Coucou!
Je ne mettrai pas à jour vendredi prochain, trop de boulot :s
Enjoy & Review
Rise up and take the power back, it's time that
The fat cats had a heart attack, you know that
Their time is coming to an end, we have to
Unify and watch our flag ascend, so come on
Upraising- Muse
Soulevez-vous et reprenez le pouvoir, il est temps que
les requins aient une attaque, vous savez que
leurs temps touchent à son terme, on doit
s'unir pour voir notre drapeau s'élever, alors, allons-y
Upraising- Muse
Chapitre 11 : Upraising
Ron avala la dernière bouchée de son entrecôte avec appétit et attendit qu'Hermione termine son assiette. Ginny qui, elle, avait fini plusieurs minutes auparavant, revint se glisser à côté de lui.
« Les Serdaigles y vont. » annonça-t-elle, à voix basse.
Sa déclaration entraîna un échange de regards. Entourés des membres de l'équipe de Quidditch et d'une bonne partie des cinquième année, Hermione et lui se consultèrent silencieusement. Elle semblait encore sous le coup de la surprise, ce que Ron trouvait à la fois touchant et stupide. Elle n'avait pas prévu de se retrouver avec le pouvoir décisionnaire et pourtant, tous les lions sans exception s'étaient tournés vers elle dès qu'elle avait eu terminé d'expliquer la proposition de Malfoy. C'était normal. Elle s'était imposée, sans véritablement le vouloir, comme une des figures dirigeantes de leur Maison.
Et à présent, elle quêtait son avis...
Ron haussa les épaules pour lui indiquer que le choix était sien.
Il ne s'était jamais fait d'illusions sur sa place dans leur trio. Il n'était rien de plus qu'un sorcier aux ressources limitées. Dans leur monde, tout se payait. Les apprentissages comme le reste. Une carrière bureaucratique ou, s'il s'avérait exceptionnel, une place dans une équipe de Quidditch professionnelle, voilà les seules possibilités qu'il entrevoyait dans son futur. Il n'était pas comme ses meilleurs amis. Il n'était pas exagérément courageux ou supérieurement intelligent. Il ne se démarquait ni par ses notes, ni par son comportement.
Il avait toujours su comment les choses se dérouleraient : Harry serait appelé à se battre à un moment ou un autre et Hermione révolutionnerait leur monde. Il avait fait le choix de les suivre et de les seconder, plusieurs années auparavant. Une amitié forgée par un troll des montagnes n'était pas de celles pour lesquelles on hésitait.
Pour Harry et Hermione, il aurait remué ciel et terre. Pour Harry et Hermione, il aurait offert sa vie.
Il ne s'était jamais vu diriger ou prendre les décisions. En général, Hermione faisait les réflexions intelligentes, Harry étudiait les choses quelques minutes puis choisissait – la solution la plus dangereuse – et lui, après quelques remarques bien senties, suivait.
Il appréciait l'attention, mais n'avait pas les capacités nécessaires à guider une foule même si elle ne comportait que de simples élèves. Il avait jalousé la popularité d'Harry, l'année passée. Plusieurs années, s'il était honnête avec lui même. Mais il avait finalement réalisé, et le réveil avait été un peu brutal, qu'avec la popularité venaient les responsabilités. Pour rien au monde il n'aurait voulu avoir été à la place de son meilleur ami dans ce cimetière. Pour rien au monde, il n'aurait voulu avoir sur les épaules, ce fardeau qu'Harry avait si facilement fait sien.
Être l'ami fidèle était bien moins compliqué. Il ne pensait pas pour autant être lâche ou moins courageux que les autres... Mais sa place était ailleurs. Qui prendrait soin d'Hermione s'il n'était pas là pour le faire ? Qui s'assurerait qu'elle cesse de s'inquiéter suffisamment longtemps pour avaler quelque chose ?
La disparition d'Harry avait été brutale, cruelle. Aussi cruelle et brutale que la vitesse avec laquelle il avait dû prendre conscience de la réalité. Sans Harry, il fallait quelqu'un pour fédérer. La guerre était à leurs portes et il leur fallait des modèles, des personnes auxquelles leur génération devrait pouvoir s'identifier et suivre lorsque le moment serait venu. Hermione avait endossé ce rôle avec une facilité déconcertante. Certains étaient nés pour mener.
Quelques mois en arrière, il aurait juré être de ceux-là, aurait tout abandonné pour avoir ce maigre lambeau de pouvoir. Tout pour un éclat de lumière. Entre temps, il avait perdu Harry et avait déchanté. Grandi, peut-être.
Si certains étaient nés pour mener, d'autres étaient nés pour suivre.
Oh, il ferait ce qui était le mieux... S'il s'avérait que certains voulaient l'imiter, comme certains troisième année semblaient enclin à le faire, il mènerait. Mais si le choix lui était donné, il préférait suivre. Suivre Hermione, Ginny et les jumeaux qui paraissaient tous capter si facilement l'attention des autres. S'assurer qu'il ne leur arrive rien.
Il avait choisi la même position que celle qu'il privilégiait au Quidditch : gardien. Son rôle était de minimiser les dégâts pour son équipe et de veiller sur le reste de ses coéquipiers.
« Qu'est-ce que tu en dis ? » pressa Angelina « Si les Poufsouffles et les Serdaigles y vont, on ne peut pas ne pas y aller. »
Hermione grimaça. « Je suis certaine qu'il prépare un coup-fourré... »
« Il a demandé un pourparler. » temporisa Ginny. « S'il rompt sa parole, il passera pour un idiot. »
« La parole d'un Malfoy... » ronchonna George, en assassinant un brocoli d'un coup de fourchette.
L'opinion de Ron était partagée. D'un côté, comme son frère, il rechignait à faire confiance à un Malfoy, aussi temporairement soit-il. D'un autre... Il avait fait l'expérience récente d'une conversation avec le Serpentard qui n'avait pas tourné à l'affrontement. Et puis il y avait les efforts qu'il avait fait pour sauver les équipes de Quidditch... Cela devait compter pour quelque chose.
Ce ne l'empêchait pas de se méfier. La méfiance envers les Malfoy était innée lorsqu'on naissait chez les Weasley. Elle allait de paire avec une antipathie héréditaire.
Mais là encore, il y avait le détail des pourparlers. C'était important pour les Sang-Purs qui s'attachaient toujours à ces vieilles traditions... Cela montrait que Malfoy était assez déterminé – ou désespéré peut-être – pour admettre avoir besoin d'aide. Ce qui, étant donné la citrouille qu'il paradait en guise de tête, voulait dire ce que ça voulait dire.
« Je crois qu'on devrait y aller. » avança-t-il, en captant à nouveau le regard incertain d'Hermione. « Au pire, on aura une retenue. Une de plus, une de moins... Qu'est-ce qu'on a à perdre ? »
Son amie jeta un coup d'œil meurtrier vers la table des Serpentards puis soupira.
« Ron a raison. » déclara-t-elle. « Et puis, il y a une chance pour qu'il soit sincère... Peut-être qu'il a vraiment une idée qui nous débarrasserait du crapaud. »
Ron savait qu'elle n'était pas optimiste. Il ne l'était pas beaucoup plus.
« De toute manière, ça la foutrait mal que les Poufsouffles et les Serdaigles désobéissent aux règles et pas les Gryffondors. » décréta Fred.
« Oh, oui... » commenta Ginny, d'un ton moqueur. « Parce que Gryffondor rime avec canaille. »
Sans attendre de réponse, elle se faufila à nouveau à la table des Serdaigles et reprit sa place à côté de Loufoca.
« Notre petite sœur n'a pas l'air de comprendre les finesses des lions, George. » se lamenta Fred, en secouant la tête.
« Non, Fred... » répondit son jumeau. « Elle devrait savoir, pourtant... »
« Que devrait-elle savoir ? » intervint Hermione, non sans amusement. « Que votre but ultime est de briser le plus grand nombre de règles possibles ? »
Les jumeaux échangèrent un long regard d'incompris.
« Gryffondors riment avec Maraudeurs. » lancèrent-ils simultanément, déclenchant le rire de Ron et d'Hermione, au même titre que des expressions médusées de la part des autres.
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Albus rejoignit son bureau avec soulagement. Il se faisait décidément trop vieux pour courir les routes comme il l'avait fait ces derniers temps. Cependant, ses efforts avaient payé et il avait désormais tous les éléments nécessaires à ses recherches. Le reste pourrait être fait de son bureau, il serait finalement possible de décharger Remus et Minerva qui l'avaient si efficacement remplacé sur les deux fronts les plus importants.
Il n'avait pas réellement éprouvé de scrupules à délaisser l'Ordre ces dernières semaines. Avec ses instructions, Remus était plus que capable de gérer les missions de surveillance, le recrutement et les escarmouches mineures avec les Mangemorts. Quant à Minerva, elle avait l'habitude qu'il lui délègue ses pouvoirs de temps en temps. Il avait pleinement confiance en eux deux.
Après avoir dûment salué son phœnix et soigneusement rangé les dernières fioles pleines de souvenirs qu'il venait de récolter, il s'assura que le livre qui lui avait pris des semaines à localiser soit bien caché dans un des multiples compartiments secrets qui abondaient dans son bureau. Il lui avait fallu frayer avec des personnes peu recommandables pour le trouver, faire appel à des anciennes connaissances qu'il se serait bien passé de recontacter. Mais le jeu en valait la chandelle. Le livre contenait suffisamment de magie noire pour faire frissonner Voldemort en personne mais Albus était persuadé d'y trouver les réponses qu'il cherchait. Les Horcruxes dans toute leur splendeur démoniaque.
Grâce à sa dernière visite, il était presque certain d'avoir déterminé l'emplacement d'au moins l'un d'entre eux. Néanmoins, il se refusait à agir avant d'avoir étudié plus profondément le sujet. Sans compter qu'il se doutait de ce qu'il trouverait dans la maison des Gaunt. Il n'était pas certain d'être prêt à se retrouver face à la bague et la pierre qui l'ornait. Cela le rendrait maître des Reliques. Il s'agissait là d'un peu trop de pouvoir à son goût.
Délaissant pour l'instant l'épineux problème du nombre possible d'Horcruxes, de leurs vaisseaux et de la manière la plus sûre de les détruire, il entreprit de passer rapidement en revue les lettres qui s'amoncelaient sur son bureau. La plupart venaient de parents d'élèves et concernaient Ombrage, Minerva les avait toutes ouvertes et un mot de sa main précisait qu'elle avait renvoyé un hibou à chacun d'entre eux. Il y avait quelques courriers du Ministère, auxquels elle avait également pris le parti de répondre. Un autre tas de parchemins et un autre mot de sa sous-directrice le priait de signer la paperasse avant que Poudlard ne se retrouve à court de pommes de terre pour les trois prochains mois.
Aucun rapport de Remus. Étrange. Il avait manqué la réunion de la veille mais il avait bien dû s'y transmettre des informations importantes... Il lui faudrait interroger Minerva.
Un coup d'œil à la pendule lui confirma qu'il avait encore le temps de descendre dans la Grande Salle pour le repas du soir. Faire acte de présence ne serait pas du luxe. Au moins pour rappeler à Dolores qu'elle n'était pas encore entièrement maîtresse des lieux...
Il croisa quelques élèves sur son chemin, deux Poufsouffles, trois Serpentards et une Serdaigle. Il prit soin d'appeler chacun par leur nom et de leur demander comment ils allaient, s'enquérant lorsqu'il était souhaitable de la santé d'un proche ou de l'aboutissement d'un projet scolaire. Il ne se lassait jamais de l'expression surprise d'un élève lorsqu'il réalisait que le Directeur en personne en savait plus sur lui qu'il ne l'avait cru.
Choisissant d'éviter une entrée par trop théâtrale, il utilisa la petite porte dérobée qui donnait derrière la table professorale plutôt que d'emprunter les grandes portes. Ainsi, son arrivée ne fut remarquée que par ses employés, les élèves, eux, avaient apparemment de plus pressantes préoccupations que les allées et venues de leur Directeur.
Il prit sa place habituelle, au centre de la table, non sans accorder à Dolores Ombrage un hochement de tête. Libre à elle de l'interpréter comme elle le souhaiterait.
« Où étiez-vous encore passé, Albus ? » attaqua Minerva, à peine fut-il installé.
Elle n'avait pas l'air particulièrement en colère. Plutôt lasse.
Un élan d'inquiétude lui fit froncer les sourcils. Avait-il été trop négligeant ? Il savait que Minerva pouvait prendre soin à la fois d'elle-même et de l'école mais, trop habitué à se reposer sur elle, n'avait-il pas exigé d'elle plus que ce qu'elle ne pouvait donner ?
Il n'appréciait pas plus qu'elle les méthodes d'Ombrage. Il en avait, bien évidemment, fait part au Ministère en des termes plus ou moins politiquement corrects. Il aurait menacé de démissionner s'il n'avait pas été parfaitement conscient qu'une telle proposition serait acceptée sur le champ... Sa position était précaire. Fudge s'émancipait du soutien des Sang-Purs or, et ironiquement, c'était précisément les Sang-Purs qui maintenaient Albus à son poste.
« Des recherches, ma chère. Toujours des recherches. » répondit-il simplement, certain que de l'autre côté de sa sous-directrice, Horace ne perdait pas une miette de leur conversation.
« Eh bien, j'espère que vos recherches valent la peine. » siffla-t-elle, assez bas pour que le Maître des Potions ne l'entende pas. « Parce que pendant votre absence, deux autres élèves ont dû être amenés à l'infirmerie. Cela ne peut plus durer, Albus. Cette femme transforme Poudlard en un nouvel Azkaban, elle... »
« Je n'ai pas le pouvoir de l'arrêter, Minerva. » coupa-t-il, aimablement. « Il ne leur suffit que d'un prétexte... »
Il ne termina pas sa phrase, sachant qu'elle en comprendrait le sens. Qu'il leur donne une seule bonne raison et sa carrière académique prendrait fin.
La sorcière l'observa attentivement tandis qu'il se servait dans les divers plats disséminés sur la table. Il la connaissait bien. Assez pour savoir qu'elle brûlait de lui parler mais ne le ferait pas tant que tant d'oreilles indiscrètes se trouveraient alentours.
Il agita la main, chassant une mouche imaginaire. Le geste anodin n'attira l'attention de personne mais, constata-t-il avec un fin sourire, Minerva n'était pas dupe.
Et l'invention de Severus diablement pratique... Un léger bourdonnement ne mettait pas la puce à l'oreille mais permettait néanmoins de s'assurer qu'une conversation demeurait privée.
« En est-on à ce point là ? » demanda-t-elle, presque sèchement.
L'agacement n'était pas dirigé contre lui, il le savait. Elle exécrait les manigances de Fudge presque autant qu'elle méprisait les méthodes d'Ombrage.
« Nous en sommes au point où je vous assure que vous avez toute ma confiance. » lâcha-t-il, plus sérieux qu'il ne se l'autorisait d'ordinaire. « Et qu'il serait préférable, pour les élèves, que vous restiez le plus longtemps possible à votre poste. »
Elle fouilla son regard à la recherche d'il ne savait quoi. Sauf cas d'urgence, il s'était toujours interdit d'user de Legilimancie lorsqu'il était question de Minerva. Ce n'était pas un scrupule dont il s'encombrait avec d'autres. La Legilimancie lui permettait d'avoir, en permanence, un coup d'avance sur ses interlocuteurs et il ne pouvait se permettre de manquer certaines informations cruciales pour des raisons éthiques. Il était plus facile de s'arranger avec sa mauvaise conscience. Et puis, vraiment, au fil des années, cela était devenu un réflexe. Ne disait-on pas que ce qu'on ne savait pas ne nuisait pas ? Cette mauvaise habitude, seul Severus en était pleinement conscient et Severus n'était plus là pour le rappeler à l'ordre...
Lors des rares incursions qu'il se permettait dans la tête de son amie, en revanche, sa mauvaise conscience refusait toujours de se taire. Il n'avait jamais osé aller plus loin qu'une poignée de souvenirs sans importance... Même les émotions fugaces qu'il captait quelque fois sans le vouloir lui laissaient un arrière goût amer. Il craignait l'esprit de Minerva. Il le craignait énormément. Parce que ce qu'il soupçonnait s'y trouver le peinait et le terrifiait à la fois. Il se doutait que l'admiration pour son Professeur, son mentor, ne s'en était pas tenu là. Il souhaitait simplement que cela soit du passé. Mais il y avait le soupçon... Et il n'était pas prêt à mettre leur amitié en jeu, jamais. L'amitié de Minerva était probablement ce qu'il avait de plus précieux.
« Il doit y avoir un moyen de la contrer. » insista-t-elle finalement. « Cornelius devra bien accepter la vérité à un moment ou un autre. »
Si seulement la situation avait été aussi simple...
« Hélas, ma chère... » soupira-t-il. « A moins de lui mettre Voldemort sous les yeux, je crains que Cornelius ne s'entête. Et quand bien même... Aurait-il Voldemort sous les yeux qu'il préférerait sans doute croire à un de mes... tours de passe-passe. »
Minerva ferma brièvement les yeux et secoua légèrement la tête.
« Fou. » souffla-t-elle. « Le monde devient fou. »
Le monde était fou depuis bien longtemps mais il ne la corrigea pas.
« La réunion s'est-elle bien déroulée, hier soir ? » s'enquit-il, désirant laisser de côté le sujet de sa possible – et future, il en était certain – mise à pied. « Remus ne m'a pas laissé de compte-rendu. »
Le regard de son amie se durcit aussitôt.
« Remus ne peut pas tenir l'Ordre à lui seul. Vous êtes leur chef. C'est à vous de faire acte de présence et de trancher les litiges. » le gronda-t-elle. « Ce pauvre garçon se retrouve toujours en porte-à-faux. »
Il adopta un air proprement châtié qui la radoucit quelque peu.
« Et, croyez-moi, à moins que vous ne désiriez un remède contre l'insomnie, vous ne voudriez pas d'un rapport. » continua-t-elle. « Quelle est donc cette nouvelle obsession d'Alastor pour les tortues de feu ? Lorsque je suis partie, il en débattait encore et ceux qui ne dormaient pas déjà étaient en passe de s'assoupir. »
Les tortues de feu ? Si rien de plus important n'avait été mis à l'ordre du jour, il pourrait dormir tranquille cette nuit là... Il serait bien tant de reprendre les rênes de la résistance le lendemain...
Elle sursauta légèrement à la main qu'Horace posa sur son bras pour attirer son attention, et Albus annula discrètement le sortilège qui les isolait du reste de la table. Minerva ne laissa rien paraître, s'excusant auprès de leur collègue pour sa distraction.
« Il se trame quelque chose. » remarqua Horace, avec un soupçon d'excitation dans la voix.
Le Maître des Potions prit garde de ne pas parler assez fort pour alerter Dolores qui, un peu plus loin, entretenait le Professeur Carter du dernier hibou de Cornelius.
« Que voulez-vous dire? » demanda Minerva, sur le qui-vive.
Les deux Directeurs de Maison avaient rapidement retrouvé leur ancienne dynamique, nota Albus, non sans plaisir. Un plaisir malheureusement teinté d'amertume. La collaboration amicale de Minerva et d'Horace était reposante, mais les légendaires joutes verbales de la lionne et de Severus lui manquaient. Les réunions pédagogiques mensuelles n'avaient pas le même piquant.
« Regardez. » ordonna Horace.
Ce que Minerva s'empressa de faire, scrutant la Grande Salle avec l'attention d'un oiseau de proie. Albus l'imita un peu plus lentement, parcourant chaque table du regard et relevant, ça et là, divers détails intéressants.
L'école était en effervescence.
Il n'y avait pas un seul élève qui ne chuchotait pas à l'oreille de son voisin. Chez les Gryffondors, un groupe plus important que les autres présidait au milieu de la table, constitué des membres de l'équipe de Quidditch et d'une bonne partie des cinquième et sixième année. Granger, ne put-il s'empêcher de remarquer, était au centre. Les Poufsouffles étaient tout aussi agités, bien que moins bruyants, et échangeaient eux aussi de nombreux commentaires. Les Serdaigles piaillaient à tout va, visiblement perturbés par quelque chose. Les Serpentards étaient, et de loin, les plus silencieux, sombres même. L'ambiance chez les vert et argent était austère et il repéra bien plus d'une expression résolue. On aurait pu croire qu'ils s'apprêtaient à livrer une bataille des plus terribles.
Un tel comportement indiquait généralement la révélation d'un secret susceptible d'intéresser l'école entière. Les ragots circulaient plus vite au sein de Poudlard que dans les bureaux de Sorcière Magasine.
Excepté qu'une nouvelle capable de susciter un tel succès aurait déjà atteint le corps professoral depuis des heures.
De plus, ce n'était pas tant l'attitude des élèves qui intriguait Albus que les coups d'œil nerveux que les différentes tables se jetaient entre elles. Serpentards inclus.
« Ils ne seraient pas assez idiots pour organiser une fête avec notre Grande Inquisitrice sur le dos, n'est-ce pas ? » s'enquit Horace, mettant fin à la contemplation de ses collègues. « Je me souviens de celle qu'avaient organisé James Potter et Sirius Black... Un vrai succès. La totalité des Gryffondors, tous les Poufsouffles, la moitié des Serdaigles et même quelques Serpentards... Personne n'aurait eu l'idée de s'aventurer dans les oubliettes, il fallait en convenir... »
« Ils mijotent quelque chose. » approuva Minerva. « Et tous ensemble. »
Albus demeura silencieux, étudiant les regards noirs que jetaient certains des serpents les plus âgés à Draco Malfoy. Aucun, cependant, ne s'aventura à tenter de briser le cercle des cinquième année qui l'entourait. Les plus jeunes, au contraire, l'observaient avec une admiration voilée.
Il n'était pas certain de la place qu'aurait à jouer ce garçon dans l'avenir. Tout le destinait à suivre les pas de son père et pourtant, Albus persistait à croire qu'il pouvait être sauvé. Il y avait du bon en lui, bien caché sous cette arrogance dont il se paraît comme d'une armure. Il espérait, pour son bien, que le Serpentard aurait l'intelligence de rester neutre, à défaut de s'engager plus ouvertement contre les doctrines que servait Lucius. Il l'espérait réellement.
« Un complot qui regroupe les quatre Maisons... Voilà qui est inédit. » commenta joyeusement Horace.
Peut-être pas si inédit que cela. Rare certainement. Les alliances entre Serdaigle et Poufsouffle étaient monnaie courante, les Gryffondor s'entendaient généralement avec les aigles et les blaireaux mais, par nature, agissaient seuls. Les Serpentards faisaient de même, plus par nécessité. Toutes les Maisons trempant dans le même projet ? Cela ne pouvait rien présager de bon et, aurait-il eu encore un seul pouvoir décisionnaire dans cette école, il se serait probablement méfié.
« Voilà qui est intéressant. » corrigea-t-il, en observant Granger agiter la main pour appuyer ses paroles. « Très intéressant... »
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« Active ! On va encore être en retard. »
Tonks rectifia le trait noir sous son œil gauche puis posa le crayon dans sa minuscule trousse à maquillage, sans s'embarrasser de répondre à Charlie. Avachi sur son canapé, le jeune homme n'avait rien de mieux à faire que de la presser alors qu'elle savait pertinemment qu'ils avaient encore une bonne demi-heure devant eux avant de devoir rejoindre le quartier général.
Plantée devant le miroir fêlé qui trônait au dessus de son lavabo, dans sa salle de bain, elle pouvait parfaitement apercevoir son meilleur ami dans l'autre pièce. Charlie fixait le plafond d'un œil morne, les pieds sur la table basse et bras posés sur le dossier. Sa tenue sombre faisait ressortir le roux de ses cheveux en bataille, ce qui, elle en était certaine, finirait par les faire repérer tôt ou tard.
Son attitude blasée l'inquiétait davantage que la mission imminente mais, une fois encore, elle tint sa langue. Il avait débarqué un quart d'heure auparavant, avec son regard des mauvais jours, et n'avait pas desserré les dents depuis. Elle avait tenté deux ou trois piques, quelques plaisanteries douteuses, mais rien n'y avait fait, il était resté désespérément muré dans son silence.
Tout allait bien, il n'avait aucun problème, merci de sa sollicitude. Comme si elle allait croire à ce ramassis de conneries. Comme si elle ne le connaissait pas par cœur. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas s'apercevoir que Charlie était malheureux. Or, des aveugles, dans leur entourage immédiat, il n'y avait que ça. Molly se voilait la face, trop heureuse d'avoir son fils dans le même pays qu'elle Arthur, comme à l'accoutumé, préférait s'en tenir à l'opinion de sa femme Bill était trop préoccupé par Fleur pour faire vraiment attention à son frère Anthony avait tout autant envie que lui de retrouver sa vie d'avant et les autres s'en moquaient comme d'une guigne.
Délaissant le reflet de son ami, elle s'observa avec un œil critique. Bottes en cuir, pantalon noir, un pull fin à manches longues de la même couleur, col en V... Parfait pour se fondre dans la nuit mais néanmoins esthétiquement plaisant. Ce n'était pas parce qu'on partait se battre qu'on devait le faire mal habillé... Satisfaite de sa tenue – et du fait que personne ne trouverait à y redire – elle attacha ses cheveux bruns en une queue de cheval et s'estima satisfaite. Les cheveux noirs faisaient ressortir ses yeux clairs, bien que l'effet soit trop sévère pour qu'elle songe à l'adopter quotidiennement.
Elle émergea finalement de la salle de bain, observant d'un œil las le désordre qu'elle s'était promis de ranger, trois jours plus tôt déjà. Rien à faire, elle ne serait jamais capable de tenir une maison.
« Tu as un rendez-vous ? » se moqua Charlie, guère impressionné par son apparence de cambrioleuse chic. « Où en es-tu avec ce cher Remus ? S'il n'a toujours pas succombé à tes charmes, c'est un imbécile. »
Plutôt que nier avoir un quelconque intérêt pour Remus, elle se contenta de hausser les épaules.
Elle était presque tentée de confirmer qu'il était effectivement un imbécile. Elle n'avait pas oublié sa réaction après l'unique baiser qu'ils avaient échangé. La honte était cuisante. Embrassait-elle si mal ? En d'autres circonstances, l'expression horrifiée qui avait figé les traits de Remus aurait pu être comique. En d'autres circonstances.
Il lui avait fallu un moment pour digérer l'humiliation d'être repoussée de la sorte. Et puis, il lui avait été impossible de se tenir loin du Square Grimmaurd. Il devait y avoir une explication, elle en était certaine. Il avait répondu à son baiser, après tout. Il n'avait pas pu feindre un tel désir, quel intérêt ? Elle avait tenté d'aborder le sujet plusieurs fois, avait réussi – avec la complicité tacite de Sirius – à le coincer seul à seule dans plusieurs pièces, mais il s'était défilé à chaque fois.
Jusqu'à la veille où, avant la réunion, il l'avait prise à part et lui avait expliqué en trois phrases sèches qu'il n'avait aucune intention de poursuivre quoi que ce soit avec elle. Le baiser avait été qualifié d'erreur, de moment d'égarement. Oh, cela l'avait rendue furieuse. Elle l'était encore.
Malheureusement, la fureur n'empêchait pas le désir. Au contraire. Toute la réunion, malgré la colère qui lui avait tordu le ventre, elle n'avait pensé qu'à une chose : combien il serait agréable de faire taire Remus une fois pour toutes, de le dépouiller de ses grands discours dont il s'armait comme d'une lame... Et quel meilleur moyen de le rendre muet que d'écraser sa bouche sous la sienne et de le torturer jusqu'à ce qu'il n'existe plus rien d'autre qu'elle dans ses pensées.
Oh, le temps où elle n'avait souhaité qu'une simple relation sans conséquence était révolu... Qu'il le désirât ou non, Remus, sa gentillesse et sa douceur avaient fait leur petit bonhomme de chemin dans son cœur. Elle n'était pas amoureuse, pas tout à fait, mais... elle avait un gros faible. Et elle n'acceptait jamais non comme une réponse. A vrai dire, lui refuser quelque chose revenait à l'encourager à saisir toutes les occasions possibles de l'obtenir. Elle n'aspirait plus qu'à rendre la pareille à Remus... A s'immiscer tant et si bien qu'il ne voie plus qu'elle, ne pense qu'à elle...
Elle était déterminée et, en bonne Poufsouffle qu'elle était, rien ne l'arrêtait une fois qu'elle avait pris une décision.
« Tu ne perds rien, va. » tenta de la consoler Charlie. « L'amour apporte plus de problèmes que d'agréments. »
Elle n'était pas totalement persuadée de la véracité de cette phrase mais choisit prudemment de ne pas la commenter. S'appuyant au mur, elle croisa les bras devant la poitrine et étudia attentivement son ami.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? » demanda-t-elle, sans détour.
Ils ne donnaient jamais dans le sérieux. Les sujets importants ou épineux étaient traités à coups de plaisanteries et de boutades. Mais, supposait-elle, ils n'avaient plus seize ans et devraient, tôt ou tard, se mettre à agir en adultes.
« Franchement ? » lança-t-il.
Il y avait de l'amusement dans son ton. Un amusement amer, presque dépité, qu'elle ne lui avait jamais entendu.
« Franchement. » répondit-elle doucement.
Il la sonda du regard quelques secondes, puis poussa un soupir.
« Je déteste être ici. » lâcha-t-il. Il se passa une main sur le visage, d'un geste qui trahissait une fatigue plus profonde que celle qui les harassait tous. « Je ne suis pas fait pour vivre en ville. Je ne suis pas fait pour m'occuper de dragons en captivité... Si tu voyais ce que les Gobelins en font... Il y en a dans tous les très vieux coffres... L'arrogance des Sang-Purs... La plupart ne pourraient plus voler même si on les relâchait... C'est de la torture, de la pure torture... Je ne peux pas cautionner ça. Je ne peux pas. Et pourtant, c'est la seule façon de gagner ma vie en Angleterre et je refuse d'être une charge pour mes parents. »
Tonks fronça les sourcils.
Elle avait deviné très tôt que son nouvel emploi ne le satisfaisait pas mais elle n'avait pas saisi que le problème était si... important. Elle connaissait parfaitement l'opinion de Charlie au sujet des dragons. Les réserves étaient une chose, nécessaires à leur protection et leur survie, mais la captivité dans son sens le plus pur ? Jamais.
« Des chiens de garde. » cracha-t-il. « Certains sont aveugles à cause de l'obscurité. Ils les dressent à la douleur. C'est une abomination. Je n'arrive pas à croire que Bill ait pu me cacher un truc comme ça. A la seconde où l'Ordre n'aura plus besoin de moi, à la seconde où je pourrai retourner en Roumanie, je les dénoncerai au Département des Créatures Magiques. »
Ce qui n'aurait aucune utilité. Gringott n'obéissait qu'à Gringott. Les affaires des Gobelins ne concernaient pas le Ministère.
« Et Anthony ? » s'enquit-elle prudemment.
Elle avait l'intuition que le cœur du problème était là mais c'était un sujet sur lequel Charlie s'était toujours montré pudique. Paradoxal pour un garçon qui se gaussait de tout, et particulièrement de lui-même. Mais ce sujet là était trop précieux pour être soumis à la dérision. Peut-être représentait-il également un point trop fragile, une faille dans son solide caractère...
Comme elle s'y attendait, il prit quelques secondes avant de répondre. Sa voix se fit plus posée, son visage se referma légèrement. Sur la défensive.
« Il supporte tout ça encore moins bien que moi. » admit-il, cependant. « Sa famille a été assassinée pendant la première guerre, il n'y a rien que des mauvais souvenirs pour lui, ici. Et les dragons... Les dragons, c'est toute sa vie. Notre vie. Il est fait pour les montagnes, les grands espaces, la vie sauvage... Il n'est venu que parce que je le lui ai demandé. »
« Tu as peur qu'il le regrette. » constata-t-elle, peu sûre d'elle-même.
Elle faisait rarement dans l'introspection et voir souffrir un ami cher lui était insoutenable...
« Il est malheureux, Nymphadora. » souffla Charlie, en rencontrant son regard pour la première fois depuis le début de la conversation. « Et moi aussi. »
Touchée par cet aveu qui n'était à peine plus qu'un murmure, elle fit un mouvement vers lui mais il leva la main interrompant toute effusion qui aurait pu survenir.
« Je vais bien. » affirma-t-il fermement. « C'est juste que... Parfois... J'ai peur qu'il parte. »
Elle vint s'asseoir à côté de lui, sur le canapé et attrapa sa main.
« Je sais que ce n'est pas à moi de dire ça et que ça ne me regarde pas... » hésita-t-elle, grimaçant déjà à la réaction qu'elle ne manquerait pas de provoquer. « Mais peut-être que si tu en parlais à... »
« Je sais. » coupa-t-il, avec agacement. « Je sais. Mais je n'y arrive pas. Et ça ne contribue pas à arranger les choses. »
Elle serra sa main, tentant de prodiguer un maigre réconfort.
« Tu sais, des fois, je me dis que Percy n'est pas aussi con qu'il en a l'air. » grogna-t-il. « Il s'est tiré, il fait ce qu'il veut et n'a à rendre de comptes à personne, surtout pas à maman. »
« Ta mère ne penserait pas moins de toi parce que... » tenta-t-elle, mais il l'interrompit de façon plutôt originale.
La bouche de Charlie se pressa contre la sienne. Ses lèvres étaient chaudes, un peu humides. Le contact n'était pas des plus agréables. Son mouvement de recul fut instinctif, le baiser échangé avec Remus trop présent pour être si vite effacé par les errances de Charles Weasley.
Du revers de la main, elle s'essuya la bouche, cherchant frénétiquement quoi dire pour ne pas vexer – et perdre – son meilleur ami.
« C'est ça que veut ma mère. » déclara-t-il, d'un ton morne.
Il ne semblait pas plus blessé que cela par son rejet et elle en conclut qu'il s'était s'agit là d'une démonstration in facto plus que d'une tentative motivée par un réel désir.
« Elle veut que je me marie, que je lui fasse des petit-enfants... » poursuivit-il, sans lui prêter attention. « Déjà qu'elle est persuadée qu'on ne se tirera pas tous vivants de cette guerre... Si je lui enlève ses rêves, quel genre de fils je serais ? La disparition d'Harry Potter a été un rude coup pour elle. Elle l'aimait ce gosse. Je ne veux pas lui causer plus de soucis que nécessaire. »
Au détriment de son propre bonheur ?
Quel droit avait-elle de juger, cependant, elle qui mentait comme une arracheuse de dents à sa mère pour la protéger des réalités de son travail quotidien. Chacun devait faire du mieux qu'il pouvait, ce n'était pas toujours facile. Ou évident.
« On va être en retard. » décréta-t-elle, avec un entrain feint. Elle lui donna un coup de coude. « Allons-y ou ils partiront sans nous. »
« Ils seraient capables de se faire tuer si on ne les surveille pas. » renchérit Charlie, en lui rendant son coup.
D'un bond, elle s'extirpa du canapé et tendit la main à son meilleur ami pour le tirer hors du siège, pensant à peine à attraper son blouson au passage. Le geste était tellement naturel, tellement innocent en dépit de ce baiser volé sans amour, que leurs doigts restèrent entrelacés durant le court trajet par poudre de cheminette.
Évidemment, ils étaient en retard. Évidemment, les autres étaient déjà en train de revoir les détails de dernière minute dans la cuisine. Évidemment, le salon dans lequel ils atterrirent ne contenait que Remus et Sirius, en plein milieu d'une de ces discussion si animées qu'elles frôlaient la dispute.
Les deux hommes s'interrompirent au même instant pour se tourner vers eux. Si Sirius eut l'air ravi de les voir, Remus en revanche semblait nettement plus contrarié.
« Euh... Salut. » lâcha Tonks.
Un peu gênée par le regard insistant que l'homme posait sur leurs mains jointes, elle se dégagea discrètement de la poigne de Charlie.
L'humeur de Remus ne parut pas s'alléger.
Celle de la jeune femme était, d'un coup, bien meilleure.
Remus était jaloux.
Elle ne put empêcher un sourire satisfait de s'épanouir sur son visage. Ainsi, elle avait vu juste. Le problème ne venait pas d'elle mais de l'homme. Ou de sa conscience un peu trop pointilleuse. Il lui suffisait de percer le 'mystère Remus', or les mystères, ça la connaissait. Elle n'était pas Auror pour rien.
« Ah, gamine ! Pas trop tôt. » bougonna Fol'Œil, en pénétrant dans la pièce, suivi de près par Anthony et Kingsley. « Tu fais équipe avec... »
« Moi. » coupa Remus.
Il y avait un avertissement presque primaire dans sa voix, une sorte de grondement animal... Le regard noir duquel il fixait Charlie ne lui disait rien qui vaille.
« J'étais censé... » intervint Anthony, mais les yeux meurtriers de Remus changèrent de cible et le jeune homme referma la bouche sans terminer.
« Du calme, Lunard. » exigea Sirius, avec plus de douceur qu'à l'accoutumée. « Ce n'est pas la pleine lune pourtant... »
Quelle était donc cette obsession qu'avait Sirius pour la peine lune ?
« La lune n'a rien à voir là-dedans. » grinça Remus, les traits tirés dans une grimace presque colérique. Il prit plusieurs inspirations profondes puis croisa le regard de son meilleur ami et baissa la voix. Si bas que Tonks dut tendre l'oreille, tout en prétendant s'intéresser aux instructions de dernière minute que dispensait Fol'Œil d'une voix de stentor.
« Je ne le contrôle plus, Sirius. » marmonna Remus. « Pas avec elle. Je ne peux pas le faire taire. »
Elle n'avait jamais vu son cousin mortellement sérieux auparavant. C'était chose faite. Tout en hochant la tête en signe d'approbation au discours de son mentor, elle fit un petit pas en direction des deux hommes. Peine perdue, Sirius attrapa le bras de Remus et l'attira un peu à l'écart.
L'écho de leurs voix était trop bas pour qu'elle ne saisisse autre chose qu'un mot occasionnel.
« … dangereux ? » demanda Sirius, avec inquiétude.
Remus parlait tellement bas qu'elle ne comprit pas la réponse. Son meilleur ami, en revanche, parut réellement soulagé. Il fut secoué d'un petit rire qu'il tenta de garder discret et asséna une claque amicale sur l'épaule de l'homme.
« … grave. » eut l'air de se moquer Sirius. « … sentiments... »
« Tu m'écoutes, Nymphadora ? » gronda Maugrey, ramenant brusquement Tonks à la conversation qui se jouait devant elle. « Et vous deux, vos ragots de bonne femme ne peuvent pas attendre demain ? »
Avec un air coupable, Remus et Sirius rejoignirent le groupe. Charlie et Kingsley qui avaient suivi le discours sans broncher, leur lancèrent des regards amusés.
« Tonks va avec Remus et j'irai avec Anthony. » déclara l'Animagus. « Ce n'est pas un si grand changement que ça. »
Bien entendu, Fol'Œil n'était pas d'accord, arguant qu'on ne préparait pas des plans précis pour tout changer à la dernière minute. Ce en quoi, elle ne pouvait lui donner tort mais, soucieuse de reprendre un peu la main, elle s'arma d'un sourire ravageur.
« Je veux bien aller avec Remus. » offrit-elle.
Le faux œil de Maugrey tourna dans tous les sens sous le coup de l'énervement.
« Ce n'est pas un rendez-vous amoureux, gamine. » la réprimanda-t-il. « Vous vous conterez fleurette, plus tard. J'ai besoin de sorciers concentrés. Si vous n'êtes pas capables de... »
« Si on continue à discuter, on va les rater. » l'interrompit Anthony. « J'irai avec Sirius. Dépêchons-nous. »
« Charlie, Alastor et moi, prendrons l'arrière de la boutique. » rappela Kingsley. « Tonks, contente-toi des toits. L'avantage peut être décisif. Sirius, vous leur couperez la retraite le cas échéant. »
« Oui, oui... » soupira Sirius. « Si on ne l'a pas dit cent fois... »
« Êtes-vous certains que vous ne voulez pas prévenir Albus ? » proposa une dernière fois Remus.
« Trop tard. » décréta Charlie. « En cas d'urgence, on lui enverra un Patronus. »
C'était un peu stupide, réalisa soudain Tonks. Et Remus avait raison. Dumbledore aurait été un atout non négligeable...
« Allons-y. » lâcha Kingsley, avant qu'elle ait pu ouvrir la bouche.
Ils amorcèrent tous leur transplannage et elle les imita.
Elle atterrit sur le toit de Fleurry et Bott, assez loin de la boutique d'Ollivander pour pouvoir surveiller les ruelles environnantes. Garder l'équilibre sur les toits en pente aux ardoises glissantes était malaisé mais calée contre la cheminée, elle parvint à trouver une position qui sans être véritablement confortable, l'empêcherait probablement de se rompre le cou.
La nuit était froide mais claire et elle aperçut distinctement la silhouette de Remus, perché sur un toit un peu plus bas dans la rue. Le poste aurait été plus simple pour Anthony. Qu'avait-il donc à cacher de si grave ? Peut-être devrait-elle s'autoriser une entorse à la règle et fouiller dans les archives du Ministère...
Peut-être. Mais pour le moment, Remus et ses histoires d'amour pouvaient attendre. Se concentrant à sa tâche, elle se mit à scruter la rue déserte. Dans un cas, comme dans l'autre, il ne lui restait qu'une seule chose à faire : attendre.
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Le volume sonore augmentait petit à petit et Draco commençait à douter de l'intelligence de sa démarche. Non seulement les Poufsouffles et les Serdaigles ne semblaient pas saisir la nécessité d'être discrets mais en plus, une Maison manquait singulièrement à l'appel.
«Les Gryffondors sont en retard. » lâcha Pansy, en venant se camper à côté de lui.
Il aurait préféré qu'elle retourne avec le reste de leur équipe de Quidditch, Théo et Daphné. Il avait malheureusement dû se séparer de Blaise et de Millicent, qu'il avait chargés de superviser la 'distraction' qu'effectueraient pour eux Crabbe et Goyle. Entraîner Ombrage et Rusard à l'autre bout du château ne devrait pas être si compliqué mais contrairement à ses deux amis un peu bas de front, Blaise et Millicent sauraient improviser si cela s'avérait nécessaire. Envoyer Pansy aurait été un pari excessivement risqué, étant donné qu'elle ne servait que ses propres intérêts et qu'il n'aurait pas été étonné outre mesure qu'elle aille trouver le crapaud. Non... Aussi agaçante soit-elle, Pansy était bien mieux avec eux, là où ses bourdes pourraient être rattrapées.
Il était capital qu'aucun serpent ne mette cette réunion en péril. C'était bien là, tout son problème. Mis à part Blaise, Crabbe et Goyle il n'était certain de personne, tels étaient les aléas de la Maison de Salazar... Mais non, se reprit-il, les Serpentards étaient unis hors de la salle commune et le plan avait été soumis à l'approbation de la masse. Une bonne partie des Sang-Purs influents s'étaient rangés derrière lui, les autres n'avaient plus qu'à se taire. Personne ne le trahirait.
« Ils ne viendront pas. » insista la jeune fille, d'un ton triomphant.
Oh, l'affaire déplaisait souverainement à Pansy, ils l'avaient tous compris. L'affaire ou l'implication de Granger ? S'abaisser à traiter avec les Sang-de-Bourbes ne l'enchantait guère lui non plus, mais il fallait savoir faire la part des choses. De plus, Granger était indispensable à la bonne marche de son plan. Qu'elle s'en rende compte ou pas, ses multiples accrochages avec Ombrage et ses déclarations contre le crapaud lui avaient assuré l'appui d'énormément d'élèves. Les lions la suivraient, les Serdaigles aussi. Les Poufsouffles se rangeraient à l'avis de la majorité.
« On attend quoi, Malfoy ? » lança soudain Davis, par dessus le bruit des discussions.
La question du Capitaine des Serdaigles suscita un silence quasi-religieux. Draco se retrouva au centre de tous les regards.
Il n'eut pas l'occasion de répondre, la porte de la salle s'ouvrit et une ribambelle de Gryffondors se déversèrent dans la pièce, menés par Granger et la belette. L'équipe de Quidditch, la totalité des cinquième année, quelques sixième et quatrième année... Avait-elle déplacé sa Maison entière ? Les lions étaient sans conteste le groupe le plus large...
« La ponctualité est une notion clef chez les gens civilisés. » attaqua-t-il, sans pouvoir s'en empêcher.
« Mais tu n'es pas civilisé, alors je ne voyais pas pourquoi on se serait embêté. » riposta Granger, dans un sourire satisfait.
Un sourire qu'il mourrait d'envie de lui faire ravaler.
Cependant, cela n'était plus une option.
« Nous sommes tous là. » constata-t-il, un peu bêtement.
A présent que le moment était arrivé, il se sentait légèrement nerveux. Ses paumes étaient moites, son rythme cardiaque un peu trop élevé et il éprouvait l'envie saugrenue de détaler en courant. Néanmoins, il ne se laissa pas troubler. Il avait réussi à faire accepter l'idée aux Serpentards, ce ne serait pas plus compliqué de convaincre les autres.
Et puis... Jamais un Malfoy ne se serait laissé effrayé par la perspective de diriger. Le contraire eut été risible.
« Épargne-nous les banalités. » exigea Davis, mécontent. « On prend des risques en étant ici. »
Les Serdaigles et leur amour pour les règles...
Le grondement approbateur de la foule s'éleva autour de lui, et Draco se demanda à nouveau ce qui lui était passé par la tête. Que ferait-il s'ils lui riaient au nez ? Comment se remettre d'une telle humiliation ?
« On prend tous des risques. » remarqua Susan Bones. « Même eux. »
Comptez sur les Poufsouffles pour voler à la défense des opprimés... Il aurait peut-être apprécié son intervention si elle s'était dispensée du coup d'œil méfiant.
Tout naturellement, il se tourna vers les Gryffondors, certain qu'ils auraient eux aussi leur mot à dire.
« J'attends toujours l'entourloupe. » déclara Finnigan.
Et voilà...
Estimant que tous avaient eu la chance de s'exprimer, il se racla la gorge et entama le discours qu'il avait soigneusement préparé. C'était tout ou rien, à présent. Il braqua son regard dans celui de Granger parce qu'elle était son meilleur espoir. S'il la convainquait, il aurait l'appui des autres.
« On veut tous la même chose. » lâcha-t-il, imitant de son mieux le ton décisif de son père.
« Ça, j'en doute. » marmonna la benjamine des Weasley.
Mais Granger écoutait toujours, attentivement, alors il l'ignora.
« On veut tous la même chose. » répéta-t-il, plus fermement encore. « On est tous d'accord sur la même chose : le crapaud doit partir. Depuis quand toutes les Maisons n'ont-elles pas eu la même opinion sur un sujet ? Des siècles ! »
La préfète fronça les sourcils et Draco devina qu'elle avait comprit où il allait. Il se détourna donc pour faire face tour à tour aux Poufsouffles et aux Serdaigles.
« Ombrage a insulté les vieille familles. » continua-t-il, cherchant le regard des Sang-Purs dans la masse. Poufsouffles, Serdaigles, Gryffondors, ils pouvaient dire ce qu'ils voulaient, ils avaient été élevé avec le rang qui leur était échu.
« Personne ici n'a rien à foutre de tes histoires de pureté, Malfoy. » gronda Weasley. « Si c'est pour ça que tu nous as fait venir... »
« Elle a aussi insulté les Nés-Moldus. » coupa-t-il, sans laisser le temps à la belette de terminer ses menaces stériles. Oh, la difficulté d'utiliser le politiquement correct au lieu du plus familier 'Sang-de-Bourbes'... « Elle nous a tous insultés. »
« Je me moque d'être insulté. » intervint un des membres de l'équipe de Quidditch de Poufsouffle. « Mais ce en quoi elle essaye de transformer Poudlard... »
Et pour cette perche en or, il s'abstiendrait d'insulter les blaireaux pendant toute une semaine...
« Précisément. » siffla-t-il. « Elle insulte nos familles, nos origines... »
« Ce que tu n'as jamais fait, bien sûr. » ironisa Granger.
Une nouvelle fois, il pivota vers elle.
« Peut-être. » admit-il. « Mais ce n'est pas de ça qu'il est question. Le problème d'Ombrage n'a rien à voir avec nos opinions personnelles, nos origines ou notre politique. »
Les quelques murmures qui s'étaient élevés à l'intervention de Granger se turent. La jeune fille secoua la tête.
« Si tu es en train de suggérer ce que je pense que tu es en train de suggérer, tu peux l'oublier. » décréta-t-elle. « Il y a un mot pour les gens comme les Mangemorts chez les Moldus : racistes. Tu l'es autant qu'Ombrage. »
Draco ne se laissa pas impressionner.
« Tu parles du Seigneur des Ténèbres quand je te parle de Poudlard. » répliqua-t-il.
Cette fois, les chuchotements reprirent de plus belle. Le sujet du retour du Seigneur des Ténèbres était un sujet dangereux parce que polémique et il n'avait pas eu l'intention de s'y engager.
« Qu'on croie ou pas à sa résurrection, ce n'est pas le problème. » reprit-il, dans le but de calmer les élèves les plus opposés à cette annonce.
« Résurrection. » répéta Granger avec dégoût. Sans doute une nouvelle référence moldue qu'il ne saisissait pas. « Tu n'as jamais dit ce que tu pensais sur le sujet, d'ailleurs... »
Maligne. Très maligne. Si un Serpentard déclarait publiquement que le Seigneur des Ténèbres était de retour...
« Je pense que Potter est un abruti avide de gloire qui dirait n'importe quoi pour faire la une. » répondit-il.
C'était la vérité et ça n'impliquait rien d'autre. Les lions s'indignèrent comme un seul homme, l'obligeant à lever les yeux au ciel.
« Mais, je pense qu'il faut être sacrément lâche pour enfouir la tête dans le sable et prétendre qu'il ne se passe rien là dehors. » conclut-il. Voilà. Qu'elle se satisfasse de ça. « Dans tous les cas, ce n'est pas le sujet. On ne parle pas de Tu-sais-qui, on parle de Poudlard. »
« J'aimerai entendre Malfoy jusqu'au bout. » intervint un Serdaigle.
Il s'abstiendrait donc également d'insulter les Serdaigles.
« Oh, je suis impatiente d'entendre la suite. » se moqua Granger, en l'invitant à poursuivre d'un geste.
« La suite est très simple. » cingla-t-il, s'efforçant de ne pas perdre son calme. « Elle a insulté l'intelligence des Serdaigles, la diligence des Poufsouffles, l'intégrité des Gryffondors et la fierté des Serpentards. Elle se croit maîtresse de Poudlard. Elle se pense autorisée à nous enfermer, nous empêcher de jouer au Quidditch, contrôle nos lectures, nous rabaisse plus bas que terre quand l'envie lui en prend et on devrait rester là sans rien faire ? »
« On ne peut rien faire. » soupira Susan Bones. « Ma tante a déjà essayé. Des familles plus influentes ont déjà essayé. Ose me dire que tu n'as pas demandé à ton père... »
Certes. Mais les ordres de Lucius venaient d'ailleurs et, apparemment, discréditer Dumbledore était plus important que son confort personnel. Eh bien... Il ne partageait pas cette opinion là et n'avait aucune intention de 'souffrir pour la bonne cause'.
« Justement. » lui répondit-il. « Les adultes ne peuvent rien faire, mais nous, nous nous laissons faire sans rien tenter. Je pense qu'il est temps de lui montrer le meilleur de chacune de nos Maisons. »
« Sois clair, Malfoy. » conseilla Granger.
« Un alliance ! » explosa Pansy, dans son dos. « Il propose une alliance ! Bon sang, ce que vous pouvez tous être obtus ! »
Elle, en revanche, il ne se priverait pas de l'insulter.
Sans surprise, l'intervention de son amie déclencha une vague de discussions animées.
« Réfléchissez. » lança-t-il, assez fort pour récupérer l'attention générale. « Séparément, nous ne parviendrons à rien. Mais ensemble... »
« Il n'y a jamais eu d'alliances entre les quatre Maisons ! » protesta un Poufsouffle.
« C'est ridicule. » renchérit un Serdaigle.
Agacé, Draco croisa les bras devant son torse.
« Vraiment ? » releva-t-il. « Est-ce plus ridicule que d'accepter d'être tyrannisé par un vieux crapaud qui abuse du rose ? La Maison de Serpentard propose une alliance, tous les serpents sont d'accord avec ça. Vous êtes là pour représenter votre Maison, à vous de faire le choix. »
« Concrètement, qu'est-ce que cela implique ? » lança un aigle, du fond de la salle.
Il haussa les épaules.
« Si on veut que cela fonctionne, si on veut réussir à mettre le crapaud à la porte, cela implique une collaboration totale. » déclara-t-il. « Plus de moqueries, plus de compétition. Plus de... discrimination. »
Il jeta un coup d'œil aux Gryffondors. Inutile de dire qu'ils n'avaient pas l'air très convaincu.
« Et les Serpentards sont d'accord avec ça ? » demanda un des jumeaux Weasley.
« Oui. » offrit-il sobrement.
« Tous ? » insista l'autre. Il pensait que c'était George mais il n'était pas certain.
« La décision a été votée à la majorité. » expliqua-t-il, choisissant l'honnêteté. Meilleur moyen de convaincre un lion. « Ceux qui s'y opposaient respecteront les consignes ou en paieront le prix. »
« Tu veux qu'on oublie nos Maisons respectives pour créer une sorte de Maison de Poudlard. » s'éleva une petite voix perçante du groupe de Serdaigles. Lovegood émergea des aigles le temps de hausser les épaules. « D'accord. »
La déclaration sembla prendre les Serdaigles de court et une concertation générale se mit en place.
« Très bien. » affirma finalement Davis, au bout de quelques minutes de murmures. « On marche. »
Draco le remercia d'un hochement de tête.
« Je n'ai pas confiance en toi, Malfoy. » décréta Granger, coupant court aux palabres des lions.
« Sur l'honneur. » répliqua-t-il. « Nous n'avons que ça à offrir. »
« Les Serpentards n'ont pas d'honneur ! » accusa Katie Bell.
Contenant l'irritation de ses camarades d'une main levée, Draco ouvrit la bouche. Excepté que Daphné le prit de court.
« Les Serpentards n'ont que ça. » cracha-t-elle, avec colère. « Oui, nous mentons, nous manipulons et nous faisons littéralement tout ce que nous devons pour arriver à nos fins. Mais pour nous l'honneur, la fierté équivalent à la loyauté pour un Poufsouffle, au courage pour un Gryffondor et à l'intelligence pour un Serdaigle. »
« C'est drôle. » riposta la mini-belette. « Je pensais que c'était l'ambition qui vous définissait. »
« Preuve qu'il est temps que vous appreniez à nous connaître, non ? » conclut Daphné.
Ça sembla rabattre le caquet de la rouquine.
« Quel est ton plan ? » s'enquit Weasley, brisant le silence gêné. « Tu en as forcément un... »
Un sourire satisfait étira les lèvres du blond.
« Simple comme bonjour, belette. » annonça-t-il. « Imagine ce qu'on peut réaliser tous ensemble... Les Serpentards ont les plans, les Serdaigles ont les cerveaux, les Gryffondors ont les jumeaux et les Poufsouffles... Les Poufsouffles peuvent se tenir prêts à dispenser des étreintes de félicitations. »
Il retint une grimace. Lui et son besoin de faire le malin...
« On peut faire notre part. » grinça le Capitaine des Poufsouffles. « Nous sommes tout aussi capables qu'un lion, un aigle ou un serpent. »
La quinte de toux de Pansy était en trop mais les tapes que Daphné lui asséna dans le dos étaient loin d'être amicales.
« Vous acceptez ? » triompha Draco.
Les Poufsouffles s'entre-regardèrent. Plus d'une paire d'yeux se tourna vers les Gryffondors. Les lions eux même se massaient derrière Granger, qui paraissait quelque peu surprise d'être au centre de l'attention. Stupide. C'était ainsi que fonctionnaient les Gryffondors, ils élisaient un chef et le suivaient avec la fidélité d'un collet.
« Granger ? » pressa-t-il.
Il doutait que même l'imagination de Blaise n'éloigne plus longtemps Ombrage. De plus, s'ils traînaient trop, ils se retrouveraient enfermés hors de leur salle commune respective, ce qui mettrait leur plan à l'eau.
La jeune fille échangea un dernier murmure avec ses pairs puis lui fit face.
« A une condition. » trancha-t-elle.
Exaspéré, Draco poussa un soupir.
« Que veux-tu ? » s'énerva-t-il. « Un serment inviolable ? »
Sa petite plaisanterie déclencha quelques rires chez les serpents. Ce furent bien les seuls à trouver ça amusant.
« Les grosses décisions doivent être discutées en présence des quatre Maisons. » posa-t-elle. « Nous ne prenons pas d'ordres des Serpentards. On est tous égaux ou ce sera sans nous. »
« Je ne voyais pas les choses autrement. » jura-t-il. Cela ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas les manipuler afin qu'ils acceptent ses idées.
« Dans ce cas, Gryffondor marche. » capitula-t-elle.
Ça n'avait pas l'air de la ravir mais les lions dans son dos, eux, paraissaient satisfaits.
« Poufsouffle aussi. » précisa le Capitaine des blaireaux.
Sans blague ? Draco le pensa très fort mais se retint de le dire à voix haute. Un nouveau régime s'ouvrait. Un régime où les lions, blaireaux et aigles étaient désormais des alliés et, en général, on évitait d'insulter des alliés. Même si la moitié d'entre eux étaient des Sang-de-Bourbes.
Provisoire, se promit-il. A la seconde où ils auraient mis Ombrage à la porte – ou, plus probablement, à Sainte Mangouste – tout redeviendrait comme avant.
« Parfait. » déclara-t-il. « Alors, voilà le plan... »
