Disclaimer : Tout appartient à Tolkien. Seuls quelques personnages sont de mon invention.

Réponse aux reviews :

Floricienta : Les pensées de Sauron ne seront pas très détaillées, mais je ferai ce que je peux :)

DarkAvenger 84 : Ophélie commence à guérir, mais psychologiquement, il restera toujours des séquelles…

Chapitre X : Awake and Alive (Skillet)

Beril

Alors que sa patiente s'endormait en pleurant, la guérisseuse sortit en fermant doucement la porte. Beril ignorait ce qui était réellement arrivé à Dame Ophélie, elle ne devait pas le savoir de toute façon, mais elle se doutait qu'elle avait été torturée. Toutes ces marques, ces brûlures, ces coupures, cette maigreur… Sans parler de l'œil marqué au fer rouge sur son épaule. La pauvre petite avait du souffrir atrocement. Mais qu'avait-elle fait pour subir un tel sort ? Qui lui avait fait ça ? Le Seigneur des Ténèbres ? Non, ce n'était pas cohérent, sinon, pourquoi la traiter ensuite comme une princesse ? Peut-être se sentait-il coupable… Etrange. Ou alors, ses bourreaux étaient les ennemis de Sauron, qui l'avait retrouvée à temps avant que n'arrive l'irréparable. Beril se dit qu'elle ne connaîtrait jamais la réponse, mais son instinct l'avertit que la vérité serait très déplaisante.

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Sauron

Une semaine. Cela faisait une semaine qu'Ophélie était à Barad-Dûr, et le Seigneur des Ténèbres n'avait eu que très peu de nouvelles. Certes, les guérisseurs lui assuraient qu'elle se remettait, mais tout de même… Sauron craignait un éventuel retour de Morgoth. Avec toute l'énergie noire qui se diffusait en Terre du Milieu, n'importe quel apprenti sorcier ayant perdu la raison pourrait ne serait-ce que communiquer avec le Vala Noir. Si celui-ci apprenait ce qui s'était passé… Sauron préféra ne pas y penser. Il voulait tout d'abord parler à Ophélie, faire semblant de lui présenter des excuses afin d'endormir sa méfiance et la manipuler. Elle était faible, plus fragile psychologiquement qu'avant, ce qui était une aubaine. Dans le couloir menant aux appartements de la princesse d'Angband (même si elle n'avait plus de royaume à détenir), il croisa l'une des guérisseuses, qui s'inclina devant lui.

-Comment se porte-t-elle, demanda-t-il sans saluer la jeune femme.

-Dame Ophélie se remet, lentement, mais il y a quelques améliorations. Elle a réussi à marcher quelques minutes tout à l'heure, mais ça a été fatigant.

-Je veux aller la voir.

-Mon Seigneur, il faut qu'elle se repose, la journée n'a pas été facile…

-Comment ça ?

-En voyant son état physique, ça lui a fait un choc. Il vaut mieux attendre encore quelques jours.

Sauron ne répondit rien et repartit.

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Ophélie

Deux semaines s'étaient écoulées depuis que je m'étais vue dans un miroir. Une fois bien reposée, j'avais longuement réfléchi à ma situation. Certes, j'étais horrible à voir, mais j'allais guérir et redevenir comme avant. J'acceptai de me nourrir, afin de partir plus vite. Oui, j'avais l'intention de m'en aller, dès que j'aurai repris des forces. C'est au plus grand étonnement des guérisseurs que j'acceptais de finir mon assiette trois fois pas jour, et que je voulais marcher dans ma chambre de plus en plus souvent et longtemps. Deux semaines après, donc, je me sentais beaucoup mieux physiquement. Tout ceci n'était bien sûr qu'un masque : je mettrai un bon bout de temps avant de me reconstruire. C'est à ce moment de ma guérison que la dernière personne à laquelle je m'attendais vint me voir : Eiliniel.

-Ophélie !

Avant que je n'aie le temps de me lever, mon amie se laissa tomber sur le lit et me serra dans ses bras. Beril entra juste après, l'air mécontent.

-Mademoiselle, Dame Ophélie doit se reposer.

-Ne vous en faites pas, répondis-je, ça va aller. Merci, Beril, vous pouvez nous laisser.

La guérisseuse s'inclina et partit en refermant la porte. Je me tournai vers Eiliniel.

-Que fais-tu ici ?

-C'est plutôt à moi de te demander ça ! Tu as disparu depuis presque trois mois, je te signale ! Il y a une semaine, un garde est venu dans l'aile artistique du palais de Minas Tirith pour prendre tes affaires. Je lui ai tiré les vers du nez et après de longues minutes de négociations, il a finalement accepté de m'emmener pour que je te rende moi-même ce qui t'appartient.

En effet, mon sac à main, quelques affaires que j'avais eues depuis mon arrivée à la Cité Blanche et certains de ses effets personnels se trouvaient au pied du lit.

-Mais toi, Ophélie, que t'est-il arrivé ? Au début, nous croyions que tu étais finalement partie sans nous dire au revoir, mais après, Dorlas a entendu des rumeurs comme quoi les Nazgûl t'auraient emmenée. Pourquoi es-tu en Mordor, dans ce triste état ?

-Je ne peux pas t'en parler, et n'essaie pas de savoir.

-Pourquoi ?

-Parce que sinon, c'est la peine de mort qui t'attend.

Eiliniel pâlit, et je regrettai un instant de l'avoir effrayée. Mais il fallait qu'elle sache ce qui l'attendait. Le Mordor n'était pas la région la plus dangereuse de la Terre du Milieu pour rien. Elle se reprit néanmoins et posa sur la couverture une robe vert émeraude aux manches larges et serrée à la taille par une ceinture d'argent. La première robe que j'avais pu m'offrir grâce à notre généreux mécène.

-Eiliniel…

-Il faut que tu t'habilles pour sortir, te dégourdir les jambes. Crois-moi, ça te fera du bien de sortir de cette chambre austère. C'est trop bien rangé, ici. Avant, tu laissais tes affaires traîner à même le sol, c'était plus naturel, plus toi.

Je souris. Elle avait on ne peut plus raison. Mon amie m'aida à m'habiller, mais dut serrer les lacets au dos le plus possible, tellement j'avais minci. Ensuite, elle entreprit de brosser mes boucles désormais longues jusqu'au milieu des omoplates. Mes cheveux avaient bien repoussé, même les poignées manquantes étaient remplacées. Mes plaies disparaissaient de plus en plus, et la cicatrice sur ma joue n'était plus qu'un fin tracé rosâtre. Eiliniel avait étouffé un cri en voyant ma maigreur et mes marques, mais je l'avais rassurée en lui expliquant que trois semaines avant, c'était encore pire. Finalement, ce n'était pas si rassurant que ça. En voyant l'œil gravé au fer rouge sur mon épaule, elle m'avait dévisagée longuement, et je pus voir dans ses yeux qu'elle comprenait ce qui était arrivé.

-Garde ça pour toi, s'il-te-plaît, lui dis-je.

-Combien de temps ils t'ont torturée ?

-Deux mois.

J'éclatai en sanglot dans ses bras, ne pouvant plus retenir le flot de larmes naissant dans mes yeux. Elle tremblait. De peur ? De colère ? De tristesse ? Ou bien un mélange des trois…

-Pourquoi, murmura mon amie pour elle-même.

-Je ne comprends pas non plus, répondis-je en séchant mes larmes. J'aimerais oublier, mais c'était si horrible. Bien pire que tout ce que j'ai pu lire ou entendre. Il faut que je sorte…

-Oui, il le faut…

Eiliniel m'avait répondu distraitement, une expression de parfaite horreur sur le visage. J'ouvris la porte, sortant de mes appartements pour la première fois. Les couloirs étaient aussi sinistres que je l'imaginais. Sans Eiliniel, je n'aurais pas eut le courage d'affronter le Mordor. C'est alors qu'un garde nous interpella.

-Où allez-vous comme ça ?

Décidément, j'avais encore du mal avec les orques…

-Nous allons marcher un peu, répondis-je.

-Vous êtes des servantes, qui vous a donné ce droit ?

-Suffit, tonna une voix derrière mon amie et moi.

Nous nous retournâmes pour voir un Nazgûl approcher. Sa couronne ne laissait aucun doute sur son identité : le Roi Sorcier d'Angmar.

-Dame Ophélie est sous la protection de notre Seigneur, dit le Spectre en me désignant. Par conséquent, elle peut entrer et sortir de la tour à sa guise comme tous les autres courtisans, accompagnée de qui elle souhaite. Maintenant, retourne à ton poste !

Le garde, douché (ce qui ne lui ferait pas de mal), obéit.

-Toutes mes excuses, Altesse, me dit le Nazgûl en s'inclinant, ça ne se reproduira plus.

-Altesse ?

Eiliniel et moi avions parlé en même temps, ce qui nous fit sourire.

-Le Seigneur Sauron m'a averti que vous étiez une princesse importante, et sa protégée, qui plus est.

-Etrange de la part de celui qui m'a fait arrêter et emmener à Minas Morgul, dis-je amèrement en massant mes poignets couturés de cicatrices.

-Notez bien ceci : je vous ai peut-être sortie de ma cité, mais je peux très bien vous y ramener si vous manquez de respect envers le Seigneur des Ténèbres. Bonne promenade.

Et il partit, nous laissant méditer sur ses paroles.

La première chose que je vis en sortant, ce fut une explosion de noir, de rouge et de jaune. Du feu et de la cendre, de la pierre et de la fumée. A l'horizon se dessinait l'Orodruin, vomissant son flot de lave rouge. Nous marchâmes lentement, tentant vainement d'ignorer cet enfer où nous étions si seules. Finalement, nous nous assîmes sur un roc noir assez grand pour servir de banc.

-Comment vont les garçons, demandai-je à Eiliniel.

-Ils vont bien, mais ils sont très inquiets pour toi. Eradan a failli détruire la salle dans laquelle il se trouvait lorsque je lui ai dit où tu étais et que j'allais te rejoindre. Ils ont très peur, bien qu'ils tentent de ne pas le montrer.

-Je suis désolée…

-Ce n'est pas de ta faute. Que vas-tu faire, maintenant ?

-Récupérer des forces et quitter cet endroit au plus vite. Je pense aller vers le nord-est. Depuis longtemps, ça a souvent été ma direction de référence.

-Je croyais que tu venais du nord-est ?

Proklyatiye ! La bourde ! Depuis toujours je veillais à ne pas faire de gaffes, et voilà que je faisais cette erreur monumentale. Pourtant, j'étais habituée à mentir en préservant une cohérence et en me souvenant de ce qu'il fallait ou ne fallait pas dire… Ces derniers temps, je perdais tous mes réflexes, toute la prudence et le savoir-faire que j'avais acquis au fil des siècles.

-Eiliniel, il y a beaucoup de choses que toi et les garçons ignorez sur moi.

-Alors ça, je ne te le fais pas dire !

-Ce que je vais te révéler n'est pas facile à entendre, c'est pour cela que je te demande une grande ouverture d'esprit. Mes parents ont vécu en Terre du Milieu. Après la disparition de mon père, ma mère qui était une puissante magicienne, a réussi je ne sais comment à ouvrir un passage la menant dans un autre monde. Elle était déjà enceinte à cette époque. Je suis née dans un pays appelé Italie, et je n'ai cessé de changer d'identité durant ma longue existence.

-Tu es pourtant jeune… Vingt ans, je dirais.

-Tu mets cinquante huit derrière et tu obtiens mon âge exact.

Eiliniel me dévisagea comme elle seule savait le faire, ses yeux bleus me sondant afin de comprendre.

-Tu n'es pas une Elfe, alors comment ça se fait que tu aies vécu deux millénaires ?

-Devine.

-Alors… Tu as des pouvoirs magiques… Une Maïa ?

-Ma mère en est une.

-Et ton père ? Un Humain ? Un Elfe ?

-Ni l'un, ni l'autre.

-Un Nain ? Un Hobbit ? Un Orque ?

-C'est ça, moque toi de moi !

Nous rîmes de bon cœur, pour la première fois depuis que nous nous étions quittées. Reprenant son sérieux, Eiliniel continua de chercher la nature de mon géniteur.

-Ne ris pas : un Vala ?

-Dans le mille !

-Sérieusement ?

-Oui.

-Lequel ?

-Pas Manwe, en tout cas. Mais ça suffit pour aujourd'hui. On rentre ?

Nous nous levâmes et regagnâmes la tour sans croiser personne.

-Au fait, demanda Eiliniel, sais-tu pourquoi le Roi Sorcier t'a appelée Altesse ?

-Pas vraiment…

J'avais néanmoins une petite idée sur la question. Sauron, en lui disant que j'étais une princesse, pensait sûrement à l'un des titres de mon père, le Roi Noir. Dire que sur Terre, j'avais souvent été réduite à l'état de sans abri, errant avec ma mère ou toute seule afin de trouver de quoi vivre… Quelle ironie, quand on y pense.

Alooooooors ? Vos commentaires sont plus que bienvenus, c'est en quelque sorte mon «salaire», et ça me ferait très plaisir d'en lire certains. La suite en dépend…

Enjoy :)