Chapitre dix : Confrontations.

« BAD WOLF »

Le mur entier était recouvert de ses inscriptions. Alonso Tyler n'avait aucune idée de ce qu'ils signifiaient ni de ce qui l'avait poussé à se retrouver ici. Son père souriait, Alonso lui demanda pourquoi mais le Seigneur du Temps ne lui répondit pas. Il sortit son tournevis sonique et plaça l'outil devant l'une des inscriptions, l'une des plus grandes. Le son du tournevis se mit à faire vibrer l'air autour d'eux. Alonso se boucha les oreilles et s'écarta du mur.

« 1864, eh bien c'est de la qualité cette peinture ! S'exclama le Docteur. Alonso, retourne au restaurant avec ta sœur. Je reviens bientôt. »

Le Gallifréen embrassa son fils sur le front puis se mit à courir vers son TARDIS. Alonso Tyler ne comprenait toujours pas ce qu'étaient ces deux mots. Mais ils avaient un sens pour son père. Et le garçon savait que le Docteur allait retrouver sa mère. Rien d'autre n'aurait pu lui rendre aussi vite le sourire.

(…)

Rose était toujours acculée au mur. Elle termina le dernier « f », tout en bas du mur. Elle ne comptait plus le nombre de « BAD WOLF » qu'elle avait écrit dans l'espoir d'attirer son Docteur auprès d'elle.

La bombe aérosol était maintenant vide. Rose la jeta à terre et se recroquevilla contre le mur. Elle devait attendre maintenant. Et elle devait prier pour que ce soit le bon Docteur, son Docteur, qui voit ce message en premier.

Un TARDIS se matérialisa devant elle. L'air se mit d'abord à vrombir et la forme d'une boite à surgir du néant. Le bleu unique de la cabine de police, d'abord translucide, se fonça et le bruit de matérialisation se dilua dans l'air.

Rose ramassa sa bombe de peinture, prête à s'en servir comme d'une arme s'il le fallait, et se releva lentement. Son souffle s'accélérait ainsi que son rythme cardiaque. Les portes de la cabine s'ouvrirent enfin et Rose reconnut un chapeau qu'elle pensait ne jamais revoir sur la tête d'un Docteur dont elle n'avait plus aucun souvenir quelques heures plus tôt à peine.

« Ô Docteur ! S'écria Rose en se jetant dans les bras de son époux.

- Rose, souffla-t-il en la serrant fort contre lui, qu'est-ce qui t'es arrivé ?

- Je t'expliquerai, mais d'abord dématérialise-nous. On n'est pas encore en sécurité.

- Quoi ? D'accord, j'y vais. »

Le Docteur se précipita jusqu'à la console et dématérialisa le TARDIS. Rose restait proche de la porte. Son mari retourna auprès d'elle et posa ses mains sur ses épaules puis la retourna. Il détailla son visage : fatigué mais pas écorché si elle s'était battue contre son ravisseur, celui-ci n'avait pas voulu la blesser.

« Rose, dis-moi ce qui t'es arrivé, chérie.

- Je… Ô Docteur, je suis désolée ! Je… Je suis si heureuse de te revoir. J'ai cru que je ne te reverrai jamais, mon Docteur.

- Moi-aussi, Rose, moi-aussi. Mais tu es là. Et tu vas bien. Tout va bien.

- Non, dit Rose, rien ne va bien, ici. Tu sais où nous sommes, n'est-ce pas ? Pour ces lumières qui s'éteignaient dans le TARDIS, pour ces tremblements de la salle de la console et le reste ?

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- On est dans un univers parallèle, Docteur !

- Oui… J'avais cru le comprendre. C'est donc lui qui t'as enlevé ?

- Oui, il m'a enlevé ma mémoire avec une pilule d'amnésie de Torchwood.

- Pourquoi a-t-il fait ça ? Demanda le Seigneur du Temps.

- Je ne sais pas vraiment, en fait. Je retrouve la mémoire par bribes. Il m'a fallu du temps pour comprendre ce qu'il m'avait fait. Et je me suis enfuie.

- Et tu penses qu'il est à ta poursuite ?

- Je le sais, répondit Rose, j'entendais le tournevis sonique. Il approchait.

- D'accord… Mais il ne te reprendra plus, lui promit le Docteur.

- Ca aussi, je le sais, dit Rose en souriant. »

Elle leva ensuite son visage vers celui de son mari et l'embrassa. Ca ne faisait que trois jours mais avec son amnésie, elle avait l'impression que ça faisait bien plus longtemps. Le baiser qu'ils échangeaient ramena d'un coup à Rose tous les souvenirs dont l'avait privé la pilule d'amnésie du Docteur parallèle.

Rose Tyler se recula alors et elle se mit à pleurer. Elle se souvenait de tout. De tout. Et donc aussi de ce qu'elle avait osé faire à son Docteur. Comment elle l'avait trompé, comment ce Docteur brisé lui avait fait de la peine… Et comment elle l'avait haï quand il l'avait immobilisée pour lui retirer tout souvenir des meilleures années de sa vie, de son mariage, de ses enfants, de son bonheur.

« Je le hais, dit Rose.

- Il t'a fait mal ? Demanda son mari.

- Non, pas physiquement. Mais je le hais quand même.

- N'oublie pas qu'il reste quand même « moi ».

- Non, il n'a rien de toi ! S'écria Rose. Il est tout ton contraire ! Pour tout.

- Qu'est-ce qui l'a changé ? Demanda le Docteur.

- Je dirais « moi », ma mort. Rose Tyler est morte dans cet univers. Ça l'a brisé.

- Je vois… Reste-là, je vais aller lui dire deux mots !

- Non ! Attends, qu'est-ce qui te prends ? C'est son univers, nous, on doit retourner dans notre monde. Et où sont les enfants, au fait ?

- A Manhattan, en 2007. Ils mangent des Cheesburgers.

- D'accord, soupira Rose qui n'aimait pas l'idée de les savoir seuls, alors raison de plus : je ne vais pas te laisser y aller seul !

- Rose…

- Ne me dis pas non, parce que tu vas regretter de m'avoir retrouvée !

- Jamais, l'assura le Seigneur du Temps avant de l'attirer à lui pour l'embrasser, d'accord, tu peux venir. Mais reste à l'écart. Je ne veux pas qu'il t'enlève loin de moi, à nouveau. »

Rose hocha la tête et lui promit d'être prudente. Le Docteur soupira Il n'aimait pas ça mais se savait tout à fait incapable de faire changer sa femme d'avis.

Le couple sortit de leur TARDIS et main dans la main suivirent les indications du tournevis sonique pour retrouver le TARDIS parallèle. Celui-ci ne s'était pas dématérialisé mais Rose avait couru sans regarder où elle allait et n'avait aucune idée d'où elle était venue. A l'intérieur du TARDIS, ils trouvèrent une salle de console vide le Docteur parallèle était certainement encore à la recherche de Rose.

(…)

Rose avait disparue. Il l'avait cherché partout, il l'avait pisté jusqu'à un cul-de-sac remplis de graffitis rouge sang qui appelaient à l'aide son Docteur. Et elle n'était plus là, il ne la trouverait plus : son Docteur l'avait retrouvée et ils étaient sûrement déjà repartis dans leur univers. Il ne la reverrait jamais.

Il l'avait perdue à nouveau. Il l'avait perdue pour de bon. Et il se sentait encore plus seul qu'avant. Et il avait encore plus de regrets. Qu'est-ce qui lui avait pris de croire qu'elle pouvait l'aider, qu'elle pouvait remplacer la Rose Tyler qu'il avait perdu, qu'elle pouvait recoudre les plaies de ses cœurs ?

Qu'est-ce qui lui avait pris de forcer Rose à rester auprès de lui ? De la garder dans son TARDIS contre son gré ? De lui enlever sa mémoire, de lui faire oublier qui elle était ? Comment avait-il pu croire que sa présence lui serait salvatrice alors qu'elle était autant problématique ? C'était la Rose Tyler avec ses expériences du Docteur qui aurait pu l'aider, pas cette Rose amnésique qui ne pouvait qu'être brisée qu'il ne l'était lui-même.

Le Docteur espérait qu'auprès de son Docteur, Rose Tyler retrouve sa mémoire et qu'un jour elle parvienne à lui pardonner les actes terribles qu'il avait commis pour s'approprier cette Rose qui ne lui était pas destinée.

Quand il revint à son TARDIS, le Seigneur du Temps était convaincu qu'il ne reverrait plus jamais les yeux noisette de la femme qu'il aimait et aimerait toujours. Il tourna la poignée de la porte de la cabine de police et entra à l'intérieur de son vaisseau. Il s'arrêta au seuil de la cabine bleue. Et resta là à fixer celle qu'il prenait à nouveau pour un revenant…

« Rose ? Demanda le Docteur.

- Bonjour, Docteur, dit Rose d'une voix froide, je te présente mon mari. »

L'homme à côté d'elle, ce clown qui portait un chapeau rouge avec une sorte de pompon qui pendait sur le côté, c'était ça qu'il allait devenir après sa prochaine régénération ?

« Je suis désolé, dit le Seigneur du Temps, Rose, je ne voulais pas te faire du mal…

- Je sais, dit l'autre Docteur auprès de Rose.

- Je m'en veux vraiment, je vous assure. Je pensais pouvoir remplacer Rose par son double, mais c'était une erreur Je ne fais que des erreurs depuis sa mort.

- Je le sais, répéta le Docteur, et je le comprends. Je t'excuse. J'aurais fait pareil dans ton cas…

- Quoi ? S'écria Rose en se tournant avec des éclairs dans les yeux vers son mari. Qu'est-ce que tu viens de dire ?!

- Que j'aurais fait pareil dans son cas. Nous ne sommes qu'une même personne, Rose. J'aurais fait pareil que lui : tout ce que je pouvais pour te garder auprès de moi, Rose. Et si je le sais comme ça, c'est que pour te retrouver, j'aurais déjà été prêt à l'impossible. On est le même Docteur, et on a tous les deux perdus une fois notre Rose Tyler…

- Tu n'en as aucune idée, je ne suis pas morte pour toi. Tu ne peux pas comparer ce que tu as vécu avec ce qu'il a vécu ! Cria Rose avant de se sauver dans les couloirs du TARDIS.

- Rose ! Cria son mari. Je savais qu'elle n'aurait pas dû venir…

- Pourquoi tu es venu, toi, alors ?

- Je voulais que tu saches que je ne t'en veux pas. Je me doute que tu dois regretter ce que tu as fait. Mais je pensais ce que j'ai dit à Rose : j'aurais été capable de faire la même chose par amour pour elle. Je sais trop bien à quel point elle nous est nécessaire. Et je suis vraiment désolé que tu aies perdu ta Rose Tyler…

- Oui… Merci. Mais tu devrais aller la retrouver et t'excuser toi-aussi, sinon tu risques à ton tour de la perdre.

- Je l'ai déjà perdu, et tu as raison, je n'ai aucune envie de la perdre à nouveau.

- Tu l'as perdue ? Pourquoi, parce que je te l'ai enlevé ?

- Non, je l'ai perdue quand elle a été piégée dans un univers parallèle, pendant trois ans de ma vie. Expliqua le Docteur. Elle t'en avait parlé ?

- Oui… Et tu aurais vraiment été prêt à faire n'importe quoi pour la retrouver ?

- Tout comme tu as été prêt à ce qu'elle te déteste pour toujours, juste pour ne plus te sentir aussi seul, non ?

- Si. Mais… Je sais que je lui ai fait du mal. Ne lui fais pas du mal en la laissant te détester à ton tour. Va lui parler. »

Le Seigneur du Temps opina puis laissa son double seul avec la Console du TARDIS. Le Docteur descendit ensuite les escaliers et partit à la recherche de sa femme.

(…)

Rose Tyler était retournée dans sa chambre. Elle s'y était réveillée le matin-même en pensant savoir qui elle était et depuis vingt-quatre heures, elle s'était perdue et retrouvée. Du moins, elle le pensait. Mais à présent, elle ne savait plus qui elle était vraiment. Et cette fois, elle avait tous ses souvenirs…

Rose s'assit sur son lit puis s'allongea. La décoration de la pièce était encore celle de la Rose Tyler qu'elle avait été avant de tomber amoureuse du Docteur, des dessins et des photos de sa famille ornaient les murs et le plafond. Aucune trace de la Rose qu'elle était devenue. Elle était elle, à une époque où elle se cherchait encore. Une époque révolue pour celle qui avait habité cette chambre avant elle.

« Rose ? »

La voix était celle de son mari, la dernière régénération du Docteur… Une voix encore jeune malgré ses neuf-cent-douze ans.

« Qu'est-ce que tu fais là ? Grogna Rose en le voyant au seuil de la porte de sa chambre.

- Je viens m'expliquer.

- T'expliquer, pas t'excuser ?

- Non, pas m'excuser. Je ne t'ai rien fait de mal à ce que je sais.

- Et l'excuser pour m'avoir séquestré et m'avoir volé ma mémoire ? Demanda Rose.

- Oui, je l'excuse, chérie. Je sais ce qu'il a traversé. Même si tu ne mes crois pas, c'est la vérité : te perdre dans cet univers parallèle pendant trois ans fut aussi terrible pour moi que ça l'a été pour lui de perdre sa Rose.

- Mais tu savais que j'étais en vie, rétorqua Rose Tyler.

- Je savais que tu étais piégée là où je ne pourrais jamais te revoir, que tu vivrais ta vie sans moi, la corrigea le Docteur.

- Et tu étais prêt à me laisser dans le monde de Pete, seule, quand on s'est retrouvés ! S'il n'y avait pas eu Alonso,…

- Arrête, ne dis pas n'importe quoi ! Jamais, Rose, jamais je ne t'aurais laissé là-bas. Jamais je ne t'aurai laissé rester loin de moi.

- C'est vrai ?

- Oui. »

Rose regarda le Docteur et remarqua qu'il hésitait à entrer. Elle se leva et lui prit la main avant de se serrer contre lui.

« Tu ne me perdras plus, mon Docteur… Dit-elle avant de l'embrasser. »