et voici un petit chapitre, avec un peu beaucoup de retard, je l'avoue. j'ai pas tellement d'excuse, étant donné que j'ai plutôt bien avancé dans l'écriture, en fait. c'est surtout que j'accumule les problèmes personnels en ce moment, et disons que ma vie est assez compliqué; mais bon, on fait avec.

je vous remercie du fond du coeur de continuer à me lire et à suivre cette histoire, merci encore pour les reviews, merci merci!


- C'est bizarre de se retrouver là, tous les deux, non ? fit le brun, au bout d'un silence interminable.

- Tu veux dire, après la bataille finale ?

- Oui, entre autres. Après toutes ces années de… haine mutuelle.

- C'est vrai que c'est étrange qu'on soit assis en haut de la tour d'astronomie au beau milieu de la nuit, sans vouloir casser la gueule à l'autre. A moins que… tu ne veuilles me casser la gueule ? hésita Draco.

Un léger rire s'échappa des lèvres du Gryffondor. Un frisson parcourut le corps du blond – le froid sans doute.

- Non, assura-t-il. Je te l'ai dit l'autre jour, je ne te frapperai plus.

Harry lui lança un rapide coup d'œil avant de continuer.

- Je suis vraiment désolé, encore une fois, murmura-t-il, sincère.

Un coup dans son cœur, encore une fois. Il était tellement perdu, n'y comprenait rien, rien à rien. Il n'était pas celui à qui on devait des excuses. Il était celui qui devait s'excuser. Pas l'inverse. Il sentait son sang battre à ses tempes, et la sensation qui remontait depuis son ventre, qui montait, montait, montait et allait exploser dans sa poitrine, et dans son crâne.

- Arrête de suite avec ça, Potter, dit-il d'une voix froide.

Il ne voulait pas paraître si glacial – les vieilles habitudes reprenaient parfois le dessus – mais la colère commençait à le brûler, de l'intérieur, sans qu'il ne puisse rien y faire. Il ne pouvait pas supporter ça. Il ne pouvait pas supporter que le brun s'excuse auprès de lui. Il ne pouvait pas. Et il perdait le contrôle, encore une fois, sous le poids des émotions. Il tremblait presque – de rage – tandis qu'il se relevait, pour lui faire face.

- Ne t'excuse plus jamais.

Encore des mots, qui semblaient faits de glace, sans vie, morts. Draco ne voulait plus parler ainsi, comme son père, mais il n'arrivait pas à faire autrement. Quand il était en colère, il devenait un mur de marbre. Il ne savait rien faire d'autre. Ses veines le brûlaient. Il dut prendre plusieurs bouffées d'air à plein poumons pour ne pas hurler. Mais, bordel, qu'est-ce qui lui prenait ? Il devenait taré.

- Pourquoi est-ce que tu refuses tellement que je m'excuse, Malfoy ? demanda doucement Potter.

Il le foudroya du regard, sans le vouloir réellement. Il ne lui en voulait pas, à lui. Il n'en voulait pas au brun, à ce héros, cet être courageux et sauveur de tous. Il s'en voulait, à lui-même. Plus que ça, en fait. Il se détestait. Il détestait tout ce qu'il représentait. Putain, tout, tout, tout. Il sentait qu'il se fissurait, qu'il allait craquer, se casser en morceaux, là, maintenant, devant Harry Potter, celui devant qui il n'aurait jamais pu s'effondrer, devant qui il n'aurait jamais imaginé tomber en pièces. Mais, ça arrivait, là. Il tombait.

- Parce que ! Parce que je suis un monstre, et que j'ai détruit tout ce qui se trouvait sur mon passage ! J'ai fait tant de choses ignobles, si ignobles qu'elles n'ont pas de nom, et que j'en fais des cauchemars chaque nuit ! J'ai tué des gens, des bonnes personnes, qui ne méritaient pas de mourir j'ai obéi aux ordres de mon père et de Voldemort, j'ai agi comme le plus sombre des crétins toute ma vie, j'ai gâché ta vie, et ton futur, j'ai ruiné des familles, je mérite de pourrir à Azkaban, je mérite que les Détraqueurs viennent prendre mon âme, je mérite de crever ! Et toi, tu viens me faire des excuses, pour m'avoir frappé, alors que c'est tout ce que je mérite ! Tu ne comprends pas ?

Il criait, hurlait, presque. Quel con, il allait réveiller l'école entière. Mais, il avait commencé, et ne pouvait s'arrêter, ne pouvait détacher ses yeux de ceux émeraude qui le dévisageaient sans rien dire.

- Tu ne comprends pas que je ne peux pas supporter que tu t'excuses après ce que j'ai fait ? Après tout ce que j'ai fait. Après la bataille. Après toutes ces années. J'ai servi du mauvais côté, j'ai cette fichue Marque des Ténèbres sur le bras, pour toute ma vie, je t'ai insulté, je t'ai craché dessus. Putain ! Je ne me suis jamais rebellé contre mon père, parce que j'étais trop faible ! Je ne l'ai jamais contredit, j'ai juste obéi, aveuglement, je l'ai écouté déblatérer pendant des heures sur des choses immondes. J'étais à la table du Seigneur des Ténèbres, Potter. Je suis un ennemi, tu comprends ? Je suis quelqu'un de détestable, et horrible, alors ne t'excuse plus jamais ! Je ne mérite pas tes excuses, je ne mérite pas d'être assis à côté de toi pacifiquement, je ne mérite pas que tu me parles sans me hurler dessus, je ne mérite même pas de revenir ici. Je suis… je suis… un monstre…

Les derniers mots furent murmurés, si bas qu'il douta que l'autre les ait entendus. Draco venait de vider son crâne de tout. Enfin, d'une bonne partie de ses pensées. Malheureusement, ce n'était pas à la bonne personne. Du tout, du tout. Et voilà… il avait, encore, merdé. Profondément. Il n'était vraiment qu'un incapable.

Il s'écroula de tout son poids contre le muret, bouffé par une intense envie de sauter par-dessus. Qu'est-ce que ça changerait après tout ? Il se sentait déjà mort de l'intérieur. Mort. Il ferma les yeux, posa sa tête contre ses genoux, ses bras autour, et se balança lentement d'avant en arrière, comme il le faisait quand il était petit, après que son père lui ait flanqué une raclée. C'était un peu comme s'il s'était flanqué une raclée à lui tout seul, dans un sens. Il avait l'impression qu'un vide immense le consumait, qu'un gouffre sans fond se formait dans sa poitrine, et que rien ne venait le combler. Il perdait l'équilibre, au-dessus de l'abysse, et que se passerait-il s'il tombait ? Que se passerait-il s'il sautait… ?

Draco oubliait de respirer par moment, ça lui semblait si dur, ça faisait si mal, tout semblait dur, et tout faisait mal. Comme de l'acier. Tranchant. Pourquoi est-ce que tout était tranchant ? Putain. Est-ce qu'il était seul ? Il ne savait plus. Peut-être que l'autre était parti, qu'il avait pris peur devant sa folie certaine, qu'il avait pris ses jambes à son cou. Peut-être que Rusard allait monter d'une minute à l'autre pour le foutre en retenue parce qu'il avait hurlé comme un dément. Est-ce qu'il était vraiment devenu fou ? Il pensait que oui. Tous ses sentiments en ébullition, rien de contrôlé, tout en désordre, sa tête qui le lançait, et les souvenirs qui dérapaient, les mots qui sortaient de sa bouche, les émeraudes qui transperçaient, la voix de son père, le serpent, le feu, les cris, putain ! Il brûlait de nouveau. Est-ce qu'il rêvait ? Non, il brûlait, il mourrait, comme dans ses cauchemars. Il revoyait, sous ses paupières, le château en flamme, les hurlements, la détresse, la peur, la confusion, l'horreur, les sorts qui fusaient de toutes parts, les jets de lumière de toutes les couleurs, cheveux roux, encore, et les yeux bruns, mais pourquoi avait-il fait ça ? Il ne savait pas, plus, avait-il jamais su ?

Une main sur son épaule. Draco sursauta violemment, et se redressa. Potter. Il était toujours là. Il le regardait étrangement, avec ses yeux si brillants, et des étoiles dedans, si verts et beaux.

- Drac… Je veux dire, Malfoy, commença Harry. Je ne pense pas que tu sois un monstre. Malgré toutes tes actions, aussi horribles soient-elles. Si ça te pose un si grand problème, je ne m'excuserais plus, promis. Et… je ne pense pas non plus que tu sois horrible. Ni que tu mérites de crever.

Le blond respira. Inspire, expire, une fois, inspire, expire, deux fois. Son cœur battait trop fort, toujours trop fort, mais ça faisait moins mal. Il ne pouvait quitter Potter du regard. Ses prunelles devaient avoir un pouvoir de guérison.

- Malfoy. Je… je n'avais jamais songé un seul instant que tu puisses te sentir si coupable, pour tout ça, la bataille, et le reste. Je… croyais que tu n'étais qu'un gamin immature, qui aimait faire du mal aux autres. Qui avait apprécié agir comme ça. Je ne vais pas m'excuser, d'accord ? Mais sache que tu n'es pas le seul à avoir fait des choses qu'il regrette. Je ne suis pas aussi parfait que j'en ai l'air.

- Je n'ai jamais dit que tu avais l'air parfait, fit Draco, à peine audible.

Le Gryffondor se mit à rire, doucement d'abord, puis un peu plus fort. Un rire qui perçait la nuit et faisait briller la lune. Ça résonnait. Le blond se dit que c'était probablement la chose la plus niaise qu'il n'avait jamais pensée, mais il ne le voyait pas autrement. Il le ressentait comme ça. C'était un rire qui allait plus loin que l'obscurité. Un rire qui lui faisait du bien, et il aurait donné beaucoup pour l'entendre, encore, et encore, toute la nuit durant. Même, toute la vie durant.

Quel sentimental il devenait à quatre heures du matin, il n'en revenait pas. Et dire que son premier cours de la journée commençait à huit heures tapantes – potions, de plus, partagé avec les rouges et ors. Et qu'il se trouvait ici. En haut de la tour d'astronomie, les joues mouillées de larmes qu'il n'avait pas senties coulées, les cordes vocales brûlantes d'avoir crié, écoutant le rire de Potter, qui le consolait.

Une situation des plus étranges.

Et, pourtant, il n'aurait voulu pour rien au monde que le moment s'arrête.