Heureusement pour eux, quelques guerriers Elfes avaient, ce jour là, quitté leur campement pour aller chercher l'approvisionnement de nourriture que leur promettait Eomer. Ce qui leur sauva la vie.
D'autres, encore, étaient en patrouille et les plus grands chefs et stratèges discutaient de différents plans à Edoras. Cependant, ce fut le gros de l'armée qui fut massacrée ce jour là. Une guerre aussi rapide que soudaine.
Thranduil et les siens étaient partis, de ça il y avait déjà deux heures. Le camp avait eu le temps de se réveiller et reprendre ses occupations habituelles.
Taurloss, à qui le roi avait confié le maintient de l'ordre, s'effarait à expliquer l'absence du souverain. Mais bientôt les guerriers ne s'en souciaient plus et se consacraient à leurs tâches. Mais à peine les Elfes avaient eu le temps de commencer leurs travaux que les sentinelles donnèrent l'alerte. Une armée d'environ 10 000 orcs se dirigeait vers eux.
Taurloss se voyait porter les lourdes responsabilités de la survie de ses guerriers. Les orcs les dépassaient en nombre. Ils ne pouvaient compter que sur l'aide des Rohirrims s'ils voulaient sortir victorieux de la bataille. Qu'aurait fait le roi à sa place ? Que devait elle faire ? Se replier en direction d'Edoras pour permettre aux humains de les aider ? Ils n'en auraient pas le temps. Edoras se situait à environ quarante km de leur position. Les orcs, qui chevauchaient pour la plupart de féroces wargs, auraient tôt fait de rattraper les messagers. Les rares chevaux avaient été emmenés par le roi et son escorte, ce qui faisait que les Elfes étaient forcés de faire face à leur ennemi. Seul un coursier était resté, on envoya donc l'elfe le plus petit et le plus léger chercher du renfort au galop. Avec un peu de chance, les Rohirrims allaient pouvoir leur venir en aide.
Contrairement à leur habitude, les sentinelles avaient repéré les orcs assez tard, malgré leur vue d'exception. Leur camp situé légèrement en hauteur aurait aussi du favoriser le repérage des ennemis. Pourquoi avaient ils remarqué si tard l'ascension de tant d'orcs ?
Les temps n'était pas à ce genre de questions. Les Uruk-Hai chevauchant les wargs étaient déjà proches. Il fallait diriger les troupes. Et vite.
Les ordres furent rapide et clairs. Se battre comme ils avaient été entraînés à le faire en terrain découvert. Se battre en groupe de trois, rester solidaire les uns les autres. Combattre avant tout pour les siens avant de se battre pour soi. Rester calme et attentif à ce qui se passe autour de soi. Agir comme il leur a été ordonné. La survie de soi dépend de la survie des autres.
Les guerriers se placerent en parfaits rectangles et se positionnerent, près à recevoir l'ennemi.
Les orcs approchaient rapidement. Bientôt, ce qui paraissait être un nuage de poussière ponctué de points noir devint plus grand, plus clair. La course des wargs faisait trembler le sol. Les Elfes entendirent alors le terrible cri de guerre de leurs ennemis. C'était un cri horrible, sortant de la bouche de créatures tout aussi infâmes. Un cri mêlant le brame grave du cerf et l'agonie rauque d'un être humain. La peur les envahi peu à peu. La crainte de la mort s'installa dans leurs esprits, tout comme une certaine excitation. Les souffles devenaient plus rapides, les membres se crispaient sur leurs armes. Leurs yeux étaient tous rivés sur leurs ennemis, se demandant s'ils allaient, cette fois ci, survivre. Parfois, ils lâchant l'ennemi des yeux regarder autour d'eux. Alors, scrutant les visages et les sourires crispés de leurs camarades, les guerriers se demandaient qui allait mourir. Si le visage qu'ils regardaient serait plus tard, figé comme de la porcelaine. Si eux même allaient pouvoir revoir le monde qui les entourait. Taurloss ferma les yeux et inspira un grand coup pour ralentir les battements effrénés de son cœur. Elle avait l'habitude de faire la guerre. Elle était une elfe âgée avec de l'expérience. Elle aimait cette sensation d'avant la bataille, entendre le souffle saccadé de ses soldats, sentir son cœur battre dans sa poitrine tellement fort qu'elle avait l'impression que les autres l'entendaient. Elle aimait cette totale immobilité des siens, comme si le temps s'était arrêté, attendant ses ordres. Elle balaya une dernière fois ses troupes. Dernière fois avant que la mort ne les saisisse un par un.
Elle donna le signe du commencement, le début de la fin.
Les arcs se tendirent puis les cordes claquerent dans un parfait unisson. Les flèches sifflerent dans les airs et avant même que leurs pointes aiguisées n'atteignent quelque chose, d'autres avaient déjà été encochées.
Les ennemis les plus malchanceux tombaient, des wargs s'ecroulaient dans leur course, et des orcs étaient désarçonnés. Mais les orcs étaient nombreux et ces volées de flèches ne les décourageaient pas. Arrivés à un certains niveau, quelques orcs s'étaient arrêtés pour former une ligne et eux aussi commencèrent à tirer.
Taurloss fit signe aux fantassins d'avancer. Les armures cliqueterent et les lourds pas retentissaient sur le sol dans des fracas métalliques. Leurs boucliers légèrement levés protégeaient leurs cuisses, torses, et visages des flèches adverses.
Mais malgré cela, des Elfes tombaient, morts ou blessés.
Soudain, les armes rencontrèrent leurs ennemis. Les épées transpercerent la chair, les lances rencontraient les armures. Les rangés elfiques se dispercaient petit à petit pour ne garder que de nombreux groupes de trois qui se mouvaient parmis les orcs. Chacun de ces groupes était composé de deux combattant à l'épée et d'un utilisant l'arc. Ceux qui magnaient l'épée protégeaient l'archer qui, de son côté, abattait un par un les orcs qui se présentaient. Et lorsqu'un des trois guerriers se retrouvait dans l'incapacité de se battre, les deux autres valides du groupes devaient l'éloigner si la situation l'en permettait du cœur de la bataille et rejoignaient d'autres groupes. Ainsi, les Elfes valides ne se retrouvaient que rarement seuls et c'était la raison pour laquelle la solidarité et l'entraide étaient grandement favorisé au sein de l'armée.
Biensur, les Elfes étaient très polyvalent et ne portaient sur eux jamais moins de deux armes. Le plus courant était le poignard, qui n'était pas encombrant et ni trop lourd à porter. Les epeistes avaient aussi des lances ou des javelots dont ils se servaient au début de la bataille, lors de la mêlée. Puis devenues trop encombrantes, elles étaient souvent abandonnées sur le cadavre ennemi.
Il en allait de même pour l'archer. Il arrivait que les flèches manquerent et il fallait donc en ramasser au sol. Durant ce temps, un simple arc ne servait à rien. C'est pourquoi ils portaient sur leur côté une dague peu longue et maniable à une main. Ainsi, ils pouvaient se mouver sans trop de difficultés, sans pour autant se retrouver démunis après avoir vidé son carquoi.
Les guerriers possédaient une armure peu légère mais ni trop lourde pour les empêcher de se déplacer. En effet, ces guerriers venus des forêts ne montaient que rarement à cheval, et devaient donc marcher souvent et longtemps, sur de longues distances. Un équipement trop lourd les aurait trop encombré.
Ils possédaient donc un plastron composé de lamelles de métal leur permettant de bouger le haut de leur corps, de jambières qu'ils portaient suite à une mésaventure avec des nains, donc la petitesse leur avait permit de s'en prendre aux jambes dénudées des soldats. Suite à cela, beaucoup s'étaient retrouvés infirmes, et Thranduil désirait dorénavant, d'éviter ce genre de mésaventure.
Leurs bras étaient protégés par des brassards et leurs mains par des gantelets. Bien sûr, l'ensemble de leurs protection était soigneusement décoré, avec de fins traits de métal dont les dessins rappelaient les étranges formes torturées des arbres de la forêt. Il fallait dire que les Elfes prenaient leur temps pour faire les choses, puisqu'ils étaient des êtres éternels, et étaient, en plus de cela, naturellement doués pour la forge et la beauté des choses. On entendait souvent parler de la fiabilité des armures et armes naines. Il ne fallait cependant pas oublier la qualité et la finesse des ouvrages des Elfes, les premiers enfants d'illùvatar. Chacune de leurs épées avait une caractéristique propre à elle, car chacun l'avait faite lui-même. Où alors, c'étaient des forgerons connaisseurs de leur métier qui les forgeaient et jamais aucune n'était semblable à une autre, parce que chaque journée était différente des autres. De la même manière, l'humeur du forgeron changeait, ainsi que ses pensées et sa manière de frapper le fer en était alors toute différente, tout comme l'énergie qu'il lui transmettait. Car pour les Elfes et autres créatures peuplant le monde, tout un art c'était de forger une arme, un heaume, ou encore même un plastron. Et le résultat de ces efforts apparaissait alors brillant au clair de la lune ou du soleil, et souventefois, celui qui avait forgé se sentait triste car ce qu'il avait fait irait tout droit se faire détruire dans une nouvelle bataille.
Les Elfes se battaient vaillament et avec acharnement. Et Taurloss s'en réjouissait. Cependant, les orcs restaient trop nombreux et aucun allié n'apparaissait à l'horizon. Les Elfes s'affaiblissaient, et le nombre de ceux qui tombaient sous le coup des ennemis augmentaient sans cesse. Si Eomer n'agissait pas, les Elfes allaient se faire exterminer.
Taurloss, qui, au début, espérait le retour du roi afin de pouvoir lui rendre la lourde charge qui pesait sur ses épaules, ne lui souhaitait que de rester plus longtemps au loin. Elle ne désirait pas plus de morts.
Autour d'elle gisaient de nombreux cadavres. Dont celui du deuxième épéiste qui combattait à ses côtés. Un dizaine d'orcs l'encerclait. Elle sentit dans son dos des sueurs froides. Pour la première fois depuis le début de la bataille, elle sentit de la peur. Pour la première fois depuis très longtemps, elle sentit venir la mort. Et plus que jamais, la fatalité du destin semblait ne pas la quitter. Elle sorti sa dague. Les deux bras armés, peut-être qu'elle allait pouvoir remplacer l'absence de son coéquipiers, sur le cadavre du quel les orcs et elle-même marchaient sans ménagements.
Une flèche noire siffla dans l'air. À peine eut elle le temps de la voir arriver que l'archere qui se trouvait à ses côtés la reçu à l'épaule. Un orc lui trancha la tête sans plus de cérémonie. Taurloss était à présent seule. Elle avait beau frapper le fer, trancher des membres et fendre des têtes, le nombre d'ennemi ne paraissait qu'augmenter. La fatigue la gagnait rapidement. Seule, elle ne pouvait rien faire. Elle savait qu'elle n'allait plus vivre. Elle désirait cependant tuer le plus d'ennemis possibles. La douleur fut insupportable mais la quitta bientôt, en même temps que son âme qui se dirigea vers la demeure de Mandos.
