Chapitre 10 : « Goodbye blue sky. »
|-On ne menace pas Charlie Malefoy-Granger.|
Ethan me fixait, en face de moi. Ses yeux semblaient attendre, espérer. Il attendait mes explications, mes raisons. Il sembla aussi chercher quelqu'un d'autre, avant d'entrer dans a chambre. Pensait-il trouver Alexander ici ?
Je l'avais laissé sans rien dire. Sans prévenir. J'étais partie, tout simplement. J'avais une raison, qu'il ne pouvait pas connaître.
Tout était trop rapide. Vous savez, parfois on attend une chose, puis quand elle arrive, elle défile devant nos yeux. Elle veut s'enfuir, et il faut savoir l'attraper.
J'avais attendu ma nouvelle vie, j'avais vécu quelques semaines avec Ethan, puis tout avait disparu.
-Alors, répéta Ethan d'une voix tout aussi mal assurée que la première fois, pourquoi ? Pourquoi t'es partie, Charlie ? Tu m'as demandé de partir, je ne savais pas que tu le ferais aussi. Pourquoi tu t'en es prise à Alexander ? Pourquoi tu nous as laissés ?
Il parlait pour June qui s'occupait gentiment de surveiller Luke, en bas. La pensée de Luke me rappela ma mission ici : je devais « régler les choses ». Concrètement, je devais l'oublier, et il devait m'oublier. Mais lui, dans le sens littéral du terme.
J'avais une autre solution : lui faire tellement mal qu'il ne reviendrait jamais. Mais je ne pouvais pas y penser.
Ma main effleura ma baguette. C'était si simple à faire, et si dur à la fois.
Mais s'il devait m'oublier, autant qu'il sache pourquoi.
Même si ensuite il devait l'oublier.
-Je suis une sorcière.
Non, ça n'allait pas.
-Je suis… différente.
Non plus. Charlie, tu as deux minutes pour trouver une solution, parce que Ethan t'attends de l'autre côté de la porte. Oui, la porte de la salle de bain, juste là. Quelques centimètres.
La vérité, Charlie.
Puis l'oubli, Ethan.
Je sortais, et trouvais Ethan qui attendait toujours. S'il n'était pas patient, il ne l'était plus…
-C'est très dur à dire, Ethan.
-Alors dis-le rapidement.
-Je…
Je passais mon regard à travers la fenêtre, derrière lui, et l'appelais.
Le ciel étoilé était différent de Poudlard, mais je repérais rapidement deux étoiles.
-Tu vois cette étoile ? Elle est rouge. Et à côté, l'autre apparait plutôt bleue.
Ethan hocha la tête, attendant la suite :
-Elles sont différentes, mais ce sont deux étoiles. Elles partagent le même ciel, pourtant sont très éloignées. L'une d'elles est plus froide, l'autre plus grande. L'une a plus de planètes, l'autre plus d'années de vie. Mais quelques soient leurs différences, leurs points communs, ce sont deux étoiles.
De nouveau, ma main rencontra ma baguette dans ma poche arrière. Cette fois, je fermais la main dessus.
-Je suis une étoile, Ethan, et tu es l'autre. Ce que tu as à comprendre, c'est que même si elles paraissent proches, d'ici, les deux étoiles ne se rencontreront jamais.
Je lâchais la baguette et le pris dans mes bras. Il ne comprit pas, mais ne me repoussa pas. Il me serra comme si c'était la dernière fois, et ça l'était. Je sentis les larmes dévaler sur mes joues.
Mon cœur se serrait, je sentais tout mon être secouer la tête, alors que mon esprit savait que c'était mieux pour tout le monde.
La baguette, de nouveau, se retrouva dans ma main. Je reculais. Mon bras se leva comme si ce n'était pas le mien.
Mes lèvres tremblaient. J'eus quelques sanglots. Ethan affichait une expression grave, fronçait les sourcils. Il allait parler quand je secouais la tête.
D'un geste sec, j'essuyais quelques larmes de mes joues.
Les mots restèrent dans ma gorge quelques secondes, ma baguette pointée vers lui.
« Pense à sa vie Charlie. Il ne peut pas vivre en le sachant. »
-Oubliette.
Et j'éclatais en sanglots.
Tout se déroula si loin de moi que j'en ai à peine le souvenir. Je me souviens de ma mère, qui m'accompagna dans une chambre d'amis pour en ressortir immédiatement. Mon père se chargea de lancer le sortilège sur June. Je refusais de voir ça.
Je crois qu'à un moment, j'ai réalisé ce qui se passait. La rage est montée en moi.
J'ai saisis tout ce que j'avais sous la main. J'ai vidé le bureau, tout lancé sur le sol. J'ai crié, frappé la porte. J'ai pleuré.
J'ai donné tout ce que j'avais, puis je suis tombée, épuisée. Je me suis laissé aller contre le mur près de la fenêtre. Mais même avec les mains devant les yeux, je revoyais Ethan qui m'oubliait.
J'ai lancé mon regard par la fenêtre et vu mon père qui accompagnait Ethan dehors. Celui-ci obéissait, encore confus.
Je me suis levée. J'ai couru. La grille au bout du jardin s'est ouverte. J'ai dévalé les escaliers. Elle s'est refermée. J'ai parcouru le salon. Les portières de la voiture ont claquées. J'ai accéléré. Mon cœur battait si vite, je courrais comme si ma vie en dépendait. Et elle en dépendait.
J'ai traversé le jardin. Le moteur s'est déclenché. J'ai ouvert la grille au bout de l'allée. La voiture a démarrée.
Et quand je suis arrivée, ils n'étaient plus là.
-CHARLIE MALEFOY-GRANGER !
-Luke James.
Ma voix était lasse et brisée. Luke s'approcha, et s'arrêta net quand il vit mon visage cerné, les traces de larmes sur mes joues, mes yeux bleus ternes.
-Que s'est-il passé ?
-J'ai rempli ma mission, Luke. Tout va bien, ne t'inquiète pas, tu pourras dire à ton père que tout est réglé.
Je savais que Luke n'était pas un véritable tyran. Ce qu'il avait montré, tout à l'heure, ne s'expliquait pas vraiment. Il était certes dragueur, possessif, et avait une grande fierté, mais je ne l'avais jamais vu aussi… furieux.
Il me regarda avec deux grands yeux bleus, étonné de mon sarcasme.
-Malefoy…
-Malefoy-Granger.
Il laissa tomber mon nom de famille, trop long pour rythmer sa phrase comme il le voulait.
-Charlie, j'ai profité de l'occasion pour venir avec toi. Tout à l'heure, je me suis emporté – et je ne suis pas le seul ! Mais je pense qu'en cinq ans à Poudlard, tu as eu le temps de me connaître un peu.
Il s'assit à côté de moi. C'était vrai, je l'avais souvent vu les années précédentes, sans pour autant le connaître. Dans mon esprit, sa réputation le précédait, et ça m'allai très bien.
-Je suis désolé si je t'ai fait peur.
Où était sa fierté ?
-Je pense que je sais pourquoi j'ai agi comme ça, mais je préfère ne pas te le dire. Mais maintenant, c'est à toi d'être Charlie. C'est à toi d'être toi-même ! Tu n'es pas comme ça. Tu n'abandonnes jamais. Je le sais, je l'ai appris à mes dépens. Ce que tu es ici ne te ressemble pas, tout comme ce que j'ai été ne m'a pas ressemblé tout à l'heure.
Pourquoi avait-il toujours raison ? Il devinait tout, avant tout le monde, et tout le temps. Comme mon père. Il se releva et me tendit une main.
-Debout Granger.
Le fait qu'il m'appelle Granger n'était pas anodin : il voulait voir en moi le rouge et l'or. Il voulait voir en moi Hermione Granger.
-Tu as le choix. Tu saisis ma main, et tu rebondis. Tu te venges, comme tu l'as fait lorsqu'on t'a assigné à Poudlard – la tour d'astronomie en est témoin… Ou alors, tu restes assise, pitoyable, et tu souffres. Je te laisse le choix, mais fais-le vite.
Je fixai sa main. Il me le tendait, et j'aurais déjà dû la saisir depuis longtemps. Pourtant je restai là… Ce n'était pas moi, ça.
Ça n'était pas Charlie Malefoy-Granger.
Alors, au moment où il abandonnait, baissant sa main, la mienne l'attrapa.
Je me relevai.
Dans les deux sens du terme.
