Chapitre 11 – Le chant de l'Hydre
Pendant le cours d'économie qui s'avéra être le dernier, Amalia annonça à ses sept élèves la décision du Ministère concernant leur choix de matière. Les protestations ne tardèrent pas à se multiplier ainsi que les quolibets envers Ombrage. Les jumeaux en particulier digéraient mal la suppression de leur cours en plus de leur suspension de l'équipe de Quidditch.
- Du calme ! clama Amalia en tentant de les apaiser. La Grande Inquisitrice n'a fait que transmettre l'injonction du Ministère, ils estiment avoir agit dans votre intérêt uniquement. Ils pensent qu'ainsi, vous vous concentrerez sur vos matières principales.
- Nous savons pourquoi elle a fait ça ! s'écria Fred pendant que George sortait de son sac les prototypes de projectiles.
- Rangez-ceci immédiatement et écoutez-moi. Si vous avez des interrogations vous pourrez toujours me les adresser par écrit ou après votre cours d'Histoire de la Magie pour ceux qui ont conservé cette matière. Finissons déjà aujourd'hui ce que nous avions commencé et pour le reste, vous demanderez à vos parents sauf pour vous Messers. Weasley. Je vous laisserai des notes à la fin de l'heure, conclut-elle avec un clin d'œil discret pour ces derniers.
La sorcière donna un parchemin aux jumeaux sur lequel était écrit : « Regardez-le quand vous serez seuls ». Ils durent attendre que la salle commune de Gryffondor soit totalement vide pour fébrilement, défaire le cachet de cire et révéler le contenu du message d'un coup de baguette magique.
« Brûlez ce papier après l'avoir lu, Ombrage a des yeux partout. Dans un premier temps, je vais vous faire venir dans mon bureau pour travailler, j'ai déjà un plan.
Au dernier étage il y a une salle de musique, personne ne l'utilise ici à par moi. Je vous ferai savoir quand m'y rejoindre pour terminer votre projet lorsque je n'arriverai plus à justifier vos soirées dans mon bureau. Surtout, pas un mot à votre mère ou elle me tuera ! »
Les mines déconfites laissèrent place à des sourires rayonnants, ils finiraient par avoir Ombrage à l'usure ! A défaut d'un vrai cours magistral, les Weasley bénéficiaient d'une attention particulière justifiée auprès des autorités du collège, par les heures de retenues. Les élèves commençaient à trouver étrange que les deux frères soient collés pour avoir fait tomber un livre trop bruyamment ou quelques instants de retard. Ce fut alors avec une joie non dissimulée qu'ils aidèrent leur enseignante dans cette stratégie : des pétards apparaissaient mystérieusement pendant les cours d'Histoire et s'allumaient seuls, Amalia ne paraissait pas être en colère outre mesure par ces interventions inopinées. Cette agitation offrait l'avantage d'une part, de contenter Ombrage sur le nombre de retenues qu'elle donnait à ses élèves et d'autre part, lui fournissait un alibi pour garder les jumeaux de longues heures dans son bureau. Par chance, leur mère n'était plus informée de toutes les punitions qu'ils cumulaient à la moindre bêtise puisqu'ils étaient majeurs.
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A l'occasion d'une de ces soirées, un événement surpris les jumeaux. Le feu ronflait doucement dans la cheminée, leur professeur était penchée sur un courrier qu'elle rédigeait pour Sirius. Ses élèves mettaient au point un prototype de Nougat Néansang et cherchaient un nom plus vendeur quand quelqu'un frappa à la porte.
- Sortez vos lignes, je vais voir qui est là. Un instant s'il vous plaît ! cria-t-elle à l'adresse du visiteur.
En poussant le battant, elle découvrit Rogue interloqué.
- Tu as quelque chose à cacher ?
- As-tu été suivi ? lui répondit-elle en scrutant le cloître.
- Non, évidemment ! Pourquoi étais-tu si mystérieuse ? commença à s'agacer le maître de potions face à tant de cachotteries.
Elle l'invita d'un geste de la main et referma la porte derrière eux. Dans le bureau, les deux têtes rousses se relevèrent et échangèrent un regard interrogateur.
- Je reçois les Weasley pour remplacer leur cours d'économie afin qu'ils puissent terminer leur projet.
- Hum… Intéressant… Je suis certain que leur mère serait ravie de l'apprendre.
- Comme si tu allais écrire à Molly pour l'informer de ce que je fais… souffla Amalia en reprenant place dans son fauteuil.
- Tu as tout de même le don de t'attirer les foudres d'Ombrage. Mais soit, je ne suis pas au courant de ce que tu mijotes avec tes élèves…
Rogue leur adressa une moue dédaigneuse.
- Les garçons, reprenez le travail que je vous ai donné. Quant à toi Severus, as-tu jeté un œil au manuel de Défense Contre les Forces du Mal ?
Elle apposa sa main sur les dragons d'argent qui protégeaient les tiroirs de son bureau. Les animaux s'animèrent et libérèrent la première poignée, Amalia prit un livre qu'elle lui tendit et replongea sa plume dans l'encre afin de poursuivre sa lettre pendant qu'il feuilletait machinalement le manuel.
- Désolant, tu t'attendais à quoi exactement de la part d'Ombrage ?
- Certainement pas à réduire les étudiants à de la théorie et des contes de fée. Les histoires pour dormir, c'est mon domaine, pas le sien. Ils auraient bien besoin de cours du soir si tu vois ce que je veux dire…
Elle désigna Fred et George.
- En parlant de la Grande Inquisitrice, quel est cet accoutrement ? Tu cherches à ressembler à Minerva ?
La jeune femme portait depuis quelques jours une longue robe de sorcière montant jusqu'à son cou et touchant le sol en plus de sa cape. Ses cheveux étaient tirés en un chignon très strict et seule une paire de boucles d'oreilles égayaient un peu l'ensemble.
- J'endors le serpent avant de l'achever à coup de pelle… Désolée de ne plus être à ton goût, marmonna-t-elle sans lever les yeux, les jumeaux avaient gloussé dans leur coin de la pièce.
- Charmant… répliqua Rogue d'une voix lugubre.
- Bref, que puis-je faire pour te rendre cette visite plus plaisante ? ajouta-telle en lui désignant un des fauteuils de l'autre côté du bureau, mais l'attention de l'enseignant fut reportée sur un détail.
- Je n'avais jamais remarqué ton Orchidée Millénaire, c'est une plante rare. Qui te l'a offerte ?
- Comment peux-tu savoir que c'est un présent ?
- Parce qu'en langage des fleurs, l'orchidée représente la séduction, la fécondité et la ferveur. C'est une plante que l'on donne en témoignage de sentiments très forts et je vois mal Black ou Lupin être assez sophistiqués pour savoir tout cela…
- Ce n'est pas une réponse, j'aurais très bien pu me la procurer.
- Je ne crois pas, répondit-il sûr de lui. Elle n'est cultivée que par les vampires. Donc j'en conclus que c'est l'un d'entre eux qui te l'a offerte et qu'il tenait vraiment à toi.
- Si j'avais su que cette fleur en disait aussi long sur moi, je ne l'aurais pas laissé ici. De plus, tu as triché, Remus a parlé d'un vampire que j'avais fréquenté. Quoiqu'il en soit, c'est du passé. Alors, pourquoi es-tu venu me voir ?
- Je peux revenir à un autre moment…
- Oh !
Amalia observa les jumeaux, ils avaient arrêté d'écrire et écoutaient leurs professeurs.
- Hum… Je vois où tu veux en venir, je vais essayer d'y penser. Suis-je claire ?
Elle espérait que les talents de Legilimen de Rogue soient utiles dans le cas présent.
- Nous allons voir… Concentre-toi sur les sujets que nous devions évoquer en novembre.
- Le prochain pari qui me permettra de te soutirer une nouvelle potion ?
- Sois un peu sérieuse ! pesta-t-il à voix haute.
- D'accord, je suppose que tu parles de l'hydre même si je redoutais ce moment… Il valida la réponse d'un battement de paupières. Elle va entrer en période d'hibernation dans quelques jours…
- Il va falloir que l'on s'emploie à cette affaire rapidement.
- Mardi prochain ?
- Trouve-toi un alibi, j'ai déjà le mien. Je m'occupe du reste.
- D'accord, toi penses à te couvrir cette fois-ci.
L'enseignante sourit malicieusement en se rappelant leur précédente sortie nocturne dans la Forêt Interdite.
- Ah ah ! prononça-t-il d'un ton sarcastique.
Le sorcier se releva, adressa un regard sévère aux jumeaux et s'en alla.
- Bon, vous deux, voyons ce que vous avez fait !
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Contrairement à l'an dernier à la même époque, le vent glacial de l'hiver s'était installé depuis quelques semaines et pouvait compromettre leur excursion. L'hydre était peut-être déjà en sommeil et ils reviendraient bredouilles au château. C'était en tout cas ce qu'Amalia espérait en arrivant à l'orée du bois. Une fois certaine de ne pas avoir été suivie, elle sortit sa baguette pour s'éclairer.
- Lumos !
- Tu es d'une discrétion…
La voix de Rogue raisonna à travers les arbres, il sortit de l'ombre avec une lanterne. A l'intérieur, un feu bleu et chaud s'animait, il projetait assez de lumière pour voir sans être vu car aucune clarté ne s'en échappait contrairement à la flamme d'une bougie.
- J'espère que personne ne t'a vue.
- Il n'y a pas de risque, en plus Hagrid n'est pas chez lui. J'ai pu me faufiler sans problème. La chatte de Rusard est occupée et j'ai laissé un leurre pour Ombrage. Et toi, quel est ton alibi ?
- J'ai mis en retenue un Gryffondor, il doit encore dormir dans mon bureau à l'heure qu'il est…
Le maître de potions se drapa dans sa cape noire pour cacher le sourire satisfait qui naissait sur son visage, Amalia secouait la tête en signe de réprobation.
- J'ai apporté un livre sur les animaux monstrueux.
Elle lui le confia pour avoir les mains libres et l'ouvrir. Les pages sur l'hydre étaient assez complètes et illustrées.
- « Cette créature est dans la catégorie des monstres amphibies. Elle possède plusieurs têtes, dont une immortelle. Celles-ci se régénèrent doublement lorsqu'elles sont tranchées et l'haleine soufflée par les multiples gueules, exhale un poison dangereux, même durant le sommeil de l'animal. » Une chance que l'on ne soit pas là pour la vaincre ! lança la jeune femme, un brin en colère de ne pas avoir été avertie du danger que représentait cette expédition. Elle reprit la lecture.
- « Il existe plusieurs espèces dont l'Hydre de Lerne qui est celle qu'affronta Héraclès dans ses douze travaux. Les différentes races ont un corps de dragon, entre cinq et neuf têtes et une queue de serpent. La tête centrale dite « tête intelligente » est la seule à être immortelle et sa base est renforcée par un anneau d'or.
L'hydre est en voie de disparition car son mode de reproduction en autofécondation ainsi que la chasse drastique en Europe à la fin du XVIIIe siècle, ont poussé les spécimens restant à ne pas rechercher de partenaire. Cette situation conduit à un renouvellement pauvre de ses gènes et des membres touchés par la stérilité. On la trouve encore cependant, dans les contrées éloignées, les milieux aquatiques et les marécages qu'elle affectionne particulièrement. L'hydre est omnivore et constitue ses réserves de nourriture d'août à novembre avant d'hiberner jusqu'à avril dans un abris de fortune ou une cavité rocheuse.
Elle attaque ses proies grâce à la multitude de ses têtes et empoisonne de son souffle ses victimes. Le seul moyen de la vaincre est de cautériser les têtes mortelles pour ne laisser que celle invincible.
Le sang d'hydre est un poison mortel rare et auquel il n'existe aucun antidote. L'hydre craint le feu, les oiseaux et en particulier les phénix dont la queue peut lui causer de graves dommages. Aucun sortilège ne peut l'atteindre en raison du maillage de ses écailles, pour un sorcier le seul moyen de se prémunir d'une attaque est de lancer un sortilège de Patronus pour occuper l'animal le temps de s'enfuir. »
Le professeur d'Histoire referma le livre lentement, son teint était livide.
- Est-ce que tu savais déjà tout cela ? demanda-t-elle à son complice.
- Sur le sang d'hydre, oui. Pour le reste, plus ou moins… Rogue détourna le regard au loin.
- Plus ou moins ? Mais tu rigoles j'espère ! Et si je ne la soumets pas ?
- J'ai déjà prévu cette éventualité. Je suis un Serpentard, l'aventure tête baissée ce n'est pas dans notre nature ! C'est plutôt une qualité que l'on préfère laisser à une autre maison ! répliqua-t-il d'un ton sec. Viens, de la marche nous attend et éteins ta baguette, autant fixer une cible dans notre dos !
Amalia pensa « Tourne-toi que je m'en occupe… » car elle n'avait pas oublié son comportement à la fin du match de Quidditch mais elle prononça mentalement « Nox ! » et lui emboîta le pas.
Le hululement des hiboux les accompagna jusqu'à la moitié du chemin puis les grillons et le vent dans les branches prirent le relais. Une pluie légère tombait par intermittence entre les feuilles et une fois au cœur de la forêt, l'épaisseur du toit végétal rendit les visiteurs aveugles au ciel étoilé. Plus ils s'enfonçaient, plus l'impression d'une nature endormie les envahit. L'odeur terreuse d'humus les imprégna et l'humidité du son s'infiltra sous leurs capes. Amalia hésita à parler et finit par chuchoter.
- Dis, une fois qu'on y sera, je dois faire quoi ?
- Je ne sais pas, tu n'y as pas réfléchi avant ?
- Non ! Je ne voulais même pas venir ici !
- Aaah ! Amalia ! Rogue fit volte-face et leva la lanterne à hauteur de leurs visages. Tu n'as qu'à faire comme dans le couloir avec la vipère, cela ne devrait pas être compliqué puisque tu seras déjà en état de panique en voyant l'hydre.
- Merci Severus, je me sens rassurée d'un coup ! Un ami comme toi, c'est sûr, on en a pas deux !
L'intéressé souffla et après un court silence, reprit d'une voix plus douce.
- Tu veux que l'on rentre ?
Elle leva les yeux vers lui, la colère laissa place à un air boudeur.
- Non, on est pas venu jusqu'ici pour rien. Mais s'il m'arrive quoique ce soit, tu auras la responsabilité de l'annoncer à Sirius !
La sorcière le menaçait du doigt quand soudain, un bruit les fit se retourner. Une masse lourde et une plus petite se rapprochaient, les buissons s'agitaient et bientôt, ils seraient nez à nez avec ces visiteurs. Quand Hagrid déboula sur le sentier, il découvrit deux enseignants de Poudlard, baguettes à la main, prêts à lancer le premier sortilège qui leur passerait par l'esprit. Rogue s'était mis devant Amalia et la protégeait d'un bras.
- Oh Hagrid, tu nous as fait une de ces peurs ! soupira la jeune femme, son cœur battait à tout rompre.
- Je vous retourne le compliment ! Qu'est-ce que vous faites là ? Ombrage ne vous a pas interdit de vous voir ?
- On est en mission pour l'Ordre… Attends, qu'est-ce que tu as au visage ?
Il tenta de cacher ses blessures mais le sang suintait de larges plaies un peu partout sur son front et sur ses tempes. Crockdur sautait allègrement de l'un à l'autre, content de croiser des personnes qu'il connaissait.
- On va dire que je ne vous ai pas vu ce soir et vous, vous en ferez autant.
Amalia fronça les sourcils comme pour percer les pensées de Hagrid. Après une longue hésitation, elle baissa sa baguette.
- D'accord. En attendant, fais attention à toi et soigne tes blessures.
Le garde-chasse les salua et s'enfonça dans la forêt en jetant des coups d'œil à ses collègues pour voir quel chemin ils emprunteraient. Quand il disparut complètement, les hululements avaient à nouveau envahit l'air ambiant. Rogue avait toujours son bras tendu devant Amalia pour la couvrir, elle posa une main dessus afin de lui indiquer que ce n'était plus nécessaire.
- Je sais me défendre…
- Il fallait l'annoncer à Mr. Croupton Junior avant qu'il ne t'assomme lors de ta dernière visite ici… répliqua-t-il d'un ton cassant.
Elle l'observa se frotter nerveusement le bras, attendrie par sa posture.
- Merci, c'était… chevaleresque et galant.
- N'en prends pas l'habitude. Ce n'était pas prémédité, murmura-t-il gêné par son propre geste.
- Tu mérites bien ton surnom… glissa Amalia avec une certaine malice dans la voix pour le taquiner un peu plus.
- De quel surnom tu parles ?
- « Mon Prince »
- Oh, arrête avec cela !
Il se retourna et découvrit l'air ravi de la jeune femme, les bras croisés, qui attendait sa réaction. Elle leva le menton et pour l'imiter, prononça d'une manière dédaigneuse :
- Aller, arrête de traîner, on a encore du chemin à faire ! Si tu n'étais pas le directeur de Serpentard, j'aurais enlevé quinze points à ta maison pour la peine !
- Vingt points de moins pour Gryffondor ! déclara Rogue, un sourire féroce aux lèvres.
- Hé mais tu n'as pas le droit !
- Si, comme tu l'as si bien fait remarquer, je suis directeur de maison. Ceci t'apprendra peut-être à respecter tes aînés !
- Je m'en fiche, je suis certaine que cela ne fonctionne pas d'ici ! claironna-t-elle d'un ton las.
Et elle continua sa route sans ajouter un mot sur tout le chemin. Ils aperçurent au loin un troupeau de centaures partit en chasse qui ne s'arrêta même pas. La lanterne au feu bleu les rendait presque invisibles dans le brouillard épais qui s'était formé autour d'eux.
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Après avoir cherché de longues heures la partie marécageuse de la forêt, le concert de croassements leur indiqua qu'ils étaient enfin dans la bonne direction. La terre ferme se faisait de plus en plus rare et le sol meuble les contraint à progresser plus lentement. A mesure de leur avancée, des joncs et des plantes d'eau douce remplaçaient les buissons de la lande. Dans la brume se dessina un amas rocheux où l'on pouvait distinguer une ouverture. Il s'agissait de ruines antiques. Ça et là, les chapiteaux ayant autrefois appartenu à d'immenses colonnes de marbre, gisaient au sol. Des stèles gravées étaient les vestiges d'un lieu de culte celte où les visages des divinités avaient disparu sous l'épaisse couche de mousse et de vase. La pierre était devenue verte et la végétation avait repris ses droits. L'amas de rocs formait une caverne profonde et haute.
- Je pense que nous sommes arrivés… murmura Rogue en pointant sa baguette vers l'antre du montre.
- D'accord, comment fait-on maintenant pour la faire sortir ?
Un grognement s'échappa de la grotte comme une réponse à la question d'Amalia. La jeune femme resta figée de terreur en voyant l'une des énormes têtes de l'hydre sortir de son repère. Elle ressemblait aux gravures du livre, un profil effilé rappelait celui d'un dragon avec des ouilles et une crête de chair presque transparente, se déployait en apercevant les deux proies potentielles, assez folles pour s'être aventurées au porte de son nid. L'animal glissa d'une manière fluide hors de son abri, révélant les six autres têtes qui naissaient de son corps mince, allongé et dépourvu de membre. Il se terminait par une queue semblable à celle des serpents, l'hydre était couverte d'écailles vertes et grises, seule la tête centrale avait un anneau doré autour de sa base. Une langue bifide sortait régulièrement de chaque face et les yeux fendus n'avaient plus qu'un sujet d'observation, Rogue et Amalia.
- Vas-y, qu'est-ce que tu attends ? lui lança-t-il en reculant.
La jeune femme tenta de reprendre contenance et présenta ses deux mains ouvertes à l'animal en se concentrant sur sa volonté. Par malheur, la queue de l'hydre vint la frapper de plein fouet et la projeter à quelques mètres de là. Encore sonnée, Amalia se releva difficilement, son épaule droite la lançait et elle sentait un liquide chaud couler dans son dos. Perdue dans un mélange de rugissements et de tintement de cloche, elle brandit sa baguette et prononça « Protego ! » juste à temps pour arrêter l'une des têtes qui fondait sur sa proie. Sa vision était floue mais elle percevait des éclairs rouges qui rebondissaient sur la peau de l'animal.
- C'est inutile, il faut lui envoyer un Patronus pour l'occuper ! hurla-t-elle à l'adresse de Rogue mais le sorcier continuait à distraire le monstre avec des sorts inefficaces.
Pendant ce temps, la queue de serpent flagellait l'air au hasard faisant s'écrouler des blocs de marbre alors que la gueule principale poussait des hurlements perçants, un liquide jaunâtre suintait entre les dents acérées, une seule morsure et c'était la mort assurée. La bête sépara les deux sorciers. Ils affrontaient chacun trois têtes alors que celle immortelle restait en retrait. Dans l'agitation générale, Rogue se coinça le pied dans un bourbier, incapable de s'en déloger.
- Qu'est-ce que tu attends ? FAIS UN PATRONUS ! s'époumona Amalia en évitant une nouvelle attaque.
Les têtes tanguaient dans un mouvement de balancier presque hypnotisant, toujours prêtes à fondre dès que la garde se baissait. Le sol tremblait sous le poids de l'animal, il semblait vouloir garder séparés les intrus. Voyant que Rogue ne se dégageait toujours pas, Amalia lança un leurre pour se rapprocher de lui et plongea au moment où l'une des têtes s'avançait la gueule ouverte.
- Protego ! cria la jeune femme dos à l'hydre, la baguette dirigée vers son agresseur.
Un « pang !» sonore lui indiqua que la bête s'était cognée contre le sort de Bouclier. Amalia se retourna d'un coup, furieuse et déterminée, du fin fond de son être surgit la force sauvage qui l'avait déjà envahit.
- Soumets-toi !
La bille dans sa baguette vibra et une lueur blanche en émana, toutes les têtes de l'hydre étaient soudainement calmes et fixaient la sorcière. L'esprit d'Amalia avait quitté son corps, elle voyait la scène depuis les yeux de l'animal, sentait sa peau froide sur le sol chaud du marécage, percevait les odeurs de l'air à chaque fois qu'une de ses nombreuses langues fouettaient le vent, ressentait les battements de cœur et la peur de ses assaillants. Faisant appel à toute la maîtrise dont elle était capable, elle lui ordonna de reculer dans la tanière, l'esprit de la bête résistait par moment à son occupante, partagé entre deux volontés. Cependant, l'hydre finit par baisser toutes ses têtes et s'enfoncer profondément dans sa cachette. Une fois que le bout de sa queue termina de serpenter sur le sol humide, Amalia constata les mensurations du monstre par la taille de l'empreinte laissées derrière elle.
- Allons-nous en avant qu'il ne lui prenne l'envie de revenir... souffla Rogue.
- Attends, juste avant, je vais assurer nos arrières.
Elle brandit sa baguette et un fin filet de lumière s'en échappa. Une fois de plus, un oiseau élégant se forma et fit le tour de sa propriétaire avant de se poster devant la grotte. Le balbuzard replia ses ailes avec grâce et lança un regard à sa maîtresse avant de garder l'entrée du repère.
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Lorsqu'ils estimèrent être hors d'atteinte, les deux professeurs effondrèrent au milieu des bruyères sur un tapis de mousse pour reprendre haleine. La jeune femme observa sa baguette, cette fois-ci la perle avait vibré mais ne s'était pas abîmée, signe qu'elle avait laissé sortir son énergie magique au bon moment.
- Tu n'es pas blessé ? demanda-t-elle entre deux inspirations.
- Juste des égratignures, et toi ?
- Rien mis à part le fait que j'ai cru avoir une attaque par ta faute ! Amalia s'emporta. Pourquoi tu n'as pas généré un Patronus ? Ne me fais pas croire que tu n'en es pas capable !
Elle se passa une main sur l'épaule, une plaie ouverte lui piquait le haut du dos. Rogue demeura silencieux, l'expression renfermée, il enfouit son visage dans ses genoux. Sans réaction de sa part, la jeune femme se calma.
- Je suis rentrée dans l'esprit de l'hydre...
- Comment cela ? dit-il en relevant la tête.
- J'étais à sa place, je nous voyais, je sentais la même chose qu'elle... Je percevais même les battements de nos propres cœurs, c'était étrange !
- Il faudrait que tu notes tout, c'est important de compléter le livre. La soumission des êtres fonctionne sur toutes sortes de créatures, des mammifères, reptiles et même un monstre colossal !
La voix du sorcier était soudain plus animée.
- On a bien faillir mourir ce soir, je ne vois pas pourquoi tu es satisfait !
Amalia respirait avec moins de difficulté, sa poitrine se soulevait plus doucement sous sa cape et ses tremblements cessèrent. Le retour vers le château se fit dans le silence, aucun des deux sorciers n'avait envie de parler, leur attention allait vers les buissons et l'épaisse végétation qui les entouraient et pouvaient cacher l'attaque d'un des habitants de la forêt en quête de son repas. Peu à peu, la lisière du bois laissa place à l'immense pelouse du parc. Toutes les lumières étaient éteintes, même celles de la cabane de Hagrid, murée dans la torpeur de cette nuit froide de novembre. Soulagés d'être enfin en sécurité, les enseignants se laissèrent surprendre par la silhouette rose et gonflée qui patientait sur le perron du château.
- Hum hum ! Bonne pioche à ce que je vois ! s'exclama-t-elle, triomphante.
- Bonsoir Professeur Ombrage. Excellente nuit pour observer les étoiles ! s'exclama Amalia sur le ton de la conversation.
Rogue lui lança un regard venimeux, le ciel était couvert et les pluies éparses qu'ils avaient essuyé auraient dû la dissuader de d'avancer cette excuse. Frigorifiée et épuisée, elle soupira.
- Où étiez-vous ? J'ai retrouvé un élève en retenue, il déambulait dans les cachots ! C'est Dumbledore qui vous a envoyé en mission ?
- Bien sûr que non ! Cessez de croire que Dumbledore nous envoie en mission ! Dans quel but pourrait-il faire cela ?
- Renverser le Ministère voyons ! gloussa d'une voix étranglée Ombrage.
- Comment pouvez-vous encore vous imaginez qu'il en a après le poste de Ministre de la Magie ? La place lui a été proposée si souvent qu'il serait ridicule de compter ! Et à chaque fois il a refusé ! Il est tard, nous sommes trempés, pourrions-nous reprendre cet entretien demain je vous prie ?
Ombrage ne trouva rien à redire, elle se tourna alors vers Rogue.
- Ce comportement m'étonne de vous Professeur !
Il lui mima une révérence ironique sans un mot avant d'emboîter le pas d'Amalia qui n'avait pas attendu pour rejoindre l'intérieur du château.
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La vengeance d'Ombrage ne se fit pas attendre très longtemps. Dès le petit déjeuner une convocation à l'attention d'Amalia, coincée entre une tasse et la théière face à la place où elle avait pris l'habitude de s'asseoir. Elle devait se rendre dans le bureau du Directeur avant le début des cours, en présence de la Grande Inquisitrice. En poussant la porte, le professeur d'Histoire ne fut donc pas surprise d'y découvrir Dumbledore installé dans son fauteuil, serein, Ombrage était debout à côté de lui, ses gros doigts boudinés, crispés sur sa baguette magique.
- Bonjour Amalia, installe-toi, puis-je te proposer des réglisses ?
- Non merci Albus, les sucreries de bon matin ne sont pas recommandées il me semble.
- Madame Pomfresh approuverait certainement, rit le directeur en évitant d'inclure Ombrage dans leurs échanges.
Elle fut presque soulagée en voyant entrer le dernier participant attendu à cette réunion matinale.
- Ah ! Nous allons enfin pouvoir commencer ! déclara-t-elle en lui indiquant du bout de sa baguette, le second fauteuil pour les invités. Les deux professeurs étaient assis sagement en face de leur directeur, Dumbledore les observa l'un et l'autre de manière malicieuse à travers ses lunettes.
- Bien. La Grande Inquisitrice m'a fait part d'un événement survenu hier soir. Il semblerait qu'elle vous ait surpris à votre retour de promenade dans la Forêt Interdite. Elle pense que je vous ai confié une mission à réaliser de nuit dans cet endroit lugubre et dangereux ou à défaut, que vous vous êtes donné un rendez-vous galant. Pour ma part, je sais ne vous avoir confié aucune mission autre que d'enseigner à Poudlard et ne pouvant interférer sur votre temps libre, je me vois dans l'obligation de vous demander si vous avez une situation personnelle à officialiser.
Dumbledore sourit dans sa barbe, amusé par sa propre question. Amalia et Rogue le dévisagèrent, mi-étonnés, mi-dégoûtés.
- Albus, si ce n'était pas aussi absurde, je trouverais la question drôle. Je suis désolée mais…
- Ne niez pas ! coupa l'Inquisitrice.
- Professeur Ombrage, ce que le Professeur Richards allait vous dire, c'est que nous n'échangeons tous les deux que… des sentiments cordiaux, susurra Rogue d'une voix veloutée. Je ne sais pas ce que ma collègue fait de son temps libre quand je ne suis pas présent mais je peux vous révéler ce à quoi nous étions occupés hier soir.
Ombrage s'était soudain reprise et arborait son air de petit fille sage, prête à entendre la version que l'on lui livrait.
- Nous sommes allés dans la Forêt Interdite pour ramasser les ingrédients dont j'avais besoin pour les thèmes des examens que je mets au point pour les B.U.S.E. et A.S.P.I.C. de cette année. Je voulais vous proposer de nouveaux sujets qui correspondraient beaucoup mieux aux attentes du Ministère en matière d'enseignement. J'admets que je me suis montré peut-être trop enthousiaste sur l'élévation du niveau des élèves, que je réclame activement depuis de nombreuses années à la direction actuelle de l'école.
Rogue regarda Dumbledore, ce dernier ne releva pas la pique et rayonnait toujours de sympathie.
- Et j'ai demandé à ma collègue de m'accompagner par sécurité. Je n'ai pas osé solliciter un directeur de maison en raison des responsabilités qui incombent déjà à cette charge et mes autres collègues auraient pu se méprendre sur la nature de ma démarche, ce que Miss Richards serait à milles lieux de s'imaginer.
- Ah ? Et pour quelle raison ? coupa Ombrage, toujours attentive à cette explication.
- Je dois admettre que j'ai profité de son immense gentillesse et… de sa naïveté.
Il compléta sa phrase en croisant les doigts, les coudes posés sur les bras du fauteuil et les yeux plantés dans le regard calme de Dumbledore. Amalia pouffa d'indignation mais resta muette dans l'attente d'une réaction de la part de la Grande Inquisitrice. Elle injuriait silencieusement par la pensée son collègue dont le sourire narquois lui confirma qu'il avait bien tout entendu.
- Dans ce cas, pourquoi avoir ensorcelé un élève dans votre bureau ? Ombrage était suspicieuse.
- Vous faites suivre une partie du corps enseignant par le personnel de Poudlard, je ne voulais pas devoir justifier de mon projet avant de l'avoir finalisé. Je n'ai pas trouvé d'autre option.
- Une chance que cet élève ne se souvienne de rien ! ajouta Dumbledore qu'Ombrage fusillait du regard.
- Hum hum ! Quoiqu'il en soit, le Ministre à déjà approuvé un nouveau décret concernant les professeurs, il vous sera dévoilé au déjeuner. En attendant, je vous rappelle que le progrès n'est pas encouragé dans ces murs, Professeur Rogue. Bien que votre enthousiasme soit apprécié, abstenez-vous à l'avenir et refrénez votre ambition !
Elle esquissa un sourire étrange et sortit du bureau, Dumbledore s'adressa alors à ses deux enseignants.
- Je tiens à vous prévenir, nous sommes sous surveillance et le Ministère mettra tout en œuvre pour contraindre la moindre action qui ne leur sera pas directement bénéfique. J'espère cependant que vos recherches sont fructueuses Severus… L'enseignant acquiesça. Fort bien, dans ce cas je vous libère, vos élèves doivent être impatients de vous retrouver pour débuter cette semaine !
- Les miens oui, mais pour Severus, j'ai un doute ! répliqua Amalia d'un ton acerbe.
- Parfait ! Bonne journée dans ce cas ! Dumbledore tapa dans ses mains comme si de rien n'était.
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Après cette nuit agitée, le professeur d'Histoire eut du mal à ne pas somnoler pendant le contrôle des deuxièmes années qu'elle surveillait. De plus, son épaule la lançait sérieusement et seule, elle ne parvenait pas à nouer un bandage assez serré pour soigner sa blessure. L'heure du déjeuner lui permit de mettre en lumière les talents insoupçonnés d'Ombrage en matière d'organisation. Devant la Grande Salle, le concierge martelait de toutes ses forces dans un clou épais pour l'enfoncer dans le mur et y suspendre un panneau avec l'inscription à moitié lisible : « Décret d'éducation n°2.. »
- Qu'est-ce que cette harpie a encore inventé... marmonna Amalia en s'approchant de la foule d'élèves agglutinée devant le réfectoire.
« Il est désormais interdit à tous les membres du corps enseignant de se fréquenter en dehors du cadre scolaire. Le plan de table établit et approuvé par la Grande Inquisitrice devra être respecté. »
- Bah voyons, il ne manquerait plus qu'elle n'ait pas approuvé le plan de table qu'elle a elle-même rédigé...
Les tables des professeurs étaient disposées en U sur lesquelles reposaient de petits écriteaux en papier blanc nacré devant chaque assiette et l'un d'eux indiquait « Amalia Richards » en lettres d'or avec une écriture penchée et arrondie. Il était placé à l'extrémité du U et à l'exact opposé de Rogue dont les voisins étaient les directeurs des autres maisons à l'exception de McGonagall qui avait été mise à la gauche de Dumbledore en qualité de directrice adjointe. Ombrage était bien entendu à sa droite pour marquer l'importance de sa position. Amalia constata que Hagrid était son unique voisin mais très vite son visage se ferma lorsqu'elle se souvint qu'il n'était pas souvent présent aux repas en ce moment.
Elle prit place et attendit le début du déjeuner en se promettant de mettre à jour le petit calepin bleu et blanc dans lequel elle compilait les informations relatives à l'animorphe. Le menton posé sur une main, la jeune femme avait le regard vague quand en face d'elle, Rogue s'installa. Il la fixa de ses yeux d'encre et le sourire en coin qu'il avait lui rappela son comportement dans le bureau du directeur.
- La prochaine fois que tu es sur le point de te faire dévorer par une hydre, rappelle-moi de te laisser te débrouiller !
Il haussa les épaules et lui tendit son verre comme pour porter un toast. Résolue à l'ignorer, elle détourna les yeux vers la Grande Salle. Fred et George avaient retrouvé le sourire et plaisantaient avec leur ami Lee Jordan, Hermione était hermétique à la conversation de Ron et Harry sur le prochain match de Quidditch, le nez dans un codex de runes alors que Ginny faisait les yeux doux à un garçon assis tout près. Amalia repensa avec tendresse aux moments passés avec Sirius et Remus dans la cuisine de la maison des Black, les enfants étaient dociles et attentifs, la vie de famille y était plaisante et douce, presque irréelle dans l'atmosphère de crainte qui était née l'été dernier.
N'ayant personne avec qui discuter, Amalia acheva son repas et partit sans un mot vers la salle de lecture des professeurs dans la bibliothèque. Dehors, le vent soufflait fort et des volets mal attachés claquaient contre la façade du château. Madame Pince s'en plaignit tout en ramassant des ouvrages empruntés que les élèves lui avaient déposés en vrac sur le comptoir de son bureau. Une fois installée, Amalia sortit son calepin, une plume et de l'encre pour rédiger ses annotations et remarques sur la réaction de l'hydre, la manière dont elle avait ressenti l'animal et ajouter les caractéristiques physiques complémentaires à la description du manuel. A mesure que la plume gratta le papier, la jeune femme sentit un démangeaison sur son épaule, elle déboutonna le haut de sa robe et découvrit son cou pour atteindre la peau. Le contact chaud et visqueux du sang sous ses doigts était le signe que la plaie de la veille ne s'était pas complètement refermée. La jeune femme essuya sa main dans un mouchoir et tamponna la blessure en attendant de pouvoir changer le pansement de fortune. Derrière elle, la porte s'ouvrit et se referma dans un grincement strident mais elle n'y prêta pas attention et soupira en relevant son habit.
- Qu'est-ce que tu t'es fait ?
- Occupe-toi de tes affaires, Judas...
- Laisse-moi voir.
Rogue sortit sa baguette et la pointa vers l'épaule blessée.
- Ce n'est rien, quand je suis tombée la queue de l'hydre m'a égratignée. J'irai voir Madame Pomfresh tout à l'heure.
Amalia garda un ton sec, n'ayant toujours pas digéré son attitude du matin.
- Ne sois pas bête, si elle comprend ce qui t'a provoqué cela, comment vas-tu justifier ta présence au cœur de la Forêt Interdite après la convocation d'Ombrage ?
En écartant le col, le dernier bouton de la robe s'ouvrit et laissa apparaître le décolleté de l'enseignante. Depuis sa place Rogue fut témoin de ce délicieux spectacle bien malgré lui. Confus, il laissa échapper sa baguette.
- Qu'est-ce qui se passe ? La plaie est si moche ? s'inquiéta Amalia.
- Non, non... Ne bouge pas, cela devrait aller.
La blessure propre et régulière suintait un liquide rouge vif qui se résorba sous les incantations du maître de potions. Lorsqu'il eut terminé, il s'approcha d'Amalia pour lui souffler à l'oreille.
- J'espère que tu me pardonneras maintenant...
L'enseignante frissonna mais ne releva pas, occupée à reboutonner son vêtement.
- Surtout que j'ai un trouvé un moyen de contourner Ombrage, ajouta-t-il à voix haute.
Ce fut à ce moment précis que la bibliothécaire entra sans frapper dans la pièce. Elle avait une expression soupçonneuse en regardant les professeurs puis elle se dirigea vers l'étagère poussiéreuse appartenant autrefois à Remus Lupin. Amalia se souvient alors d'un élément étrange et néanmoins vital pour leurs recherches.
- Oh ! Veuillez m'excuser Madame Prince... Pardon ! Madame Pince je voulais dire ! Amalia s'empressa de corriger son erreur, la main posée sur ses lèvres, les mots de Rogue l'avaient profondément troublée.
Dans la salle, le sorcier avait un air surpris et la bibliothécaire s'était soudainement retournée, les sourcils froncés. Bien que déconcertée, la jeune femme continua.
- Il y a dans cette bibliothèque un ouvrage qui m'intéresse, je crois l'avoir vu ici il y a quelques mois. Le titre exact doit être « Encyclopédie des objets magiques prohibés au XXe siècle - Volume II »...
- Oui, il est bien ici, répondit-elle avec rigueur. Le directeur m'a demandé de vider la tablette de cet enseignant puisqu'il a quitté l'école il y a plus d'un an. Souhaitez-vous prendre ce livre avant ?
- Bien volontiers.
Amalia s'efforça d'être la plus aimable et douce possible, cependant, la bibliothécaire paraissait vexée outre mesure par son erreur. Quand elle quitta enfin la pièce, Rogue reprit la parole.
- J'ai enchanté deux livres, il sortit les objets de sous sa cape, ils sont connectés par un sortilège Protéiforme ce qui nous permettra de communiquer sans être vus. Il te suffit d'utiliser une plume et de l'encre pour m'écrire et tes mots apparaîtront sur le mien. Si quelqu'un d'autre ouvre le livre, il n'y verra qu'un texte banal. Quand tu as terminé, donne un coup de baguette sur la dernière page et la conversation disparaîtra.
La bibliothèque jusque là silencieuse, s'anima d'éclats de voix.
- Laissez-moi passer Madame Pince, je vérifie ce que Mr. Rusard vient de me dire ! s'écria une femme.
- Vite, cache-le, c'est Ombrage !
Amalia s'exécuta, rangea à la hâte son calepin et figea une expression de concentration intense en se plaçant face à son étagère, la baguette tendue pour faire venir des livres en lien avec sa matière. Quand Ombrage entra dans la salle de lecture, elle découvrit un endroit calme où Rogue était penché sur un parchemin et un almanach sur les herbes du terroir écossais, Amalia marmonnait en relisant la liste des ouvrages dont elle avait besoin, elle se retourna l'air de rien :
- Madame Pince j'aurais besoin d'un... Oh ! Excusez-moi Professeur Ombrage, j'ai cru que c'était notre bibliothécaire qui revenait.
- Hum hum... Puis-je savoir ce que vous faites ici ?
- J'avais un peu de temps avant mon prochain cours, je venais vérifier quelques informations. Je me doutais que le père de Miss Lovegood était fantaisiste cependant, mieux vaut être consciencieux dans son travail et vérifier ses dires, n'est-ce pas ? la jeune femme garda un sourire incrédule.
- Madame Pince était avec vous ?
- En effet, elle ne nous a pas laissé un instant seuls. J'ai ce qu'il me faut, si vous n'avez pas besoin de moi, puis-je me retirer ?
L'Inquisitrice fronça les sourcils de colère, elle ne trouva rien à redire et laissa Amalia s'échapper. Avec son livre enchanté sous le bras, elle avait la sensation qu'Ombrage avait gagné une bataille mais pas la guerre.
oOo
Le soir même, l'enseignante prit l'objet en question et se glissa sous sa couette avec une plume, de l'encre et un petit support en bois. Calée contre les oreillers, elle tapota du bout de sa baguette la première page et lut le mot qui l'attendait.
- Bonsoir.
- Bonsoir, ton astuce fonctionne on dirait...
- Cela t'étonne ?
- Là n'est pas la question. Les enchantements du château sont puissants, j'avais un doute à ce sujet.
- Si tu étais à l'extérieur de l'enceinte du château ce serait différent. Es-tu seule ?
- Oui bien sûr, je suis dans ma chambre. Et toi ? Peux-tu communiquer librement ?
Amalia trempa la plume dans l'encre et attendit sa réponse.
- Dans mon bureau, je termine une retenue et je retourne dans mon appartement.
- On peut reprendre cela plus tard...
- Non, je veux ton ressenti sur l'hydre.
- Si je ne te réponds pas, tu auras du mal à dormir ?
- Il y a beaucoup de choses qui m'empêchent de dormir mais tu n'en fais pas partie...
Amalia sourit et dessina un visage tirant une langue pour bien faire comprendre sa réaction.
- Même si je précise que je suis dans mon lit... ?
- Comme si cela pouvait avoir une incidence.
- Je suis certaine que ces mots feront au moins travailler ton imagination... Quoiqu'il en soit, l'esprit de l'hydre était brouillon et la multiplicité des têtes rendait la possession compliquée. C'était comme parler à sept personnes à la fois avec une voix plus forte que les autres, celle de la tête « intelligente » en plus d'une sortie de mélodie dans le fond. Il y avait aussi mon corps qui me rappelait sans cesse. Quand j'ai imposé à l'hydre de se retirer, elle n'a pas essayé de se soustraire et j'ai eu l'impression que l'emprise était plus simple, comme si elle avait abdiqué.
La jeune femme attendit de longues minutes une réponse puis, l'écriture fine et pointue de Rogue reprit.
- Mon élève vient de partir. Concernant l'hydre, il va falloir que tu t'entraînes.
- Non merci.
- Je suis sérieux.
- Moi aussi. J'ai bien cru qu'on allait y rester.
- J'ai conscience de ce que je te demande...
Les lettres se dessinaient sous les yeux d'Amalia, elle savait ce qu'il allait écrire pour justifier sa réponse.
- Arrête Severus, j'ai vraiment – elle souligna le mot – cru que tu allais mourir et j'ai une marque dans le dos qui me le rappelle. Il n'est pas question que l'on retourne dans cette forêt.
- Prends le temps d'y réfléchir, c'est l'occasion de découvrir un grand pouvoir. N'es-tu pas curieuse ?
- Je suis désolée d'accorder plus de valeur à nos vies que toi. Elle hésita et écrit. Bonne nuit.
En refermant le livre enchanté ce soir-là, Amalia était soucieuse et elle repensa aux derniers jours, aux pouvoirs éprouvés, aux comportements de certains habitants du château et surtout à ce qui se tramait dans l'ombre, à l'extérieur, loin du confort de Poudlard.
Prochain chapitre : Boites à flemme et Gui Magique
Note : Merci encore pour vos commentaires, j'espère que ce chapitre vous aura plu ! Vous êtes de plus en plus nombreux à me suivre et ça, ça n'a pas de prix !
