Chapitre 11
Comme pour accentuer la situation, la pluie se mit à tomber, drue, amère. Kai ouvrit un oeil, lentement, calmement. Aoi le maintenait allongé, sans trop toucher les plaies formées par les armes des cavaliers qui l'avaient poursuivi.
"Kai," dit Ruki, "comment tu te sens ?"
"Ca..." Il toussa. "Ca devrait aller... Je crois. Vous avez... Réussi à partir ?"
"Oui," confirma Uruha, "grâce à toi."
Il ne comprenait pas très bien ce qu'il se passait, mais de toute évidence, cet homme était en danger.
"Les plantes," murmura l'homme à terre, "ramenez-moi une rose... Ou au moins ses épines."
Tous hochèrent la tête, et chacun partit de son côté pour chercher la fleur. Reita en trouva une au pied d'un arbre, une rose rouge et seule, si jolie et pourtant tellement dangereuse. Il la cueillit avec délicatesse et la ramena dans la clairière, où Ruki était resté avec Kai pour le protéger si jamais les cavaliers revenaient. De la rose, il retira les épines, avant de les donner au jeune homme brun. Ce dernier les brisa, en faisant couler un liquide épais qu'il laissa glisser sur ses plaies.
"Merci," murmura le jeune homme en se rasseyant. "Je suis Kai, druide du clan Ocillien. Et tu es ?"
"Reita," répondit le blond, "guerrier Amacan."
Ils se serrèrent la main alors qu'Uruha et Aoi revenaient chacun de leur côté.
"Ah... On a été un peu lents, on dirait..." murmura Uruha. "Tu as l'air d'aller mieux, Kai, c'est rassurant."
"Oui," répondit le druide. "C'est grâce à notre nouvel ami. Tu as bon goût, Ruki !"
Le guerrier aux yeux bleus rougit et détourna le regard. Reita, attendrit, se dirigea vers lui pour le prendre dans ses bras, dans lesquels l'Ocillien se réfugia aussitôt pour cacher son visage rougissant. Chacun se mit à rire, avant que Kai ne reprenne la parole.
"En dehors de ça... Il faudrait partir d'ici. Et vite."
"Une seconde, Kai," l'interrompit Aoi d'une voix douce. "Tu viens avec nous ?"
"Je vous ai aidé à vous enfuir, ça m'étonnerait que ça plaise au chef... Si je reste il me fera éxecuter. On va plutôt rejoindre un de mes amis, qui vit dans un camp neutre..."
"On ne devrait pas prévenir cet ami avant de le rejoindre ?" demanda Uruha, assis aux côtés du brun.
"Pas la peine. Il préfère les surprises..."
Après avoir opté pour rejoindre l'ami de Kai, ils s'organisèrent. Aoi était le plus discret, il serait l'éclaireur. Ruki, le plus puissant, protègerait Kai et les avant, tandis que lui, Reita, surveillerait Uruha ("Je sais me battre au même titre que vous tous !" avait protesté l'Ocillien) ainsi que leurs arrières; enfin, Kai s'occuperait de soigner les blessures. Tous se munirent d'armes fabriquées à la va-vite avec le matériel dont ils disposaient dans la forêt, avant de se diriger vers le sud, préférant passer par la forêt que par les grandes routes où on pourrait facilement les reconnaître. De plus, la forêt offrait pour avantage une nourriture abondante. Mais leurs batailles les plus nombreuses furent menées contre des hommes, des bandits qui n'avaient plus vraiment de clan et qui volaient, pillaient et tuaient ceux qui empruntaient la forêt Ces derniers tombèrent sur plus habile qu'eux; et il ne resta plus grand-chose d'eux, à part peut-être une âme à la recherche du dieu qui lui permettrait de s'accomplir correctement. Ils atteignirent bientôt un village en hauteur, aux habitations construites sur des rondins de bois.
"Nous y sommes," dit Kai. "Il habite dans cette hutte, à l'écart," ajoua-t-il en désignant un habitation totalement différente des autres, et un peu plus en hauteur.
Le petit groupe s'y dirigea, passant son chemin sur les passerelles qui semblaient bien plus solides que leurs ponts. Au passage, Reita s'émerveilla en silence de certains éléments du paysages, ou de la manière dont le village avait été construit. En hauteur, comme les oiseaux ou les écureuils, mais avec des matériaux bien plus solides que les leurs; et il enviait la beauté de ce village quand le groupe s'arrêta. Kai frappa à la porte, et un jeune homme aux longs cheveux blonds et au regard de braise lui ouvrit.
"Tiens..." murmura celui-ci. "Kai, que fais-tu ici ?"
"Je suis en fuite, Yune, et mes amis aussi. Nous accorderais-tu l'hospitalité pour une heure ou deux ?"
"Bien entendu. Entrez," les invita le second druide.
"Merci, Yune."
Les trois autres le saluèrent, le prenant dans leurs bras comme un vieil ami, avant que Yune ne se tourne vers l'Amacan.
"Qui es-tu ?" demanda-t-il.
"Je m'appelle Reita, je suis du clan Amacan et-."
"Et il est avec moi," compléta calmement Ruki. "Reita n'est pas un ennemi."
Le druide le considéra un instant, fixant son regard sur les yeux bruns du guerrier, ses cheveux blonds, le tissu qu'il portait sur le nez.
"Pourquoi portes-tu ceci ?" demanda Yune en désignant du doigt le tissu.
"Euh..." Reita le considéra, surpris. "Eh bien, c'est à cause d'une blessure assez conséquente..."
"Retires-le."
Il s'exécuta et retira le tissu, dévoilant un nez profondément entaillé dans une bataille quelconque. Yune afficha une moue de dégoût tandis que Ruki semblait plutôt surpris. Le druide s'approcha, passa son doigt sur la cicatrice, considéra un instant le guerrier, et retourna s'asseoir, continuant de le regarder.
"Parfait," fit-il. "C'est un défi qui me plaît. Je le relève."
"Yune-"
"Attends, Kai."
Le druide blond alla chercher quelques ingrédients, préparant une mixture rougeâtre et pâteuse, qu'il laissa reposer un instant avant de l'appliquer sur le nez du guerrier. Il recouvrit le tout d'un bandage.
"Voilà. Dans deux heures je pourrais te le retirer." Il se tourna vers son ami. "Que me voulais-tu, Kai ?"
