Fugue

Le circuit de détournement qui limite ses mouvements dans le vaisseau du Docteur n'est pas la seule chose qui l'emprisonne. Il porte aussi un collier : un cercle de métal argenté et mat assez fin et discret. Pour celui qui ne connaît pas son usage, ça ressemble juste à un étrange bijou.

Le Docteur peut déterminer dans quels endroits du TARDIS il a le droit d'aller. Il peut aussi déterminer le rayon d'action du collier autour de la machine. S'il dépasse ces limites, l'objet commence à lui envoyer des petites décharges électriques, de plus en plus fortes au fur et à mesure qu'il s'éloigne et une alarme se déclenche sur la console. Et s'il continue, le collier se resserre et l'étrangle progressivement.

Pendant que Tegan et le Docteur partent en visites touristiques et qu'il est seul, il l'étudie longuement. Il n'est pas très serré, ce qui lui permet d'en voir la face interne en se mettant devant un miroir. En furetant, il a trouvé une épingle de couture dans la chambre de Tegan et a caché ce précieux outil dans la sienne.

La première chose à faire pour s'en débarrasser, c'est de trouver l'alarme qui existe sûrement quand on tente de le désactiver ou de l'ouvrir. Il ne tarde pas à savoir comment l'arrêter. Puis il cherche comment ouvrir le collier. Non pas l'éteindre, ça se verrait tout de suite, mais l'ouvrir pour pouvoir l'enlever. C'est seulement lorsqu'il est sûr de lui qu'à l'aide de l'épingle, il éteint l'alarme et ouvre le collier. Ça lui a pris du temps et a mobilisé toute son intelligence, mais il y est arrivé.

Il remet l'objet en place et remet l'alarme en route. Ce n'est pas encore le moment de faire ça.

Il exprime bientôt le désir de sortir du TARDIS. Voir un peu l'extérieur, se promener avec Tegan. Dans un endroit où peut voir du monde, une grande ville par exemple. Le Docteur se méfie. Le Maître ne fait jamais rien au hasard. Que manigance-t-il ? Il accepte cependant, le collier est totalement sûr après tout.

L'habitude est bientôt prise de ces flâneries "en amoureux" avec Tegan. Il se montre charmant. Ils vont dans des jardins, sur des marchés animés. Une petite station obligatoire dans un bon restaurant et c'est le retour dans le TARDIS. Une vraie lune de miel.

Chaque fois qu'ils vont dans un restaurant, il va aux toilettes et y reste plus ou moins longtemps. Cela inquiète un peu Tegan d'ailleurs. Elle se demande s'il n'a pas gardé des séquelles de son séjour à Lurk.

Aujourd'hui, la ville qu'ils visitent est particulièrement grande et grouillante d'une profusion de races différentes. Il fait son petit tour rituel aux toilettes du restaurant. Il s'attarde. Plus que d'habitude. Tegan commence à former dans sa tête des phrases qu'elle souhaite délicates pour lui demander s'il n'a pas des problèmes physiques dont il ne lui a pas parlé et l'inciter à aller voir un médecin.

Finalement, elle va voir ce qui se passe, parce qu'elle s'inquiète vraiment de son absence prolongée. Les toilettes donnent dans une sorte de débarras. Il n'y est pas. Étonnée, elle jette un coup d'œil aux alentours et aperçoit une porte entrouverte. Elle la pousse. Ça donne dans une cour. Quelqu'un a posé plusieurs caisses en bois contre un des murs qui ferment cette cour. Ça forme deux marches qui permettent de le franchir. Elle commence à soupçonner la vérité. En repassant par la pièce des toilettes, elle voit par terre un objet qui brille faiblement, un cercle de métal argenté et mat. Le collier.

Elle retourne immédiatement au TARDIS pour avertir le Docteur. Lorsqu'il la voit entrer, le visage défait, avec à la main le collier du Maître, il comprend qu'il avait raison de se méfier.

« Dire que je m'inquiétais pour lui, fait-elle avec amertume, et pendant ce temps, il ne faisait que préparer son évasion. »