Chapter 11 – Sweet memories ?
Le lendemain matin, après s'être préparée tout en réfléchissant à la drôle de situation dans laquelle elle s'était trouvée la veille, Elena téléphona à Teller-Morrow pour savoir si quelqu'un pouvait lui amener sa voiture, qui apparemment était prête. Ce fut Jax qui répondit, et la jeune fille soupira de soulagement : elle n'était pas tombée sur Gemma. Le jeune homme lui dit qu'il allait envoyer quelqu'un, et elle se surprit à espérer que ce soit Juice.
Comme si quelqu'un l'avait entendue penser, ce fut le jeune portoricain qui gara le vieux tas de ferraille devant l'appartement. Elena sourit.
- J'espérais que c'était toi.
- Et c'est moi, répondit Juice en souriant à son tour. Pourquoi cet espoir ? Des souvenirs agréables ?
- Ne commence pas. Je voulais te parler. Gemma est venue ici hier soir. Elle voulait savoir ce qu'il y avait entre toi et moi. Je ne comprends pas non plus, ajouta la jeune fille devant le regard intigué de Juice. Est-ce qu'on peut faire quelque chose sans que le club intervienne dans la minute ?
- Quelque chose du genre ..?
- Arrête ! Sérieusement, elle sait. Et je ne suis pas sûre de savoir si c'est une bonne chose, ou pas.
- C'est rien du tout, Elena. Juste du Gemma, la rassura Juice d'une moue désinvolte. Aucune importance, tu t'inquiètes pour rien, fais moi confiance.
- Je ne m'inquiète pas ! Je te tiens au courant, c'est tout. Excuse moi, mais voir la reine des bikers débarquer chez moi ne me met pas vraiment à l'aise.
- Je ne vois pas pourquoi. Tu n'as rien fait de mal. Enfin pas encore ...
Elena leva les yeux vers le visage amusé de Juice. Il avait raison, elle s'inquiétait de savoir ce qui allait finir par se passer tôt ou tard. Chassant ces pensées, elle proposa à Juice de le ramener au garage.
L'ambiance chaleureuse et fraternelle régnait toujours à TM, et ce jour là d'autant plus, puisque le club venait d'accueuillir un nouveau prospect, et ses amis bikers se faisaient une joie de le rendre dingue. Juice sourit.
- Des souvenirs agréables ? Ironisa Elena
Son sourire s'évapora quand elle aperçu Gemma sortir du bureau, et la jeune fille se cacha derrière Juice.
- Tu sais qu'elle t'as vue ?
- Tais toi.
Le jeune homme se retourna pour faire face à la petite brune.
- J'ai vraiment du mal à te comprendre.
Elle secoua la tête, et se rendit au bureau pour régler les frais. Elle frappa à la porte, mais ne reçut pas de réponse. Elle passa la tête dans l'ouverture de la porte afin de chercher Gemma. Celle-ci venait juste d'entrer au clubhouse, suivie de près par Juice.
- Elena t'attend au bureau, Gem.
- J'y vais. Tu es revenu avec elle ?
- Oui. Mais ça n'a aucune importance. Tu lui fait peur, tu sais.
- Je sais, répondit Gemma d'un ton amusé. Elle est mignonne.
- Quoi ? répliqua Juice tout aussi amusé. Qu'est-ce que tu viens juste de dire ?
- Tu as très bien entendu. Allez file, les autres t'attendent.
Juice répondit par un de ses fameux sourires, et rejoignit les autres à la table, tandis que Gemma sortit. Elle trouva Elena assise à la table en bois, en train de fumer.
- Vous en voulez une ? Interrogea la jeune fille.
- Si tu le propose ...
Gemma prit la cigarette, et fuma en silence sous l'oeil méfiant de la jeune portoricaine.
- Comment tu vas ? Demanda la régulière.
- Comme d'habitude. Je mène ma petite existence tranquille.
- Des nouvelles de ta famille ?
- Je n'ai plus de famille. Je me débrouille sans, et ça fonctionne.
- Ici nous sommes une famille, lança Gemma après une longue réflexion.
- Pourquoi vous me dites ça ?
- Je ne sais pas, au cas où. Ce n'est jamais agréable d'être seule.
- Je n'ai pas besoin d'aide.
- Je ne te parle pas d'aide, mais de soutient. Dans ce clubhouse, il n'y a pas que la table, les bikers et les putes. Il y a des membres, qui prennent soin les uns des autres, et sont protégés. Et ne me dis pas que tu n'a pas besoin de protection.
- Pourtant c'est le cas. Je vous l'ai dit, je me débrouille, et plutôt bien.
- Tu as l'air d'avoir raison, mais jusqu'à quand ? On ne sait jamais quand on peut avoir besoin de quelqu'un à ses côtés. Ce n'est pas mon genre de recueillir les orphelins, mais je dois l'avouer, tu as quelque chose, et je ne voudrais pas qu'il t'arrive malheur. Et sans parler de protection, tu pourrais vouloir de la compagnie.
- Ça, je l'avais vu venir.
- Il peut en avoir besoin aussi ...
- Ça ne vous regarde pas. Mais je veux bien écouter la suite, si ça peut vous faire plaisir.
- Tout le monde n'est pas taillé pour ce genre de vie. Je connais ce regard qu'il a chaque fois qu'il est question de la petite Elena. Mon fils avait le même. Une sorte de coup de foudre, de ceux auquels on ne croit pas. Qu'on essaie d'ignorer, mais on ne peut pas.
- Un Roméo et Juliette moderne, hein ..? Ça a du mal se terminer pour votre fils si vous m'en parlez. Qu'est ce qui c'est passé ?
- Elle est partie il y a quelques années
- Merde. Pourquoi ?
- Elle n'était pas taillée pour ce genre de vie, je suppose.
- Mais c'est quoi, ce genre de vie ?
- Viens.
Elles entrèrent dans le bâtiment au moment même où le club sortait d'un vote. Aussitôt, les membres se dirigèrent vers le bar, tenu par deux brunes assez peu habillées. Celles-ci, ainsi que les autres filles dans tous les coins saluèrent Gemma d'un signe de tête. Elle était vraiment la reine. Clay fumait un de ses cigares, tandis qu'un barbu s'allumait une cigarette. Une blonde enceinte appela Jax. Sûrement sa régulière, pensa Elena. Une femme plutôt jolie, mais qui avait l'air complètement perdue. On dirait une camée. La jeune portoricaine posa les yeux sur les portraits accrochés au mur. Même Juice, lui qui semble être incapable de faire du mal à qui que ce soit. Ce dernier se glissa furtivement derrière elle.
- Tu es toujours là, fit-il remarquer, la faisant sortir de ses pensées.
- Je ne lui fais plus peur, je crois, ironisa Gemma avant de les laisser.
- Tu lui as dit ! S'énerva la petite brune en donnant un coup sur l'épaule du jeune homme.
- Bien sûr que non, lui répondit-il en souriant.
Elena sourit à son tour.
- Arrête de sourire. Elle nous regarde.
- Tu ressemble à une ado de quinze ans.
- Merci, ça me fait très plaisir. Je dois aller travailler, et payer aussi.
- Qu'est ce que tu faisais dehors, si tu n'as pas payé ?
- Gemma et moi avons discuté.
- Vraiment ? De quoi ?
- Tu n'as pas besoin de savoir. Il faut que je parte, ma patronne va me tuer.
- À plus tard alors.
- C'est ça. À plus tard.
Elena ne remit pas les pieds au garage de toute la semaine, ni les deux suivantes. Elle faisait ses journées de travail les unes après les autres, rentrait dans son petit appartement, et se retrouvait seule. Elle avait beaucoup réfléchi à ce que lui avait dit Gemma. Un coup de foudre, je ne suis pas aussi stupide! De toutes façons, c'est un biker, et j'ai 19 ans. Il ne peut en sortir rien de bon. Elle avait finalement décidé de s'éloigner un peu de Juice et du club, parce qu'elle savait qu'elle pouvait vivre sans. C'est un chouette type, je suis une fille cool, chacuns de notre côté. Pour une fois, elle allait écouter la voix de la raison.
Ce soir-là, la jeune femme n'était pas d'excellente humeur. Toute la journée elle avait fait n'importe quoi, renversé du café, confondu les commandes, envoyé balader les clients ... C'était ce qu'on pouvait réellement appeler une mauvaise journée, et cela n'allait pas aller en s'arrangeant. Vers la fin de son service, sa patronne lui demanda de rester et de faire la fermeture. Étant donné la journée qu'elle venait de faire, elle lui devait au moins ça. Elena accepta donc, à condition qu'elle ne soit pas seule. Jen demanda donc à son fils de rester, au grand désespoir de la jeune femme qui aurait préféré n'importe quel employé plutôt que lui. Il la mettait mal à l'aise, d'autant plus qu'ils n'avaient jamais rien à se dire.
La nuit commençait à peine à tomber, et la jeune latina était sur le qui-vive. Elle avait le ventre noué d'un trèss mauvais pressentiment, comme si quelque chose de terrible allait arriver. Il ne restait que quelques clients, une femme rousse d'une quarantaine d'années habillée d'un tailleur gris, et un couple avec deux enfants. Leur petite fille lui faisait penser à elle lorsqu'elle avait été plus jeune, une petite impertinente à la moue irrésistible. Elle se mit à penser à sa tragique histoire familiale, à son père resté à Puerto Rico, à sa mère et sa soeur probablement encore sous les griffes de cette brute ... Elle frissona des mauvais souvenirs qui remontèrent à la surface. Les ombres des hématomes se voyaient encore par endroits, et les blessures psychologiques étaient encore loin d'être cicatrisées.
Edison, qui l'observait depuis quelques minutes se rendit compte que quelque chose ne tournait pas rond.
- Est- ce que ça va ?
- Oui ! S' exclama Elena en relevant la tête. Je suis juste fatiguée.
- Je peux fermer seul, si tu veux rentrer.
- Non, je vais rester.
La clochette de la porte tinta, et les deux jeunes gens levèrent les yeux sur le nouvel arrivant.
- Je suis passé chez toi. J'ai cru qu'il t'étais arrivé quelque chose, lança Juice.
- C'est un problème ? Demanda Edison devant le regard perplexe de la jeune femme.
- Je m'occupe de ça. Allons dehors Juice. J'ai eu une journée pourrie, alors soit bref. Qu'est-ce que tu veux ?
- Des nouvelles. Tu n'as donné aucun signe de vie.
- J'étais très occupée. J'ai un travail, fatiguant parfois. Et tu n'as donné aucun signe non plus.
- C'est vrai, j'aurais pu. Comment tu vas ?
- Je suis épuisée, répondit-elle froidement.
- Je vois. Et ce gars ..?
- Le fils de ma patronne. Je voulais pas fermer seule.
- Tu as des ennuis ?
- Non, simple précaution, c'est tout.
- Je l'ai vu te ramener chez toi quand ta voiture était en panne.
- Une fois. C'est pas si important.
Bien que flattée par le semblant de jalousie qui émanait des propos de Juice, la jeune femme tentait tant bien que mal de rester froide envers le jeune biker.
- Je te dérange ? Demanda-t-il
- Non. Je ... J'essaie de mettre de la distance entre moi et ton club. Entre nous, continua-t-elle malgré le regard incrédule du portoricain.
- La dernière fois que j'ai fait ça, tu m'en as vraiment voulu.
- J'étais stupide. Tu avais raison, tu es un biker de 24 ans, et j'en ai seulement 19. Ce n'est pas une vie pour moi.
- C'est ce que Gemma t'a dit, n'est ce pas ?
- Elle m'a aidée à en prendre conscience.
- Si c'est ce que tu veux, se renferma le jeune homme. Si tu as besoin de moi, je serais peut-être là, ajouta-t-il en s'éloignant.
Elena se laissa tomber sur le banc tout proche. À la seconde où elle avait prononcé ces mots, auquels elle ne croyait pas elle-même, elle avait vu le regard de Juice s'éteindre, son sourire disparaître. Elle l'avait blessé, comme elle l'avait voulu, afin de s'éloigner. C'était ce qu'il fallait faire, tenta-t-elle de se convaincre.
Elle ferma le diner en compagnie d'Edison après le départ de la petite famille. Ils avaient l'air tellement heureux, dans leur petite bulle de vie confortable, qu'Elena se surprit à être jalouse de la femme.
Toujours aussi agacée par sa vie personnelle, elle démarra en trombe, et roula à vive allure jusqu'à chez elle. En chemin, son téléphone sonna.
- Qui m'appelle à cette heure ? Interrogea-t-elle à haute voix. Jen ? Peut-être. Juice peut-être ? J'en doute. Alba ? Possible. Si c'est pas elle, je devrais l'appeler tiens.
Elle se gara sur sa place habituelle, et s'empressa de s'enfermer dans son appartement. Elle n'aimait pas du tout être seule à cette heure. Elle prit son téléphone, et constata qu'elle avait un message vocal. Bizarre.
Elle s'installa sur le canapé avec la boîte de restes que lui avait donné Edison, et écouta le message.
" Elena ? J'espère que c'est toi. J'ai trouvé ton numéro dans le téléphone d'Alba. C'est Eli, son frère si t'as oublié. Enfin je pense pas. Bref. Je sais pas vraiment comment te dire ça, c'est assez délicat. Mais il faut que tu saches. Alba a ... enfin ... Elle est morte Len. Je ... Si tu pouvais rappeler, s'il te plait. "
