11 décembre

Fire Emblem Fates : Conquête

Camilla et Azura

Famille


Tout le monde au sein de la noblesse aimait les belles fêtes, les réceptions somptueuses, où le vin coule à flot et où les conversations s'enchainent sur fond de musique de bal. Tout le monde, sauf Azura. Elle n'aimait pas voir du monde, être obligée de converser avec des gens à qui elle n'avait rien à dire, et surtout pas aux barons et autres comtes de Nohr. La noblesse nohrienne ne l'aimait pas -non, c'était pire, ils la détestaient. Tout ça parce que sa mère était la seconde épouse de leur roi, et qu'à l'époque où ils s'étaient mariés, tous pleuraient encore la défunte reine Katarina ! Enfin, toutes ces marquises et duchesses qui déploraient la mort de leur souveraine, ça ne les avait pas empêchées de faire des enfants illégitimes au roi alors qu'elle-même était encore en vie ! Tiens, d'ailleurs, en parlant de ça... Azura se reconcentra sur la fête au moment où elle vit une grande silhouette aux longs et magnifiques cheveux violets se diriger vers elle. Immobile dans son grand fauteuil capitonné de velours, elle attendit que sa demi-sœur soit arrivée devant elle et passe une main distraite dans les mèches ondulées qui lui tombaient devant les yeux.

"Que fais-tu ici toute seule, ma chérie ? s'enquit Camilla en se penchant sur Azura, sa poitrine généreuse débordant à moitié de son bustier de dentelle. Je sais que ces évènements ne sont pas des plus distrayants, pour toi, mais je pensais que tu saisirais l'occasion de danser un peu.

-Non, merci, Camilla, répondit Azura d'un ton un peu plus sec qu'elle ne l'aurait voulu. Je doute que tous ces gens apprécient de me voir fouler cette piste de danse avec mes pieds d'étrangère.

-Hum, c'est vrai que ces gens n'ont jamais été très corrects avec toi. Que dirais-tu de danser avec moi, alors ? Aux premiers qui s'aviseront de faire un commentaire, je leur trancherai la tête avec ma hache et je te la rapporterai pour que tu puisses montrer à tout le monde ce qu'il en coûte de blesser mon adorable petite sœur !"

Azura déglutit, pas très certaine de la démarche à suivre. Camilla était sérieuse, de ça elle en était sûre, vu toutes les fois où elle avait décimé des régiments ennemis entiers sous prétexte qu'ils avaient blessé Yubelle ou Élise. Mais Azura n'avait pas l'habitude d'une grande sœur protectrice et sanguinaire; celle avec laquelle elle avait grandi, dans le royaume voisin, était calme et réfléchie. Que devait-elle faire ? Yubelle se contentait généralement de sourire et de répondre comme si c'était normal : "Merci, Camilla, mais ça ne sera pas nécessaire". Comme elle n'avait rien d'autre sous le coude, Azura balbutia :

"Heu... merci, Camilla, mais ça ne sera pas nécessaire... Par contre, je veux bien danser avec toi, si tu me le proposes."

Il n'était jamais trop tard pour tisser des liens avec cette famille qu'elle n'avait jamais connue, après tout.

"Parfait, mon chou ! s'exclama Camilla, l'air ravie. Allez, suis-moi."

Elle entraina sa cadette par la main et s'arrêta en plein milieu de la piste, juste sous le nez de tous ces nobles qui méprisaient la fille de leur seconde reine, mais qui, pour une raison totalement incompréhensible, s'étaient toujours montés plutôt corrects avec l'enfant bâtard de leur souverain. Mais Camilla se moquait éperdument des regards qu'on leur jetait; elle enlaça Azura par la taille, puis entrecroisa les doigts de leur main droite, et elle se mit à tournoyer sur les dalles brillantes. Azura, d'abord un peu timide, se mit à suivre le mouvement et, au bout de quelques minutes, elle s'abandonna totalement au lent et harmonieux tangage que sa sœur imprimait à leurs deux corps.

"Alors, ma chérie, est-ce-que tu commences enfin à t'amuser ? s'enquit Camilla en souriant.

-Oui, Camilla, merci, répondit Azura en souriant à son tour."

Elle n'avait pourtant jamais été tactile, mais les bras de sa sœur étaient si doux et si confortables, elle se sentait véritablement réconfortée de se trouver ainsi à danser tout contre elle.

"Alors, c'est tant mieux. Je craignais que tu restes sur ta chaise à te morfondre toute la soirée. Tu ne devrais pas faire attention à ce que ces gens pensent, Azura. Il y aura toujours des jaloux pour prétendre qu'ils sont mieux que toi, simplement parce qu'ils s'enorgueillissent de leurs origines nobles et nohriennes.

-Excuse-moi de remettre ça sur le tapis, Camilla, mais tu es une noble nohrienne, toi aussi.

-Oui, c'est vrai. Mais la fille bâtarde de Père et d'une concubine. Crois-moi, je sais ce que c'est, lorsque tout le monde vous regarde de travers."

Sur fond de musique légère et mondaine, cette conversation donnait un effet très étrange. D'autant plus que les deux princesses continuaient de tournoyer avec élégance sur la piste de danse, dans de grandes arabesques de tissus chamarrés et brillants.

"Ces gens ne méritent pas que tu te fasses autant de soucis à cause d'eux, poursuivit Camilla en bougeant légèrement la tête sur la musique. Laisse-toi aller, mon chou. Tu es toute tendue."

Sans la prévenir, Camilla lâcha sa taille et la propulsa loin d'elle pour la faire tournoyer d'une main, et Azura ne put retenir une petite exclamation de surprise. Sa robe s'envola autour d'elle, et se retrouva bientôt attirée une nouvelle fois contre sa sœur, qui la reprit par la taille et recommença à les faire tournoyer gracieusement sur la belle piste étincelante.

"Bon sang, Camilla, tu aurais pu me prévenir que tu allais me faire tourner, protesta Azura à voix basse, tout embarrassée d'avoir laissé échapper ce cri de surprise et d'excitation digne d'une petite fille.

-Excuse-moi, ma chérie, répondit Camilla sans cacher son sourire. Mais tu es plus détendue, maintenant, n'est-ce-pas ?

-Oui, c'est vrai. Tu as raison. Merci, murmura Azura, étonnée de se sentir aussi soulagée, comme si Camilla avait ôté l'énorme poids qui lui compressait la poitrine depuis des années, et l'avait remplacé par une mélodie plus douce et plus tranquille."

Et les deux princesses, l'une aux cheveux violets, l'autre aux cheveux bleus, continuèrent de tournoyer sur la piste, comme deux gracieuses danseuses dans une boîte à musique.