Chapitre 11

Tout en observant Jack placer sa main sur le miroir, Carter devint très nerveuse à l'idée que ce ne soit pas son Jack qui revienne. Elle sentait ostensiblement qu'il n'y avait aucun moyen d'être certain que chaque Jack rejoindrait sa réalité. L'exactitude était sa bouée de sauvetage et l'idée qu'elle était en train de faire confiance en quelque chose de si imprécis qu'un miroir pour lui rendre son Jack la bouleversait. Elle préférait de beaucoup contrôler les choses. Elle se sentait mieux quand il s'agissait de certitudes.

Comme le précédent échange, il n'y eut presque pas de changement perceptible. Même si elle était en train de regarder quand ça se passa, elle ne sut véritablement que ça avait marché qu'à cause de ses cheveux. Elle grimaça involontairement à la vue de la coupe courte alors qu'il se tournait pour lui faire face.

« Carter ? »

« Oui, mon colonel ? »

Jack regarda par-dessus son épaule, vérifiant dans le miroir que ça ait bien marché. Au lieu de refléter sa confusion, le miroir lui montra les doubles Jack et Sam déjà enlacés, ce qui lui donna l'impression qu'ils avaient été séparés plus que douze heures. Il se rappela que le double de Carter avait ignoré son double pendant deux jours, ce qui sembla donner un sens à tout ça, mais ça restait un peu excessif. Ils étaient techniquement en train de travailler après tout.

Il haussa les épaules et se tourna vers Carter, se remémorant les mots de son double à propos du fait de ne peut-être pas retourner exactement d'où il venait. « Ma Carter ? » A son expression confuse, il choisit de reformuler sa question. « Nous ne sommes pas… »

Elle sourit tout en se détendant, lorsqu'elle remarqua l'anxiété sur le visage de Jack. « Non, monsieur. »

Il sourit. « Bien, donc apparemment, je suis à la maison. »

Carter sourit plus largement, refusant de prêter attention au frisson qui avait parcouru ses veines. « Oui, monsieur. Très bien. » Ses yeux dérivèrent vers le miroir un instant, mortifiée de constater que les autres Jack et Carter semblaient au bord du manque d'air.

Remarquant son embarras, Jack jeta lui-même un coup d'œil. « Ok, s'il a droit à ça, est ce que je n'ai pas au moins droit à un câlin ? »

Les yeux de Carter s'agrandirent, vérifiant que Daniel et Teal'c étaient toujours là. Ils étaient là, mais il y avait quelque chose de moins embarrassant à croiser leur regard. Carter décida que c'était uniquement parce qu'ils ne savaient pas, eux non plus, si la question de Jack était sérieuse. Apparemment, ils décidèrent qu'il y avait de fortes chances qu'il ne soit pas en train de plaisanter parce qu'ils échangèrent un regard avant de quitter précipitamment le labo.

Carter fixa furieusement l'endroit vide où ils se tenaient un instant auparavant et jura qu'elle les ferait payer pour l'avoir abandonnée. N'ayant rien d'autre pour la distraire, elle se tourna vers Jack sans aucune idée de comment lui répondre. Elle ne voulait pas paraître ridicule s'il ne faisait que plaisanter, mais elle ne voulait pas le repousser s'il était sérieux.

Elle inspira calmement et tenta de marcher sur une ligne à la fois mince et complètement ambiguë. « Aussi tentant que ce soit, monsieur, je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure chose à faire vu les circonstances. » Ses yeux cherchèrent les siens.

Il sourit en désignant l'autre couple de la tête. « Si vous considérez l'autre option, un câlin paraît plutôt innocent, non ? »

Carter rencontra une fois de plus son regard, enhardie par l'idée qu'il ne plaisantait pas. Elle souleva un sourcil, prétendant ne pas savoir ce dont il parlait. « Et quelle est l'autre option, monsieur ? »

Il soutint son regard, son sourire se faisant plus sauvage. « Venez là. » Elle semblait réceptive donc il ne voyait aucune raison de laisser sa chance s'échapper.

Elle aurait voulu hurler de joie. Il n'était vraiment pas en train de plaisanter. N'ayant besoin d'aucun autre encouragement, Carter franchit la distance. Ses bras entourèrent ses épaules tandis que les siens se refermaient sur elle. La sensation d'être dans ses bras était extraordinaire, comme ça l'avait été à chaque rares fois qu'il l'avait tenu dans ses bras. Elle voulait enfouir son visage dans son cou et baisser sa garde. Elle voulait s'agripper à lui pour toujours. Elle savait qu'elle pouvait se reposer sur sa force.

Jack n'avait jamais été doué pour les marques d'affections –verbales ou physiques. La plupart du temps, il n'était pas capable de s'ouvrir assez pour admettre tenir aux gens. Il pensait que les gens qu'il aimait comprenaient qu'il n'était pas adroit que la plupart des gens pour exprimer ses sentiments. Il avait passé trop d'années à être dur pour se permettre de montrer ses faiblesses. Mais c'était un de ces rares moments où il se sentait assez en confiance pour s'ouvrir. Il savait que Carter ne le blesserait jamais ou ne révèlerait pas qu'il pouvait être doux.

Il pressa son visage dans son cou, s'imprégnant de sa proximité et de son odeur. « Vous m'avez manqué, Carter. »

Elle sourit, reconnaissante de la confiance dont il faisait preuve et ne voulant pas le faire se sentir vulnérable. « Vous n'avez probablement même pas remarqué que ce n'était pas moi. »

Il ne la lâcha pas, désirant prolonger le moment. « Je savais que quelque chose n'était pas normal. »

Carter se repoussa doucement, ses yeux s'agrandissant. « Qu'est ce qui n'allait pas, monsieur ? »

Il sourit. « Je n'ai pas dit que quelque chose n'allait pas. Juste que ce n'était pas normal. »

« Oubliez ça. Je ne pense pas que j'ai envie de savoir. » Une fois qu'elle s'était rappelé comment elle avait trouvé que quelque chose clochait avec Jack –quand Jack lui avait sauté dessus- elle ne voulait pas lui donner l'opportunité de la taquiner.

Jack sourit, désirant désespéramment prolonger une conversation qui retenait Carter dans ses bras. Il y avait quelque chose dans la façon dont elle avait si rapidement laissé tomber qui ne lui ressemblait pas. « Vous êtes sûre, Carter ? Ca m'est égal de raconter. »

Elle baissa la tête embarrassée, sachant sans même poser de question qu'il avait tout compris de la même façon qu'elle. Mais dans sa hâte de cacher ses joues rouges, elle oublia à quel point ils étaient proches. Au lieu de sauver les apparences, elle ne fit qu'attirer son attention en enfouissant involontairement la tête contre son torse.

Jack interpréta mal son erreur et pensa qu'elle cherchait à être rassurée. Ses bras se serrèrent un autour d'elle et il baissa la tête pour murmurer à son oreille. « Hey, tout va bien, je plaisantais. »

Elle aurait était encore plus embarrassée si sa réponse n'avait pas été aussi chaleureuse et bienvenue. Inconsciemment, elle se rapprocha encore de lui. Ses mains quittèrent son dos pour encadrer son visage. Il remonta son menton jusqu'à ce qu'il puisse la regarder dans les yeux. Il était incroyable pour lui de n'y voir aucun reproche.

Il désigna le miroir sans la quitter des yeux. « Peut-être que ce n'est pas si inapproprié après tout. »

Sam voulait le taquiner avec ça. Comme toujours, la proximité de Jack lui enlevait toute défense. Mais elle avait toujours été fière de son professionnalisme et elle devait s'accrocher aux principes qu'elle avait toujours respectés. Sinon, elle se détesterait et aurait honte de ce qu'elle aurait fait. Elle recula doucement, sachant qu'il percevrait le léger mouvement vu la façon dont ses mains étaient sur son visage. « On travaille, monsieur. »

Elle vit l'indécision dans ses yeux. Elle y vit aussi de la compréhension –il pouvait voir le désir dans son regard et il savait qu'elle ne serait pas offensée le moins du monde s'il l'embrassait quand même. Au pire, ce ne serait pas elle qui prendrait la décision de briser les règles. Et malgré tout ce qui lui venait visiblement à l'esprit, il suivit les règles et son avis. Il ne voulait pas qu'elle en vienne à penser moins de bien de lui pour avoir fait quelque chose de si personnel pendant qu'ils travaillaient.

« Vous avez raison. Comme toujours. » Il soupira et hocha la tête tout en faisant un pas en arrière pour rétablir une distance raisonnable entre eux. « Mais au moins, j'au eu mon câlin. »

Carter sourit et se dirigea vers la porte. « C'est certain. »

« Et c'était un câlin très agréable. » Il ne pouvait s'arrêter de sourire.

Mais là, il apparut que Carter avait le même problème à contrôler son sourire. « Oui, monsieur, très agréable. »

« On devrait remettre ça bientôt. »

Elle le regarda, une sensation électrisante la parcourant à cette idée. « Quand vous voulez, monsieur. »

« J'ai l'intention de vous rappelez ça plus tard. » En fait, Jack se battait avec l'envie de suggérer qu'ils recommencent maintenant.

Ses yeux brillèrent quand elle leva la tête vers lui. « J'espère que vous le ferez. » Elle continua à marcher, prête à rentrer à la base avec un rapport sur une mission parfaitement remplie.

« Vous êtes sûre que c'est ma réalité, hein ? »

Carter haussa les épaules, sans s'engager. « Autant que je peux l'être. »

« Pour la petite note, Carter, quand je demande à être rassuré, je m'attend à un oui enthousiaste, ok ? »

Elle sourit. « Oui, mon colonel. »

« Donc, vous êtes sûre que c'est ma réalité, hein ? » Jack s'attendait à de l'exaspération, mais Carter souriait toujours. Probablement, parce que lui était toujours en train de sourire. Tout ça parce qu'il l'avait presque embrassé. Il se demanda à quel point ils seraient heureux s'ils s'embrassaient et que Carter s'en souvenait. Il décida qu'ils seraient totalement irrécupérables, parce que quand il l'avait embrassée pendant la boucle, il n'avait pas cessé de sourire pendant des jours, suscitant beaucoup de questions de la part de Carter.

Carter se contenta de continuer à irradier de bonheur devant lui. « Absolument, monsieur. »

Il approuva. « C'est mieux comme ça. » Il garda un pas lent, comme ça Carter pouvait rester à sa portée et continuer à prétendre ne pas boiter. « Alors, qu'est-il arrivé à votre jambe ? » Comme Carter ne répondait tout de suite, il la dévisagea, voyant le rouge lui monter aux joues.

« Rien, monsieur. »

« Donc, vous essayez juste de boiter pour voir si vous aimez ça ? » Il savait qu'il y avait une histoire là-dessous, s'il se basait sur le seul fait que Carter ne voulait clairement pas lui dire. « Allez, Carter, qu'est ce qui c'est passé ? »

Elle ferma les yeux et souhaita disparaître. Quand ça échoua, elle essaya de reprendre un pas normal, sans boiter, mais la douleur était si forte qu'elle cria presque. « J'ai trébuché. »

Jack soupesa les mots un moment. « Vous n'êtes pas le genre maladroite, Carter. Comment vous vous êtes arrangé ? »

Son esprit mit rapidement de côté les détails révélateurs. « Je ne regardais pas où j'allais et je n'ai pas vu le banc jusqu'à ce que je trébuche dessus. »

« Quel banc ? » L'histoire qu'elle venait de lui donner n'était pas suffisamment embarrassante pour que Carter veuille la cacher ; donc Jack conclut qu'il y avait plus. Elle cachait quelque chose.

« Celui des vestiaires. » Son visage s'enflamma alors qu'elle cherchait désespéramment un endroit où se cacher.

« Que regardiez vous qui vous ait distrait à ce point ? » Il avait passé suffisamment de temps dans les vestiaires durant toutes ces années pour pouvoir s'y déplacer les yeux fermés sans se cogner sur ce banc. Il était sûr que Carter pouvait faire de même.

« Pour être honnête, monsieur, je venais juste de m'apercevoir que le colonel O'Neill qui était avec moi n'était pas vous, alors j'essayais de m'éloigner de lui sans lui tourner le dos. Je ne savais pas qu'il était un autre vous, donc je ne savais pas que je pouvais lui faire confiance. »

« Oui, ça s'explique. » Il l'observa attentivement, remarquant le moment où elle se détendit. Alors il porta l'estocade. « Que faisiez vous dans le même vestiaire que Jack ? »

Elle enfouit la tête dans ses mains. « S'il vous plait, laissez moi tranquille ! »

Il ne pouvait pas abandonner maintenant. Il aimait trop la taquiner. « Je suis vraiment curieux parce que l'autre Carter avait des idées vraiment très intéressantes à propos de ce qu'on pouvait faire dans le vestiaire. »