Chapitre 10
Paisiblement allongée sur mon grand lit, j'attendais patiemment pour m'endormir que ma conscience ait choisi dans mes albums de souvenir celui auquel nous allions rêver ce soir.
Je somnolais, envahie par une douce torpeur, sur le point de rejoindre le royaume des songes, quand une vive douleur me fit bondir hors de mon lit. Je tombais douloureusement sur le sol de notre chambre et croisais les regards de mes compagnons de chambre. J'y lut, comme s'ils étaient moi même, ce qu'ils ressentaient.
La souffrance me plia en deux et je cherchais difficilement mon souffle. La vue brouillée par des larmes brûlantes, j'étais à genoux sur le sol froid, mes mains serrant mon crâne comme s'il allait exploser.
Haletante, je fis la seule chose qu'il y avait à faire et j'appelais à l'aide. Ce n'était pas un appel à l'aide classique, puisque je ne prononçais aucun mot, mais plutôt une impulsion télépathique, à destination de la seule personne qui comprendrait cet appel.
Quelques minutes plus tard, qui m'avait paru durer une éternité, la porte s'ouvrit à grand fracas puis Dumbledore, McGonagall et Rogue firent irruption dans notre chambre.
Aussitôt qu'il nous vit, le Directeur prit la direction des opérations.
" Minerva, allez chercher Poppy et Hermione ! "
Elle disparut alors dans un tourbillon de tissu écossais tandis que Severus s'approchait de nous rapidement. Avec une délicatesse difficile à imaginer chez un homme comme lui, il nous fit léviter vers nos lits.
Pliée en deux, les joues ruisselantes et les yeux rouges, je tendis la main vers le Maître des Potions. Ses yeux brillèrent d'hésitation puis il prit ma main et la serra, comme s'il comprenait que j'avais besoin à tout prix d'un lien physique avec le monde réel.
Je me sentis aspirée à l'extérieur de mon corps, le mal rayonnant dans chacune des fibres de mon être. Je gémissais doucement et fermait les yeux. De terribles images se bousculaient sous mes paupières fermées et la nausée m'envahit.
Non ! Pas ça ! Pas ça !
J'eu un haut le cœur qui me broya la gorge. Mes larmes, salées et chaudes, se mêlaient à la fine pellicule de sueur froide qui avait recouvert mon corps. Je sentais ma chemise de nuit se coller à mon corps secoué de spasmes.
" Kup'asprá ! " criais-je d'une voix étrangement rauque.
J'avais parlé mais ce n'était pas ma voix qui prononça les mots fatidiques. C'était la voix même de l'Esprit Originel, Ceridwen, et à travers elle, celle des Fils du Premier Monde, vibrante de douleur et de haine. Sans m'en rendre compte, j'avais utilisé l'ancienne langue de la Lune, la langue des sorciers, depuis longtemps oubliée.
Puis tout cessa et j'éclatais en sanglots bruyants et désespérés. Je me jetais dans les bras vigoureux qui me soutenaient et, dans ce refuge inattendu, j'eu à nouveau cinq ans, pleurant la perte de la femme qui m'avait donné la vie, pleurant la perte des êtres aimés. Je m'accrochais à lui, gémissante, froissant sa robe noire entre mes doigts.
Je le sentis se raidir, pourtant, je ne reculais pas, le serrant encore plus fort. Après quelques instants de combats intérieurs, le Maître des Potions sembla se faire une raison et une main large caressa mon dos, m'enjoignant silencieusement de me calmer. Je laissais aller ma tête contre son torse
xoxoxoxox
" Brianna ? "
Le Responsable de Serpentard m'éloigna précipitamment de lui mais, à ma grande surprise, m'étendis avec une grande délicatesse sur mes couvertures froissées. Dumbledore prit sa place sur le bord de mon lit tandis que Severus s'éloignait, probablement pour apporter son aide à l'infirmière et à sa jeune aide, arrivées entre temps.
" Brianna ? Mon enfant ? Que c'est-il passé ? "
Ma vision était encore floue à cause des larmes mais je perçus tout de même l'inquiétude dans ses yeux.
" Il l'a tué. "
Ma voix n'était qu'un murmure. Je voyais ma petite voix repliée sur elle-même, encore secouée de gros sanglots mais une partie de moi décida de faire face et je me redressais en position assise. Mes yeux brillaient d'une éclat furieux, je voyais la flamme qui me rongeait se refléter dans les lunettes en demi-cercle du Directeur de Poudlard.
" Il l'a tué. Elle était l'une des notre. Il l'a torturé, juste pour le plaisir. "
Je ramenais mes genoux contre ma poitrine, les entourant de mes bras, dans une vaine tentative de me protéger du froid intense qui m'envahissait.
" Qui ? " me questionna t-il avec une grande douceur, sa vieille main parcheminée caressant doucement ma tête baissée mais, cette fois-ci, ce contact ne m'apaisa pas.
" Voldemort ! "
J'avais craché son nom. La haine, une haine si glacée et si aiguisée qu'on aurait pu s'y couper, faisait battre mon cœur.
Il ne tressaillit pas à l'évocation du nom maudit mais son regard se fit encore plus triste. Je sentais qu'au fond de lui il s'en voulait de ne pas avoir vu ce qui se préparait dans cet esprit si noir.
" Même si c'est pénible, je dois te poser une question…Comment s'appelait-elle ? "
Un violent frisson me secoua à la pensée que l'on ne parlerait plus d'elle qu'au passé.
" Menfra… Elle s'appelait Menfra… Elle vivait en Italie. "
J'étouffais un sanglot tandis que des images de ses derniers instants passaient en boucle dans mon esprit. J'entendais encore le rire aigu de son bourreau.
Pendant quelques douloureuses minutes, j'avais été avec elle, j'avais été elle, j'avais souffert avec et pour elle. Elle avait eu conscience de ma présence, de la présence de chacun de nous. La Lumière l'avait envahie juste avant que son cœur ne s'arrête et elle avait su qui elle était. Je revoyais encore ses yeux verts si brillants, légèrement bridés, chargés de souffrance, tandis que l'Esprit de Lumière la rappelait à Lui.
Dumbledore se leva et resta un instant silencieux et immobile face à moi.
" Je vais envoyer l'Ordre sur place. " finit-il par dire d'une voix lasse, dans laquelle le poids des ans se faisait sentir. Malgré ma rage et mon chagrin, je le plaignais, sincèrement.
Avant de quitter notre chambre, il se retourna vers moi, une
main sur la porte, son visage qui habituellement respirait la bonté
semblait soudain plus vieux.
" Je suis désolé
Brianna. Sincèrement. "
" Je sais… " répondis-je à la porte close.
xoxoxoxox
Pomfresh et Hermione avait fait du bon travail et mes frères dormaient à présent d'un sommeil sans rêve, les stigmates de ce qui était arrivé à l'une de nous pourtant bien visibles sur leurs visages à présent détendus.
Nous, les Dorés, avions refusés la potion qu'elles nous avaient proposées, malgré l'air désapprobateur de Rogue. J'avais d'autres chose autrement plus importantes qu'un conflit avec le Maître des Potions à régler et je l'ignorais. Je crois, avec le recul, qu'il a été vexé de cette attitude, mais il ne me l'a jamais montré par la suite.
Une
fois que la porte se fut refermée sur eux, nous avons tenus un
conseil de guerre.
Notre but était simple, bien que
double. Nous devions à tout prix protéger les Enfants
de Lumière qui n'avaient pas encore été
retrouvés et confrontés à la Source.
Ils n'étaient plus très nombreux ceux que nous devions récupérer mais ils étaient si dispersés à travers le monde que la tâche s'annonçaient ardue. Nous avions tous compris, dans un éclair de pénible lucidité, le rapport entre ce qui était arrivé ce soir et tous les crimes qui avaient secoués la communauté internationale quelque temps auparavant.
Apparemment, Voldemort connaissait la légende et avait décidé, purement et simplement, de nous éliminer. Nous n'avions aucune idée de la façon dont nous allions procéder, mais nous avions un avantage certain sur Dumbledore quand il nous avait fait chercher car, maintenant, nous sentions, à travers le voile opaque de la distance, l'étincelle brûlante qui faisait de nous ce que nous étions.
Ensuite…
Ensuite, notre vengeance serait terrible.
Les Enfants de Lumière entraient en guerre et leur courroux allait s'abattre sur le monde.
