-As-tu déjà entendu parler des recherches du Docteur Louis Max ?

Dean posa la bouteille de bière sur la table, se doutant qu'il n'en aurait plus aucune envie après avoir entendu ce que Castiel avait à lui dire.

-Non.

Mais je me doute qu'il est à l'origine de tout ce qui t'arrive.

-Le docteur Louis Max a exercé dans les années 30. Il avait pour but de… de guérir ses patients de l'homosexualité.

Guérir. Le terme était étrange. Ce n'est pas maladie, on ne peut pas guérir quelqu'un d'aimer les personnes du même sexe comme on ne peut pas le guérir d'avoir les yeux bleus ou les cheveux bruns.

-D'autres ont essayé avant lui. Mais il pensait avoir mis au point une méthode qui fonctionnerait à coup sûr. Il… Il a eu recours à la thérapie par l'aversion. C'est…

Castiel se tut, cherchant ses mots.

Dean secoua la main.

-Je sais c'est quoi.

Castiel le regarda, presque surpris.

-Oh… Bien. Donc il a décidé d'utiliser cette méthode pour… guérir ses patients. Il présentait des objets désirables au patient puis provoquait des sensations désagréables. Comme des électrochocs. Et lorsqu'il projetait des images pouvant éveiller un désir hétérosexuel, il coupait les électrochocs.

Castiel se tut, laissant le temps à Dean de digérer les informations.

-C'est comme avec le chien, non ? demanda Dean. Tu sais, l'histoire de la clochette et de la bouffe.

-Le réflexe de Pavlov. Oui, ça repose sur le même principe. Rien qu'au son de la clochette, le chien se met à saliver. Ici, le patient est incapable d'éprouver du désir pour une personne du même sexe sans ressentir encore les électrochocs.

Dean remarqua alors que Castiel frottait son bras droit, comme si quelque chose le démangeait. Castiel remarqua son regard et se mordit les lèvres.

-Les électrodes étaient appliqués sur le bras.

Dean tenta de paraître surprit sans pour autant être dégouté. Pas évident.

-Tu as… Mais… Tu as dit que ce dingue avait exercé en 1930 ?

-C'est vrai. Mais d'autres personnes ont repris ces travaux. Ce genre de méthode apporte de bons résultats. La mémoire sensitive est une des plus importantes. Et personne n'aime souffrir, alors si nous sommes en mesure d'éviter d'avoir mal, … On va tout faire pour ne pas se retrouver dans des situations qui causent… Qui causent les électrochocs, en fait.

-Donc, la nuit dernière, dans la voiture, quand on s'est embrassé… Tu es parti parce que… Tu avais reçu un électrochoc ?

-Pas réellement… J'ai pensé le recevoir. C'est… C'est difficile à expliquer. Parfois ton cerveau te joue des tours, tu crois que certaines choses sont vraies alors qu'en réalité, elles ne sont que créées par ton esprit malade.

-Tu n'es pas malade.

-Non. Non, je voulais dire.. Malade dans le sens où il influe sur la réalité, jusqu'à me faire ressentir des choses qui m'existent pas.

-Et… Hier soir… Tu as… Tu as eu mal ?

Castiel sourit tristement et du coup de l'œil, Dean nota qu'il frottait toujours son avant bras.

-Disons que c'était loin d'être agréable. Mais… Au bout d'un moment, on s'y habitue. J'aime les hommes Dean, et j'ai aimé que tu m'embrasses la nuit dernière alors… C'est parfois difficile pour moi de tout gérer.

-Et quand est-ce… Quand est-ce que tu as subi ça ?

-Il y a quelques années. J'avais 17 ans.

-Mais après, tu as quand même pu… Je veux dire… Quand je t'ai embrassé, tu t'es braqué… Et je le comprends, hein, va pas croire que… je sais pas quoi…

Dean se tut, sachant qu'il était en train de se perdre dans ses explications.

Castiel lui parlait ouvertement de son passé, il devait en profiter pour glaner un maximum d'informations.

-Cas, tu as été avec quelqu'un depuis que tu as…

Il fit un geste vague de la main mas ils comprirent tous les deux.

-Oui.

-Mais comment tu as pu… Tu sais ?

-J'ai suivi des traitements. Je prenais des médicaments, comme le Prozac. Il contient une toxine qui aide à bloquer les souvenirs douloureux et puis, je suivais une thérapie.

A la mention de cet autre homme, Dean ressentit de la jalousie naître en lui. Où était-il maintenant ? Pourquoi c'était-il séparé de Castiel ? Risquait-il de revenir ? Si c'était le cas, il devrait s'attendre à faire face à un Dean Winchester bien décidé à tout faire pour garder Cas.

-Et vous avez rompu à cause de ça ? Si c'est pas indiscret ?

Dean espérait sincèrement que Castiel réponde à sa question, ainsi il pourrait savoir ce qu'il ne devait pas faire.

-En partie, oui. Les médicaments et les souvenirs ne faisaient pas bon ménage. J'ai commencé à… avoir des comportements inquiétants. C'était plus que ce que je pouvais lui demander de supporter.

-C'est lui qui a cassé ?

Mais quel débile pouvait rompre avec Castiel ? Surtout dans un moment pareil ? Ce type ne savait donc pas ce qu'il ratait ?

Castiel haussa les épaules.

-Disons qu'on a rompu d'un commun accord.

-Et après ?

-Après ça… J'ai passé quelques temps dans une clinique au Minnesota puis je suis venu ici.

-Une clinique ? De quel genre ?

-A mi-chemin entre la maison de repos et le centre psychiatrique. Les psys là bas m'ont beaucoup aidé. Ils ont changé mon traitement, et on a pu… repousser quelque peu les souvenirs.

-Des psys ? Tu as accepté de retourner dans un truc comme ça après ce que ton père t'a fait ?

Le visage de Castiel se ferma brusquement et Dean mit quelques secondes avant de comprendre qu'il venait de commettre une erreur.