématome devait lui infliger. Raven passait la soirée avec Finn, elle finirait probablement dans sa chambre. Je poussai Lexa en arrière, sans la lâcher, et la fit tomber sur mon lit. Un à un, tous nos vêtements volèrent. C'était ça, le lourd silence de tout à l'heure. Pas besoin de parler. Le poison nous avait interrompues, on rattrapait ces secondes perdues.
Les élections devaient avoir lieu demain. Les résultats annoncés le soir. Depuis l'incident au dernier rassemblement, Nia n'avait pas attenté à ma vie. Je savais en revanche qu'elle essaierait bientôt, mais j'étais prête. J'avais reçu un colis de ma mère deux jours auparavant. De quoi m'offrir un avantage. Aussi, j'aimais supposer que la chance serait avec moi, quand bien même je n'étais pas du tout superstitieuse. Cette fois, il le fallait.
Ce soir, on discutait toutes les trois. Raven, et Octavia, qui nous avait rejoint dans notre chambre en début de soirée. On repassait tout en revue, divaguant de temps à autre sur d'autres sujets plus légers. Octavia tomba sur un nouveau meme de moi en train de m'écrouler dans les bras de Lexa. Le campus en riait, il ne savait pas que mon évanouissement avait été dû à du poison. D'ailleurs, poison, drogue, ou autre substance, je n'avais aucune idée de ce que Nia avait utilisé. Pour cette fois. Avant le départ d'Octavia, je lui glissai :
- Lincoln avait essayé de m'avertir.
Elle s'offusqua.
- Il savait et il n'a rien fait ?!
- Il m'a dit de faire attention. Si Nia a bien des moyens de garder les membres du Bureau sous sa coupe, c'est déjà bien assez dangereux de le faire. Nia pourrait très bien t'utiliser pour maintenir Lincoln muet.
Elle hésita un instant et partit. Elle comprenait, au fond. Je l'avais prévenue pour qu'elle fasse attention à elle. On n'était jamais assez prudent, je pouvais très bien ne pas être la seule cible bien que je sois la cible principale.
J'allai dormir, l'anxiété au creux du ventre. Demain allait être un jour décisif. Mais je n'avais pas peur de la mort.
