Auteurs: Kuro-Hagi & PerigrinTouque – 12/01/2019

Genre : Romance – Hurt/Comfort - Love

Disclaimer : Tout ce monde et ces personnages appartiennent à Tadatoshi Fujimaki.

Note : HAPPY BIRTHDAY HANAMIYA !

Nous revoilà !

Je ne sais pas si vous l'attendiez celui-là ! XD Mais le voilà !

Nous y sommes parvenu pour ce premier texte de 2019, pour des personnages qui sortent litérallement de notre zone de confort ! Forcément un peu OOC, je ne vois pas comment ça peut marcher sinon ! Mais disons simplement qu'ils ont mûris puisque les évènements se passent quelques années après le manga !

Nous sommes partis sur un format classique ! N'hésitez pas à nous dire en commentaire ce que vous en avez pensé et votre pari sur le personnage que chacune de nous a choisi !

Et nous en profitons pour vous souhaitez aussi une bonne année 2019 !

Remerciements : Merci à vous toutes pour votre soutien dans le cadre de ce projet ! Et Merci Peri de te prêter au jeu… Même dans ces temps difficiles !

Enjoy ^^

Bonne lecture.


Si je te déçois c'est que quelque part tu attendais quelque chose de moi

.

Teppei traverse Tokyo en slalomant entre les voitures. Sur son vélo il évite aisément les bouchons. Jusqu'à il y a moins d'un an, il travaillait comme trader pour une grosse banque nationale. Mais entre la pression du boulot et les tromperies de sa femme, le coeur d'acier avait failli. En burn out, il avait tout plaqué le boulot, sa femme et sa vie aisée pour retourner à une vie plus modeste. Avec ses économies il avait acheté un petit deux pièces dans les quartiers résidentiels aux abords de la ville destinés aux salaires modérés. Après cet achat, il n'avait plus un sou en poche. Il avait pris un petit job quatre heures par jour de vingt et une heure à une heure au combini de son quartier. Au bout de trois mois de cette vie tranquille à retrouver un équilibre plus sain entre travail et sport, alors qu'il allait signer les papiers du divorce, sa femme se présenta avec son avocat enceinte de sept mois. Elle certifiait, malgré ses adultères, qu'il était le père de l'enfant et exigeait de lui qu'il en prenne la charge dès la naissance puisqu'il était celui qui souhaitait ce divorce, sans lui laisser une chance de racheter ses fautes. Teppei après une longue réflexion et malgré les mises en garde de ses amis décida d'accepter. Il élevait donc une jolie petite fille répondant au prénom de Makoto depuis maintenant trois mois et avait dû changer de travail pour des horaires de jours où la petite fille pouvait aller en crèche. Il faisait donc à présent des livraisons de dix heures le matin à seize heures le soir, six jours sur sept pour un restaurant de Ramen tenu par un ami. Ami grâce auquel il avait obtenu la place en crèche.

Il gare son vélo aux places prévues à l'entrée de l'immense université. Il avise un panneau d'indication et ne se perd presque pas dans le dédale du bâtiment pour trouver le laboratoire où il devait livrer des bols de ramen fumants. Il frappe à la porte, en jetant un oeil à sa montre il avait tout juste deux minutes de retard.

Makoto est assis devant sa paillasse, sa tête maintenue dans la paume de sa main, coude contre le meuble baillant aux corneilles et jouant distraitement avec son stylo.

Il s'ennuie un peu. Certes, il se trouve sur son lieu de travail mais délègue la majeure partie de ses tâches - surtout ingrates - à son nouvel assistant. Quand ce dernier passe vers lui, l'ancien capitaine de Kirisaki Daichi tourne sa tête en sa direction et lui crie dessus, parfois juste pour le plaisir de le voir paniquer. Il lui aboie un ordre en se délectant de la peur qu'il suscite à cette jeune recrue. Puis Makoto étire son sourire sadique et reprend ce qu'il était en train de faire : c'est-à-dire pas grand chose.

On ne peut pas dire qu'il s'entende bien avec ses collègues, d'ailleurs lui occupe le poste de chef au sein du laboratoire. Son charisme de leader ainsi que ses facilités intellectuelles l'ont amené au plus haut grade sans effort. Il en a toujours été comme cela au cours de sa vie. Le noiraud n'a pas besoin de se fouler beaucoup pour arriver à ses fins. C'est donc tout naturellement qu'il chapeaute son petit monde et comme à l'époque du lycée, tous le craignent, lui et ses manigances infâmes.

S'il est une chose que le jeune homme déteste c'est bien d'attendre. Il a faim. Et là en l'occurence il avait commandé des bols de ramen, le plus simple du monde pour son équipe et lui et voilà que l'imbécile en charge de la livraison est en retard. Ah tiens, on frappe à la porte, pas trop tôt. Makoto pour une fois, ne se décharge pas sur un de ses subordonnés, non. Au contraire, ravi de pouvoir se défouler sur quelqu'un il se lève et se dirige vers la porte de son air à la fois nonchalant mais hautain. Le malheureux va en prendre pour son grade, non mais. Makoto ouvre la porte à la volée et déverse son flot de fiel comme il sait si bien le faire.

"Non mais espèce d'abruti, on t'a pas dit que le principe de ton job c'esde livrer les plats à l'heure à l'adresse indiquée ? T'es trop demeuré pour lire les panneaux d'indications ou un plan c'est ça ?"

Quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il découvre un visage on ne peut plus familier et ce sourire débile qui l'a tant irrité au lycée... Coeur d'acier arbore sa mine énervante au possible, toujours heureux de vivre quoi qu'il arrive.

S'il s'était attendu à entendre cette voix ? Il sourit. Comme toujours, il fait comme si rien ne l'atteignait. Toujours voir le côté positif des choses. Toujours. Pourtant il est tellement fatigué, Makoto est malade et il n'a presque pas dormi ces deux dernières nuits. Mais il doit garder le sourire. Il est fort. Du moins c'est ce que tout le monde croit. Sourire et encaisser c'est facile en vérité. Mais il y a une sorte de jauge, quelque part au fond de lui qui se remplit à chaque fois que quelque chose le contrarie. Cette jauge s'est épuisée avec les années ou alors elle se remplit plus vite il ne sait pas. Mais les débordements sont plus fréquents. Il sourit toujours, mais il ne voit plus vraiment le côté positif. Non. Il sourit et encaisse les coups avec douleur à présent. Et aujourd'hui, il ne voit rien de positif à revoir cette ombre du passé, qu'il a mis tant d'efforts à essayer d'oublier... en vain.

Le sac en papier contenant les plats à livrer dans sa main, il se courbe face à son client pour s'excuser platement avant de tendre le sachet avec un coupon de réduction.

"Veuillez accepter ce coupon de réduction pour nous excuser de ce retard."

Makoto l'observe pendant plusieurs secondes, scrutant chacun de ses gestes, chacune de ses mimiques. Il s'était attendu à autre chose venant de sa part. C'est décevant. Il n'a plus envie de l'asticotter, il se saisit du sac en plastique et du ticket de réduction en tiquant de la langue.

"C'est la moindre des choses."

Son assistant arrive et se courbe devant lui.

"Tiens, va faire chauffer les plats, ils doivent être froid.

— Oui Hanamiya-san, tout de suite, répond le jeune homme d'allure frêle en sortant du laboratoire."

Makoto croise ses bras dans une attitude désinvolte, appuyé contre une des paillasses tout en dévisageant Teppei sous toutes les coutures. Une habitude du passé ressurgit, celle de vouloir l'atteindre de quelque manière que ce soit. Et vu que la turpide araignée n'en connait qu'une...

"Ça m'étonne que tu ne sois qu'un simple livreur de ramen. Où est passée ton ambition et ta motivation écoeurante de l'époque ? Tu vois que ça t'a mené nulle part."

Son sourire ne se fane pas. Il reste là accroché à ses lèvres comme d'habitude. Sa voix ne laisse rien paraître, mais il évite de croiser le regard de Makoto l'homme qui l'a fait tant souffrir et qui ignore lui-même à quel point. Et c'est tant mieux connaissant la bête, il se délecterait un peu plus de la souffrance de sa victime.

"Hm... J'avais envie de changement. Et livrer des repas à domicile est agréable. Je suis toujours très motivée par mon travail. La plupart des clients sont agréables."

Teppei se râcle la gorge, pour dissimuler cette dernière pique qui lui a échappé, et réclame le paiement. Il va finir par vraiment prendre du retard sur ses livraisons. Il sait que Makoto prend un malin plaisir à le faire poireauter pour se venger de son retard. Il espère même sûrement qu'il se fasse durement réprimander, s'il traîne trop ici. Makoto était comme ça depuis toujours. Il le sait que trop bien.

Mais le sarcasme mal dissimulé n'échappe pas à Makoto, il renâcle de façon dédaigneuse puis finit par quitter son poste pour aller chercher les billets afin de le payer.

Ce Kiyoshi de malheur a toujours eu le don de le pousser à bout. Décidément, ce côté désagréable de sa personnalité perdure, on dirait qu'il se fiche constamment de lui avec son sourire bon enfant à toute épreuve. Il tend le billet glissé entre son index et son majeur.

"Tu comprendras que je ne t'offre pas le pourboire. C'est bien de rester motivé pour effectuer un travail ingrat comme ça, il en faut. Au plaisir..." termine-t-il non sans un sourire ironique.

Teppei prend le billet et le range tranquillement dans la pochette prévue.

"Merci bien je me passe de tes pourboires. Tu m'en as déjà offerts bien suffisamment."

Il remet son casque sans attendre et achève en se retournant pour repartir.

"Mon genou s'en souvient encore."

Makoto jubile à la première réplique de Teppei, assimilant parfaitement le sous-entendu. Bizarrement son attitude plus autenthique, non dissimulée derrière un sourire trop faux ou une assurance surjouée le laisse chose. Chose dans le sens perdu. Son sourire arroguant s'efface et il ne dit rien.

L'affable araignée ne réplique rien, pas de raillerie, pas de méchanceté, les mots s'envolent. Peut-être qu'il l'a touché plus qu'il ne l'avait espéré au lycée et probablement que cet arrière goût de jeu malsain le dégoûte... Il n'aurait jamais pensé réussir son coup le plus parfait : détruire pour de vrai Coeur d'acier.

Teppei remonte sur son vélo. Il a hâte de rentrer et de retrouver sa fille et son amour inconditionnel, il lui reste encore trois heures de livraison avant de pouvoir débaucher. Il se prend à regretter d'avoir donner le prénom de cet homme à son enfant. Mais ce prénom était aussi celui de sa mère décédée peu de temps avant sa naissance. Et le géant au coeur d'acier n'avait pas pu s'empêcher de penser qu'elle était morte par sa faute, accablée par les malheurs qui arrivaient tous en même temps sur son fils unique. C'était un mauvais hasard simplement qu'elle porte le même nom que lui. Jamais il n'aurait cru le revoir un jour pour tout dire. Il avait haï Hanamiya longtemps. Et puis, il avait fait sa vie, ses études, son boulot, son mariage. L'eau a coulé sous les ponts. Il n'a jamais souhaité retomber sur lui, mais il n'était jusqu'à aujourd'hui qu'un souvenir lointain de ses années de lycée qu'il avait malheureusement gâchées. Il subsite un peu de rancoeur bien-sûr mais pas de haine. Sa haine aujourd'hui il la dirige contre son ex-femme qui a abandonné sans remors leur enfant. Alors il n'en a plus assez pour Hanamiya. Son genou à côté de l'abandon d'un enfant, c'est dérisoire. A côté d'elle, Makoto était un enfant de coeur. Laissant le vélo à l'entrée de la boutique, Teppei prend une autre commande et repart pour sa prochaine livraison.

Makoto boit sa tasse de thé vert, chez lui, dans son grand loft situé dans le quartier huppé de la ville. Il mène la belle vie comme on dit. Pas de problème d'argent, ni de coeur, ni de quoi que ce soit. A bien y réfléchir il mène peut-être une vie vide de sens, à force d'être exécrable avec ses proches, il a fait du vide autour de lui. Mais il n'y peut rien, c'est sa nature d'être comme ça : cynique, acide et manipulateur. Il ne se salit jamais les mains et ne porte pas les coups de lui-même à ses adversaires. Oh non, Makoto préfère envoyer les autres à sa place faire le sale boulot, comme avec ses stagiaires dont il profite jusqu'à épuisement. Ou de ses anciens amants qu'il a aimé guidé à sa guise. Tout ça dans quel but ? Il se le demande lui-même, ou plutôt se complait dans le déni. Le chercheur sait parfaitement au fond qu'il essaie par tous les moyens de se préserver de la souffrance, celle liée à l'abandon, le rejet.

Il ne veut plus le subir depuis son enfance, ou bien son adolescence. Il ne sait plus. Il sait seulement que personne ne le fera souffrir pour le reste de sa vie. Son enfance n'a jamais été des plus faciles. Il n'a pas connu la chaleur et la tendresse d'un foyer heureux, son père le rabaissait constamment, le traitant de tous les noms, surtout de déchet à vrai dire. C'est peut-être une des raisons - ou "la" raison - qui fait qu'il a préféré écraser les autres avant qu'eux le fassent en premier. Attaquer avant de l'être, tel est son adage qui n'a pas changer depuis qu'il est petit. Les gens heureux par le fait le dégoûtent, surtout les optimistes tel que Teppei. Il ne sait même pas pourquoi il l'a pris en grippe ni pourquoi il a pris un tel plaisir à s'acharner sur lui, encore et toujours jusqu'à le détruire. Au lycée il avait jubilé d'apprendre que le grand Coeur d'acier était en centre de rééducation et ce par sa faute. Oui mais maintenant ? Tout ça appartient au passé, tout le monde semble avoir évolué sauf lui. Makoto sirote son infusion en se remémorrant l'indifférence de son ancien adversaire quelques heures plus tôt. Il a tourné la page, pourquoi ne peut-il pas en faire autant ?

Teppei se réveille fatigué. Le biberon de trois heures du matin l'a achevé. Mais il faut aller travailler. Le bébé dort à côté de lui, il n'a pas eu la force de la recoucher dans son lit. Et puis, il a mal dormi. La rencontre avec Hanamiya l'a quelque peu ébranlé. Il a été le premier à lui démontrer que l'être humain n'est pas si bon que ça et beaucoup de choses qu'il essaie d'oublier sont remontées à la surface. La routine matinale quotidienne, le speed habituel et il arrive enfin au travail.

Les jours passent et il ne repense plus à cette rencontre trop accaparé par son quotidien.

"Kiyoshi ! A toi ! Pour la fac X département Physique."

Teppei attrappe la commande il a un mauvais pressentiment. A tous les coups c'est une commande pour Hanamiya. Il vérifie l'adresse. Il ne se trompe pas, en tout cas c'est bien le même labo. Il se dépêche, il préfère éviter d'être en retard avec ce gars toujours prêt à relever la moindre erreur.

Il arrive dans les temps à la fac, il a juste le temps de reprendre son souffle. Il a cinq minutes d'avance quand il frappe à la porte son sourire habituel aux lèvres. Pourquoi a-t-il l'estomac noué ? Il est inquiet, il appréhende un peu d'échanger avec Hanamiya.

Makoto est en train de plancher sur des équations pour une de ses études. Il doit en faire souvent, vu que ses financements passent par de nouvelles recherches.

Cela fait plusieurs semaines qu'il n'a pas relancé Kiyoshi. A vrai dire cela l'a hautement chamboulé de le revoir. Avec lui, les heures peu glorieuses de son passé se sont vues réinfiltrer son cerveau. Il ne regrette rien, ce n'est pas son genre. Seulement quelque chose l'a titillé... Son air plus résigné, oui c'est le mot, sa fausse assurance quand il expliquait pourquoi il avait choisi d'être livreur alors que ses yeux restaient ternes pendant qu'il parlait.

Comme le noireaud n'est pas du genre à demeurer dans le flou, et malgré ce qu'il veut se convaincre, Coeur d'acier l'intrigue, il a contacté son senpai. Imayoshi l'a superbement vanné puis lui a filé les informations qu'il voulait concernant sa vie. Bon, d'accord, Teppei a eu une vie mouvementée. Est-ce la raison de sa déchéance sociale ?

Il ne sait même pas comment il va réagir devant son ancien rival quand il lui apportera les plats qu'il a commandé exprès. Une partie désire toujours le rabaisser, tandis qu'un autre, nouvelle - ou enfouie au fond de son être - voudrait arrêter tout ça.

Un jeune assistant ouvre la porte. Teppei sourit et le salue poliment, à la fois, soulagé et déçu de ne pas voir Hanamiya.

"Bonjour ! Je livre un menu de Ramen."

A l'entente de ces mots, l'universitaire se pare d'un rictus en coin et se lève derechef en se positionnant à côté de son assistant-souffre-douleur. Il tend sa main pour prendre sa commande.

"Tiens, tiens... Mais qui voici ? On dirait que c'est mon "vieil ami"..."

Teppei ne se laisse pas surprendre, il garde son sourire sans relever le terme choisi, enfin presque.

"Bonjour Hanamiya-kun."

Bizarrement, il n'est pas mécontent de le croiser finalement. Il ne s'attend pas à de la compassion venant de lui. Pas de pitié. Quelque part ça a quelque chose de reposant. Il peut être blessant s'il veut après tout il ne peut pas tomber plus bas.

Makoto n'a pas envie de partager la présence de son meilleur rival avec qui que ce soit. Il claque de la langue contre son palais et fait un signe de tête de côté pour signifier à son stagiaire de déguerpir vite.

"Bonjour Kiyoshi-kun, répond-t-il sur un ton à l'enthousiasme surjoué. Je vois que tu es en avance, tu me surprends c'est fabuleux. Comment vas-tu ?"

Teppei est un peu sur la défensive, mais joue le jeu de cette fausse camaraderie.

"Très bien et toi ? Ça te fera 600 yens." Ajoute-t-il en tendant le sac avec sa commande.

Makoto le paie, toujours avec son air faussement aimable et enchaîne direct.

"De tous ceux que j'ai affronté et par là j'entends tous les déchets immondes, j'aurai cru que tu t'en serais mieux tiré... Tu me déçois Kiyoshi-kun..."

Bizarrement Kiyoshi ne se sent pas attaquer par ces mots pourtant durs. Peut-être parce qu'il sait maintenant que la réussite n'est pas forcément ce qu'on croit. Mais peut-être aussi parce que…

"Si je te déçois c'est que quelque part tu attendais quelque chose de moi. Je ne pensais pas que tu m'estimais autant."

Il sourit en lui rendant sa monnaie.

La mine d'Hanamiya s'assombrit, ses sourcils se froncent. Il se trouve mouché en moins de deux et toujours avec ce sourire qu'il exècre tant. Ce type est bien le seul à l'énerver de la sorte. Il prend les pièces rageusement en émétant un "hmpf" dédaigneux néamoins vexé.

Décidément, il n'arrivera jamais à se gérer face à Kiyoshi.

Kiyoshi a toujours aimé rabattre son caquet à Hanamiya. Ah oui... Il avait oublié. Il le trouve mignon avec cette bouille. Son sourire se fane un peu. Et c'était pour ça aussi que son genou avait été une plus forte douleur psychologique que physique parce qu'au fond, il aimait bien Hanamiya. Il ne sait pas pourquoi mais il continue en répondant plus sérieusement. Un sourire moins franc sur le visage, plus terne et triste comme son regard.

"Tu sais parfois... La réussite c'est pas ce qu'on croit. Mais tu as l'air de te plaire dans ce que tu fais. Profites-en. Mais essaie de pas trop martyriser tes étudiants. Tu pourrais avoir besoin d'eux un jour."

Autant Makoto déteste ce sourire niais que l'ancien pilier de Seirin affiche à tout va, autant son air morose le gêne dans ce qu'il y a de plus primal. Il comprend implicitement tous les sous-entendu que le brun met dans son conseil, parce que ce n'est que ça. Le chef laborantin se ravise, prenant un ton plus neutre sans son fiel habituel qui le caractérise.

"Je tâcherai d'y penser."

Et puis quoi ? Makoto n'a jamais été doué pour les relations humaines, il ne va pas dire un truc gentil tout de même.

Kiyoshi lui adresse un sourire discret mais sincère différent des sourires lumineux de sa jeunesse transpirant son optimisme inébranlable. Aujourd'hui, son optimisme n'est plus si évident et son sourire s'en ressent. Il est un peu surpris de la réponse d'Hanamiya il s'attendait à quelque chose de violent. Il a changé lui aussi. Il a bizarrement envie d'en savoir plus sur lui.

"Tu fais que de la recherche ici ou tu donnes aussi des cours ?"

L'idée d'Hanamiya donnant des cours le fait sourire, il doit être un prof tellement sadique. Les gamins doivent morfler si c'est le cas.

"La majeure partie du temps oui. Je n'aime pas enseigner, mais j'ai trouvé un arrangerment avec le doyen. Il m'a coupé de moitié mes heures de cours mais en échange je donne quelques conférences à l'année et ça m'arrange. C'est plus intéressant, au moins le public à qui je m'adresse comprend ce que je dis, pas comme ces jeunes à qui il faut tout expliquer et réexpliquer."

En disant ça, Makoto fait une moue dédaigneuse, parce que l'affable Hanamiya restera toujours Hanamiya même si quelque part dans ce simple échange il est un peu plus naturel.

Teppei laisse échapper un rire involontaire.

"Je suis sûr que tu dois les faire souffrir les pauvres gosses. C'est bien que ton boulot te plaise."

Il n'a pas parlé à quelqu'un de manière aussi naturelle depuis tellement longtemps. Mais il travaille présentement il faut qu'il bouge.

"Il faut que j'y retourne. Bon appétit. Et au plaisir."

Le dernier sourire qu'il lui adresse est un peu gêné peut-être un poil timide. Il ne sait dire pourquoi il se sent un peu étrange.

"Ah ça, on voit que tu me connais ! Mais avec le temps je me bonifie."

Etrangement Makoto a changé de ton. Peut-être la pression du passé qui n'existe plus y est-elle pour quelque chose ? Ou bien, que le regard trop pénétrant et les yeux pralinés remplis d'une lueur indéfinissable le touche-t-il ? Il y a dans son regard comme une flamme éteinte, vacillante et le chercheur sait qu'il en est en parti responsable, à son échelle. Il sent un petit, un infime pincement au coeur surtout quand son interlocuteur lui annonce son départ. Il ne veut pas le mettre en retard.

"Je comprends. Merci, au plaisir."

L'expression de Makoto se fige dans une moue effarée, les yeux ronds comme des soucoupes. Que vient-il de dire à l'instant ?

Au loin son jeune assistant glousse dans un rire étouffé. Si l'exécrable mygale se ramollit où va le monde ?

Les jours passent. Et Teppei fait une nouvelle livraison pour Hanamiya. La dernière visite l'a quelque peu chamboulé. Makoto a changé plus que ce qu'il ne s'y attendait et ce n'est pas pour lui déplaire. Il pose son vélo comme à son habitude et rejoint le laboratoire. Il hésite devant la porte. Et si la commande n'est pas pour lui ? Il prend un risque il n'est pas le seul à travailler ici. Il opte pour une stratégie différente il trouve un papier dans le fond de sa poche sur lequel il note son numéro. Puis il le range avec sa monnaie. Il frappe à la porte. Il a quelques minutes de retard.

Le stagiare lui ouvre en se penchant pour le remercier de sa livraison en informant que son chef est occupé en ce moment. C'est lui qui règle la note.

Une fois le sac de ramen pris, il va frapper délicatement à la porte du bureau d'Hanamiya. Ce dernier lui ordonne d'entrer sur un ton peu aimmable - en fait son ton habituel. A force ses collaborateurs s'y font, ils décèlent lorsque leur supérieur est véritablement infect ou neutre. Makoto ne prête pas attention à son assistant et désigne une place sur son bureau pour le sac. Chose rare pour le souligner : il n'émet aucun commentaire sur le retard de la livraison justement.

En fouillant dans le sac papier il y voit un petit mot de glisser. Intrigué il le prend bien évidemment et s'apperçoit de la teneur des mots griffonnés dessus, ou plutôt des chiffres. Il le regarde longuement en le faisant passer entre ses doigts fins en souriant en coin. La tournure des évènements devient plus qu'intéressante...

Teppei est un peu déçu il faut l'avouer. Il repart néanmoins pour faire une autre livraison attendant un éventuel appel. Sur son vélo il se demande s'il a bien fait. Est-ce qu'il ne vient pas de donner le bâton pour se faire battre ? Pourquoi veut-il autant croire que Makoto a changé ? Toujours son optimisme habituel ? Non bien-sûr ce n'est pas uniquement ça. Il a toujours été attiré par Hanamiya et ça n'était pas un simple crush d'adolescent. Non. Il est littéralement tombé amoureux et malgré ce qu'il lui a fait, malgré la personnalité sombre du garçon, visiblement ses sentiments n'ont pas changé. Il n'a pas vraiment d'espoir, non il est même plutôt défaitiste pour tout dire. Mais coeur d'acier n'est pas du genre à abandonner devant une cause perdue. Il est aussi certainement un peu maso.

Makoto repense à ce que son senpai lui a appris sur la vie de son éternel rival. Il avait fondé une famille et a tout perdu. Il élève seul une petite fille. Il a tourné le dos à une carrière prometteuse et une position dans la société pour devenir livreur. Puis pour le basket... C'est encore une toute autre histoire où il se trouve impliqué jusqu'au cou. Bref.

Non pas bref, les pensées du jeune homme sont rivées sur Teppei. Il n'a jamais réfléchi plus que nécessaire sur ce besoin viscéral de le détruire, de cette haine farouche qui rongeait son être. De tous les joueurs ou personnes qu'il a brisés sur son chemin, Coeur d'acier représente son acharnement. Lui plus que les autres ont subi et aujourd'hui Makoto n'en retire aucun plaisir, si ce n'est une espèce de remord logé au fond de son coeur, le tiraillant de toute part. Après toutes ces années il aurait pensé que son ex adversaire le traite avec mépris - ce qu'il mérite - ou lui balance ses vérités en pleine face. Mais non, rien de tout ça. En lieu et place d'une rancoeur, Teppei a souri comme à son habitude. Alors que Makoto ne mérite pas sa clémence ou de faire comme si de rien était.

Le jeune homme à l'âme sombre déambule dans sa chambre d'hôtel en se rongeant les ongles. Quelque chose ne va pas. Pourquoi Teppei a-t-il tout plaqué pour une vie plus dure et simpliste et pourquoi hante-t-il son esprit ?

Avant tout allait mieux. Oui, avant tout allait mieux parce que sans doute, Makoto ne devait pas faire face aux fantômes de son passé et à ses actes abjectes.

Il s'assoit sur son lit king size et sans hésiter compose le numéro inscrit sur le petit bout de papier sans savoir à quoi s'attendre, ni même ce qu'il espère d'une dernière confrontation.

Le téléphone sonne et dans ses bras le bébé geint légèrement. Merde. Teppei attrape vivement l'objet et décroche sans faire attention au numéro. Il chuchote, persuadé que c'est son patron dont il attendait l'appel.

"Makoto vient juste de s'endormir. Je peux te rappeler dans cinq minutes ?"

Alors là, comment dire... Makoto reste scotché, il ne s'attendait pas à ça. Il reste un peu con à l'autre bout du fil, il ne trouve rien à dire à part des baffouillements imprécis sans même s'annoncer.

"Euh... Bah... Oui, comme tu veux."

Coeur d'acier blêmit. La bourde ! Il ne reconnaît pas du tout la voix. Enfin si... Mais ce n'est pas celle à laquelle il s'attendait. Il jette un rapide coup d'oeil sur son écran de téléphone. Le numéro n'est pas caché c'est déjà ça. Toujours à voix basse il s'excuse en bafouillant un peu. Son coeur s'affole dans sa poitrine, ça lui fait bizarre d'être au téléphone avec l'araignée.

"Ha-hanamiya ?! Désolé. Je croyais que c'était mon patron. Hm... Je te rappelle quand même si... Si tu veux bien.

— Oui rappelle-moi quand tu seras dispo."

Il fixe l'écran de son téléphone encore interdit. Comme ça il a donné le même prénom que le sien à sa fille... Ce fait a quelque chose de troublant et de glauque il faut bien l'avouer. Alors là, l'ancien stratège ne sait plus quoi dire ni quoi faire. Il attend, les yeux rivés sur son cellulaire l'esprit vide.

Teppei essaie de se calmer et couche sa fille. Bon l'entrée en matière n'est pas tout à fait celle qu'il avait prévue. Il ne pensait pas expliquer à Hanamiya qu'il avait une enfant tout de suite. Il retourne dans le salon et reprend son téléphone. Il inspire profondément et se décide à le rappeler mais son téléphone sonne de nouveau avant qu'il n'ait le temps de composer le numéro d'Hanamiya. Il discute dix bonnes minutes avec son patron concernant ses nouveaux horaires. Il hésite. ça fait quand même vingt minutes que Makoto l'avait appelé à présent. Il espère qu'il n'est pas trop tard, un peu gêné, tremblant. Il a l'impression d'être au collège et d'appeler sa petite amie pour la première fois. C'est n'importe quoi. Pourtant il se décide à composer le numéro de son bourreau de jeunesse.

Makoto a entre temps été se chercher un verre d'alcool, fort de préférence, qui tape bien. Il le sirote tranquillement, adossé à l'immense vitre qui donne sur la baie de Tokyo. Demain il a une conférence, dans ces coups de temps là l'Université lui paye une chambre, toujours profiteur quoi qu'il advienne, le jeune homme en dispose à sa guise. Tout ce luxe est profitable mais seul, cela lui donne un petit goût amer.

Son téléphone sonne enfin, et bien, ce n'est pas la ponctualité qui étouffe Coeur d'acier. Le chercheur se dirige vers l'appareil resté sur la table basse du salon de sa suite et décroche sans regarder le destinataire. Il soupire plus pour la forme que par réel énervement.

"Ta fille est couché, ça y est ?"

Teppei reste sans voix. Il laisse un blanc avant de murmurer sur la défensive. Si Hanamiya touchait un seul cheveux de sa fille ça il ne le pardonnerait pas.

"Comment es-tu au courant ?

— C'est toi qui m'en a parlé tout à l'heure quand tu m'as pris pour ton patron.

— J'ai mentionné Makoto. Sans préciser qui c'était... Parce que mon patron sait parfaitement... Mais pas toi. Alors... Comment es-tu au courant ?"

Son ton est un peu dur. Il veut qu'Hanamiya joue franc jeu.

Tout ça ennuie Makoto, il n'a pas envie de débattre pendant des heures du bébé chouineur de Teppei, il capitule en soufflant.

"Bon d'accord. J'ai fait mes petites recherches sur toi si tu veux tout savoir. Ca me semblait bizarre que tu aies sombré dans la déchéance humaine alors que tu avais un autre avenir à ta portée. Voilà, t'es content ? Je savais juste que tu avais une fille pas que tu l'avais appeler comme moi.

— Pas comme toi. Comme ma mère…

— Bon ça me rassure parce que ça aurait été vraiment bizarre même si je sais que je t'ai marqué.

— Si on m'avait dit que je te reverrai un jour... J'aurai réfléchi à deux fois avant de choisir ce prénom."

Teppei suppose que Hanamiya sait donc que sa mère est décédée peu de temps avant la naissance de la petite. Il est assis dans son canapé et pose sa tête en arrière sur le dossier. Il n'est pas en colère qu'Hanamiya ait fait des recherches. Il est satisfait qu'il lui ait dit la vérité.

"Déchéance humaine hein ?! T'es un peu dur"

Mais il ne s'en formalise pas vraiment. C'est Hanamiya. L'irascible Hanamiya ne se formalise pas de phrases édulcorées, il émet un petit rire non moqueur pour sa petite pique. Oui, il a exagéré mais pour sa défense il aime beaucoup jouer de sa verve acide, ça marche à tous les coups. Surtout sur Kiyoshi sa victime préférée.

"Si tu voulais tant savoir... Tu aurais pu me demander.

— Reconnais qu'on a jamais pu vraiment avoir de discussion normale et courtoise toi et moi, je ne me voyais pas te poser des questions sur ta vie. J'aime mieux prendre mes informations par d'autres biais. Je t'avoue que ta situation m'a intrigué, il n'y a rien de mal.

— Eh bien... Il semblerait que nous ayons présentement une conversation courtoise...

— Oui effectivement.

— Alors, tu as obtenu toutes les informations que tu voulais ?

— Pas vraiment je t'avoue. Déjà j'ai été surpris que tu me glisses ton numéro de téléphone..."

Teppei rougit heureusement qu'Hanamiya ne le voit pas.

"Et moi que tu l'utilises en fait..."

Il se passe une main dans les cheveux gêné. Il ne sait pas quoi dire à Hanamiya.

"Je sais pas vraiment pourquoi... Disons que notre conversation la dernière fois m'a intrigué. T'as l'air de te plaire dans ce que tu fais. Et t'as l'air de savoir retenir un peu plus tes coups qu'avant on va dire. Tes étudiants sont flippés... Mais pas au point de se barrer en courant.

— Oui, disons qu'avec le temps je me maîtrise, ironise le noiraud. Mais tu sais, j'ai toujours une réputation à tenir, c'est pas pour rien que mes étudiants m'ont donné un surnom.

— Ah oui ?! Et c'est quoi ce surnom ?"

Teppei sourit. C'est étrange mais pas désagréable cette conversation avec Makoto.

"Le Tyran. Remarque ça me change pas, j'en ai toujours eu même au lycée je le sais."

Makoto se livre étrangement avec naturel à Teppei, il n'a pas envie à l'instant de l'asticoter. C'est quelque chose qu'il n'a jamais fait auparavant pour personne. Il enlève juste un peu son masque de dureté. Teppei rit doucement.

"Ouais ça te va bien."

Depuis toujours très curieux, il n'hésite pas longtemps avant de tenter.

"Hm... Vu que tu as appris pleins de trucs sur moi à mon insu... Ce serait de bonne guerre que tu répondes à mes questions maintenant... Pour qu'on soit à égalité tu vois...

— Tu sais que j'ai jamais joué franc jeu, s'amuse l'araignée avec un ton plus taquin dans la voix. Mais bon, d'accord vas-y, tu peux me poser toutes les questions que tu veux."

Quelque part, Makoto se sent heureux que Teppei s'intéresse à lui, à sa vie parce qu'entre le déni et le rejet, il s'avoue avec beaucoup de difficulté que l'ancien pilier de Seirin a toujours compté pour lui.

"C'est vrai. Et je vais prendre le parti de croire que tu seras sincère."

Teppei apprécie cette connivence qui s'installe entre eux comme si à travers le téléphone, ils arrivaient à se montrer plus eux mêmes. Ou alors était-ce le fait des années. Il réfléchit à sa première question. Il pose des questions plutôt neutre pour commencer quelle fac il avait fréquenté, quel diplôme il avait obtenu... Puis il attaque une question qui attise vraiment sa curiosité.

"Tu joues toujours au basket ?

— Non, j'ai arrêté au lycée après la Winter Cup."

Ah c'est un sujet fâcheux. Makoto n'a plus retouché une balle orange depuis ce fameux tournois, ce sport le dégoûte, à moins que ce ne fut son comportement répréhensible qui le culpabilise. Il avait été trop loin, le chercheur le sait.

"J'ai même arrêté de coacher les autres."

Bizarrement, le fondateur de l'équipe de Seirin est un peu déçu de cette nouvelle. Makoto avait des manières de jouer répréhensibles néanmoins il avait du talent.

"Je vois. Tu es marié ?"

Makoto explose de rire, ne pouvant se retenir.

"Ah non tu plaisantes !? Moi la bague au doigt, c'est pas mon genre. Y a pas une grognasse qui me mettra le grapin dessus, ça n'amène que des embrouilles."

Bon, il n'allait pas lui dire qu'il préférait les hommes en plus, ils n'étaient pas assez "proches" pour les confidences bien que le jeune homme n'en ait honte. Seulement il ne divulgait pas sa vie privée aussi facilement.

Teppei sent un manteau de chaleur enserrer son coeur. Il est définitivement atteint. Il rit doucement.

"Un mec alors ?!

— Ouais, je préfère les mecs. J'ai été fiancé mais avant de faire une connerie j'ai rompu. Je sais, tu vas trouver que c'est dégueulasse mais j'ai pas pu au dernier moment."

Kiyoshi se redresse dans son canapé le coeur battant. Il vient de confirmer qu'il était gay ? Il ne rebondit pas sur cette information cependant, et tente de se raisonner mais évidemment une flamme de l'espoir lui donne le sourire.

"En fait... Non. C'était courageux de ta part. J'ai... Pas eu ce courage. J'ai épousé une femme que je n'aimais pas pour... Entrer dans les normes, faire plaisir à ma mère... J'ai essayé de mon mieux d'être un mari respectable... Mais j'ai échoué lamentablement. J'ai découvert que les femmes aussi avaient des désirs et que j'étais incapable de les satisfaire."

Il achève avec une voix un peu brisée.

"Et voilà où j'en suis…"

Il n'est pas malheureux. Loin de là son travail de l'époque lui pesait énormément et il est soulagé d'être revenu à une activité plus simple et calme. Et sa fille même s'il n'est pas son père biologique, le rend heureux. Et il sait que c'était une chance unique pour lui de pouvoir accéder à son rêve de paternité. Malgré tout il a beaucoup de regrets et le prix à payer pour ça avait été cher.

Makoto en reste sans voix. Il ne se serait jamais attendu à de telles révélations de sa part. Il met quelques secondes avant de répondre.

"Tu veux dire que... T'as jamais aimé les femmes ? Alors là ! J'aurais pensé que tu étais un pur hétéro comme quoi.

— Et ouais. J'suis 100% gay…

— Et bien je ne sais pas si tu as échoué, après tout, tu t'es sacrifié pour un mariage qui te convenait pas."

Minute. Il n'était pas en train de complimenter Kiyoshi Teppei tout de même ? Le lycéen modèle de vertue et coqueluche de ces dames ? L'universitaire se mord la langue. Et ça fait mal, il pousse un couinement au bout du fil.

"Au moins maintenant tu peux vivre en étant libre avec ton partenaire j'imagine."

Teppei rit franchement et ça fait du bien. Il laisse Makoto tirer tout seul ses conclusions sur sa paternité.

"Alors là, comment dire ça me permet surtout de vivre en toute liberté avec Makoto. Mais... Elle est assez tyrannique !"

— Ça ne m'étonne pas... Tu vas en baver mon pauvre, rit Hanamiya. Tu ne sais pas de quoi les Makoto sont capables, enfin si mais les femmes sont pires il me semble."

Les minutes tournent sans qu'il ne voit le temps passé. C'était bien la première fois qu'ils avaient une discussion aussi banale, presque bon enfant.

Teppei réalise qu'il s'endort à moitié. C'est dernier temps il était plutôt insomniaque. Mais ce soir cette conversation avec Hanamiya simple, sans a priori, sans crainte d'être juger lui fait du bien. Il est détendu. Pourtant son interlocuteur est normalement plutôt du genre à savoir taper là où ça fait mal. Mais pas ce soir. Son regard cherche l'horloge, et ça lui fait un choc. Il est au téléphone avec Hanamiya depuis plus d'une heure. Il n'a pas envie de raccrocher, pourtant il tombe de fatigue et Makoto ne manquera pas de le réveiller pour le biberon de trois heures. Il faut vraiment qu'il mette fin à cette conversation.

"Je suis désolé mais je tombe de fatigue et elle va se réveiller d'ici quatre petites heures pour son biberon. Hm… Merci d'avoir appeler."

Il ne sait pas comment lui dire qu'il aimerait pouvoir lui parler encore ainsi. Il n'est du genre timide habituellement mais le courage semble l'avoir déserté ces derniers temps.

"Oui il est tard, on ferait mieux de raccrocher. J'étais content de te parler, enfin va pas t'imaginer des trucs, tu restes toujours insupportable hein."

Les "bonne nuit-bisous" très peu pour lui, ce n'est pas maintenant qu'il va commencer. Cependant il ne ment pas, il est heureux d'avoir pu parler plus librement avec Teppei de tout et de rien, sans amertume ni haine. Ça fait un bien fou.

"Ouais... Moi aussi je suis content d'avoir pu discuter avec toi...

— A la prochaine."

Ce qui veut tout dire et rien mais Makoto, encore une fois, n'est pas coutumier des relations humaines. Plus exactement de la politesse, il ne sait - et ne veut - pas faire ni se montrer faible.

Il sent Hanamiya sur le point de raccrocher et le retient. Il se gratte la nuque avec gêne.

"Hanamiya ! Hm... Est-ce que... Je pourrais te rappeler ?"

Surpris mais pas désagréablement, Makoto sourit étirant ses lèvres. Bingo comme on dit, il a laissé la porte ouverte à Coeur d'acier sans y paraître, il n'avait pas perdu la main. Il faut dire que le brun suscite encore plus d'intérêt à présent.

"Et bien je suis très occupé vois-tu mais bien sûr, tu peux me rappeler quand tu veux."

Kiyoshi soupire de soulagement.

"Merci. Bonne nuit Hanamiya-kun."


Teppei avait mis plusieurs jours à se décider à rappeler Hanamiya. Mais une fois fait, ils avaient enchaîné plusieurs échanges. Le scientifique ne refusait pratiquement jamais ses appels et ils discutaient longuement. Deux-trois fois par semaine. Ils s'envoyaient aussi quelques messages et en arrivèrent au stade où ils se contactaient quasiment quotidiennement.

Pourtant il était très rare que Teppei appelle Hanamiya deux jours de suite. Mais là il est tellement inquiet, que le seul ami auquel il pense pour l'aider c'est lui. Il est assis sur la chaise de la chambre d'hôpital, où le bip du moniteur lui vrille les nerfs, le téléphone sur l'oreille qui sonne. Il supplie intérieurement Makoto de décrocher.

Makoto dort à poings fermés, normal aussi il est une heure du matin. Soudain un bruit l'agace, ne sachant pas s'il provient de son rêve ou de l'extérieur. Ça ne peut pas être déjà son réveil ?

Groggy par le sommeil, il tâtonne sur sa table de nuit et le fait tomber. Non, la sonnerie continue de résonner dans sa chambre, même tout près de son oreille. Il souffle irrité, qui peut bien le déranger à une heure pareille ?

Il relève la tête de ses oreillers pour voir une lumière bleue clignoter accompagnée de la chanson qui indique un appel entrant. Il s'empare du téléphone et voit immédiatement le nom de l'importun. Le chercheur fronce ses sourcils, si Teppei l'appelle c'est que soit il est complètement bourré, soit il se passe quelque chose de grave. Le coeur battant, il décroche en se posant milles questions.

"Oui qu'est-ce qui se passe ?"

Teppei soupire de soulagement en entendant sa voix. La sienne est un peu erraillée, faible quand il lui répond.

"Désolé… J'sais qu'il est tard… Je… Makoto est à l'hôpital. Je… Je sais pas quoi faire.

— Okay... Dis-moi dans quel hôpital tu es, j'arrive."

Ce n'était clairement pas son truc de réconforter les autres, cependant il sentait l'urgence de la situation et par téléphone cela ne s'avérait pas évident. Sans réfléchir plus, il se lève de son lit, allume les lumières et s'habille de vêtements simples.

Teppei est surpris mais soulagé et content que Makoto le rejoigne. Il lui envoie les informations par message. Puis il reste recroqueviller sur sa chaise à regarder sa fille dormir paisiblement sous la surveillance des moniteurs. Il est fatigué. Elevé un enfant seul c'est dur. Il ne s'imaginait pas à quel point. Il est au bout du rouleau.

Makoto essaie de se réveiller pendant le trajet en taxi. Non mais quelle idée. Sauf que la voix éraillée par la détresse de Teppei l'a laissé glacé et pas de ce genre de vieille frustration rempli de cynisme, là c'est totalement différent. Il ne s'imaginait pas que Coeur d'acier, ce type inébranlable, animé par je-ne-sais quelle foi puisse se briser ainsi. Après tout il s'agit de sa fille, ça s'explique. Il ne sait pas ce qu'il va bien pouvoir lui dire sans faire de bourde parce que chassez le naturel et il revient au galop. Et aussi parce qu'il se met sur la défensive quand une situation lui échappe.

Arrivé à l'accueil la secrétaire ne veut pas le laisser passer sous prétexte qu'il n'est pas de la famille. Il sert les dents sans faire d'esclandre mais menace la pauvre fille de la faire renvoyer. Il appelle Teppei.

"Ecoute j'ai un petit soucis... Cette conne à l'accueil me fait barrage, je ne peux pas te rejoindre à l'étage."

Makoto est vraiment là ? Il a fait tout ce chemin parce qu'il l'a appelé à l'aide ? Teppei se sent un peu réconforter rien qu'à cette idée. Il n'a pas envie de laisser sa fille, mais il ne peut pas dire à Hanamiya de rentrer. Il se lève.

"J'descend."

Il caresse le bras de sa fille en promettant de revenir vite et parcourt silencieusement les couloirs jusqu'à l'accueil.

Makoto attend les bras croisés, l'oeil mauvais dirigé sur l'employée qui est très mal à l'aise. Il ne supporte pas qu'on le traite de la sorte, si ça n'avait pas été dans ce cas précis et concernant Teppei, il l'aurait pourrie comme jamais. Et même s'il se contient, son regard noir comme les abysses en impose toujours. Mieux vaut ne pas réveiller une araignée tapie dans un coin de sa toile sous peine de se faire dévorer.

Teppei arrive rapidement à l'accueil. Il a des cernes immenses sous les yeux, le teint grisâtre. Coeur d'acier est visiblement au bout de sa vie. Il s'adresse à la personne dernière le comptoir en priorité.

"Bonsoir. C'est bon il est avec moi."

Il regarde Makoto gêné et en même temps soulagé qu'il soit là.

"Merci d'être venu..."

Il lui fait signe de le suivre jusqu'à la chambre de sa fille.

Makoto le suit sans rien dire, sans lui jeter une pique dont il a le secret. En vérité, il reste chamboulé par la mine affreuse du grand brun. Présentement il n'a aucune envie de l'asticoter, au contraire. C'est sérieux puisque ça touche sa fille. Il le rattrappe à sa hauteur et pose sa main sur son épaule - jamais il n'a eu autant de sollicitude pour quelqu'un.

"C'est grave, qu'est-ce qu'elle a ?

— Les médecins sont rassurants... Mais ça fait 3 jours qu'elle a quarante de fièvre, elle dort et mange rien... Alors j'ai fini par l'amener aux urgences. Ils l'ont mis sous perf... Ils n'ont rien trouvé. Ils disent que ça arrivent et qu'elle devrait aller mieux rapidement mais..."

Sa voix baisse un peu quand il termine en soupirant.

"Je flippe..."

Ah oui ça n'avait rien d'engageant cette histoire. Makoto soupire en tentant de trouver les bons mots tout en se passant la main sur la mâchoire. Les conneries liées aux bébés et tout le fourbi, lui ça le laisse indifférent, mais alors complètement. Habituellement.

Là il ne sait pas comment réagir pour réconforter Teppei, ce colosse toujours vaillant avec ce sourire si horripilant. Il donnerait tout pour le revoir incrusté sur ses lèvres. Sa main ne quitte pas son épaule.

"Tu as bien fait de l'amener à l'hôpital, tu as fait ce qu'il fallait ne te fustige pas. Tu n'as pas dormi je suppose, vu tes cernes ?"

...Dormir ? C'est vrai. Il n'a pas vraiment dormi depuis... Il ne sait plus trop en fait.

"Non..."

Ils entrent dans la chambre silencieusement. Le bébé est dans un berceau et dort paisiblement, les tuyaux accrochés à son bras et des capteur posés sur sa poitrine. Les bips des machines, lui vrillent déjà les nerfs du jeune père. La petite est plutôt maigre pour un bébé de cet âge, assez chétive. Il a passé des jours à l'hôpital pour sa mère, il n'en peut plus des hôpitaux. Il n'y a qu'une chaise inconfortable près du berceau pour qu'il puisse rester ici. L'hôpital n'a plus de lit d'appoint pour les parents accompagnateurs.

"Désolé... C'est pas la situation idéale pour te la présenter."

La main de Makoto sur son épaule est réconfortante. Mais il a envie de plus de contact. Il est bouleversé et effrayé comme jamais.

Makoto s'approche doucement du lit où la petite créature dort paisiblement. Une grimace se forme sur ses lèvres retroussées. Dans quoi s'est-il embarqué misère de dieu ? Il est mal à l'aise avec les enfants et encore plus les bébés. De surcroît la fille de Teppei paraît vraiment minuscule avec tous ces tuyaux et perfusions branchés sur elle. C'est sûr que c'est une scène assez traumatisante, surtout pour le parent. Il se penche un peu pour la détailler n'osant pas la toucher.

"C'est inutile de te conseiller de le faire, j'imagine que tu ne peux pas fermer l'oeil..."

Il se retourne vers son ancien adversaire qui semble se décomposer sur place.

"Je suis vraiment pas un expert des enfants tu sais mais elle va se réhydrater, elle dort c'est bon signe, sinon je suppose qu'elle se mettrait à pleurer et à crier."

Il s'est retenu d'utiliser le verbe "brailler" de justesse.

"Tu as besoin de quelque chose ? Que je te ramène des affaires précises ? Je peux faire l'aller retour jusqu'à chez toi. Et t'inquiète pas, je fouillerai pas."

Teppei ne veut surtout pas être seul. Mais il ne peut pas demander à Hanamiya de rester. Il a déjà fait le déplacement il ne sait même pas pourquoi. Besoin de quelque chose ? Il ne sait pas vraiment. Il faudrait qu'il se douche et se change.

"J'ai rien à cacher. Pas de cadavre dans mon placard... Tu sais déjà tout... Merci. Je... Des fringues de rechanges et de quoi prendre une douche ce serait top. Et... des clopes..."

Il avait arrêté de fumer il y'a longtemps, mais là l'envie d'une barre de nictotine est forte. Il se rapproche de l'autre homme et regarde sa fille par dessus son épaule. Il pose son front sur l'épaule d'Hanamiya et murmure.

"Pourquoi tu es venu ?"

Son coeur s'affole dans sa poitrine. Et lui pourquoi l'a-t-il appelé lui ?

C'est un choc, non "le" choc pour Makoto. La Terre semble s'arrêter de tourner en même temps que son coeur. Les yeux écarquillés, les bras ballants, il ne sait pas quoi faire. Il aurait bien envie de le secouer, là à l'instant. Que Coeur d'acier redevienne ce qui a façonné sa légende et non cet homme simple rempli de peur et de doute. A tout bien y réfléchir il ne l'a jamais vu douter de quoi que ce soit.

Bien sûr il n'est pas débile, être parent change considérablement la donne. Teppei n'a pas peur pour lui mais pour sa fille et ça, il ne peut pas se mettre à sa place.

Il lève les bras doucement. Est-ce que ce geste lui côute ?

Le souffle irrégulier du brun bat sa propre peau. Son rythme cardiaque reprend, plus rapidement qu'à l'accoutumée. Ses bras sont toujours maintenus en l'air. Makoto se retrouve dans une situation qui lui échappe, l'ancien lui en aurait ri à gorge déployée tiens. Mais pas l'actuel. Il resserre lentement ses mains autour des épaules carrées et même si Teppei est extrêmement charpenté, à ce moment il fait plus pensé à un petit animal apeuré rongé par l'angoisse. Il le sent à deux doigts de craquer et franchement, bizarrement, le jeune homme aux cheveux noirs n'a pas envie d'assister à ça. Pour lui Kiyohsi doit rester ce type sans failles, sans fêlures.

"Putain j'en sais rien Teppei mais tu me fous vraiment dans une position délicate !"

Sa main remonte dans les cheveux couleur praline, ses longs doigts s'emmêlent dans ses mèches.

"Tu vas me faire le plaisir de te reprendre, pour ta fille parce que sinon c'est moi qui te fout un coup de pied au cul, tu m'entends ?"

Son ton se veut dur contrastant avec la douceur exeptionnelle de ses gestes. Décidément il ne peut supporter de voir son plus coriace rival dans cet état.

Cette main le fait frissonner. Ça lui fait du bien de se sentir cajoler. Il entend les mots d'Hanamiya. Il comprend ce qu'ils sous-entendent. C'est pas lui de se montrer aussi désespéré. Et il a raison, sa fille a besoin d'un père fort, inébranlable. Il faut qu'il se reprenne.

"Tu as raison... J'ai besoin de coups de pied au cul…

— Ah bah ça, je veux bien t'en donner."

Le bébé soupire dans son sommeil. Teppei relève la tête sans s'éloigner des bras d'Hanamiya, ce n'est plus son front mais son menton qui repose sur l'épaule de l'autre homme. Il observe la petite fille qui dort paisiblement. Elle semble aller mieux que ces derniers jours. Il a posé ses mains sur les hanches de son ami. Hanamiya sent bon.

"Tu veux bien... Rester encore un peu ?"

Il reste dans les bras du brun, quand ses mains se positionnent sur ses hanches, des frissons le parcourent sur l'ensemble de sa colonne. Il déglutit péniblement.

"Oui pas de soucis, j'irais te chercher tes affaires plus tard."

Ses yeux restent fixés sur la petite endormie, mais ses mains elles sont vérouillées aux hanches d'Hanamiya. Le corps de l'autre homme est chaud contre le sien. Il est fatigué et repose franchement sa tête contre celle d'Hanamiya.

"Merci. J'sais toujours pas pourquoi tu le fais... Mais merci..."

Il déglutit et n'attends pas de réponse alors il continue.

"J'étais perdu... Je savais pas quoi faire... J'ai pensé qu'à toi... ça me fait du bien qu'tu sois là."

Il parle. Il est peut-être qu'à moitié conscient des ses paroles, embrumé par le manque de sommeil. Il devrait dormir pour reprendre des forces avant que sa fille ne quitte l'hôpital.

"J'apprécie nos échanges. Énormément. Je les attends même avec impatience. ça fait un moment que j'ai envie de te voir... Mais j'osais pas et j'avais peur que ça change quelque chose..."

Ses doigts se resserrent sur le vêtement du garçon aux cheveux noir corbeau et il murmure d'une voix basse.

"Makoto tu as un mec en ce moment ?"

La respiration de Makoto se bloque, il s'attendait à tout sauf à ça. Depuis qu'il a repris contact de façon fortuite avec Teppei, les situations atypiques se succèdent. Il allait émettre un petit ricanement cynique à ses paroles, parce que du bien clairement il n'est pas sûr que cela soit adapté. Néanmoins il garde son sérieux, murmurant tout bas contre son oreille, la main crispée sur le dos large.

"Non j'ai personne. Pourquoi ? Pourquoi tu veux me voir après tout ce qui c'est passé ? Je comprends pas."

Personne. Il enlace plus franchement la taille du brun et il penche légèrement la tête ses lèvres viennent glisser sur la peau fragile du cou d'Hanamiya.

"Ce qui a fait le plus mal... C'est que t'as pas brisé que mon genou... Je voulais te tenir tête... Je voulais pas me rabaisser face à toi... Je voulais être ce roc inébranlable... Parce que je ne voulais pas te décevoir. Je voulais que tu me remarques et que tu m'estimes. Et... Plus tu me haissais... Plus je savais que j'avais réussi mon coup... J'sais pas ce qu't'as vécu mais... Tu semblais en vouloir à tout le monde. Soit les gens se traînaient à tes pieds auquel cas tu les ignorais au mieux les méprisais... Soit on te tenait tête et tu nous reconnaissais comme une personne valable. Et c'était là que je voulais être... Que tu me regardes... Que tu me vois. Parce que je... J'ai..."

Il soupire. Il n'a jamais prononcé ses mots à un amant auparavant et encore moins à sa femme. Pourtant avec sa fille ça semblait si facile. Mais là les mots bloquent dans sa gorge.

"Je t'aime j'crois..."

Ses joues sont en feu et il appuie plus franchement ses lèvres contre le cou d'Hanamiya avant de... se prendre la droite qui ne tardera sûrement pas à arriver il en est certain. Et il est tellement épuisé qu'elle va sûrement l'assommer sur le coup.

Abasourdi par ses mots, Makoto ne réagit pas. Absolument pas. Il reste dans une espèce de catatonie entre rêve et réalité. Il ne revient à cette dernière que par le mouvement aérien des lèvres de Teppei qui brossent son cou délicatement. Cette infime caresse le fait frissonner des pieds à la tête.

Il répond avec un peu d'amertume mais plus liée à son histoire qu'autre chose.

"Te remarquer ? Mais je n'ai fait que ça. Partout où j'allais j'entendais des éloges sur toi. Même tes adversaires louangeaient ta loyauté et tout le tralala. J'avoue que tu m'as bien percé à jour... Bravo. Je sais pas pourquoi je voulais te détruire comme ça mais plus tu me résistais plus j'avais envie de te faire mal. Et tu sais quoi ? Le comble de l'ironie c'est que d'un autre côté je ne voulais pas te voir à terre. Je voulais que quelqu'un me tienne tête. Mais c'est pas possible que tu m'aimes alors arrête de dire des conneries pareilles."

Makoto ne le frappe pas. Makoto le rejette pas. Il presse un peu plus franchement ses lèvres sur la peau blanche et l'embrasse doucement.

"Bien-sûr que je peux... Je suis misérable... A l'agonie de voir ma fille malade sans pouvoir rien faire... Et tu es le seul que je veux voir... Depuis... Deux mois tu m'fais tenir debout."

Il embrasse une nouvelle fois l'épiderme doux et délicieusement odorant, remontant vers son oreille.

Dans son esprit tortueux, entre les fantômes de son passé et ses aventures, il ne conçoit pas que quelqu'un l'aime réellement pour ce qu'il est. Une douce chaleur envahit Makoto, comme enveloppé dans une douce torpeur. Il se laisse aller en fermant les yeux pendant que la bouche de son ennemi de toujours picore sa peau. Ces sensations sont incomparables avec ce qu'il a déjà connu.

"Je savais que tu étais un manipulateur hors pairs, chuinte-t-il sur le ton de la plaisanterie. Je vois ton vrai visage…"

Sa main se loge au creux de des reins du plus grand, plaquant son corps au sien. Il tourne légèrement la tête de côté afin de laisser Teppei embrasser librement son cou. La réalité semble se distordre pour en créer une nouvelle, bercé par le souffle moite de Kiyoshi. Sa deuxième main vient tirer sur les cheveux châtains et sans un préambule de plus il abat sa bouche sur la sienne et vient les sceller dans un baiser autoritaire et intrusif.

Les mains de Teppei s'agrippe au dos de Makoto. Le baiser est un peu brutal à l'image d'Hanamiya, il lutte pour lui tenir tête. Il ne s'attendait pas à quelque chose de différent à embrasser Makoto. Mais il ne combat pas longtemps et le baiser ce fait plus doux et tendre. Depuis combien d'années ne l'avait-on pas embrassé comme ça ? Le jeune homme aux cheveux ébènes n'a rien dit sur ses sentiments, mais son baiser et sa main tendre dans ses cheveux en disaient long. Teppei tremble un peu, à la fois de cet échange passionné qui le surprend et de la fatigue qui le submerge depuis des jours. Il ne veut pas lâcher Makoto de peur que tout ceci ne soit qu'un rêve.


Epilogue

Makoto, le Tyran, la perfide araignée se bat avec une couche culotte. Lui, le manipulateur des Roi sans couronnes se démène sur la table à langer avec la petite Makoto qui gigote dans tous les sens et gazouille. Si on lui avait dit un jour qu'il se retrouverait dans le rôle de père de substitution ou de baby-sitter il vous aurait rit au nez.

D'ailleurs il vient de se prendre un coup de talon dans le nez de la part de la petite. Il se masse la zone douloureuse en la regardant et fronçant les sourcils en appuyant doucement sur son ventre rondouillet.

"Arrête de rire c'est vraiment pas drôle ! Pff, c'est bien parce que c'est toi que je le fais. Et aussi pour dépanner ton père. Je te préviens, il a plutôt intérêt de se radiner à l'heure cette fois et de pas faire de rab."

En effet, depuis qu'ils sont "ensemble" Hanamiya vient garder la petite, surtout quand il passe son week-end chez son homme, c'est plus pratique. Kiyoshi n'a pas hésité bien longtemps pour lui confier sa fille, car même si le noiraud se défend d'aimer les enfants, il a complètement craquer pour sa petite bouille et ô surprise, ses yeux aussi pétillants remplis de paillettes pralinés que son père.

Le bébé continue de rire aux éclats en fixant de ses yeux vifs le jeune homme.

"Et ne t'avise pas de lui dire que je l'aime, c'est un secret entre nous... J'ai envie de le faire mariner un peu, se penche-t-il en chatouillant la petite."

Et ça, personne n'en sera témoin, fort heureusement pour sa réputation.