Merci beaucoup de votre fidélité.

Quelques soucis d'ordinateur m'ont empêchée de poster ce chapitre à temps. Excusez-moi donc pour mon retard.

J'espère que ce chapitre vous plaira. Enfin c'est la pleine lune. (presque littéralement d'ailleurs, même pas fait exprès)


Chapitre 11 : La première lune

La pleine lune arriva enfin. Durant toute la journée qui précéda cette nuit fatidique, Remus ne mit pas le nez dehors. À dire vrai, il n'osa même pas quitter sa chambre. Lisa dut lui monter ses repas mais il y toucha à peine. La peur lui tordait l'estomac et lui coupait l'appétit.

- Raison de plus pour qu'il ne quitte pas sa cage cette nuit, commenta John en voyant l'assiette de son fils revenir à la cuisine encore quasiment pleine.

- Je devrais peut-être lui préparer des sandwichs pour ce soir, tu ne crois pas ?

- Bien sûr, et pourquoi pas une galette et un petit pot de beurre dans un joli panier ? railla John.

Il n'avait trouvé que le sarcasme pour masquer sa nervosité et depuis le commencement de la journée, il était absolument odieux.

Vers la fin d'après-midi, après avoir tourné en rond dans son salon comme un lion en cage, John estima que c'en était assez et il monta chercher son fils. Ce dernier était assis sur le rebord de la fenêtre, exactement dans la même attitude que la veille. Sans doute était-il resté là toute la journée à guetter le ciel. Au moment où son père entra, il ne s'enfuit pas par la fenêtre mais la pâleur de son visage indiquait clairement que ce n'était pas l'envie qui lui manquait.

- C'est l'heure, fils.

- Déjà ? balbutia Remus d'une petite voix. Mais il ne fait pas encore nuit ?

- Evidemment qu'il ne fait pas nuit ! répliqua John d'une voix plus sèche que nécessaire étant donné les circonstances. Tu ne crois tout de même pas que l'on va attendre que la lune apparaisse ?

- John, doucement, intervint Lisa en entrant à son tour dans la chambre.

Elle prit son fils dans ses bras et le cajola pendant quelques minutes. Lorsqu'il fut à peu près rassuré, elle lui passa une vieille veste et le prit par la main.

- Nous pouvons y aller, annonça-t-elle ensuite à son époux d'un ton déterminé.

- Nous ? Certainement pas ! trancha John inflexible. Toi, tu restes ici, Lisa. Ce n'est pas négociable.

- Maman, gémit Remus en s'accrochant à la main de sa mère comme à une bouée de sauvetage.

Incapable d'abandonner son fils dans une telle situation, Lisa tenta tout de même de négocier mais John demeura inflexible. Bientôt, il partait seul dans la forêt avec Remus.

- Sois courageux, mon chéri ! lança Lisa sur le pas de la porte en lui envoyant un baiser pour le rassurer.

Courageux ? Remus doutait fortement de l'être. La peur l'envahissait tellement qu'il avait du mal à marcher. D'ailleurs, il finit par s'immobiliser à mi-chemin, le teint si pâle qu'il semblait proche de la mort.

- Remus, il faut continuer à avancer. On n'est plus très loin.

Mais le petit garçon ne pouvait plus faire un pas. Il était trop terrifié pour cela. Rien qu'à la pensée de retourner dans cette effroyable cage, il se sentait à deux doigts de tourner de l'œil.

- Je… je ne peux pas, bredouilla-t-il les yeux humides de larmes.

Le teint de John devint aussi pâle que celui de son fils.

- Comment ça « tu ne peux pas » ?

- Je ne peux pas retourner dans cette cage, gémit l'enfant en reculant davantage.

- Remus, tu ne vas pas me faire ce coup-là, soupira John qui avait malgré tout senti venir cette échauffourée. On en a déjà parlé. Tu n'as pas le choix. Tu verras, tout va bien se passer. Allez trésor viens…

- Non !

Pris de panique, le petit garçon tourna les talons et s'enfuit dans la direction opposée. Il courait déjà fort vite malgré sa petite taille. John le regarda disparaître à une vitesse affolante et poussa un long soupir de désespoir avant de laisser échapper un juron entre ses dents. J'en étais sûr ! pensa-t-il en passant une main sur son visage.

- Remus attends ! s'écria-t-il tout en sachant que cela ne servirait à rien. Reviens !

Mais l'enfant ne semblait pas déterminé à obéir. Filant comme une flèche, il slaloma entre les arbres et tenta de regagner la maison. Toutefois il tomba brusquement sur sa mère, qui venait à leur rencontre. Il manqua de peu de la percuter de plein fouet mais s'immobilisa juste à temps, ce qui fut une chance car dans le cas contraire, il aurait pu lui faire très mal.

- Chéri, lança Lisa en attrapant son fils par les épaules pour le forcer à la regarder, qu'est-ce que tu fais ? Tu as oublié quelque chose ?

Pour toute réponse, Remus se jeta sur elle et lui entoura la taille de ses petits bras avant de fondre en larmes. Son cœur l'informa aussitôt de ce qui se passait et elle caressa doucement les cheveux de son fils pour le rassurer.

- Oh mon petit loup, murmura-t-elle avec tendresse, n'aie pas peur !

- Remus !

John apparut au sommet d'une pente escarpée et avisa aussitôt sa femme et son fils. La peur de Remus redoubla d'intensité et il s'empressa de se cacher derrière sa mère.

- Lisa ! s'exclama l'homme incrédule en dévalant la pente. Mais qu'est-ce que tu fais là ? Je croyais t'avoir dit de rester à la maison.

- Ce n'est pas ce que tu crois, se défendit la jeune femme un peu gênée, je faisais la cueillette des champignons.

John lui lança un regard signifiant clairement : « C'est ça, moque-toi de moi ! ».

- Que se passe-t-il ? demanda-t-elle ensuite en désignant son fils d'un signe de tête.

- Il fait une petite crise de panique, expliqua John en essayant de minimiser la situation. Ce n'est rien. Il va se calmer et revenir à la raison. Pas vrai Remus ?

Mais l'enfant se cacha un peu plus dans les jupes de sa mère.

- Allez mon chou, l'encouragea John en s'adoucissant tout à coup. Le soleil est pratiquement couché. Si tu refuses de te mettre à l'abri, nous serons tous en danger. Bon sang, tu le sais pourtant ! Ca fait un mois qu'on en parle.

- En parler c'est une chose, intervint Lisa, là ça devient réel et ce n'est pas pareil.

- J'imagine à quel point ça doit être effrayant, soupira John, mais ce n'est pas comme si nous avions le choix, Lisa. Qu'est-ce que tu voudrais ? Qu'on le laisse gambader librement dans la forêt et attaquer tout ce qui bouge ?

- N'est-ce vraiment pas possible ? insista Lisa tout en sachant pertinemment la réponse par avance.

John ne se donna même pas la peine de répondre. Pendant quelques secondes, les deux époux se regardèrent longuement dans un véritable duel visuel. Finalement, Lisa rendit les armes dans un soupir à fendre l'âme. Elle s'écarta de son fils et s'accroupit pour se mettre à sa hauteur et pouvoir le regarder droit dans les yeux. Il n'y avait plus qu'elle désormais qui le fixait ainsi. Le docteur Chander déconseillait vivement de regarder un loup-garou dans le blanc des yeux, c'était une forme de provocation qui pouvait entraîner de graves conséquences. Mais Lisa avait acquis la certitude qu'elle n'avait rien à craindre.

- Remus mon ange, murmura-t-elle en caressant le petit visage de son fils. Je sais que tu as peur. Moi aussi, j'ai peur pour toi. Mais tu vas devoir être très courageux. Tu me l'as promis, souviens-toi. Je vais t'accompagner, mon chéri. Il est hors de question que je te laisse affronter ça tout seul.

- Sympa pour moi, lança John l'air de rien.

Mais il fit cette remarque à voix basse car les paroles de Lisa faisaient peu à peu leur chemin dans l'esprit de Remus. Finalement le petit garçon se laissa convaincre. Il glissa sa main dans celle que sa mère lui tendait et se laissa emmener jusqu'au caveau où l'attendait la terrible cage.

John les suivit deux mètres derrière tout en marmonnant dans sa barbe. La présence de sa femme le contrariait. Non seulement elle se mettait en danger mais de surcroît elle sapait l'autorité paternelle comme toujours. À l'évidence, ce n'était pas lui le chef de la famille. Une fois encore, c'était Lisa qui prenait les choses en main et qui faisait tout mieux que lui vis-à-vis de Remus. Pourquoi gérait-elle mieux que lui la lycanthropie de leur fils ? C'était une moldue alors que lui avait travaillé au Comité de Régulation des Créatures Dangereuses et était un expert sur le sujet. Tout cela était si injuste !

Rassuré par la présence de sa mère, Remus se laissa mener sans faire d'histoires jusqu'au caveau. Il eut une légère hésitation au moment d'entrer dans la cage mais Lisa dissipa ses craintes en entrant la première.

- Tu peux fermer la porte, s'il te plaît chéri ? demanda doucement la jeune femme à son époux.

À cet instant, John se décida à faire entendre sa voix. Il ne fallait pas exagérer non plus.

- C'est hors de question ! protesta-t-il. Sors de là ! Le soleil va bientôt se coucher.

Mais pour toute réponse, Lisa roula des yeux avec un léger sourire et alla s'asseoir sur le vieux sofa miteux qui traînait dans le garage et que John avait mis là pour rendre la cellule un peu moins sordide. Remus la suivit en sautillant comme un poussin derrière sa maman et bondit à son tour sur le divan. Il s'allongea dessus et posa sa tête sur les genoux de Lisa, qui lui caressa doucement les cheveux avant de commencer à lui raconter une histoire.

- Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu'on eût su voir, dit-elle d'une voix velouteuse, sa mère en était folle et sa grand-mère plus folle encore…

John put alors mesurer durant cette poignée de minutes toute l'étendue du changement qui s'était produit dans sa vie : sur le point de se transformer en un loup monstrueux, son fils était enfermé dans une cage au beau milieu des bois avec sa mère qui lui racontait Le petit Chaperon rouge. Peut-être qu'il allait recommencer les séances de thérapie finalement.

- Le Loup, la voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit sous la couverture…

- Lisa, coupa soudain John d'une voix grave. Viens s'il te plaît !

La jeune femme jeta un œil à travers les barreaux de la fenêtre. Le soleil s'était couché. Son mari avait raison : elle ne devait plus traîner dans la cage. Remus lui-même s'en rendit compte.

- Rentre à la maison, maman, murmura-t-il d'une petite voix ensommeillée.

Lisa l'embrassa sur le front et consentit à quitter la cage sans dire un mot. Elle déposa un baiser sur les lèvres de son époux puis disparut du caveau pour retourner à la maison, vraiment. John resta donc seul avec son fils. Privé de la présence réconfortante de sa maman, Remus sortit très vite de son apathie et se releva pour aller se mettre aux barreaux de la cage. La compagnie de son père n'était pas celle qu'il aurait souhaitée mais elle avait tout de même quelque chose de rassurant, d'autant plus que malgré sa crainte évidente, John faisait de son mieux pour paraître attentionné : il lui donna une couverture comme le petit garçon avait retiré ses vêtements pour ne pas les abimer.

- Tu devrais partir aussi, conseilla-t-il.

- Non, répliqua John en secouant la tête. Je veux rester auprès de toi jusqu'à la dernière minute.

Et il n'aurait jamais osé l'avouer mais une part de lui désirait irrésistiblement voir le loup-garou. Autant il refusait que sa femme n'assistât à ce spectacle, autant lui ne pouvait se défaire de cette étrange tentation. Qu'il eût compris ou non, Remus lui fut reconnaissant d'être là. Ils commençaient presque à s'ennuyer lorsque Remus se dressa tout à coup, le teint soudain très pâle.

- Ca y est, je sens que ça commence, dit-il soudain pétrifié.

Il s'avança vers le trou carré qui servait de fenêtre d'un pas mécanique comme s'il était hypnotisé. La lune apparut dans le ciel, immense œil d'argent parfaitement circulaire et luisant sur sa toile noire d'encre, constellée d'étoiles. C'était un spectacle fascinant, à tel point que Remus en resta bouche bée.

- C'est magnifique, bredouilla-t-il.

Il se tourna lentement vers son père, qui le dévorait des yeux, à l'affût du moindre changement. Pendant quelques secondes, qui parurent une éternité, il ne se passa absolument rien.

- C'est bizarre, commenta le petit garçon, je me sens normal. Je ne sens rien de spécial.

Tout à coup, il se retrouva plié en deux.

- Remus !

- Ah si, grimaça-t-il, en fait je sens quelque chose.

Et il le sentit très bien. Son gémissement incommodé se changea très vite en un hurlement de douleur. L'enfant tomba à genoux sur le sol en se tenant le ventre, le visage déformé par la souffrance et la terreur.

- Au secours ! glapit-il. Papa !

John était tétanisé. C'était encore plus atroce que tout ce qu'il avait pu imaginer. Son fils unique se tordait de douleur sur le sol d'une cage et il ne pouvait rien faire pour l'aider.

- Papa ! Je vais mourir !

- Tiens le coup, mon chéri ! lança John le souffle court. Sois fort !

- Je vais mourir, gémit Remus le visage inondé de larmes brûlantes. Je veux mourir ! Je ne veux plus avoir mal.

C'était plus que John ne pouvait en supporter. Quand le corps du petit garçon décrivit une courbe inquiétante, lui arrachant un nouveau cri de douleur, son père prit la lourde décision de suivre ses sages conseils et de fuir en courant.

Une fois dehors, à l'air libre, John se posta à bonne distance du caveau et attrapa le fusil de chasse et les munitions qu'il avait préalablement cachés dans le creux d'un arbre. Il plaça l'une de ses rares balles en argent dans le chargeur et prépara son arme. Non pas qu'il eût particulièrement envie de tirer sur son propre fils mais il n'avait qu'une confiance modérée en la cage qu'il avait fabriquée. Si le loup la démolissait, ce qui pouvait se produire dans les secondes à venir, il faudrait bien l'arrêter avant qu'il n'atteignît le village. John n'en avait évidemment pas touché un mot à sa femme mais il était déterminé à faire ce qu'il fallait en cas de nécessité.

Les bruits qui s'échappaient du caveau étaient terrifiants : mélange de fracas épouvantables, de cris d'enfant et de hurlements qui perdaient peu à peu toute humanité. Pâle comme un fantôme, John se demanda si ce n'était pas plus horrible encore de n'avoir que le son sans image. La bande sonore générait tous les fantasmes les plus effroyables.

oOoOoOo

Non loin de là, dans l'un des quelques bistrots de Little Willow, celui devant lequel Remus était passé le soir où il avait fui la maison en entendant la discussion de ses parents, un petit groupe de buveurs confirmés étanchaient leur soif autour de quelques bouteilles bien entamées. Les hurlements de Remus tirèrent cette troupe de joyeux drilles de leur apathie.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda le gérant de la supérette qui répondait au nom d'Adil Shaw.

- On dirait un môme, grommela Nolan, quincailler et garagiste à ses heures perdues, aussi épais et velu qu'un grizzly.

- Devrait pas être couché à c'te heure-là ?

- Comme nous tous, plaisanta un quatrième en levant son verre.

Les cris d'enfant se transformèrent en hurlements de bête. Les hommes se regardèrent tous avec stupeur comme pour s'assurer qu'ils entendaient bien tous la même chose et que ce n'était pas l'alcool qui leur jouait des tours.

- C'était pas un môme ça.

- On aurait dit une bestiole cette fois.

- Ca venait de la forêt.

- Evidemment que ça vient de la forêt ! D'où tu veux que ça vienne d'autre un cri comme ça ? T'es vraiment déchiré toi !

- Taisez-vous tous ! intervint une voix qui couvrit celles des autres.

Le vieux Bret se tenait en retrait, assis au bar, mais les bruits en provenance de la forêt et le discours des soulards à la table d'à côté l'avaient convaincu de sortir de sa bulle pour se mêler aux autres et faire connaître son opinion, que tout le monde avait déjà entendu maintes fois dans ce rade.

- Vous savez ce que c'est, murmura-t-il en s'avançant vers ses camarades d'un pas titubant, on le sait tous.

- Tu ne vas pas recommencer avec ton histoire de loup !

Nouveau cri en provenance de la forêt. Les buveurs perdirent aussitôt leur aplomb car cela ressemblait en effet à un loup. Bret Stillson essaya de ne pas avoir l'air trop triomphal mais avec une certaine dose d'alcool dans le sang, c'était difficile.

- Vous entendez bien que j'ai raison ! Vous entendez comme moi ! Sinon il faut vous laver les oreilles.

- Un peu de sérieux, Stillson ! rétorqua Laurence, l'adjoint au maire, qui, en bon capitaine de soirée, n'était pas imbibé mais qui profitait tout de même. Il n'y a plus de loups dans la région depuis de nombreuses années.

- Je sais ce que j'ai vu, insista l'homme en martelant le sol avec sa canne. Depuis le début j'avais raison. Vous me traitiez de fou mais je n'avais pas rêvé. Ces cris en sont la preuve. Il y a un loup dans la forêt, un véritable monstre.

Il y eut un nouveau hurlement. Petit à petit, les théories du vieux Bret firent leur chemin dans l'esprit de la petite assemblée et tous se rallièrent à son avis, saisis d'un affreux doute. L'euphorie ambiante chuta alors brusquement et l'atmosphère se refroidit. Malgré la teneur en alcool qui avait été ingurgitée, tous semblèrent tout à coup très sobres.

- Oh mon Dieu ! s'écria l'adjoint au maire. Le cri d'enfant que nous avons entendu. Et s'il venait également de la forêt ? Il y a peut-être un enfant en danger.

- S'il y a un enfant dehors, il est forcément en danger.

- Et vous aussi, fit remarquer le tavernier qui ne croyait pas un mot de cette histoire délirante. On ferme messieurs.

- On y allait de toute façon, riposta Bret en claudiquant vers la sortie.

- On va où ?

Le vieux Bret se tourna vers celui qui avait posé cette question.

- S'il y a un gamin qui erre dans la forêt avec une bestiole à ses trousses, c'est à nous de le sauver.

- T'es malade, Stillson ! Si y a une bête sauvage dans les bois, j'y mets pas les pieds.

- Mauviette !

- J'suis pas suicidaire, moi.

- Mais on peut pas laisser un gosse se faire bouffer.

- Faut appeler les gars qui bossent dans le zoo de la ville d'à-côté, suggéra quelqu'un. Ils auront plus de matos que nous.

- J'ai tout ce qu'il nous faut, rétorqua Bret.

Puisque ce dernier habitait une maison à l'orée du bois, ils n'eurent pas besoin de faire un détour pour aller se procurer du matériel. Le vieux Bret n'avait pas menti. En bon chasseur, il possédait tout un attirail composé d'armes à feu et de lames qu'il distribua allégrement à sa troupe. L'air frais et la marche semblaient avoir transformé l'équipe de bras cassés titubante en groupe de mercenaires très impliqués dans leur mission. Peut-être étaient-ce les hurlements d'animal qui excitaient leur propre sauvagerie mais quand ils se retrouvèrent en possession de fusils chargés, de fourches aiguisées et de couteaux longs comme des épées, toute trace de peur les quitta.

Armés également de torches électriques, ils s'engagèrent dans la forêt. Le cortège marcha longtemps, lourdement et bruyamment mais cela ne parut pas les gêner. L'oreille tendus et les sens en alerte, ils tentaient de localiser l'endroit d'où partaient les hurlements. Ce n'était pas un exercice facile surtout quand l'ouïe était altérée par certaines substances. En outre, les hurlements ne retentissaient pas en continu. À plusieurs reprises, ils s'interrompirent lentement, plongeant la noire forêt dans un silence plus terrifiant encore. Bientôt le froid et la fatigue firent retomber la détermination première et les peurs ressurgirent.

- On aurait peut-être dû appeler la police, marmonna le jeune Laurence en claquant des dents.

Bret Stillson lui secoua l'épaule pour lui redonner courage et pour l'inciter à presser le pas, comme le jeune employé administratif avait ralenti sa marche en prononçant ses mots. Après de longues minutes de silence, un nouveau hurlement s'éleva sans crier gare. Laurence en fut si surpris qu'il y joignit son propre cri, aigu comme celui d'un castrat. Quelques-uns de ses compagnons laissèrent échapper un petit ricanement et se permirent des commentaires sur ce qu'ils pensaient du courage de leur benjamin.

L'hilarité cessa aussitôt lorsqu'un bruit dans les fourrés se fit entendre. Il y avait quelque chose à proximité. Les canons des fusils, les pointes des fourches et des couteaux se tournèrent tous d'un même mouvement vers l'endroit. Une grande forme noire en jaillit subitement, arrachant des cris dans toute l'assemblée.

- Passez-moi la lampe ! s'écria Bret au milieu de ce tumulte.

Il l'arracha des mains tremblantes de Shaw, l'épicier, et braqua son rayon lumineux sur l'apparition. Tous s'attendirent à voir se dessiner le loup mais à la stupeur générale, la silhouette qui se détacha de l'obscurité fut celle d'un homme, un homme également armé d'un fusil et tout aussi terrifié que la troupe à laquelle il faisait face. Passé le choc de cette rencontre imprévue, tous retrouvèrent peu à peu leurs esprits et se reconnurent mutuellement.

- Bon sang Lupin ! s'exclama Nolan d'une voix bourrue. Qu'est-ce que vous fichez là ?


Et… à suivre !

Oui je sais… mais j'ai dû couper ce chapitre qui était vraiment long.

La semaine prochaine : suite de cette pleine lune.

Merci d'avoir lu ! J'espère que ça vous a plu. Laissez-moi votre avis !