Chapitre Onze
Venins
Une fois son assiette terminée, Kankuro se leva et dit quelque chose qui rendit Neji plus que perplexe.
« Bon, il va être temps d'aller traire les bestioles. »
Neji le fixa. Depuis quand le Kazekage habitait une ferme ? « Quoi ? Vous avez des vaches ? » Demanda t-il.
Kankuro roula des yeux. « Oui, Hyuga. J'ai une vache. Des moutons et des poulets aussi. Et le bacon que tu viens de manger viens du cochon que j'ai abattu hier soir. Bien sûr que non j'ai pas de vache, tête de nœud. Je parle de… » Le marionnettiste soupira. Il ne risquait rien à montrer tout ça au jeune homme. Après tout, la règle concernant les secrets des marionnettistes ne s'appliquait qu'aux méthodes d'entrainement, l'utilisation du chakra et les manipulations faites en laboratoire. Mais ce travail-là n'en faisait pas partie, étant donné qu'ils n'étaient pas les seuls à le pratiquer. « Suis-moi et tu comprendras. »
Vexé de se faire traiter d'idiot par un mec qui porte du maquillage, Neji suivit Kankuro à l'arrière de la maison jusqu'à une sorte de grande cabane. Toujours pas convaincu qu'une vache n'allait pas apparaître dans un futur proche, Neji soupira, puis entra.
Tout droit dans le cauchemar d'un arachnophobe.
L'éclairage était très léger, mais ça suffisait. Oh oui, il y avait bien assez de lumière pour voir toutes ces araignées courir, ramper, sauter tout autour de lui. Dieu merci elles étaient enfermées dans des vases, certains garnis de feuilles et de brindilles, d'autres de sable et de pierres. Un peu plus loin, Neji pu apercevoir des lézards, quelques scorpions et des serpents. Au milieu de la pièce se trouvait une table envahie de mortiers, pillons, bouteilles, tubes et autre matériel de laboratoire.
Neji finit par saisir ce que Kankuro entendait par "traire". Il voulait parler d'extraire le poison d'animaux venimeux. « Tu fais ton propre poison, alors ? » Demanda t-il.
« Ouais. » Répondit Kankuro. « C'est l'une des compétences que tu acquiers en tant que marionnettiste. On va juste faire les araignées et les serpents pour aujourd'hui. Aller, rends-toi utile et tiens-moi cette fiole pendant que je vais chercher notre premier client. » Il fourra une bouteille dans les mains de Neji et s'approcha d'un vase. Avec précaution et délicatesse, il attrapa une énorme araignée noire, aux yeux globuleux, et dont l'abdomen était décoré d'un genre de sablier rouge, ressemblant étrangement au symbole de Suna.
« Bien, cette vilaine fille est une Veuve noire du désert. Je crois qu'elle a des cousines un peu plus petites dans vos forêts. Mais toutes aussi mortelles. Ne bouge pas, Hyuga, et surtout, pas de mouvements brusques. Il faut faire attention avec cette petite là. Elle n'est pas seulement dangereuse, elle est aussi sacrée ! »
« Sacrée? »
« Eh ouais. Tu pensais que le symbole sur nos bandeaux frontaux était un simple sablier ? Nope, il vient de cette demoiselle. Bon, ne bouge plus. »
Kankuro leva la Veuve avec douceur et… Eh bien, aux yeux de Neji, il avait tout simplement l'air de la taquiner à l'aide d'un bâtonnet. Il tapota les crochets de l'animal un moment, la forçant à déverser son venin à l'intérieur du bâton. Une fois satisfait de sa récolte, Kankuro la vida dans la bouteille de Neji avant de reposer l'araignée dans son vase. Celle-ci, se sentant manifestement abusée et traumatisée, partit se cacher sous une pierre. Neji aurait pu jurer qu'elle continuait de les observer de ses centaines de petits yeux perçants.
Ils continuèrent leur route, extrayant le venin de toutes sortes d'araignées, aucune d'entre elles n'ayant l'air particulièrement ravies de se trouver là. Neji se sentait de plus en plus nerveux à l'idée de se trouver au milieu de toutes ces créatures mortelles qui suivaient le moindre de ses mouvements.
Arrivé au niveau des serpents, Neji se sentit passer à un nouveau degré d'anxiété. Il détestait les serpents. Vraiment. Il détestait les araignées aussi, en fait.
Ceci dit, il trouvait intéressant de voir Kankuro travailler. Le jeune homme n'était visiblement pas le moins du monde intimidé par ces créatures et donnait même l'impression qu'il s'agissait d'un jeu d'enfant. Neji avait quelques peu paniqué lorsque Kankuro avait laissé glisser le premier serpent au sol puis avait agité la main devant la bête, comme pour le provoquer et le mettre au défi d'attaquer. Ce qu'il fit, et… Kankuro l'attrapa juste derrière la tête. Sa gueule, grande ouverte, dévoilait de longs crochets menaçants, donnant à l'animal un aspect absolument répugnant. Kankuro mit les crocs du serpent en contact avec le bord du récipient et laissa le venin s'écouler le long du verre.
Arrivé au dernier terrarium, Kankuro sourit, et au lieu de faire tomber son occupant à terre, plongea lentement sa main à l'intérieur du récipient. Un sifflement se fit entendre, et un serpent remonta le long de son bras, avant de s'enrouler sur ses épaules.
« … C'est quoi ça, un animal de compagnie ? »
Kankuro lui sourit. « Pas tout à fait. Les serpents ne sont pas vraiment loyaux, ni affectueux. Mais je me suis occupé de celui-là alors qu'il était encore dans son œuf, alors il me reconnait. »
« Qu'est-ce que c'est ? »
« Cobra Royal. »
« … Un cobra! » Couina Neji. On lui avait toujours dit que leur venin était des plus dangereux. « Et tu le portes autour du cou ! »
« Heh, j'ai l'habitude. En plus, je ne pourrai pas compter le nombre de fois qu'il m'a mordu. » Répondit Kankuro tandis que le cobra glissait de son bras pour se promener sur sa taille et son dos. « Je suis quasiment immunisé contre son venin maintenant. » La tête du serpent apparut derrière l'épaule de Kankuro, qui commença à la caresser distraitement. « Je veux dire, ce n'est pas comme pour le mec avec qui ta frangine traîne tout le temps. Il n'est pas réellement apprivoisé et je ne pourrai jamais le prendre en combat. Mais il aime la chaleur de mon corps, donc je le laisse se balader sur moi de temps en temps. Et son venin est particulièrement efficace. Je tire mon meilleur poison de Willy. »
« Willy ? »
« Ouais, Willy. Ca te pose un problème ? » Rétorqua Kankuro sur un air de défi.
« Tant que… Willy reste de ton côté, je me fiche de savoir comment il s'appelle. »
Kankuro éclata de rire. « Ne t'en fais pas. Je ne laisserai pas le grand méchant cobra t'approcher, Hyuga. Je suis sûr que tu essaierais de lui donner de la mort aux rats ou un truc du genre. Hein, Willy ? » A la surprise de Neji, le serpent tourna la tête vers Kankuro et sortit la langue, comme pour approuver.
Kankuro attrapa gentiment l'animal par la nuque et commença à extraire son poison. Il sourit pour lui-même. Il n'avait absolument aucune intention d'avouer à Neji que ce cobra était en réalité bien plus mortel que ses congénères. Le régime particulier avec lequel Kankuro l'avait nourri depuis sa naissance avait fait son œuvre. D'ailleurs, il ne pouvait s'empêcher de penser que s'il avait réussi à atteindre Sasori avec l'une de ses lames, c'aurait été le shinobi renégat qui aurait succombé à un poison mortel.
Une fois qu'il en eut fini avec Willy, Kankuro reposa le serpent dans son habitat, puis il rassembla toute sa récolte dans un coin de la cabane. Il était hors de question de montrer à un ninja de la Feuille ses techniques de manipulations de poisons. Il ne risquait rien à montrer les bêtes à Neji, beaucoup de médic nins utilisaient les mêmes techniques pour créer des contrepoisons. Mais le mixage des poisons était quelque chose de délicat, et Kankuro ne voulait pas le dévoiler à un étranger. Oui, les ninjas de Konoha étaient leurs alliés, à présent, mais depuis tout petit, on lui avait appri que les choses ne restaient jamais stables. Peut-être était-ce dû au fait de vivre dans le désert, où le paysage se modifiait constamment, où la terre se modelait sous vos pieds, mais si Gaara était convaincu que lui et Naruto resteraient toujours amis, son frère et sa sœur se tenaient toujours mentalement prêts pour le jour où le Sable et la Feuille se heurteraient de nouveau l'un contre l'autre. Et cela arriverait un jour, de ça Kankuro était convaincu.
Il espérait simplement que ça n'arriverait pas avant la fin de sa vie.
Gaara aurait presque pu compatir pour son père.
Le conseil était… usant…
« Seigneur Kazekage ! Nous ne pouvons pas laisser un monstre assoiffé de sang se promener librement dans nos rues ! Encore moins avec un seul shinobi pour maîtriser cette chose ! »
Cette chose. Monstre. Assoiffé de sang. Des mots qui lui étaient destinés autrefois. Aujourd'hui, ils parlaient de son frère. C'était étrange. Presque irréel. Comme dans un rêve. Non, un cauchemar, plutôt.
Gaara n'avait aucune idée de la manière dont les gens avaient appris pour Kankuro, mais l'information avait traversé Suna à la vitesse d'un feu de forêt. Et à présent, les rumeurs avaient commencé. Que Kankuro était responsable des attaques, qu'il avait été derrière ses attaques depuis le début. Qu'il était une victime. Ou un traître. Qu'il avait été comme ça depuis toujours et que la vérité éclatait au grand jour. Qu'il allait tous les tuer. Qu'il était un nouveau démon.
« Il doit être abattu immédiatement ! Je sais qu'il s'agit de votre… »
Gaara regarda celui qui venait de parler. Il le connaissait, bien sûr. Cet… homme était le fidèle chien du seigneur féodal, et ne faisait parti du conseil que par soucis politique. Il avait toujours réclamé la tête de Gaara, et maintenant il réclamait celle de Kankuro.
Gaara l'interrompit. « A qui croyez-vous vous adresser ? » Il fixa l'homme, qui avait encore la bouche ouverte. « Dois-je conclure que je dois me montrer assez cruel pour tuer mon propre frère alors que nous n'avons même pas encore déterminé la nature exacte de son mal ? Nous ne savons même pas s'il existe réellement un démon. Je ne serai pas l'assassin de mon frère, pas tant qu'il me restera un espoir de le sauver. »
« Mais le village ! »
« Jamais je n'exposerai le village au danger. Mais je ne tuerai pas non plus Kankuro. Des mesures ont déjà été prises. Nous savons déjà que la transformation ne se produit que lors des pleines lunes. Durant ces moments-là, Kankuro sera enfermé. Mais il est tout à fait rationnel le reste du temps. Je ne vais certainement pas le punir pour le crime d'être différent, et je ne l'abandonnerai pas. Soyez assurés qu'une solution finira par être trouvée afin de lever cette malédiction. Vous aimeriez comparer ceci à Shukaku, mais ça n'a rien à voir. Il n'a d'ailleurs tué personne à ce jour. Une chèvre ou un mouton n'est pas un humain, et rien ne prouve qu'il puisse tenter de faire du mal aux villageois qu'il a juré de protéger. » Gaara laissa vagabonder son regard sur l'assemblée. « Si mon père avait autrefois voulu trahir sa propre famille, je ne ferai pas la même erreur. Personne ne touchera à Kankuro, tant que je serai là. »
« Et si ça arrivait ? Et s'il venait à tuer quelqu'un ? »
« Ca n'arrivera pas. » Gaara en était convaincu… Cependant, cette bande de crétins voudrait obtenir certaines assurances. « Mais, si effectivement nous n'avions plus aucune option, s'il n'y avait plus d'espoir, et uniquement s'il ne pouvait plus être contrôlé ou contenu… Alors je m'en chargerai personnellement. »
Tout le monde comprit ce qu'il entendait par là.
Mais il n'aurait pas à en arriver là.
Gaara en était persuadé.
Quelques heures plus tard, Gaara se rendit à la cellule dans laquelle Kankuro serait enfermé ce soir. Il s'agissait à l'origine d'un donjon que, pour d'obscures raisons, le Shodaime Kazekage avait fait installer sous son office. Il n'était plus utilisé pour les prisonniers en général, en fait, il n'était même presque plus du tout utilisé. Mais aujourd'hui, ils en auraient besoin.
Naruto, Rock Lee et lui-même étaient venus installer des chaînes au sol de la cellule qu'ils avaient choisie. Bien que réticent, Naruto avait fini par les aider. Ils avaient testé les chaînes, de sorte à s'assurer qu'elles seraient aussi résistantes que possible.
Gaara se préparait à repartir, lorsque les cris commencèrent.
« Une sorcière ! UNE SORCIEEEEEEEEEEERE ! »
« Huh? » Fit Naruto, d'un air ahuri.
Les yeux de Gaara s'écarquillèrent. « C'est impossible… »
« Tiens, tiens, tiens. Kazekage, hein ? Voilà qui est intéressant. Je ne m'attendais pas à ça, petit démon. »
A présent, sur le pas de la porte, se tenait un imposant coyote, ou du moins, ce qui semblait être un coyote. Aussitôt, l'animal sembla disparaître, vite remplacé par une femme. Elle était grande, aussi grande que Naruto. Elle n'était pas très habillée, juste de quelques morceaux de cuir qui cachaient ses parties les plus intimes, et d'un impressionnant éventail de bijoux qui semblaient avoir été taillés dans des os. Sa peau était sombre et ses yeux d'un noir profond. Elle souriait à Gaara comme si elle tentait de contenir sa jubilation.
« Alors, comment se sent-on lorsque le vent tourne ? » Susurra-t-elle.
« Qui c'est, Gaara ? » Demanda Lee, un peu perdu.
« Elle s'appelle Cassudina. C'est une sorcière. »
