Un chapitre un peu plus court, vraiment pas beaucoup. Un peu plus de calme, également, un bon moyen pour vous habituer à ce nouveau groupe ! J'espère que vous apprécierez ^^ J'ai enfin réussit à retomber sur un Dimanche pour la publication, espérons que je prenne plus de retard, ça m'agacerait de devoir encore sauter des jours pour retrouver un Dimanche T.T
Merci de votre soutient, vos commentaires me font tellement plaisir, et bonne lecture à tous !
Chapter 11 : To the Blue Kingdom
Ron regardait avec une certaine satisfaction la forêt qu'ils surplombaient, le petit groupe avait marché une heure ou deux et se trouvaient maintenant sur une colline un peu élevée qui donnait sur cette forêt qui était son berceau, d'ici on pouvait voir sa véritable étendue. Akaito en était d'ailleurs resté très surpris, ne pouvant décrocher son regard de l'étendue verte qui s'étendait à perte de vue. Avaient-ils vraiment pu traverser ça sans se perdre ?
« Immense… » Avait-il soufflé avec perplexité, tentant tant bien que mal de discerner à l'horizon les dernières rangées d'arbres, cependant le feuillage vert et orangé ne semblait pas trouver de fin. « Rassures-moi Ron, dis-moi que tu t'es déjà perdu dans ce truc, sinon tu es inhumain. » Rajouta-t-il en se tournant vers le brun qui était debout à ses côtés pour contempler lui aussi cette mer verdoyante.
« Oui bien sûr je me perdais souvent au début ! » Lui répondit le brun en souriant doucement, le soupire soulagé de son compagnon l'amusa et il s'apprêtait à rajouter quelque chose quand une toux agacée survint de derrière eux.
« On a pas le temps de parler chiffon. Ron fait nous traverser cette forêt au plus vite. » La voix soudainement glacée du bleuté fit rire discrètement Akaito qui commençait à descendre la colline, suivit de Rin qui était plus que pressée d'atteindre Estrelia, la ville qu'ils s'étaient mis d'accord à rejoindre pour naviguer jusqu'au Royaume Bleu.
« Vous êtes sûr que ça ira plus vite par Estrelia… ? Si on arrive à sortir de cette forêt avant que tout ne s'emballe c'est un miracle. Rin-sama qu'en pensez-vous ? » Demandait soudain Neru qui jusque là c'était faite plutôt discrète.
« Ne m'appelle pas comme cela... » Lui avait simplement répondu Rin, dont la voix se faisait soudain plus faible, mal à l'aise de retrouver ce titre, même s'il lui paressait naturel, cela faisait maintenant trois ans qu'elle ne l'avait pas entendu, le retrouver laissait une étrange nostalgie dans son cœur.
« Ron nous fera rapidement traverser cette forêt. Estrelia est la seule ville portuaire où je suis sûr qu'il y est des départs fréquents pour le Royaume de Shion-sama. » Matsuda daigna alors parcourir rapidement le visage de Neru du regard, son air résigné lui fit retrouver son silence, légèrement satisfait de sa persuasion.
La jeune fille, vaincue, retourna alors marcher près de Gumi qui avait déjà presque atteint le bas de la colline, recouvert d'arbrisseaux, Akaito et Mikuo eux s'étaient déjà enfoncés dans la forêt. Il n'y avait pas vraiment eu de dialogue dans le groupe depuis les présentations qui survinrent l'arrivée de Neru, les discussions ne venant que lorsqu'un sujet les touchant tous se présentait. Pourtant Akaito avait déjà pris l'habitude de parler à Ron et Mikuo, le premier et Gumi avaient également l'air de bien s'entendre avec tout le monde, Neru pensait que c'était peut-être à cause de son immersion imprévue et surprenante, Rin aussi se considérait comme fautive de cette atmosphère gelée.
Cette dernière n'était pas si loin de la réalité que cela, il était vrai que Mikuo n'osait pas vraiment parler du fait de sa présence et que Ppoiyo retenait tant bien que mal ses remarques désobligeantes, juste pour être débarrassé des leçons de moral du brun. Le fait est que la présence de la princesse tyrannique légendaire ne faisait que rappeler à tous leurs blessures, leurs erreurs comme leurs regrets. La glace qui semblait emprisonner cette jeune blonde dans cette image sanguinaire ne voulait pas se briser, bien qu'elle se trouvait de jour en jour un peu plus cisaillée.
Le silence en résultant était pesant, même pour Ppoiyo qui avait l'habitude de se trouver dans le tumulte des repas de la garde royale et autres évènements insupportables, mais aucun ne prendrait l'initiative d'y mettre fin. Tous avaient conscience qu'il était nécessaire afin que le groupe puisse s'établir sur de bonnes bases.
« Tu sais, il faudra bien une journée entière pour traverser la forêt et rejoindre les côtes… »
« Je le sais, mais c'est le maximum que l'on puisse faire. Et ce sera toujours plus rapide que si l'on se repérait avec une boussole. » Avait rétorqué aussitôt le bleuté à Ron qui avait finalement pu faire ce modeste aveux.
Le brun eu l'air soulagé et sourit à Matsuda alors qu'il pressait le pas pour reprendre la tête du groupe, même s'il pouvait guider Akaito en fermant la marche il préférait prendre la tête, les arbres n'étaient pas les mêmes selon la distance que l'on mettait entre eux et nous. Ppoiyo se retrouvait donc seul à l'arrière, enfin pas totalement, quelques pas devant lui se trouvait la princesse qui ne relevait jamais la tête, fixant résolument ses pieds.
Finalement ce qui devait arriver arriva, les arbres se faisant de plus en plus denses à mesure qu'ils s'avançaient dans la forêt, la petite blonde inattentive finit par se rapprocher très près d'un des troncs. Avec un petit cri de surprise elle arrêta brusquement son avancée, le front encore appuyé contre l'écorce de l'arbre, elle mis un certain temps à réagir, se reculant vivement et plaquant une main contre son front douloureux puis lança un regard noir à cette pauvre plante qui n'avait rien demandé à personne.
Matsuda qui passait à côté d'elle sût la faire redescendre sur terre et elle délaissa la plante restée de marbre face à ses provocations pour suivre celui-ci. Ce n'était pas le bon endroit pour partir en solitaire, surtout que toutes les personnes qu'elle était susceptible de trouver dans cette forêt partaient loin devant elle.
Presser ainsi le pas pour rejoindre d'autres personnes lui laissait un sentiment étrange, elle ne comprenait pas vraiment pourquoi elle ressentait ce besoin de ne pas les perdre de vue. Elle pouvait sans doute se considérer dépendante d'eux, elle n'en était pas vraiment fière, mais elle n'en était pas gênée pour autant. Elle avait régné sur un pays, la seule personne dont elle eu été un jour dépendante c'était son frère, Len… Il avait résisté à ce poids des années durant, mais finalement ses épaules avaient cédées, il s'était écroulé sous le poids de ses responsabilités…
Elle avait appris de nombreuses choses de la chute de son empire, de la mort de son frère surtout, mais s'il y en avait une qu'elle se rappelait plus que les autres c'était bien qu'il ne fallait pas compter sur les autres si l'on voulait les protéger. Oui… Comment faire partager un fardeau pourrait-il être une preuve d'affection ? C'était juste la pire chose que l'on pouvait faire… Elle aurait tellement voulu le comprendre avant.
« Rin ? » La voix baryton un peu hésitante avait tiré celle-ci de ses pensées, elle se rendit alors compte qu'elle avait cessé d'avancer et que le groupe était loin devant, seul Akaito qui venait de l'interpeler semblait avoir fait demi-tour pour venir la chercher. Elle resta d'ailleurs un moment à le fixer, interdite, ne saisissant pas la raison de sa présence à ses côtés.
Mais il ne lui laissa pas plus le temps de réfléchir et lui empoigna doucement le bras pour la traîner derrière lui et tentait de rattraper les autres rapidement, il ne voulait vraiment pas se perdre dans cette forêt, pas après avoir vu son étendue. Rin d'abord trop surprise pour réagir se laissait traîner par le rouquin puis elle se mit à faire de grandes enjambées rapides pour essayer de marcher au même rythme qu'Akaito. Heureusement pour elle, ils eurent vite rattrapé le petit groupe et l'allure se calma, la laissant respirer à plein poumon sous le regard malicieux de l'aîné.
…
Toutefois ce premier temps de marche dans la forêt ne dura pas plus de trois heures, la nuit était vite tombée et Ron estima qu'il serait plus sage de s'arrêter pour la nuit, il pouvait tout à fait se repérer sur ce domaine avec seulement quelques rayons de lumière perçant le feuillage épais, mais il savait qu'il n'en était pas de même pour ces nouveaux compagnons.
Gumi ne cacha pas son soulagement alors que les garçons parlaient de faire un feu de camp, elle détestait l'obscurité, surtout dans une forêt où n'importe quel buisson pouvait cacher un loup affamé ou un sanglier furieux. Les deux blondes, elles, ne firent aucun commentaire, mais Neru ne resta pas silencieuse pour autant, son visage, tout comme celui de Matsuda, affichait une vive impatience de reprendre la marche. Cependant personne n'y fit vraiment attention à part Akaito qui se questionnait sur ses réactions atypiques, une jeune fille ne devrait-t-elle pas plutôt se réjouir de faire une pause et pouvoir se reposer un peu ? Toutefois Mikuo lui demandant de venir chercher du bois sec avec lui ne lui laissa pas le temps d'interroger cette étrange jeune femme.
Rin s'assit contre un arbre, prenant soin de plier la robe le long de ses jambes repliées, une habitude qu'elle avait eu par son éducation, et se mis à regarder Gumi jusqu'à ce que celle-ci, sentant le regard brûlant de Rin dans son dos ne la rejoigne, un peu mal à l'aise. Elles restèrent un moment ainsi plongées dans la contemplation des environs, à vrai dire, ce fut l'occupation de la jeune fille aux cheveux verts, mais la seconde, elle, ne l'avait pas quitté des yeux. Bien qu'elle restait muette.
« Je ne comprend pas. » Dit-elle simplement, ramenant une mèche de ses cheveux derrière son oreille, attirant ainsi l'attention de la jeune fille. « Je ne comprend pas ton comportement, tu me détestais, tu avais même peur et maintenant… Tu voyages à mes côtés sans montrer de crainte. Tu es bizarre. » Son interlocutrice ne put réprimer un de ses fameux sourire après avoir pris le temps de digérer la déclaration de la blonde, elle ne s'attendait pas à ce qu'elle parle tant et ses mots la laissaient perplexe.
« Je ne sais pas vraiment moi-même… Je sais que je veux empêcher le Pays Jaune de se relever, qui que ce soit qui se proclame Reine, et je veux aussi réparer mon erreur… Par ma faute tu ne peux plus vivre comme avant. »
« Ta faute... ? » Répéta Rin, ne comprenant pas où voulait en venir cette jeune fille, qu'avait-elle fait au juste ?
« Oui, c'est à cause de moi si Matsuda a essayé de te tuer, je n'ai pas sut me taire… Je suis vraiment désolée ! » S'écria-t-elle soudain, puis elle soupira de soulagement, « j'ai finalement réussit à m'excuser ! » ajouta-t-elle ensuite.
La surprise était clairement visible sur le visage de la jeune Kagamine, elle ne comprenait pas la logique de ce qu'il se passait, pourquoi était-ce qui s'excusait ? Ceux qui s'excusaient ne devaient-ils pas avoir commis un péché ? Tout ce qu'avait fait cette fille était dénoncer un démon, un être corrompu jusqu'à l'os, elle avait simplement essayé de rendre juste et maintenant elle s'inclinait respectueusement devant elle, n'osant pas la regarder en face. Pourtant, aux yeux de Rin, cette jeune fille était ce qu'il y avait de plus proche à un héro. Tout ce qu'elle pouvait lui reprocher c'était d'avoir mis Haku-san en danger, rien d'autre.
« Tu es vraiment… bizarre. »
Le feu de camp avait finalement été allumé, ravissant chacun d'eux, même si les hommes ne voulaient pas l'admettre. Les nuits gelées rappelaient que c'était l'été, une saison si brûlante la journée que les nuits paressaient dignes des plus grands hivers. Mikuo lui s'était déjà allongé un peu en retrait avec une simple couverture de voyage sur le dos, épuisé par les travaux qu'il avait effectué plus tôt dans la journée, sa respiration calme était à peine audible dans la nuit.
Rin également ne tarda pas à plonger dans le sommeil, sa tête se penchant lentement vers l'avant et sa fine poitrine se mouvant avec sa respiration apaisée, Gumi n'avait pas quitté ses côtés et s'occupait de replacer la couverture sur ses épaules lorsqu'elle glissait le long de son ventre. L'aîné du groupe avait pour sa part pris le rôle qu'il pensait lui être incombé, s'occuper de garder le feu en vie au moins jusqu'à ce que ses paupières ne se ferment d'elles-mêmes et il profitait de sa tâche pour observer la jeune Akita qui ne quittait pas la danse des flammes de son regard ambre, elle semblait y chercher quelque chose dont elle seule avait conscience.
« Tu comptes vraiment rester ici et dormir ? » Dit le jeune officier de la garde en relevant le visage vers une branche robuste de l'arbre contre lequel il était assit, assez à l'écart du petit camp pour ne pas ressentir la chaleur des flammes. Il préférait le froid. Au-dessus de lui, Ron qui était allongé sur le ventre en se servant de la branche d'un grand diamètre comme d'un perchoir pencha légèrement sa tête supportée par ses mains sur le côté, sa natte se balançant alors dans le vide.
« Ta question est bizarre Matsu' ! » S'exclama-t-il avec toute sa candeur. Candeur qui fit doucement soupirer le bleuté avant qu'il ne précise sa pensée. Il n'aimait pas être forcé de s'expliquer, préférant les discours concis, et cela se voyait.
« Je pensais que tu profiterais de ton retour ici pour aller chercher des affaires, n'importe quoi, un truc dont tu n'aimerais pas te séparer par exemple… A moins que tu ne te sois dégonflé et comptes rester ici ? » Rajouta-t-il après une courte réflexion, son regard avait quitté le brun depuis un moment et il ne vit pas le sourire de celui-ci, bien qu'il le devinait dans le ton de sa voix.
« Ne t'en fais pas ! Je ne reviens jamais sur mes décisions ! » Puis il marqua une pause et reprit plus sérieusement. « Je n'ai pas vraiment ce qu'on pourrait appeler des objets de valeur, et ce que je ne veux pas perdre je le garde sur moi, c'est plus sûr ! » Ppoiyo n'ajouta rien, réfléchissant distraitement à ses mots, il n'avait pas tord en disant que c'était plus sûr, tout comme les êtres chères, la meilleure façon de protéger un bien est de l'avoir à sa portée.
Mais ce n'était pas le genre de leçons que l'on tirait sans expérience, il se demandait vaguement ce qu'avait pu être l'enfance du garçon pour qu'il finisse vivant dans une forêt sans ce qui s'apparentait à des proches ou des biens. Mais il ne lui demanderait certainement pas quoi que ce soit, sinon il serait sans doute à son tour assaillit de questions sur son propre passé. Or il détestait se remémorer ces jours heureux, car en comparaison à son présent ils étaient un paradis perdu à jamais, tout comme Adam et Eve qui furent chassés du jardin céleste. Son péché à lui avait été l'insouciance.
Quelques feuilles tombèrent autour de lui, les branches s'agitaient alors que le brun bougeait sur son perchoir. Puis tout se replongea dans le calme, seul le crépitement lointain du feu et la respiration discrète de ce guide mystérieux étaient audibles. Ppoiyo pensa qu'il s'était endormi, pourtant les yeux scintillants du brun scrutaient le ciel au travers du feuillage de ce grand chêne qui lui servirait de nid pour cette nuit. Il ne savait pas s'il s'endormirait, ni s'il se rendrait compte du temps qui passerait, il se contentait de regarder les étoiles, guettant leur chant dans leur scintillement et les laissaient le bercer, comme elles l'avaient toujours fait.
…
Un battement d'aile perça l'air matinal, une jeune perdrix se posa dans l'herbe et cherchai quelques graines qui feraient son festin. Puis le chant lointain d'un oiseau attira son attention, une alerte au prédateur, arrivée trop tard malheureusement, le conseil ne lui fut d'aucun secours alors que la puissante mâchoire d'un renard se refermait autour du coup de la bête.
Le petit mammifère avec son trophée en gueule, tenu par un cou qui n'était plus qu'un lambeau de peau, alla rapidement trouver son terrier pour ramener sa trouvaille à ses petits avant de n'attirer des charognards. Ainsi était la vie. On tue ou on est tué, selon notre place dans ce vaste monde, parfois une vie de prise représente un sursit pour une autre, parfois une naissance marque la mort d'une autre âme. Personne ne décide vraiment de sa place, on ne fait que vivre avec ce que l'on a, survivant comme on le peut parmi ces dangers qui forment l'équilibre de la vie.
Les animaux ne réfléchissent pas vraiment à leur place, ils vivent selon leur instinct, prenant la vie comme elle vient, comme elle leur est dictée. Tantôt prédateur, tantôt proie, chaque vie se doit d'en prendre une autre à un moment donné, et cela ne les gêne pas.
Les hommes eux ont eu moins de chance, certes ils construisent des citées, des familles et établissent des liens significatif entre eux, des hiérarchies complexes fondées sur plus qu'une simple force, mais ils doivent aussi supporter le poids du questionnement. Car même leur instinct peut être remis en doute, ils vivent dans un flot continuel de questionnement, ne sachant jamais que faire ou que dire, tant de possibilités s'offrant à eux qu'ils en perdent leur objectif premier : vivre.
Souvent, Rin se disait qu'elle aurait aimé naître en tant que chat, un joli chat qui se prélasserait au soleil en allant où il voudrait. Elle apporterait du bonheur à son maître, mais partirait dés qu'elle le voudrait pour une autre maison, elle n'aurait aucune responsabilité et personne ne serait mort pour elle. Peut-être un jour un chien affamé l'aurait-il mortellement attaqué, ou alors elle serait morte noyée dans une rivière perverse. Mais elle aurait alors pensé que la mort était fatalité.
Malheureusement son corps était bien humain, ainsi que son esprit et sans doute un chat se moquerait-il de la voir ainsi réfléchir à une autre vie qu'elle ne pouvait pas atteindre…
Lentement ses paupières s'entrouvrirent pour laisser passer quelques rayons de lumière aveuglants, elle n'avait pas rêvé cette nuit là, elle n'avait même pas l'impression d'avoir dormi. Une impression de creux pris alors possession de son cœur, elle regrettait de ne pas avoir pu revoir le visage de son frère. Son corps reprenait doucement ses marques et finalement elle sentie la douce chaleur qui émanait de sa main, intriguée par cette sensation elle força ses yeux à s'ouvrir un peu plus et vit la main de Gumi refermée sur la sienne. Soudain mal à l'aise elle se déroba précautionneusement de la poigne de la jeune fille, plus forte qu'elle ne l'aurait pensé.
« Bonjour… »
La salutation endormie manqua de la faire succomber à une crise cardiaque alors que tous les muscles de son corps se raidissaient d'un seul coup, croyant d'abord avoir réveillé la jeune verte, mais cette dernière avait toujours les yeux clos et Rin chercha du regard la personne qui avait parlé.
C'était Mikuo, le jeune garçon bailla une énième fois depuis son réveil, il ne dormait jamais bien à même le sol et cela faisait presque une heure qu'il était levé, assis près de l'ancien feu de camp qui n'était plus que cendre. Timidement la jeune blonde répondit à sa politesse et, après avoir maladroitement plié la couverture qu'on lui avait prêté, alla s'asseoir près de lui, veillant tout de même à laisser une certaine distance entre eux deux. Elle savait le jeune homme mal à l'aise en sa présence et ne voulait pas un peu plus aggraver l'ambiance.
Comme elle le pensait, aucun mot de plus ne fut prononcé, elle ne voyait pas comment briser ce silence, de toute évidence le garçon n'avait pas bien dormis et la question n'avait donc pas à être posée. Elle ne s'imaginait pas non plus lui demander comment il allait ou ce qu'il pensait de ce voyage, aussi bien de peur qu'il ne la renvoi au couvent que parce qu'elle le verrait bien lui répondre acerbement qu'il se portait mieux que les victimes de la princesse jaune.
Se retrouver seule avec Mikuo n'était vraiment pas facile, elle avait eu un échantillon de sa franchise et s'était aperçue à ses dépends qu'il arrivait mieux à faire de durs reproches qu'à se montrer aimable… Bien qu'elle pensait être plus que méritante de ce genre de traitement, s'entendre dire des horreurs n'était pas agréable, du temps de son règne quiconque l'aurait critiqué se serait fait condamné, mais maintenant elle devait faire face à ces affronts… Tellement difficiles à supporter lorsqu'elle les savait justes.
« Tu… » commença le turquoise, son hésitation confirmant à Rin qu'il ne se montrerait sans doute pas méchant cette fois. « Tu as bi- »
« Yo… » Le coupa le brun qui marchait lentement dans leur direction, avec un air soulagé Mikuo le gratifia à son tour d'une salutation, soudain très énergique. Mais il marqua une pause dans son entrain en voyant les poches sous les yeux de Ron, de grandes cernes témoignant de la nuit blanche qu'il avait passé, perché sur son arbre.
Toute la nuit il avait réfléchit encore et encore à ce qu'il devrait faire, et pendant la matinée il s'était répété sans cesse que jamais plus il ne mettrait les pieds dans cette forêt après avoir pris la décision d'en partir. Ce qui revenait d'ailleurs à ne plus revenir du tout et cette idée lui enleva un peu plus l'idée de dormir, lui donnant à la place de nouvelles questions. Vraiment, il aurait préféré être un de ces oiseaux qui avaient passés leur temps à chanter gaiement, inconscients des problèmes que lui pouvait avoir.
« Je pensais que tu étais habitué à dormir en forêt Ron-san… » Dit lentement Mikuo alors que le jeune brun se laissait tomber près du cadavre de feu de camp comme les deux autres, il répondit alors dans un grommèlement rendu inaudible par la main qui soutenait sa tête et forçait ainsi sa mâchoire à rester close.
Devant l'état pitoyable de Ron, un rire cristallin à peine masqué s'éleva du cercle, les deux garçons se tournèrent alors vers la jeune blonde dont les joues s'étaient teintées d'une légère couleur rosée à cause de son hilarité. Le brun voyant son état pris alors une moue vexée, marmonnant un peu plus intelligiblement des « quel monde cruel » et des « je suis incompris » qui n'aidèrent en rien Rin à calmer ses rires. L'hilarité de la jeune fille finit même par gagner Mikuo qui commençait à ricaner discrètement en regardant Ron qui se défendait comme il le pouvait, autant dire qu'il n'avait aucun argument si ce n'est que d'habitude il n'avait pas de problème d'insomnie.
Bien vite le petit manège eu raison du sommeil des autres qui, après avoir vérifié qu'il n'y avait pas de massacre pour créer un tel boucan, refermaient les yeux et attendaient de se réveiller à leur rythme. Gumi cependant ne put résister à l'envie de se moquer gentiment de Ron et se joignit aux rires de la jeune princesse dont les yeux s'étaient embués de larmes alors qu'elle tenait ses côtes rendues douloureuses. Si seulement il pouvait arrêter d'en rajouter ! pensa-t-elle gaiement en tentant de retrouver une respiration normale. Mais ce qui parvint à calmer la bonne humeur ambiante ce fut l'aura meurtrière que dégageait Matsuda alors que son poing s'écrasait avec force sur le crâne du brun.
« Silence crétin. » Lui avait-il alors sèchement dit, en réponse à ses interrogations larmoyantes. Vraiment, la vie est injuste… Le calme fût alors instauré par le regard noir du bleuté qui détestait être réveillé et se montrait sans pitié quelque qu'en soit la cause… Surtout si c'était cet imbécile.
Puis une fois un rapide repas consommé pour se donner un peu d'énergie et se préparer à la longue marche qui allait suivre, la petite troupe se remis en marche, guidé par un Ron a moitié endormis qui pouvait heureusement compter sur la bienveillance du soldat pour lui assener un bon coup à l'arrière du crâne et le réveiller si besoin était. Bien que le traitement que celui-ci recevait leurs faisaient de la peine, Akaito abandonna bien vite ses essais pour discipliner un peu Matsuda et finit par regarder la scène, impuissant.
Il leur fallut la journée pour traverser la forêt, heureusement pour eux la fatigue n'était pas une arme trop puissante contre Ron et il sût mener à bien la mission que lui avait indirectement confier Matsuda : leur faire rejoindre Estrelia au plus vite. A la sortie de l'imposante mer de végétation ce fût Akaito qui prit la tête, se rappelant bien de la route qu'ils avaient pris pour faire le voyage inverse, si on lui avait dit qu'il reprendrait cette route avec la princesse diabolique à ses côtés il ne l'aurait sans doute jamais cru. Au moins cette aventure lui apprenait que l'avenir était porteur de mystères insondables.
En chemin Mikuo avait essayé d'en apprendre plus sur ce coup d'état, interrogeant des passants, mais il semblait que personne n'était au courant de cela, peut-être que les Contrées Vertes étaient encore épargnées par ces rumeurs naissantes ? Akaito était tenté d'aller vérifier de ses propres yeux au nouveau Pays Violet si ce qu'avait dit la jeune Neru était fondée mais cette dernière s'énerva alors, elle qui semblait plutôt du genre un peu distant de la réalité, elle surpris grandement les autres, même Gumi qui pourtant la connaissait bien. Elle leur intimait de continuer leur route jusqu'au Royaume Bleu et à son grand soulagement sût se faire entendre à l'usure.
Mais même si ces rumeurs n'avaient pas quitté les frontières du Pays Violet, Mikuo joua la carte de la sécurité et à peine Estrelia était-elle en vue avec ses grands ports qu'il retira sa cape de voyage de ses épaules et la tendit à Rin, lui faisant signe de la mettre. D'abord surprise de son initiative elle comprit vite où il voulait en venir et s'exécuta, prenant la peine de dissimiler une grande partie de son visage sous la capuche. Si quelques voyageurs avaient vent de ces rumeurs sur la vie de l'ancienne Princesse du Pays Jaune, elle pourrait être reconnue.
En effet, même si ses cheveux avaient gagnés en longueur, que ses traits s'étaient affinés dans un visage plus adulte et féminin et que son corps n'avait plus rien à voir avec celui de la jeune enfant de quatorze ans qu'elle fut, elle ne pouvait dissimuler l'or de ses cheveux, pas plus que le bleu habité d'une teinte verdoyante énigmatique de ses yeux. Quelqu'un ayant connu son visage, l'ayant détesté jour et nuit, pourrait très certainement la reconnaître, surtout dans la paranoïa qui promettait de se développer. Lorsqu'ils traversèrent la grande avenue de la ville tous les regards se posaient sur ce groupe atypique et Akaito félicita discrètement Mikuo de son idée. Ils n'avaient décidément pas besoin d'une princesse en fuite pour se faire remarquer.
Arrivés au port ce fût la même histoire, tous les regards se plantèrent sur eux avec une certaine agressivité, les hommes de la mer n'étaient pas connus pour être commodes avec les étrangers et ce qu'ils avaient là c'était un grand groupe d'étrangers bizarres. Comprenant rapidement le problème que représentait le fait d'être sept, ils décidèrent de se séparer en petits groupes et de chercher ainsi un bateau qui voudrait bien les prendre à bord.
C'est ainsi que Neru, Gumi et Akaito (qui disait que la présence de deux jolies filles les aiderait à trouver) partirent les premiers à l'Est du port. Ppoiyo voyant que Ron regardait partout avec l'air d'un gamin dans un magasin de jouet se dit qu'il valait mieux le surveiller de près et… le confia à Mikuo qui se retint de jurer contre le bleuté qui se servait de lui comme d'un baby-sitter. Rin se retrouvait alors une nouvelle fois en compagnie de celui qui voulait sa mort, si c'était une manière qu'avait le destin de lui dire qu'elle ne serait bientôt plus de ce monde, qu'il arrête ses mises en garde et passe à l'action.
Les groupes essuyèrent de nombreux échecs, souvent les marins étaient trop occupés pour s'occuper d'un « groupe d'enfant qui n'avaient guère d'argent » et les envoyaient balader, parfois avec des jurons gratuits. Rin était tentée de faire un scandale, horripilée qu'on la traite de la sorte mais l'aura froide que dégageait Matsuda avait vite fait de la calmer.
Akaito, lui, bien qu'il mettait en jeu d'importantes sommes d'argent (qu'il n'avait cependant pas pour le moment) ne voyait aucune de ses requêtes acceptées et vexé que son arme secrète ne marche pas cette fois il alla s'asseoir sur une caisse d'un air boudeur, laissant alors Gumi partir en quête d'un moyen de traverser l'océan qui leur faisait barrage. Les tentatives se succédèrent en vain et finalement les différents groupes regagnèrent l'endroit qu'ils s'étaient donnés comme rendez-vous, une heure plus tôt. Matsuda interrogea du regard Akaito, qui était déjà là depuis un petit moment, l'air abattu de celui-ci lui donna sa réponse, ils n'avaient rien non plus.
« Je me demande ce que font Mikuo-san et Ron-san… » Pensa à voix haute Gumi alors qu'elle guettait le mouvement sur le quai, ils n'étaient toujours pas en vue alors que l'heure du rendez-vous était dépassée depuis un petit moment maintenant.
« Cet imbécile à du les perdre dans un coin. » Lui avait répondu Matsuda avec un sérieux qui laissait la jeune fille perplexe, Ron-san était pourtant un guide, non ? Un guide pouvait-il réellement se perdre sur un simple port ?
« Les voilà. » Lança alors d'un ton plat qui pouvait rivaliser avec la voix du jeune homme aux cheveux bicolores lorsqu'il était de mauvaise humeur, la jeune Neru. Et en effet, arrivant de là où regardait la jeune fille, les deux garçons rejoignaient le groupe, tous deux le visage scindé en deux par un grand sourire.
« Vous… avez… » Commença lentement Akaito d'un air dubitatif.
« Trouvé ! » S'exclama Mikuo en complétant sa phrase, son sourire s'agrandissant un peu plus.
« Finalement vous avez une certaine utilité. » Constata Matsuda sans grande conviction, si ça se trouve, leur trouvaille était une épave menaçant de sombrer à la moindre vague. Mikuo, touché dans sa fierté par sa remarque leur fit signe de les suivre jusqu'au navire en question, Ron ouvrant le chemin. Quelle ne fût pas la surprise de Matsuda et Akaito lorsqu'ils arrivèrent devant le bateau de commerce qu'avaient trouvés les deux garçons et que le propriétaire au visage bien connu les salua gaiement, s'écriant :
« Ah ça alors ! Si on m'avait dit que j' trouverais deux fois les mêmes clients j' l'aurais pas cru ! »
Face au groupe se tenait en effet le vieux marin rabougris qui avait permis aux deux jeunes hommes du Royaume Bleu de venir jusqu'ici. Décidément, le monde était petit. « C'tte fois-ci j'aurais un sacré petit monde en tout cas ! Ca m' fera une bonne main d'œuvre ! » S'exclama l'homme en riant bruyamment, Akaito glissa alors une main dans une des poches intérieurs de son manteau qui contenait son argent… Merde, presque vide, pensa-t-il en se rendant compte qu'il devrait mettre la main à la pâte cette fois. De son côté, Matsuda commençait à demander à Ron s'il aimait les corvées, il n'était pas question qu'il retouche à un balais.
Une fois les présentations faites (le vieil homme insistait pour mieux connaître ces personnes que le destin semblait vouloir mettre sur son chemin) le bateau prit le large avec un peu d'avance sur son emploi du temps. Mais Ron et Mikuo s'étaient révélés faire une bonne équipe dans le relationnel et le vieux marin avait accepté de prendre une petite avance sur ses livraisons, à condition qu'ils ne l'aident à charger les quelques marchandises restantes sur le quai bien entendu.
…
Le temps de la traversée les relations dans le groupe se détendaient un peu, était-ce à cause de l'odeur paradisiaque donnée par l'écume de l'océan accrochée à la coque du navire ? Ou bien le Soleil rayonnant qui leur transmettait un peu de positif ? Le fait était que Gumi était parvenue à instaurer une relation plus saine entre Rin et Neru, les aidant à dépasser ce cap de servante à maîtresse qui avait laissé des habitudes profondément ancrées, surtout chez la plus âgée des deux. Et, même si le contact avec Mikuo et Matsuda était difficile, Rin osait de plus en plus aller parler aux autres, parfois elle arrivait même à ne rien dire de bien important, parlant simplement du temps qu'il faisait ou de la forme amusante des nuages.
Toutefois bien vite le tour des conversations fut fait, isolés une semaine durant sur un bateau de marchand ils n'étaient pas dans la meilleure position pour renouveler leurs. Cet isolement fut d'ailleurs éprouvant pour certains d'entre eux, particulièrement Neru qui laissait de plus en plus voir son anxiété, elle aurait nettement préféré garder contact avec l'état du Pays Violet… Mais ici les continents pouvaient être à feu et à sang, personne ne pourrait leur dire. Heureusement Akaito sut la trouver parmi les vastes cachettes qu'offrait le navire et arriva à trouver les mots justes pour la réconforter et reporter ses angoisses à un peu plus tard.
« Ne t'inquiète pas autant, ça ne changera rien, ici on ne peut rien faire quoi qu'il se passe, alors tu ne crois pas que c'est mieux de ne pas savoir ? Une fois sur la terre ferme on agira, mais pour le moment voit cette traversée comme une pause dans cette aventure, tu en as déjà beaucoup fait, tu peux te reposer un peu. » Lui avait-il gentiment dit, d'un ton aussi rassurant qu'il le pouvait. Et même si ses mots n'enlevaient pas toute sa peur à Neru elle réussit à rassembler ses forces dans un léger sourire qui n'avait que rarement l'honneur d'éclairer son visage, elle ne l'utilisait que lorsqu'elle ne trouvait pas de mots assez brefs pour exprimer sa reconnaissance.
Mais ce sourire elle le perdit aussi vite qu'il était venu car Akaito restait celui qu'il était, un noble aux pensées peu saines.
« Au fait, quand tu t'assois comme ça on voit sous ta jupe tu sais. » Et en effet, la jeune fille en ayant ainsi les jambes repliées contre sa poitrine, alors qu'elle s'était assise à même le sol dans un petit espace qu'offraient deux des caisses embarquées, laissait une belle vue de ses sous-vêtements. Elle remercia d'ailleurs l'homme de son avertissement d'un magistral coup de pied entre les jambes. Une technique que lui avais apprise Len pour qu'elle puisse se défendre des hommes malintentionnés qui voudraient lui faire du mal alors qu'elle était seule dans les rues. Puis elle laissa le pauvre garçon souffrant le martyre pour rejoindre les autres, montrant son mécontentement d'un claquement de la langue.
Les jours s'écoulèrent ainsi, calmement, Ron acceptait de s'occuper de la part de travail de Matsuda avec le sourire, le trouvant plus amusant qu'autre chose ainsi prélassé dans un coin d'ombre du pont. Bien qu'il n'y resta pas tout le temps du séjour car Gumi et Mikuo ne purent s'empêcher de mettre de la mousse du savon utilisé pour nettoyer le pont dans les cheveux du soldat, lui dessinant ainsi de belles cornes démoniaques qui allaient si bien avec son aura et son regard de tueur lorsqu'il s'en rendit compte, les poursuivant sur le pont avec son épée en main.
Par la suite il préféra se rendre dans l'une des pièces prêtées en guise de chambre pour se reposer. Lorsque le bateau quitta les eaux chaudes des rives du Pays Violet pour celles plus froides du Royaume Bleu une certaine nostalgie s'installait dans le cœur de chacun, mêlé a une certaine anxiété alors que les murs blanc de neige qui servaient de rempart à la citadelle de bleu se dessinaient dans l'horizon.
Bientôt, le navire amarra sur le gigantesque port animé qui servait de liaison avec l'autre continent. Tous étaient sur le pont à cette occasion, la fin de leur voyage. Personne ne remarqua leur arrivée, peut-être que s'ils avaient sût qui se tenait sur ce pont il en aurait été autrement ? Mais bien qu'ils passaient inaperçus, prévoyant le pire qu'il pourrait arriver, Mikuo laissa tomber une nouvelle fois sa cape de voyage sur les épaules de Rin. C'était bien le dernier endroit où elle devait se faire démasquer. Elle ne lui répondit rien et couvrit sa tête de la capuche d'un air absent, son regard perdu dans l'immensité de cette citadelle prospère.
Quelque part derrière les murs de ce château d'un blanc si pur se tenait le Roi de Bleu.
