Merci pour les commentaires!
Maintenant que j'y pense, je vais faire quelques clarifications. Le présent, autrement dit le POV de Shizuo, débute alors qu'ils sont en première année de lycée, autour de six mois après le début des cours, soit durant l'automne (au Japon, l'année commence en avril). Ensuite, comme dans l'animé, Shinra et Shizuo sont amis d'enfance. Ils sont allés dans la même école primaire et se sont retrouvé au lycée, mais ils ne sont pas allés au même collège. Donc, Shinra et Izaya se sont rencontrés au collège, alors que Shizuo fréquentait un autre collège. Ils se sont tous retrouvé au lycée. C'est plus clair, peut-être? Enfin, si quelque chose n'est pas clair, n'hésitez pas à demander des clarifications!
Ah oui, aussi, pour un petit moment, je vais publier deux fois semaines (j'ai beaucoup de chapitres d'avance et comme l'histoire s'avère longue, j'aime mieux augmenter le rythme pour la finir un jour). Le prochain chapitre va donc arriver jeudi ou vendredi.
Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture!
POV: Shizuo
Je n'ai pas vu le visage de l'asticot depuis deux jours. Il n'est pas venu à l'école ni hier, ni aujourd'hui. Je suis à mon pupitre, en ce moment, et je regarde par la fenêtre, guettant sans en avoir l'air la cour d'école. Je devrais être soulagé de ne pas devoir supporter sa présence, mais j'ai étrangement l'impression que ce n'est pas une bonne nouvelle. J'en suis venu à être paranoïaque pour tout ce qui le concerne de près ou de loin.
Depuis notre dernière rencontre, mon cerveau bouillonne d'idées sans queue ni tête. Je n'arrive même pas à réfléchir convenablement. Je ne peux que repenser aux mêmes choses sans tirer de conclusions potables. Ses mots, son expression faciale, son rire, ses sautes d'humeur, son allure de maniaque, ses yeux apeurés, son corps contre le mien, mon envie de le sentir encore contre moi... Je ne comprends rien du tout, pas même ce que je ressens.
Ma haine à son égard ne s'est pas affaiblie, bien au contraire. Pourtant, il me semble que je ne suis pas du genre à embrasser quelqu'un que je déteste... et puis, ne dit-on pas que l'inconscient contient toutes les pulsions refoulées? Cela voudrait dire qu'en fait, au fond de moi, je l'aime? Et que je refoule ce sentiment sous le couvert de la haine? Non, non, non, c'est stupide! Je déteste l'asticot, c'est évident! Il n'y a aucune raison pour que je l'aime, après tout ce qu'il m'a fait, je ne vois vraiment pas comment je pourrais ressentir autre chose que de la haine pour lui.
Je sais bien que j'évite l'essentiel du problème en ce moment. Je tourne en rond dans ma tête, pour éviter de penser à ça. Ce qu'il m'a avoué. Ce que j'ai cru deviner, ce que je devinerais assurément si j'y réfléchissais sérieusement. Je laisse un voile sur la signification de ses mots. Je ne veux pas savoir. Je ne dois pas savoir, je le sens, ce qu'il cache est beaucoup trop important pour que je veuille le savoir. Je fuis et j'en suis conscient, mais qu'y puis-je? Si jamais je réalisais la vérité, si je laissais le voile tomber... je sens que je ne pourrais plus le détester. Et à ce moment-là, que ressentirais-je pour lui? Qu'est-ce qui pourrait encore me rattacher à lui, si ce n'est ma haine?
Je ne veux plus réfléchir. Je ferme les yeux sur le spectacle inintéressant de la cour d'école vide de sa présence et soupire lourdement. En plus, comme si je n'étais pas suffisamment tracassé, j'ai rêvé à lui les deux dernières nuits. Normalement, dans mes rêves, j'arrive à le tuer, ou au moins à lui faire du mal. Cette fois-ci, j'ai rêvé que lui me tuait. Je me suis réveillé en sursaut, encore ce matin, avec son rire qui résonnait dans ma tête. Il m'est resté l'image de son visage taché de mon propre sang, figé en un sourire sadique. C'est bien la première fois de ma vie que j'ai eu aussi peur.
C'est complètement stupide. Depuis quand ai-je peur de l'asticot? Il peut me couper, quand il le veut, et il peut se montrer sadique, mais de là à en avoir peur... Le fait de ne pas le voir nourri encore plus mon imagination. Qu'est-ce qu'il fait? Où est-il parti? Ces questions restent dans un coin de mon esprit, mais je secoue la tête et tente de les éviter au possible. Il ne faut pas que je m'en soucie, je dois l'oublier!
En lieu et place de ces interrogations, ses mots tournent maintenant en rond dans ma tête, et j'y réfléchis bien malgré moi. «Shizu-chan, ma première fois, j'avais dix ans.» Quelle première fois? Son premier baiser, ou alors... Non! Je ne veux pas y penser... je ne dois pas réfléchir! Shizuo, ressaisis-toi! Je ne devrais pas m'en vanter, mais je suis plutôt bon pour ne pas réfléchir, non? Alors, pourquoi mon cerveau décide-t-il que, cette fois-ci, il doit à tout prix fonctionner à plein régime?
J'ouvre à nouveau les yeux pour les poser encore une fois sur l'entrée du lycée. J'essaie de deviner où il se trouve, ce qu'il fait et avec qui, comment il se porte. Je me rends enfin compte que je ne sais strictement rien sur lui. A-t-il des parents, des amis? Quelle est sa situation familiale? Est-ce que son père a vraiment... Non, non, non, Shizuo, ressaisis-toi, je t'en conjure! Je ne veux pas y penser, je ne dois pas y penser, il ne faut pas, sinon...
J'ai peur. Je suis le pire trouillard que la Terre ait jamais porté. J'ai déjà tout compris, et c'est terriblement horrible, beaucoup trop horrible pour que je veuille regarder la vérité en face. Comment pourrais-je supporter une telle révélation? Faite de cette manière-là? Impliquant de telles choses? Et venant de lui?
Izaya... Que fais-tu, Izaya? Pourquoi tu ne viens pas me déranger pour la énième fois pendant mon cours? Pourquoi tu n'es pas là, avec ton sourire que je déteste, tes yeux malins et tes répliques à la con? Pourquoi tu ne viens pas m'embêter une fois de plus, me fâcher, encore et encore? Rassure-moi, Izaya, dis-moi que tu blaguais! Dis-moi que tu te jouais de mes sentiments, et reprenons notre routine d'avant! Reviens-moi... Je veux sentir ta présence, te toucher, entendre ta voix moqueuse et tes insultes, je veux... je veux que tu me dises que tout va bien, je veux l'entendre de ta bouche, et même si c'est un mensonge, j'y croirai de toutes mes forces, alors reviens-moi comme avant...
La tête entre les mains, j'essaie de ne plus réfléchir. Je ne comprends plus rien, j'ai mal, affreusement. Tout tourne autour de moi. Je n'ai pas mangé, ce matin, hier non plus. L'image de son visage plein de sang me hantait et m'enlevait tout appétit. Izaya... tout revient à lui. Tout revient toujours à lui. Pourquoi est-il le seul à me faire autant d'effet? Comment peut-il déclencher autant d'émotions en moi?
«Shizu-chan, je savais bien qu'au fond tu m'aimais~ Mais moi je te déteste, et je te conseille fortement de faire de même avec moi.» Ces mots... pourquoi me font-ils aussi mal? Mon cœur se serre dans ma poitrine à la simple évocation de ce que ces phrases impliquent. Il me déteste, et alors? Je l'ai toujours su, non? Je l'ai toujours pensé, alors pourquoi cela me fait-il souffrir? Je devrais au contraire être content qu'on me confirme que ma haine est réciproque!
Mais mon cœur se serre et je ne veux plus songer à la raison de ce mal. Je ne veux plus penser à rien, mon cerveau tourne tout seul et c'est déjà trop éprouvant. Pourtant, justement parce qu'il tourne tout seul, rien ne l'arrête, et j'ai soudain envie de vomir, pour me débarrasser de toutes ces réflexions. J'ai des images, des idées, des embryons d'idées qui se bousculent dans ma tête et plus rien n'a de sens.
Je me lève d'un seul coup. J'ai absolument besoin de bouger, d'agir, de faire quelque chose. Le professeur me regarde avec un drôle d'air. Il ne sait pas comment réagir. Personne ne sait comment réagir avec moi, de peur de déclencher ma colère. Sans un mot, je passe entre les rangées et saisis le poignet d'un Shinra qui me regarde avec hébétement. Toujours muet comme une tombe, je le force à se lever et à me suivre jusqu'en dehors de la classe. Il ne dit rien non plus et se laisse faire, trop surpris pour mieux réagir, je présume.
Ce que je fais? Je n'en ai aucune idée. Encore mon stupide inconscient qui me fait faire je ne sais quoi dans je ne sais quel but.
Sans relâcher son poignet, je me dirige vers l'extérieur. J'arrive finalement près d'un arbre et, tout en le relâchant enfin, je me laisse aller à vomir au pied du feuillu. Pour un moment, un court moment, mon cerveau se tait enfin, et je peux vomir tout ce que je n'ai pas mangé sans me préoccuper de quoi que ce soit. Pour peu, je dirais que c'est le paradis.
Malheureusement, mon estomac, déjà vide à la base, n'a décidément plus rien à régurgiter, et je m'essuie la bouche sans rien dire. J'ai un goût horrible, la bouche pâteuse, les yeux plein d'eau. Moi qui n'ai jamais pleuré de toute ma vie, je ne vais pas le faire ici et maintenant, devant Shinra, à cause de la personne que je déteste le plus au monde! Je me le refuse!
Je tente de calmer mes émotions en respirant profondément. Je ne sais pas quelle tête tire mon ami, mais il ne pipe pas mot. Je n'ose pas lever la tête pour surprendre son regard. J'ai peur, encore une fois. C'est stupide! J'ai envie de me frapper la tête contre l'arbre, mais il me retient de justesse en prononçant doucement:
- Shizuo-kun...
Je rencontre son regard et surprend ses iris pleins d'inquiétude. Je ne dis rien, mais je pense qu'il saisit mon appel à l'aide, parce qu'il me dit:
- Shizuo-kun... Tu veux savoir, pour Izaya-kun, non?
Je hoche la tête sans le vouloir. Oui, non, je ne veux pas savoir, je veux savoir, je ne veux pas, je veux... je ne sais plus...
Il me prend la main doucement et m'entraine plus loin, vers un autre arbre sur lequel je me laisse aller complètement, jusqu'à me retrouver par terre. Il s'assoit face à moi et me fait son typique sourire, moins joyeux que d'habitude mais tout de même réconfortant. Je voudrais m'efforcer de lui répondre, mais c'est le vide dans ma tête et c'est bien la dernière chose à laquelle je peux penser. Il reprend une expression sérieuse et ajoute:
- Je te préviens, ça risque d'être assez long, et j'en sais pas beaucoup.
Je hoche la tête une seconde fois. Je ne veux plus réfléchir. J'écoute le son de sa voix et me laisse bercer par ses mots, beaucoup moins cruels que ceux qu'il a prononcé.
