Une boîte de chocolats

Disclamer : James et Lily appartiennent à JK Rowling, je ne fais que les emprunter.

Résumé : La vie c'est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber...Pour ma part, je suis tombée sur la maladie... Maintenant, je souhaiterais lui prouver que je suis plus forte qu'elle... mais j'ai surtout envie de tomber sur un bon chocolat..fourré praliné. Mon préféré. Et si ce chocolat s'appelait James Potter ?

Note : Hey ! Oui une éternité que je n'ai pas publié un chapitre, j'en suis consciente... Malheureusement, je n'ai pas spécialement de raisons à fournir et je ne suis pas sure que cela vous intéresse ;) Bref petit topo du chapitre précédent en quelques mots : Lily est tombée malade, n'a pas pu se rendre aux réunions et donc revoir James, qui n'a pas dit son dernier mot. Il lui rend visite chez elle et ils s'embrassent. Nous reprenons ce chapitre quasi directement après cet événement ! Bonne lecture !

PS : Petite dédicace à Lutin de Cornouailles qui est venu prendre de mes nouvelles suite à cette longue absence. Elle m'a aidé à relancer la machine. Merci à toi^^


Chapitre 10

POV Lily

Le soir venu, je ressentais toujours une certaine fébrilité, au point que je crus à une rechute du syndrome infectieux qui m'avait habité ces derniers jours. Mais comme aucune asthénie ou céphalées n'accompagnaient ce sentiment fiévreux, je l'attribuais à une autre raison, bien plus agréable.

James m'avait embrassé. Plusieurs fois. J'avais même accepté qu'il laisse couler ses doigts dans ma courte chevelue honnie. A présent, je la verrais autrement. Son étreinte, douce et rassurante, avait enflammé ma peau fragile et j'eus l'impression de porter encore sa marque. Ces quelques baisers m'avait laissé pantoise, à fleur de peau. J'étais à la fois heureuse et rassurée d'être réceptive à toutes ces sensations, croyant bêtement que le traitement aurait pu détruire toute sensibilité corporelle, comme il avait affaibli mes autres sens. Je m'endormis sur ces pensées plutôt positives.


- Enfin ! S'exclama Miranda. Je ne le sentais pas pressé, ce brave garçon...

- Je te reconnais plutôt bien là, rétorquai-je en riant. Tu en aurais fait qu'une bouchée, insatiable que tu es !

Ma meilleure amie s'étouffa avec une gorgée de citronnade. Nous étions confortablement installées sur la terrasse des parents de Miranda. Les timides rayons de soleil de ce début d'été picotaient agréablement l'épiderme de mes épaules encore trop pâle. Allongée sur une chaise longue, un verre de citronnade glacé à la main, je ne pouvais que me sentir bien. Le matin, Katerine m'avait convaincu de sortir les bermudas et débardeurs du placard. J'avouai avoir été plutôt réticente à la proposition car consciente que mes bras et jambes ressemblaient plus à des baguettes qu'à des membres normaux. L'étrange échange qui suivit à ce sujet avec ma mère me laissait encore perplexe.

- Voyons Lily, reprendre du poids prend un certain temps, tu t'en doutes bien ! En attendant, tu ne vas pas te cacher derrière des sacs poubelles !

Devant le sentiment d'exaspération qui se lisait clairement sur son visage, je ne pus m'empêcher de rire. Un éclat tout autant spontané que déplacé. L'inquiétude de ma mère la rongeait tellement que je me permettais rarement de la remettre en cause.

- Qui sait, je pourrais peut-être lancer une nouvelle mode, dis-je d'un ton plus léger, pour ne pas l'offusquer davantage. Le Petit Sac Poubelle Noir, je trouve cela plutôt intéressant pour une publicité de créateur.

Katerine pinça les lèvres, visiblement partagée entres deux émotions. Elle comprenait depuis toujours que je cachais mon mal-être derrière une certaine dérision. Mon père état pareil. Rien que pour cela, je l'assumais entièrement.

- Non, il ne s'agit pas que de cela ! Regarde autour de toi, dans la rue, toutes les autres adolescentes...Tantôt mince, tantôt plus rondelettes, avec ou sans piercing, cheveux longs ou rasés sur le côté, style gothique ou garçon manqué. Bref. Toi, tu es rousse, les cheveux courts, le corps plutôt menu, pâle et au fond en quoi es-tu différente ? Si tu souhaites ne plus être stigmatisée, agis et comporte-toi normalement. La maladie est loin maintenant, cache-la au fond de l'armoire et pour l'amour de ce dieu qui n'existe pas, enfile-moi ces fichus vêtements !

Elle attrapa alors un long short couleur corail et un débardeur à bretelles dentelées beige dans ma petite commode et me les fourra précipitamment dans les mains. Je restai interdite, les bras ballants, portant des vêtements qui semblaient avoir appartenu à une autre vie. J'ouvris la bouche pour répondre mais ma mère me coupa dans mon élan.

- Lily, je pense que tout est dit. J'ai conscience que je suis ridicule et dérisoire avec ces histoires. C'est juste que je ne supporte plus t'entendre te dénigrer. Tu es magnifique, quelque soit l'apparence de tes jambes ou tes cheveux... Je vois enfin à nouveau une petite étincelle dans ton regard. Et est-ce que tu as remarqué comment James te regardait ? Cela vaut que je me donne en spectacle pour deux morceaux de tissu.

Mes joues prirent sans doute une jolie teinte rosée et l'image de James m'embrassant envahit fugacement mon esprit. La sensation de ses mains glissant dans mes cheveux et mon cou me fit agréablement frissonner. Cependant, j'oubliai que je n'étais pas seule. Avec un certain plaisir, je vis que le visage de Katerine s'était détendu et je la soupçonnai soudainement d'avoir deviné mes petites écartades avec James.

- Je ne préfère même pas connaître ce qui vient de traverser tes pensées, dit-elle en secouant la tête. Bon habille-toi, le déjeuner est bientôt prêt, ton père a promis de rentrer pour midi.

A peine deux heures plus tard, revêtue à la guise de Katerine, je rejoignais ma meilleure amie sur sa terrasse, qui s'impatientait d'entendre les derniers détails de l'histoire avec James. Le harcèlement téléphonique ne fonctionnant pas avec moi, elle avait souhaité que je vienne passer un petit moment auprès d'elle.

- Je ne suis pas si gourmande, tu exagères ! Riposta Miranda à ma dernière boutade. Je sais simplement profiter des bonnes occasions lorsqu'elles se présentent. Bref là n'est pas le sujet, raconte-moi tout et n'omet aucun élément surtout !

- Bon sang Mimi, je n'ai rien de plus à te dire, nous nous sommes embrassés et maintenant j'attends de ses nouvelles...

Ma phrase se termina dans un marmonnement, qui trahissait un certain désarroi.

- Quoi ?! Il ne t'a pas écrit depuis hier après-midi ? S'exclama-t-elle, en proie d'une agitation qui lui permit de se renverser de la citronnade dans son décolleté.

J'éclatais de rire devant sa maladresse, principalement pour cacher mon embarras. Miranda attrapa une serviette en papier sur la petite table basse qui se trouvait entre nos deux chaises longues. Elle s'épongea rapidement et prit la sage décision de poser son verre.

- Je crois que c'est plus raisonnable d'attendre la fin de cette conversation avant d'avoir le loisir de siroter cette citronnade, il en va de ma sécurité personnelle. Si je me déshydrate, je te désignerais comme coupable.

- La déshydratation emmenant la confusion, personne ne te croira hé hé, répondis-je, affichant un petit sourire narquois.

- Une fois de plus, tu noies le poisson... Donc James ne t'a pas écrit depuis hier ?

J'opinai silencieusement d'un signe de la tête. Prononcer la chose à voix haute la rendait encore plus concrète.

- Ce garçon est tellement cliché en fait, souligna Miranda en soupirant.

J'ignorais ce qu'elle sous-entendait exactement avec son expression « garçon cliché », je n'avais pas assez d'expérience dans le domaine. Tout comme je n'expliquais pas le silence de James. J'avais pourtant eu la sensation qu'il avait apprécié nos moments ensemble tout autant que moi. Il m'avait promis une autre invitation que j'attendais toujours. Certes, un bon coup de froid inexpliqué m'avait cloué au lit entre temps... Excuse minable, je le concède.

- Et toi, tu as essayé de le joindre de ton côté ?

- Non je n'ai pas osé..., j'avouai, penaude.

Je préférai boire une autre gorgée de citronnade, m'évitant ainsi de proférer une nouvelle parole qui creuserait un trou plus profond que celui dans lequel je me trouvais déjà. Sage décision car je vis à l'expression du visage de ma meilleure amie que j'avais commis un sacrilège. Elle secoua la tête, visiblement désespérée pour moi.

- Hmm je vois... Quand deux maladroits sentimentaux se rencontrent, nous avons une Lily et un James qui s'attendent mutuellement sans oser faire le premier pas, de crainte que l'autre parte en courant. Tellement mignon !

Je fus heureuse que mes lunettes de soleil dissimulent l'étonnement de mon regard. Mignon ou pas, cela ne résolvait pas le problème.

- Tu craques mon amie... Exposée ainsi, la situation est plus risible qu'autre chose.

- Je n'aurais pas employé ce terme, tu exagères. Je dis simplement que c'est tellement rare que des jeunes de notre âge...

- Miranda, tu parles comme une mamie là !

- Laisse-moi finir Chipie. Donc je disais que maintenant les jeunes se comportent plus comme des animaux à se sauter dessus plutôt que des êtres humains responsables. Il fallait que j'ose la sortir celle-ci...

Elle me regarda, surprise par ces propres paroles, et nous éclatâmes de rire ensemble. Je connaissais parfaitement Miranda. Elle avait soif d'aventure concernant les garçons, dépassant parfois le comportement raisonnable. Ses limites n'étaient pas les mêmes que les miennes, et inconsciemment, je l'enviais pour cela. Elle osait, parfois n'agissant plus comme un être humain responsable. Elle avait surtout profité de la liberté que lui offrait sa scolarité en Irlande. Qui l'en blâmerait ?

- Je te rappelle que James a quelques années de plus que nous, je repris, après nous être difficilement calmées.

- Justement, il aurait pu profiter de la situation. Certes, il a ce côté cliché mais je le trouve plutôt respectueux vis-à-vis de toi.

- Oui tellement, qu'il n'ose même plus me donner de ses nouvelles ! Je marmonnai malgré moi.

Je me sentais vulnérable et trop affectée par cette situation.

- Tu as fait de même de ton côté, remarqua judicieusement ma meilleur amie. Tu veux connaître mon avis sur la question ?

- Je t'en prie, je suis là pour ça après tout...

Miranda dispersa superbement mon ironie d'un effet de main et plongea son regard dans le mien, après avoir retiré nos lunettes de soleil respectives. Je lus une tendresse évidente dans ses yeux.

- Vous vous plaisez, c'est indéniable. Il te l'a dit et montré hier d'une manière plutôt convaincante. Toi, de ton côté, tu as peur. Je dirais que c'est normal mais si je peux te donner un conseil, laisse-toi aller, prends les choses comme elles viennent, sans trop réfléchir. Tu ne pourras jamais avoir le contrôle sur tous les aspects de ta vie, notamment sur celui-ci. Ne laisse pas passer cette occasion d'être heureuse parce que tu doutes, d'accord ?

Je sentis une vague d'émotions, surtout d'amour, m'envahir et me serrer le gorge.

- Depuis quand es-tu devenue aussi mature ? Je demandai en plaisantant, la voix légèrement rauque.

Miranda m'offrit un sourire gêné. Elle se lev a de sa chaise longue, venant s'asseoir à mes côtés. Je lui laissé une petite place, accueillant avec plaisir sa chaleur familière. De nombreuses fois, nous avions dormi dans le même lit lorsque nous étions enfant. Sa tête se logea contre mon épaule, sa main attrapa la mienne.

- Je n'étais pas auprès de toi ces derniers mois Lily mais pour autant la situation m'a beaucoup fait réfléchir. Finalement le vie est beaucoup trop courte pour que nous perdions trop de temps à tergiverser. Tu te souviens quand ma grand-mère m'offrait des chocolats pour Noël quand j'étais enfant ?

- Comment oublier, nous mangions la boite entière, à nous en rendre malade. A chaque emballage coloré ouvert, j'espérais tomber sur un chocolat fourré à la praline, mon préféré. Je devais avoir l'instinct, j'en piochais très souvent. Mais pourquoi tu me parles de cela ?

- Pardonne-moi l'image mais imagine que James soit ce chocolat à la praline tant espéré et que tu aies eu l'instinct de tomber dessus au bon moment ?

La représentation du garçon brun emballé dans un papier bigarré m'amusa beaucoup. Je serrais fort la main de mon amie.

- Miranda, je ne sais pas ce que je ferais sans toi..., je murmurai à son oreille.

Je devinai aisément qu'un sourire éclairait son beau visage.

Le soir-même, blottie au fond de mon lit, j'envoyais un message à James, qui j'espérais, saurait comprendre les promesses que j'avais soigneusement (et timidement) cachées derrière.


Je retrouvai James que le lendemain soir, après la réunion à la bibliothèque. J'avais sciemment renoncé à m'y rendre, préférant le voir en privé avant plutôt que de l'affronter publiquement où j'étais certaine que mes sentiments se liraient sur mon visage. Je n'étais pas amoureuse de James, mais le voir, lire ses messages tendres et drôles à la fois, écouter sa voix grave me faisaient sentir tout autre. Cela se traduisait par des fourmillements qui depuis deux jours me chatouillaient agréablement les entrailles. Toutes ces sensations ne m'étaient pas inconnue mais jamais elles ne m'avaient envahi aussi pleinement et surtout aussi rapidement. Après tout, je connaissais James depuis quelques semaines et je ne l'avais vu que trop rarement. Alors pourquoi un tel engouement ?

Au fond de moi, je l'ignorais. Il me plaisait, c'est tout. Il me trouvait belle, intrigante. J'étais curieuse de découvrir s'il cachait réellement un cœur de praline en lui.

Vêtue d'une petite robe en jean, les yeux légèrement maquillés, je me surprenais à vouloir lui plaire. Vainement, je suppose. Il m'avait déjà aperçu faible, le regard fatigué, lovée dans mes magnifiques pyjamas.

Je pénétrai dans la salle de réunion quand le groupe fut principalement éparpillé à l'extérieur. Simon me salua, ses habituelles lunettes noires posées négligemment sur le dessus de sa tête. Son iris blanche ne me choqua pas. Je repensai alors au laïus de ma mère. Quelle différence entre le regard de Simon et l'oreille d'un adolescent traumatisée par un écarteur ? Aucune à mon avis, chacun sa particularité.

- Hey Lily, ça fait longtemps que l'on n'a pas vu ta jolie frimousse ! S'exclama-t-il, m'assénant une petite tape sur l 'épaule.

Je fus surprise qu'il se souvienne ainsi de moi. Peut-être étions-nous plus attentifs concernant les uns et les autres, de part notre histoire personnelle. Je lui répondis par une légère pression sur son bras.

- Oui, j'avoue, je n'étais pas en grande forme ces derniers jours... tellement que le lit est devenu mon meilleur ami, c'est dire.

- Et pourtant je te trouve rayonnante, rétorque Simon, un sourire éclairant son visage encore juvénile. J'espère que tu seras présente la prochaine fois.

- Promis, je répondis, me sentant bêtement rougir, même si j'aimais l'idée que l'on me trouve rayonnante.

Son œil valide s'inclina malicieusement. Nous échangeâmes encore quelques banalités et il finit par quitter la pièce. Il ne restait plus que James et moi, les autres avaient dû partir pendant ma discussion avec Simon. Timidement je le rejoignis, ne sachant finalement plus quelle attitude adopter. Son sourire tendre me donna confiance.

- Est-ce que je peux ? Demanda-t-il, nouant ses doigts dans les miens.

J'acquiesçai, comprenant d'un simple regard ce qu'il désirait. Mon cœur battait fort, j'avais plus qu'envie d'embrasser James Potter. Je fus de nouveau enivrée par ses lèvres chaudes contre les miennes, tellement que je pris l'initiative que ce baiser s'éternise à ma convenance. Cela sembla plaire à James, qui renforça son étreinte. Il finit par s'éloigner de moi, le souffle court. Je devinais mes joues rosies par l'émotion. Gênée, j'enfouis mon visage dans le creux de son cou. Il sentait la fraîcheur, sans que je puisse réellement définir le parfum. Lui, fut plus malin.

- Essence de rose ?

- Je vois que Monsieur a l'ouïe fine, répliquai-je en riant. J'avoue avoir fait un petit effort.

Le petit flacon d'essence de rose, offert par Katerine lors de mon quinzième anniversaire, ne servait que très rarement. J'adorais cette senteur mais je préférais l'utiliser que pour des occasions particulières. A vrai dire, j'ignorais ce qui m'avait pris d'en mettre quelques gouttes dans mes cheveux juste avant de partir pour retrouver James. Une occasion particulière peut-être. Hmm.

- A ta place, je ferais attention, je vais prendre goût à toutes ces petites délicatesses...

Je haussai les épaules. Pour l'instant, il se contentait de peu. Cela me convenait. Je n'avais pas grand chose de plus à lui offrir pour le moment.

- Je pense être la hauteur de cette attente alors, je dis en m'écartant de ses bras.

- Je ne suis pas inquiet, si cela peut te rassurer...

Ses doigts glissèrent tendrement dans mes cheveux, confirmant ainsi ses paroles. Je fermai les yeux au contact, j'aimais vraiment ce geste.

- Sinon, souhaites-tu un indice alors ? Demanda-t-il, après un court silence.

La veille au soir, pendant notre longue conversation via messages téléphoniques, nous avions décidé, d'abord en plaisantant, de nous connaître à travers des petits jeux ou énigmes amusants. L'idée de James et elle m'avait plu. Notre rencontre ne donnait pas dans le traditionnel, la suite ne pouvait déroger à cette règle. La première énigme reposait sur l'endroit où nous adorions aller lorsque nous étions enfant. Formuler l'indice m'avait trituré l'esprit une bonne partie de la soirée. Ainsi je fus heureuse que James inaugure la partie. Il sortit de sa poche un morceau de papier coloré et brillant, plié en quatre.

- Pendant que tu réfléchis, je vais récupérer mes affaires dans l'annexe de la bibliothèque, déclara-t-il, un petit sourire malicieux éclairant ses traits fins.

Une écriture brouillonne s'étala sous mes yeux. Je n'en attendais pas moins de lui. Plutôt bien assorti à ses cheveux en bataille et son style vestimentaire plutôt décontracté.

Charlie et Willy n'ont qu'à bien se tenir, leur palais pourrait en être bien jaloux !

Je retournai le papier, plutôt perplexe. La couleur mordorée dominait, servant surtout de fond à un nom écrit en bleu turquoise que je ne pus déchiffrer car très abîmé. Le papier devait probablement être ancien. Cela m'était vaguement familier mais aucun tilt ne se fit dans mon esprit.

- Alors, une petite idée ? Demanda une voix masculine quelques instants plus tard.

- J'avoue que non, mais ce petit emballage ne m'est pas inconnu, répondis-je en désignant le support de l'indice.

- Venant d'une gourmande comme toi, cela ne m'étonne guère ! Aller en route, tu as encore tout le trajet pour méditer dessus.

Jamais le fait de traverser la ville ne m'avait paru aussi court. James ne chercha pas à attraper ma main et je lui en fus reconnaissante. Je n'étais pas encore prête. Pour moi, prendre la main relevait d'un geste intime, qui me demandait un peu de temps. A la place, il raconta pleins d'anecdotes sur son enfance au côté de ses amis. Je ris beaucoup. Je ressentais une légèreté qui ne m'était plus coutumière. Par conséquent, je n'eus guère le loisir de déchiffrer l'énigme. Soudainement, James s'arrêta devant une vieille boutique, fermée depuis des lustres au constat des nombreuses toiles d'araignées qui ornaient la devanture. « Les Gourmandises de Jeanne » était inscrit sur la vitrine en lettres dorées et surtout très écaillées.

- Tu reconnais ? Me demanda James en souriant.

Un déclic se fit dans ma tête. Évidemment... les papiers de chocolats colorés, les bonbons acidulés nichés dans une petite bourse en tissu... Mon père en parlait très souvent. Les Gourmandises de Jeanne était bien réputée dans toute la ville, tout le monde connaissait... Sans évoquer la fameuse Jeanne. Une petite femme aux formes généreuses, disait Charles avec malice. La boutique avait fermée lorsque j'étais enfant. Aucun commerçant ne l'avait reprise, au grand regret des habitués.

- Mais cette confiserie a fermé il y a des années, comment tu as pu t'en souvenir ? M'exclamai-je, un brin jalouse de ne pas avoir eu le loisir de goûter à toutes ces gourmandises.

- Parce que je connais Jeanne tout simplement, elle fait partie de ma vie depuis plusieurs années maintenant, répondit-il du tac au tac, un large sourire éclairant son visage. Je ne t'ai pas dit que j'avais des origines françaises du côté de ma mère ?

Le sujet avait déjà été abordé, effectivement. Mais je ne voyais toujours pas le rapport. Mon sentiment de perplexité dû se lire sur mon visage car James éclata de rire.

- Jeanne est ma grand-mère, cette boutique était son petit bijou, elle y a consacré toute sa vie.

J'en restais bouche bée. Le monde était si petit finalement. Dans ma tête, j'avais l'image nette de mon père évoquant les gourmandises de Jeanne avec une certaine nostalgie. Charles avait grandi dans cette ville. Il nous racontait à chaque Noël, au grand dam de ma mère, que tous les chocolats de son enfance provenaient de cette confiserie. Maintenant, je craquais littéralement pour le petit-fils de Jeanne. La vie, une vraie boite de chocolat, comme dirait ce brave Forrest Gump.

- Je te fais visiter ? Reprit James, en sortant une vieille clé en cuivre. Les murs appartiennent toujours à ma grand-mère, elle a toujours refusé qu'ils soient revendus à la ville pour en faire des commerces quelconques et éphémères.

- Volontiers, je dis sincèrement, curieuse de découvrir cette antique boutique.

James ouvrit la grande porte, qui grinça sous le poids de son inactivité des dernières années. Une odeur de poussière prononcée nous prit tous les deux et j'éternuai. Mes poumons sensibles n'aimèrent pas trop la sensation. Quand l'odeur s'imprégna en nous, je pus enfin admirer le décor. Une grande pièce, très boisée, s'étalait sous mes yeux. Chaque pan de mur était occupé par plusieurs étagères en bois d'ébène, sur lesquelles reposaient encore de nombreuses bonbonnières en verre. Deux îlots, en bois également, trônaient au milieu de la confiserie. L'un deux accueillait encore une vieille caisse en fer. J'imaginais avec amusement les doigts généreux de Jeanne tapoter sur les touches avec ferveur. James sembla deviner mes pensées.

- La caisse enregistreuse a été inaugurée avec la boutique dans les années 60. Elle a été remplacée par une machine beaucoup plus récente mais Jeanne n'a jamais pu se résoudre à s'en séparer. Mon grand-père a cédé à son caprice et la caisse est restée en décoration.

- Je la trouve très belle, soufflai-je, en m'approchant de l'objet.

Elle était couverte d'une épaisse couche de poussière, que je n'osai pas remuer. Je me contentai de mes yeux pour admirer la vieille machine. Un vrai collectionneur serait prêt à débourser une coquette somme pour l'acquérir.

- Mon père lui sous-entend souvent de se débarrasser de toutes ces vieilleries, reprit James en désignant la pièce de manière générale. Mais comme toute bonne personne âgée, elle est très attachée à ses babioles.

- Je peux la comprendre, je pense qu'il est toujours difficile de renoncer à toute une partie de sa vie comme ça. Mon père sera malheureux comme les pierres le jour où il léguera son cabinet médical même s'il ne le reconnaîtra jamais.

James émit un petit rire. Sa main attrapa la mienne, qu'il serra légèrement.

- Tu t'entendrais à merveille avec ma grand-mère, j'en suis sûr. Mais pour mon confort et celui de mon père, je vais attendre un peu avant de te la présenter.

L'ironie se devinait aisément derrière ses paroles mais je ne pus m'empêcher de rougir. Il était bien trop tôt pour que je rencontre sa famille, je n'étais pas prête. Bon en soi, il connaissait déjà ma mère.. mais ce n'était pas pareil, voilà tout ! James perçut ma gêne et il cessa de rire.

- Ne t'inquiète pas, nous avons tout le temps pour cela, dit-il doucement, avant de poser ses lèvres sur mon front. Supporter Sirius sera déjà une grande étape, chaque chose à la fois.

- Sympa pour ton meilleur pote, marmonnai-je, en me serrant contre lui.

Je me surprenais à chaque instant à aimer le moindre contact avec lui. Je n'étais pas particulièrement tactile, supportant assez mal qu'une personne que je connaissais très peu me « touche », même de manière correcte ou amicale. Je tolérais uniquement les câlins de Katerine et Miranda. Mon père, souvent caché derrière une montagne de pudeur, m'approchait rarement. Je ne doutais absolument pas de qui j'avais hérité ce côté un peu sauvage.

- Nous en reparlerons dans quelques soirées ! Sinon, j'ai une dernière surprise pour toi, elle fait partie des lieux.

James désigna une étagère en bois, sur le pan de mur au fond de la boutique. Me dégageant de son étreinte, je m'approchai et vis une des grandes bonbonnières remplie de friandises colorées. Je reconnus sans difficulté ce qu'elles contenaient. Mon cœur se mit à battre très fort. J'ouvris le bocal et attrapai un des chocolats. Comme une enfant, je déchirai l'emballage et glissai la sucrerie sur ma langue. Depuis combien de temps n'en avais-je pas mangé finalement ? Une éternité certainement. Le goût de la praline envahit ma bouche et je me sentis fondre comme elle. Je me tournai vers James, qui semblait content de son petit effet.

- Ma grand-mère en fabrique toujours, dans un petit coin de notre cuisine. J'ai pensé que cela pourrait te plaire.

En guise de réponse, je lui fis signe de s'approcher. Nous échangeâmes un long baiser chocolaté , qui semblait lui convenir tout à fait. Je ne savais pas dans quoi je m'embarquai mais cela me plaisait de plus en plus.