Chapitre 11 : Pardonner ? 2ème partie (oui ben je trouvais pas de titre !lol !)

Elle aurait dû le détester.

Elle aurait dû le maudire.

Elle aurait dû le fuir.

Elle aurait dû être terrorisée par lui.

Elle aurait dû être traumatisée.

Elle aurait dû vouloir sa mort.

Mais elle ne ressentait rien de cela. Juste une sorte de rancune. Elle y avait réfléchit toute la nuit. Elle n'avait pas dormi, étouffant ses sanglots dans son oreiller pour ne pas réveiller ses camarades. Sa haine et sa peur étaient parties avec la douleur entre ses cuisses. Elle s'en rendait compte maintenant. Mais cela la troublait énormément. Elle s'en voulait de réagir ainsi. Elle s'en voulait de croire que l'homme qui l'avait violée n'était pas le même que celui qu'elle connaissait...ou qu'elle voulait connaître. Elle savait qu'il n'avait aucune excuse. Et elle s'en voulait de son acharnement à vouloir lui en trouver. La colère, le désespoir, la folie...non,ça ne justifiait rien ! Alors pourquoi acceptait-elle les choses aussi facilement ?

Elle avait souffert, comme jamais. Mais alors que cela s'était passé 48 heures plus tôt, elle avait l'impression que cela faisait des mois. Tout semblait si loin, si distant, si...irréel. Pendant un instant elle se demanda si elle n'avait pas rêvé. Mais les images étaient trop vraies dans son esprit pour que cela ait été un cauchemar. De même que sa discussion avec Ginny.

Ginny...Adorable fille. Si seulement elle pouvait lui parler. Mais non, pas avant d'avoir fait le point dans sa tête. Pas avant d'avoir fait le point avec Severus...

Severus... Voilà qu'elle pensait à lui par son prénom ! Severus...Tant de dureté dans ce nom...Elle en avait fait l'expérience. Mais tant de douceur dans le regard. Tant de souffrance dans la voix. Presque attendrissant malgré les...circonstances. Pourquoi avait-il fallu que les choses dérivent ainsi ?

Elle se leva à regret, essuyant d'un revers de la main les dernières des larmes qu'elle avait versées toute la nuit.

Mais, plus tard dans la journée, elle se surprit à attendre le soir avec impatience.

§§§§§§§§§§§§§§§

Il aurait pu disparaître.

Il aurait pu partir tout de suite et ne jamais revenir.

Il aurait pu se terrer à jamais dans une contrée éloignée.

Il aurait même pu mourir.

Mais elle voulait qu'il reste. Enfin, elle ne souhaitait pas qu'il parte. Ce qui n'était pas tout à fait la même chose... Pourquoi ne le haïssait-elle pas ? Peut-être que si en fait. Mais pourquoi ne le fuyait-elle pas ?

Si Severus Rogue avait encore été un Mangemort et s'il avait donc encore subi l'influence de ses ex-comparses, il aurait sans doute pensé qu'Hermione Granger était une sale petite traînée de Sang-de-Bourbe à qui l'autre nuit n'avait pas tant déplu que ça. Il ne se serait pas posé de questions et aurait peut-être recommencé.

Mais Severus Rogue n'était plus un Mangemort. Et Severus Rogue n'était pas influençable. Aussi la réaction de son élève le faisait s'interroger et le laissait perplexe. Malgré sa souffrance elle semblait...surmonter les faits.Et il l'admirait encore plus pour cette force. Mais ce n'était pas une raison pour lui d'accepter les choses. Il ne pouvait tout simplement pas. Il s'en voulait plus que pour ces Moldus qu'il avait autrefois torturés. Plus que pour cet Auror qu'on l'avait forcé à tuer...Il ne s'était jamais pardonné. Mais c'était si loin maintenant. Et il n'était pas tout à fait lui. Mais là, si... Terriblement si. Il n'avait aucune excuse. Mais elle semblait penser le contraire. Bonté ou stupidité ?

Il se leva finalement, les yeux cernés par une nuit sans sommeil.

En cours, son attitude fut plus douce-amère que réellement froide et sarcastique. Il attendait le soir.

Quand, à 20h00, le léger TOC-TOC tant espéré se fit entendre, il redouta un instant que ce ne fut de nouveau la terrible cadette des Weasley qui ne se trouve derrière la porte. Mais quand celle-ci s'ouvrit suite à un « Entrez. » soucieux, l'épaisse chevelure brune, le petit nez bien droit et le regard sombre et envoûtant qui firent leur entrée étaient bien ceux de la plus douée de ses élèves.

Il lui fit un petit, imperceptible, presque timide sourire et lui indiqua de la main le fauteuil recouvert de velours de bordeaux, qui deux minutes auparavant était encore une chaise simple et dure. Mais Hermione ne bougea pas, sa main frêle restée sur la poignée. Il comprit l'objet de son hésitation et s'apprêta à l'inviter à laisser ouvert.

Mais avant qu'il n'ait pu ouvrir la bouche, elle repoussa doucement le lourd battant. Ce ne fut qu'en entendant le déclic de la porte qui se refermait complètement que Severus réalisa la portée de ce geste. Son sourire s'élargit en une expression de soulagement et de bienveillance. Mais Hermione ne bougeant toujours pas, il se demanda si elle ne regrettait pas déjà cette démonstration de confiance.

« Hermione,vous êtes sûre ? »

Elle le regarda droit dans les yeux. Les siens étaient insondables. Elle hocha lentement la tête.

« Oui. »

Elle vint enfin s'asseoir. Mais, une fois de plus, elle baissa la tête, contemplant ses pieds qui s'agitaient au bout de ses jambes balançantes.

Severus était déconcerté. C'était la troisième fois qu'elle venait, et la troisième fois qu'elle ne disait rien. Peut-être attendait-elle que ce soit lui qui lance le sujet qui leur brûlait les lèvres. Mais il ne pouvait pas. D'ailleurs, en y réfléchissant, il trouvait cela absurde. Si vraiment elle était décidée à passer outre, pourquoi voudrait-elle ressasser les faits avec lui ? Et pourquoi lui-même avait-il crû qu'il pourrait faire quelque chose pour elle ? Le mieux pour elle aurait été d'évacuer sa douleur auprès d'un ami, d'un parent, mais certainement pas auprès de lui, l'homme qui l'avait martyrisée.

« Hermione...Je voudrais savoir...Pourquoi est-ce que vous venez ? Je ne vous oblige pas. Au contraire.

'Je sais.C'est pour ça que je suis revenue. Je crois que j'ai besoin de parler...de ça...finalement.

'Mais...L'ennui...C'est que vous ne dites rien... »

Il sut immédiatement qu'il aurait été préférable pour lui d'en faire de même. Hermione vira instantanément au cramoisi et ses yeux lui jetèrent des éclairs meurtriers.

« Vous croyez que c'est facile peut-être ? – cracha-t-elle

'Non,bien sûr, mais...

'Mais rien du tout ! J'aurais pu vous dénoncer, j'aurais pu vous faire expulser d'ici ! Je peux toujours le faire d'ailleurs ! Mais non. Je ne veux pas faire ça. Je veux croire que vous n'étiez pas vous ce soir-là. Je veux vous croire quand vous dites que vous êtes désolé ! Et tout ce que vous trouvez à faire, c'est de me reprocher mon silence !

'Excusez-moi, Hermione, excusez-moi. Mais c'est juste que...dans cette affaire, je devrais être la dernière personne à qui vous voudriez vous confier...Et votre silence le démontre bien.

'Mon silence ne démontre que mon intimidation, qui je le pense est parfaitement compréhensible ! – elle se calma légèrement – Et si c'est à vous que je veux parler...et bien...c'est...

'Oui ? »

Elle hésita un moment, mordillant sa lèvre inférieure et regardant de droite à gauche. Puis elle prit une profonde inspiration et le fixa de nouveau.

« C'est que vous êtes le seul avec qui je peux le faire sans avoir à en souffrir encore plus...

'Je ne comprend pas...

'Vous avez très justement dit que je devais parler à quelqu'un. C'est vrai. Mais vous savez tout comme moi que si j'en parle à qui que ce soit, même de confiance, il ou elle ira le répéter et...et vous serez renvoyé...voire emprisonné...

'Ce qui serait normal...

'Mais je ne le veux pas ! Je ne veux pas vous perdre !

'Pardon ? Hermione...

'Non,écoutez, je sais que ça paraît absurde, je ne le comprends pas moi-même,mais c'est ainsi, je ne veux pas vous perdre avant de vous avoir connu. Alors...vous êtes la seule personne à qui je peux en parler sans risquer de vous voir emmené loin de moi... »

Elle était toujours aussi rouge, mais c'était maintenant de gêne. Severus ne savait pas quoi répondre. Le perdre avant de l'avoir connu. Que voulait-elle dire ? Et pourquoi diable semblait-elle...tenir à lui ?

« Je ne vous comprends pas Hermione. Vous devriez... Vous devriez me détester, vous devriez me vouer une rancune sans bornes...

'Je sais. Mais je n'y arrive pas. Enfin bien sûr que je vous en veux, c'est évident, mais pas autant que je le devrais. Ou même que je le voudrais. Je crois que c'est parce-que je sais que si je n'avais pas joué avec le feu...

'Non Hermione surtout ne faites pas ça ! Ne pensez pas ça ! Ce n'est absolument pas de votre faute ! Vous l'avez dit vous-même l'autre jour...

'Oui mais en y repensant...

'Vous n'avez pas à y repenser ! Vous n'êtes coupable de rien ! Vous avez juste subi la folie d'un homme ! Ma folie...

'Mais c'est moi qui vous ai rendu...fou...

'Oh Hermione...Non...Pourquoi me cherchez-vous des excuses ?

'Je ne sais pas...Peut-être...que j'ai besoin de vous en trouver.Que j'ai envie de vous pardonner.Oui,ça doit être ça.

'Je ne le mérite pas.

'Le Professeur Rogue de l'autre soir ne le mérite pas, c'est vrai...Mais...celui qui est là devant moi,en ce moment...celui qui souffre...je crois que si... »

Severus la dévisagea sans rien dire. Il comprit qu'elle faisait allusion à son discours mélodramatique et rougit d'un coup. Il s'était tellement révélé à cette fille...à cette femme ce matin-là. Il se rendit compte que lui en revanche ne savait pas grand chose d'elle. Qui était-elle vraiment, celle qu'il avait toujours considéré comme une effroyable Miss Je-Sais-Tout ? Que ressentait-elle en ce moment ? Certainement pas la bouffée de tendresse et de gratitude qui venait d'envahir le professeur. Mais il ne le méritait pas.

« Je...Merci...Merci.Mais je ne comprends pas votre volonté de dissocier le bien du mal chez moi. Cet...Cet être infâme qui a abusé de vous, c'est une part de moi. C'est moi.

'Non, c'était une part de vous. Mais elle est morte. Ce n'est plus vous. Cela ne l'a jamais vraiment été je suis sûre.

'Qu'en savez-vous ?Peut-être que durant mes années au service du Seigneur des Ténèbres j'ai fait des choses pires que cela. J'y ai même peut-être pris du plaisir... - dit-il sur un ton désabusé qui laissait complètement penser le contraire

'Je ne le crois pas. Et c'est à moi de vous poser une question : pourquoi ne voulez-vous pas être pardonné ?

'La situation semble un peu renversée non ? C'est moi qui devrais vous supplier d'accepter mes excuses. Mais c'est que, maître de moi ou pas, après ce que je vous ai fait...

'Non,je ne parle pas que de moi – interrompit-elle – Pourquoi, au fond, ne voulez-vous pas être pardonné de ces années-là ? Pourquoi ne voulez-vous pas vous pardonner ? »

Il put lire de la tristesse dans les yeux de la jeune fille. Elle était triste...pour lui. Douce ironie. Pourquoi ne se pardonnait-il pas ? Parce-que c'était impardonnable. Vraiment ? Oui. Mais n'était-il pas sous la menace constante de Voldemort ? Si, mais il aurait pu partir. Et n'était-il pas parti ? Si...Si...Mais trop tard. Tout était trop. Trop présent dans son esprit. Trop mal. Trop d'innocents massacrés, torturés. Trop de victimes de son amertume vis-à-vis de ses jeunes années. La toute dernière était devant lui, le regardant avec compassion, prête à pardonner toutes ses erreurs, tous ses actes ignobles.

Mais elle ne comprenait pas... Tout ce qu'il avait fait. Tout ce qu'il était encore capable de faire, alors qu'il pensait que s'en était bien terminé. Il ne méritait pas le pardon, de lui ou des autres. Juste l'oubli.

« Vous ne savez rien, Hermione. Vous ne savez pas ce que j'ai été.

'Je croyais pourtant en avoir eu un aperçu ! –répondit-elle froidement. Puis elle se radoucit – Mais c'est fini...Parce-que vous n'êtes plus seul...

'Si c'est arrivé une fois, ça arrivera de nouveau ! Je ne sais pas pourquoi vous voulez me faire confiance, mais moi je ne peux pas ! Je croyais... Je croyais que c'était fini oui. Mais mon attitude avec vous a bien prouvé le contraire. C'est trop tard ! Je suis irrécupérable ! – sa voix se cassait petit à petit – Alors...Alors le seul conseil que je peux vous donner c'est de me haïr, Hermione. C'est tout ce que je mérite ! Votre haine. Puisse-t-elle vous tenir suffisamment éloignée de moi...

'Je croyais vous avoir dit que c'était ce que je craignais...

'Quoi ?

'Etre éloignée de vous...

'Hermione...C'est mieux...Je vous jure...Pour vous et moi...

'Pour vous peut-être ! Mais je suis encore la mieux placée pour savoir ce qui est le mieux pour moi ! Mais si c'est ce que vous voulez... »

La colère et la peine s'affrontaient fiévreusement dans le regard que lui jeta Hermione avant de se lever brusquement et de se diriger vers la sortie. Elle saisit la poignée.

« Hermione... »

Elle se retourna vers lui. Il vit dans son regard, dans sa posture, dans ses jambes qui commençaient à trembler qu'elle ne souhaitait qu'une chose : qu'il lui dise de rester.

Et il faillit le lui dire. Il faillit lui dire de revenir s'asseoir, de rester auprès de lui, de lui parler pendant des heures d'elle, de lui, de ce qu'elle ressentait, de qu'elle attendait de lui. Il faillit lui dire de ne jamais le quitter.

Mais il ne dit rien.

Elle attendit un moment qu'il ré-ouvre la bouche. Puis elle secoua lentement la tête et ouvrit la porte.

« Bonsoir, Professeur. »

Elle referma derrière elle.