L'avion de Coulson atterrit à l'aube à la Sandbox. Un agent de niveau 7 l'y attendait. Il eut l'air surpris quand il le vit. Coulson ne comprit pas pourquoi. Cet agent aurait dû savoir qu'il était vivant et n'aurait pas dû être impressionné par sa présence le moindrement. Cette réaction aurait été plus anodine chez un débutant, mais chez un agent de niveau 7 ? Coulson se sentit un peu paranoïaque. Ce détail ne prouvait rien et ne voulait probablement même rien dire, mais Fury lui avait dit de se méfier des imposteurs.
— Bienvenue à la Sandbox, agent Coulson.
— Merci, agent...
— Moore. Larry Moore. Votre voyage s'est bien passé ?
— Sans incident… et sans sommeil, il va sans dire.
— C'est le métier…
Coulson devait vérifier à qui il avait à faire. Il devait aller dans les archives du SHIELD, voir s'il pouvait confirmer que Larry était bien celui qu'il prétendait.
— Agent Moore, heu… pourriez-vous m'indiquer où se trouvent les toilettes, s'il vous plait ? Vous savez, le voyage a été long.
— Oh, heu, bien sûr !
Moore se tourna et demanda à l'un de ses collègues :
— Eh ! Mike ! Pourrais-tu lui montrer où sont les toilettes ? Je dois m'occuper du colis.
Mike hocha de la tête. Moore se tourna vers Coulson à nouveau.
— Merci de l'avoir emmené en lieu sûr. Nous prenons l'affaire en charge.
Moore était tombé dans le panneau. Quel agent ne savait pas qu'un avion tel que le sien était assurément équipé de toilettes ? Simple distraction de la part de « Larry » ou erreur fatale ?
— Si ça ne vous dérange pas, j'aimerais que l'objet reste avec moi jusqu'à mon départ, dit-il.
— Vous allez emmener la boite avec vous… aux toilettes, monsieur ?
— Tout à fait !
— C'est contre le protocole.
— Le directeur m'a fait confiance pour cette mission. Si vous n'êtes pas satisfait de mon travail, parlez-lui en !
Coulson était fier de son coup. Si l'agent Moore avait des motivations cachées ou n'était pas celui qu'il prétendait être, cela l'agacerait et il finirait bien par se trahir. Rien qu'une toute petite erreur de rien du tout suffirait. Et puis, il aurait des réponses bientôt, erreur ou pas. Et si l'agent Moore était fidèle au SHIELD, et bien… il aurait simplement l'air bizarre avec ses requêtes hors du commun ! Tous les agents avaient vu leur lot d'étrangeté au cours de leur carrière, de toute façon. Il deviendrait sans doute une bonne anecdote entre collègues.
Moore ne dit rien. Il se contenta de hocher la tête et de le suivre alors que Mike lui montrait le chemin. Coulson ne fut en rien surpris de se faire escorter. C'était la procédure habituelle. Les agents qui l'accompagnaient le laissèrent entrer seul et restèrent devant la porte. Il devait y avoir des caméras à l'intérieur, et des micros aussi. Cela ne changeait rien à ce qu'il avait à faire. Il entra dans une cabine.
Outre Mélinda May, qui pilotait son avion et à qui il n'avait pas parlé des détails de sa mission, il n'avait apporté aucun membre de son équipe avec lui, mais cela ne voulait pas dire qu'il était seul. Il approcha son bras gauche de son visage et appuya sur le bouton de manchette.
— Ici Coulson. Vous m'entendez ?
Il reçut des tonnes de « affirmatif ».
— Skye, connectez-vous à la base de données du SHIELD. Cherchez Larry Moore et dites-moi ce que vous trouvez.
— C'est comme si c'était déjà fait, monsieur.
Quelques secondes plus tard, déjà, Skye lui répondait :
— Moore, Larry. Âgé de 35 ans, c'est un agent du SHIELD avec plusieurs missions à son actif. Son expérience du terrain, ses qualités de leadership et son intellect impressionnant, surtout pour les sciences, lui ont valu un transfert à la Sandbox, où il dirige depuis quelques années les opérations. Il est de niveau 7.
— Merci, Skye.
Coulson n'était pas surpris. Personne n'avait réagi bizarrement depuis qu'il était arrivé sur place. Tout était peut-être réglo. Pourtant, son instinct lui disait de se méfier. Ça aurait pu être parce que Fury avait été si vague et avare d'information, ou parce qu'il ne faisait confiance à personne pour cette mission, mais non. Ça, c'était la routine. Il y avait autre chose qui clochait.
Il commençait à se demander ce qu'il transportait. À cause de la compartimentation de l'information, aucun agent ne devait en savoir plus que ce qui était nécessaire à l'accomplissement de sa mission. Il avait toujours été d'accord avec ce principe mais, quelques fois, il en avait marre de cette mesure de sécurité. Il ne satisferait toutefois pas sa curiosité aujourd'hui. Il se contenta de sortir avec l'air le plus nonchalant du monde.
Quand Loki avait été dans la base du SHIELD qui contenait son sceptre, la nuit dernière, il avait été témoin de l'opération en cours. L'objet allait être transféré. Il avait bien fait d'agir rapidement, sinon, il aurait fallu qu'il recommence tout depuis le début. De loin, il avait vu qu'un agent chargeait son bien à bord d'un avion. Il devait savoir quelle était la destination de cet avion. Le pilote le saurait assurément, donc il était allé dans la cabine de pilotage. La femme n'avait rien vu. Elle avait reçu l'ordre d'aller à la Sandbox. Loki avait entendu cela et s'était téléporté pour arriver avant eux.
Sur place, il eut tôt fait de comprendre que Larry Moore était chargé de recevoir l'agent qui avait le sceptre. Il prit le temps de l'observer pour ne pas faire d'erreur. Il surprit une conversation entre Larry et un autre qu'il appelait Mike. Ils semblaient être amis, ou du moins de bons collègues. Ça pourrait lui être utile. Larry fit la gaffe de se mettre à l'écart des autres, allant dans un local pour y déposer quelque chose. Loki l'assomma sans effort et prit son apparence, sa voix ainsi que son nom. Juste au cas où, il l'enferma dans une armoire, ligoté et bâillonné. Le temps que quelqu'un le découvre, il serait trop tard. Il alla prendre la place de l'agent.
— Eh, Larry ! Tu t'es perdu en chemin ? lui lança Mike.
Loki réalisa que Larry aurait dû être revenu du local depuis un bon moment. Il devait penser vite à une explication. Il se félicita d'avoir prêté attention aux bavardages des agents qui le servaient durant son invasion. Il avait retenu certaines choses qui le rendraient plus crédible maintenant.
— Bah ! C'est le repas infect de tout à l'heure qui m'a fait fondre les tripes !
— Ha ! Ha ! Ha ! C'est bien vrai que les repas de la cafétéria sont mauvais ! Il parait qu'ils mettent de la viande de rat dans les hamburgers pour économiser !
L'humour était une méthode efficace pour gagner la confiance de quelqu'un, surtout un type si crétin que celui-ci. « Larry » fit semblant de vomir, ce qui fit rire Mike.
— Ça va mieux ? demanda ce dernier.
— Ouais. On se commande du chinois la prochaine fois.
— Haha ! T'es sûr ? Eux, c'est du chien qu'ils mettent dans leur bouffe !
Loki allait répliquer quelque chose quand l'avion fut aperçu dans le ciel. « Enfin, se dit-il. » Il était plus que temps qu'il passe aux choses sérieuses. Il en avait marre d'être Larry et de tolérer la stupidité de son collègue. L'avion atterrit. Il alla à la rencontre de celui qui en descendit. Quand il vit son visage, il eut un choc, qu'il dissimula du mieux qu'il put. Lui ?! Impossible ! Il l'avait tué ! Au moins, cela lui conférait un avantage : il connaissait son nom, ce qui serait très utile pour l'accueillir. Il s'interrogerait plus tard.
— Bienvenue à la Sandbox, agent Coulson.
— Merci, agent…
— Moore. Larry Moore. Votre voyage s'est bien passé ?
— Sans incident… et sans sommeil, il va sans dire.
— C'est le métier…
— Agent Moore, heu… pourriez-vous m'indiquer où se trouvent les toilettes, s'il vous plait ? Vous savez, le voyage a été long.
Quoi ?! Il n'avait pas prévu ça. Prétendre travailler à la Sandbox était une bonne idée, et il n'avait fait aucune faute jusque là, et maintenant il allait se faire démasquer parce qu'il aurait dû savoir où se trouvent les toilettes !
— Oh, heu, bien sûr !
Improvisation !
— Eh ! Mike ! Pourrais-tu lui montrer où sont les toilettes ? Je dois m'occuper du colis.
Mike était d'accord. Ouf !
— Merci de l'avoir emmené en lieu sûr. Nous prenons l'affaire en charge.
La mission avait été un franc succès. Ça s'était déroulé encore mieux qu'il avait imaginé. C'était trop bien.
— Si ça ne vous dérange pas, j'aimerais que l'objet reste avec moi jusqu'à mon départ.
Quoi encore ? Coulson se méfiait. Il avait raison. Cela allait compliquer les choses. Loki sourit intérieurement. Il aimait quand c'était difficile. La vie serait ennuyante et sans mérite s'il n'y avait aucun défi.
— Vous allez emmener la boite avec vous… aux toilettes, monsieur ?
— Tout à fait !
Ces midgardiens… Que n'inventeront-ils pas ?
— C'est contre le protocole.
— Le directeur m'a fait confiance pour cette mission. Si vous n'êtes pas satisfait de mon travail, parlez-lui en !
Loki ne laissa rien paraitre de son irritation. Il voyait à quel jeu jouait Coulson. En fait, ils jouaient tous deux le même jeu. Ils faisaient semblant de ne se rendre compte de rien et gardaient leur calme et leur sourire. Il devait bien admettre que son ennemi était plutôt bon. Cependant, Loki ne perdait jamais ce genre de partie.
Il suivit Coulson et Mike à la salle de bain. Il ne devait pas laisser la gemme lui filer entre les doigts. Il attendait à la porte, se demandant ce que pouvait bien faire Coulson qui lui prenait autant de temps. Il pariait que l'humain n'était pas en train de se soulager, et le temps était justement ce qui jouait contre lui dans cette mission. Plus il prenait du temps à récupérer le sceptre, plus de chances il y avait qu'il se fasse démasquer avant. Il devrait alors se dépêcher encore plus de prendre la gemme par la force. Pas que les agents allaient lui offrir la moindre résistance, mais il préférait partir avant que les Avengers arrivent, et ils allaient être alertés s'il était détecté. Il commençait à se demander s'il ne devrait pas se montrer tel qu'il était et profiter de l'effet de surprise et de la panique pour voler l'artéfact et disparaitre quand Coulson sortit finalement.
Le risque de se montrer était acceptable à ce point-ci, sans compter que le plaisir de prendre lui-même ce qu'il voulait sans se cacher, de terroriser quelques midgardiens et d'en tuer quelques-uns au passage n'était pas négligeable. Coulson avait déjà des doutes, alors qu'est-ce que ça changerait ? Il avait besoin d'une couverture pour s'infiltrer. Être invisible n'aurait pas été suffisait puisque sa présence aurait pu être détectée par les appareils sophistiqués de cet endroit. Mais, à ce stade, maintenant qu'il touchait au but, ce déguisement ne lui servait plus à rien. Ce qui le motivait le plus à modifier son plan, c'était de confronter Coulson. Avec lui, c'était personnel.
Loki n'eut pas de décision à prendre. L'alarme résonna dans la base. Le vrai Larry avait sans doute été retrouvé. Il assomma Mike d'un coup de coude et s'empara de la valise métallique de Coulson. Coulson tira. C'est en plein ce qu'il avait prévu. Les balles ricochèrent sous le regard éberlué de Coulson. Loki rit cruellement en se montrant sous son vrai jour. Il vérifia rapidement le contenu de la longue valise rectangulaire. Lorsque les renforts arrivèrent quelques secondes plus tard, Loki était déjà bien loin.
Phil était furieux. Contre lui-même pour n'avoir rien pu faire, pour ne pas avoir réagi adéquatement, pour avoir laissé filer le criminel le plus recherché de la planète et pour avoir échoué sa mission. Contre Nick, qui aurait pu lui dire QUE C'ÉTAIT CE FOUTU OBJET QU'IL DEVAIT MENER À BON PORT et qu'il devait le protéger de LOKI ! LOKI, LE DIEU QUI L'AVAIT TUÉ ! Il aurait de ses nouvelles, celui-là ! Et finalement, il était furieux contre Loki de l'avoir nargué ainsi. Il aurait pu le tuer, mais il avait préféré l'humilier en lui montrant qu'il était sans défense face à lui, qu'il était insignifiant. Bien sûr, il était content d'avoir survécu à Loki une fois encore, mais il savait que ce n'était pas par clémence de la part de l'Asgardien, qui devait adorer avoir le pouvoir de vie ou de mort sur quelqu'un. C'était pour prouver sa supériorité, pour s'amuser, pour que Coulson ait peur, ou pour n'importe quelle autre raison tordue qu'avait trouvée son cerveau dérangé.
Il n'était pas prêt. Personne ne peut se préparer à ce genre de choses. Et pourtant, ce n'était pas la première fois que ça arrivait. Mais bon, il était vivant, et son devoir était de faire son rapport à Fury. Il était chanceux de ne pas être blessé, mais le directeur Fury allait bientôt regretter qu'il soit en état de parler.
Fury mit fin à la communication. Il poussa un énorme soupir. Coulson n'était surement pas prêt de lui pardonner. C'était légitime. Il lui reprochait de ne pas lui avoir donné une information cruciale à la réussite de l'opération et de l'avoir choisi, lui, de tous les agents, pour cette mission. Seulement, s'il lui avait parlé plus en détail de la nature de la mission, Coulson aurait pu refuser. C'est en plein le genre de situations délicates que détestait Fury. D'un côté, Coulson était son agent, et de l'autre, il était son ami. Ah, quel métier que celui de directeur du SHIELD !
Il appela les Avengers. Ils avaient du boulot maintenant. Le genre de boulot qui dépasse les gens normaux, et même les gens comme lui (il n'était pas sûr que normal soit un mot pour le décrire). Le sort du monde était une fois de plus entre leurs mains. De son côté, Fury ferait tout pour retrouver cette ordure asgardienne. La valise n'était pas munie d'un dispositif de pistage, mais le sceptre émettait des radiations. Le métal de la valise les bloquait, mais il pariait la collection de cartes d'échange de Coulson que Loki allait se servir du sceptre.
— Où que tu sois, je te retrouverai. Si tout cela est un jeu, alors la Terre est le terrain de jeu, mais n'oublie jamais que c'est le nôtre. Nous ne connaissons pas toutes les règles, mais nous avons l'avantage du terrain, et celui du nombre. Et nous n'avons rien à perdre. Quelqu'un qui n'a rien à perdre est quelqu'un prêt à tout. Tu as un coup d'avance, c'est vrai, mais c'est à notre tour de jouer. La partie est commencée. Et nous allons gagner.
