Il faut croire qu'on est mercredi. Très tôt le mercredi, mais mercredi quand même. Le titre de ce chapitre est honteusement emprunté à un film de Jean-Luc Godard et nous n'en avons rien à foutre, vils plagiaires que nous sommes. Merci pour vos reviews.

Batuk : Merci à toi. Contente que le précédent chapitre t'aie plu. La trame, elle va bouger, j'en dis pas plus…

Del : Ahah ce genre de personnes dont tu parles, ça ressemble à de la perversion narcissique. Le pervers narcissique ne ressent rien et n'a ni regrets ni remords, je ne pense pas que ce soit tout à fait le cas de Fleur D. Manipulatrice, oui, « saloperie ambulante », comme dit Hermione, certainement, mais pas perverse affreuse et sanguinaire, je ne crois pas. Enfin, je trouve à ce récit beaucoup de défauts, mais ce personnage, je crois que je le tiens bien. Fleur D, elle va pas aller en se simplifiant sur la suite, c'est tout ce que je peux dire. Merci beaucoup pour ta review.

Yaourt3 : Fleur serait-elle vraiment le personnage que j'en aie fait si elle n'était pas si dure ? -) C'est un peu le personnage qu'on adore détester, je crois. Merci beaucoup pour ta review, voilà la suite.


CHAPITRE 11 : Le mépris

- Hé ! Sortez de là ! Je veux me laver les mains moi !

Garry regarde Ahlem d'un air soupçonneux.

- Te laver les mains, te laver les mains, tu veux t'exploser le nez, oui ! Si tu veux t'as les chiottes de libres, tu me donne mal à la tête.

- Mal à la tête ? Moi je te donne mal à la tête ? Hein ? Quoi ! Sortez, merde !

Garry prend Ahlem par le bras.

- Vas-y lâche moi putain.

- Laisses. T'auras pas la salle de bains.

- Non mais y a qui là dedans à la fin quoi merde !

- Y a Fleur et Sandi, y en a pour un moment, viens.

Garry attire la jeune fille à lui et ils filent vers les toilettes. Pendant ce temps là, dans la salle de bains, Fleur se sèche les épaules avec une grande serviette sous le regard vitreux d'une fille squelettique, blonde comme Shana.

- Tout va bien ? pépie-t-elle.

- Ouais, ouais… marmonne Fleur.

Le corps de Fleur est pris d'une convulsion, et la musique s'infuse dans la salle de bains.

- Je me rhabille ? s'inquiète la blonde.

- Tu fais ce que tu veux… égrène Fleur. Allô ?

Elle s'est traînée sur le carrelage pour extirper son téléphone de son jean, roulé en boule par terre.

- Granger ? C'est toi ?

- Granger hihi ! Granger c'est quoi ça Granger ! pouffe la blonde.

D'un regard noir de khôl, Fleur lui fait signe de dégager. Sandi ramasse donc son string, qui est dans la baignoire, et se barre. Fleur enveloppée dans sa serviette se précipite tout de suite pour refermer la salle de bains à clés sur elle-même et pour monter le chauffage d'un cran.

- Probablement parce que personne ne m'appelle jamais Delacour. raille-t-elle alors dans son téléphone, bien à l'abri de sa salle de bains. D'ailleurs à ce propos, pourquoi tu m'appelles ?

….

- Alors là, celle là, elle est pas mal. Y a un monde fou chez moi mais si tu veux tu peux passer. Tu te prends un verre et tu te poses là, j'ai rien de mieux à te dire.

….

- Ben oui c'est chez moi, tu croyais quoi, que c'était chez ma grand-mère ? Je ne déconne pas, Granger, amènes toi si ça te chantes. Ca va couper Granger. Tu t'amènes ou non ?

….

- Si t'as jamais vu pire, c'est triste. Bon, tu prends la Northern line, et tu descends à East Finchley, sortie 1. Tu tournes dans le boulevard à ta droite, et c'est le numéro 4. Tu sonnes, on t'ouvrira. A toute.

Fleur s'émerveille en raccrochant d'avoir réussi à se rappeler où elle habitait, et comment y accéder en métro. Elle chante, elle plane. Tête sous l'eau.

L'eau froide la ramène à la réalité, rire nerveux. C'est Granger qui vient de téléphoner, n'importe quoi. Vraiment, n'importe quoi.

Elle avise les rigoles noires sur ses joues, vestiges du passage sous l'eau qu'elle a fait avec Jenny, heu non, Sandi, et se débarrasse de ça sans douceur à coup de lait démaquillant, essore ses cheveux, les séche, réordonne le tout avec toutes les pinces à cheveux, chignon, et khôl noir de nouveau.

Ses cheveux sont mouillés à cause de ce qu'elle vient de faire. Elle redéfait le tout et les secoue d'avant en arrière. Sèche cheveux, pince à cheveux. Et un coup de laque, sinon ça tient pas. Le corps boursoufflé et rougi par l'eau chaude, elle veut réenfiler son pantalon et son haut gisants par terre, mais Sandi, cette pute, les a foutus dans l'eau, et il n'en reste rien. Il y a une robe d'été dans la petite armoire de la salle de bain. Elle est rouge, ça ira.

Elle met un soutif et un slip. Propres. Elle s'auto-congratule pour cette merveilleuse et riche idée consistant à ranger au moins un quart de ses fringues dans la salle de bain même. Elle s'enfile la robe par le haut, et manque de s'arracher des lambeaux de chair avec la fermeture éclair. Elle étouffe, confinée là dedans comme une sardine dans une boîte à l'huile. Une bouffée de chaleur lui monte aux joues, elle baisse le chauffage d'un cran, envie de se resecouer les cheveux, on verra ça plus tard : pas là, ça tient, ça bougera pas.

Elle se parfume, c'est toujours obligé.

Elle reste encore un petit moment, s'enquille un ou deux-trois dolipranes et ressort, pimpante, avenante et le sourire aux lèvres, à peine cernée sous les yeux bleus qu'elle s'efforce à chaque fois de rendre noirs.

- Va te faire foutre Granger. crache-t-elle par-dessus les basses.

On sonne à la porte, beaucoup beaucoup plus tard, juste le temps de reboire.

Elle va ouvrir le portail, pieds nus et robe rouge, elle guette le miroir à deux fois. Les gens riraient beaucoup si ils savaient, ce qu'elle y voit ne lui plaît pas toujours, à cause des plis aux coins des yeux des fois, à cause de certains types de lumières. Quand elle était mannequin, on voyait pas tout ça. Ca reste difficile.

Elle a traversé tout le jardin, il lui faut ça pour se rendre compte à quel point ça gueule, même depuis l'extérieur. Heureusement qu'il n'y a que des grosses baraques individuelles, dans ce quartier là. Personne pour gueuler en pyjama en agitant un balai-brosse.

Granger se tient devant le portail, jean sale baskets et pleins de trucs effilochés, t-shirt blanc défraichi, tâches rouges. Elle a un blouson roulé en boule à la main, et de l'autre elle traine un énorme sac. Fleur lui fait un bref signe de tête.

- Salut Granger.

Hermione sourit étrangement, plantée devant l'encadrement du portail.

- Salut.

Fleur laisse toujours rentrer à peu près tout et n'importe quoi chez elle.

Granger ressemble à un zombie, c'est le néant social en elle, rien n'indique une personne venue pour boire un verre où que ce soit ni avec qui que ce soit. Visage terne, blafard, un peu de sang séché coagulé autour du nez et de la bouche. Elle semble s'en rendre compte parce qu'elle porte sa main à cet endroit là, comme si elle ne s'en était même pas rendue compte avant.

- Je suis désolée. bredouille-t-elle. Je… Je me suis mise à saigner du nez dans le métro. Tu vois ça m'arrive parfois avec la chaleur, et là j'avais rien, j'avais pas de mouchoirs ni rien. Bon, quelqu'un m'a passé un mouchoir, mais un mouchoir c'est sec et je m'étais déjà tâchée. Et comme je n'ai pas de bouteille d'eau je…

Fleur la regarde d'un air détaché, absent, profondément blasé.

- C'est gore mais j'ai vu pire, et je m'en remettrais. Qu'est ce que c'est que ce sac ? Tu fais comme les vieux, tu as besoin de prendre toute ta maison avec toi à chaque fois que tu va quelque part ?

Hermione sourit bizarrement.

- En quelque sorte.

Fleur commence sérieusement à s'agacer, son empathie principalement inexistante ayant d'ailleurs des limites bien plus bornées que celles de la plupart des gens.

- Je ne comprendrais décidément jamais un traître mot de ce que tu racontes, Granger. La dernière fois tu me sors que tu as un mari et des enfants et du linge à laver comme excuse pour pas baiser avec moi, et maintenant tu me sous-entends que ta maison, c'est ce sac moche. Oui. Il est affreux.

Hermione cligne plusieurs fois des yeux, comme abasourdie.

- Mais… Qu'est ce que tu racontes ? J'ai rien dit du tout. Mais tu as raison, c'est vrai que j'ai une sale gueule. Je vais m'en aller. Bonne soirée, je te laisse à tes invités, y a du monde apparemment.

Elle va pour faire quelque pas en titubant dans la rue sous le poids du sac, Fleur sort sur le trottoir et la retient par le bras.

- Si tu as effectivement un mari et des enfants qui t'attendent et que tu t'es simplement tapée un mauvais trip spécial nettoyage estival en voulant transporter ta maison dans un sac après une gentille petite dispute conjugale, je m'en contre-escalade la balustrade mais alors à un point tu peux pas t'imaginer, et tu peux me faire à nouveau tes adieux sans le moindre problème.

Hermione se met à rigoler.

- Ce que tu peux être con, Delacour.

- Qu'est ce que tu fous là. Pourquoi tu m'as téléphoné ?

- Je sais pas, ça me manquait de me faire tyranniser en permanence, j'imagine. ironise Hermione. Et toi, pourquoi ce numéro de téléphone ?

Fleur émet un sourire crispé.

- Par jeu, comme avec tout le monde, j'y peux rien, c'est plus fort que moi. Mais apparemment vu la gueule que tu traine, excuse moi Granger, tu ne m'as pas appelée par rapport à la proposition que je t'aie faite, alors pourquoi ?

Hermione baisse les yeux par réflexe, s'en rend compte et les relève aussitôt.

- Je ne sais pas. avoue-t-elle franchement. Et honnêtement je trouve la situation extrêmement gênante et sans aucune cohérence. Ca me gêne. Je ne sais pas ce que je fous là. Je t'ai raconté des conneries la dernière fois. Je n'ai pas de mari, je n'ai pas d'enfants. J'ai juste un ex compagnon dont je viens de me séparer, il a des problèmes et il a gardé l'appartement. J'habite à l'hôtel depuis plus de deux mois, et chez des amis, et l'hôtel où j'étais n'a pas pu me prolonger ma chambre et je me suis fâchée avec les amis qui m'hébergeaient. Je suis dehors. D'où mon gros sac.

Fleur la regarde avec un certain mépris, ou quelque chose qui y ressemble.

- Tu veux crécher chez moi. C'est pour ça que t'es venue.

Hermione se fige sur le trottoir, les yeux bouffis de stupéfaction. Une partie d'elle lui hurle qu'elle a bien fait d'appeler Fleur D. Une autre pense aux souterrains du métro.

- Crois ce que tu veux, mais si tu me connaissais, tu saurais que je me permettrais pas. Mais si c'est encore une proposition, je t'avouerais qu'à presque minuit dehors, je ne suis pas en position de faire la difficile, et donc je veux bien ménager ton orgueil pour cette fois. Je te paierais la nuit. Même en nature, si tu veux.

Fleur ricane.

- Franchement, merci bien, je déconnais la dernière fois, et je n'en aie franchement plus aucune envie. Je peux me taper mieux que toi, tu ne le sais pas encore ? Tu payais combien, à l'hôtel ?

- J'étais dans un truc pas cher, ça dépassait pas les 200 livres par semaines, et ceux où je restais pas, j'ai jamais pu trouver en dessous de 50 livres la nuit.

- Alors demain matin, tu me devras 60 livres.

- 70.

- Ca marche. Bon, allez montons, ici c'est un quartier respectable et tu as une gueule à faire peur. En plus, je suis pieds nus et ça devient pénible.

Hermione la suit docilement, beaucoup moins mortifiée, mal à l'aise et honteuse qu'elle serait sensée l'être.

En entrant, elle est immédiatement frappée, non par un quelconque aspect luxueux qui n'existe franchement pas tant que ça, mais surtout par l'aspect très vaste du salon. Le reste ressemble à un recel de trous de souris dans deux interminables couloirs. C'est assez différent du fait de lire des statistiques sur le mètre carré dans les journaux. Elle découvre qu'elle n'en pense rien.

Il y a des gens partout. Des mecs torses nus, des filles en soutifs, des gens qui roulent des joints sur des tables, d'autres qui se déhanchent furieusement, lascivement, et là, en bas, à droite, la poudre. Blanche. Hermione détourne pudiquement le regard. Et ce son, assourdissant. Elle suit Fleur D, automatisée. Tout est de plein pied, il n'y a pas d'étage. Par contre, il y a des couloirs. Elles en empruntent un. Hermione aperçoit une porte grande ouverte à sa gauche, donnant sur une pièce semblant consister uniquement en un immense amas de manteaux et de sacs échoués sur un lit. Fleur ne l'arrête pas là. Hermione sent son épaule presque déboîtée par le sac, qui la cisaille à petits feux.

Cette délivrance est une bénédiction, Delacour ou pas. Après une pareille journée épouvantable, elle n'aurait espéré ni un lit, ni une douche. Elle ne sait pas trop. Elle aurait peut être fini chez Ron. Elle aurait eu peur, elle n'aurait touché à rien et elle aurait dormi par terre. Les ombres derrière la fenêtre. Hermione frissonne rien qu'en y pensant. Des gémissements plus qu'explicite lui parviennent d'une autre porte entrouverte. Un mec et une fille en train de baiser, évalue Hermione en apercevant vaguement deux silhouettes en train de s'agiter dans le noir. Fleur se contente de fermer la porte en passant et ne dit absolument rien. Hermione se sent vaguement troublée, en dépit de son état d'extrême fatigue. Elle voudrait simplement cesser, s'allonger et dormir sur le corps de Fleur D. Mais il faudrait que celle-ci se taise, et qu'elle n'ait pas ces mains qui la repoussent, tout le temps, sans trêve et sans répit. Elle ne cessera jamais de la repousser, ça n'en finira jamais, et maintenant il y a cette question d'argent et de mépris, et c'est définitivement mort. Fleur D l'arrête devant une porte semblable aux autres. Il y a de la moquette, un lit et une armoire, rien au mur, pas d'affaires. C'est ce qu'on appelle une « chambre d'amis », dans le jargon commun.

- Poses tes affaires là, et dors. dit Fleur. La salle de bains est tout au bout du couloir, et les chiottes avec. Enfin, je te conseille d'utiliser ceux du bout du couloir, ceux de l'autre côté sont accaparés par les gens, comme tu viens de le voir. Si tu veux prendre une douche, tu peux. Je vais te sortir une serviette.

- Non mais j'ai une serviette dans mon sac… proteste Hermione.

- Oh, ça va, fait pas chier. Donc, je te sors une serviette. Tu as la blanche. Sinon, tu as une brosse à dents Granger ?

- Ben oui quand même encore heureux ! proteste Hermione, pour le coup franchement vexée.

- Bon ben tant mieux. Parce que là pour le coup j'ai aucune brosse à dent neuve à te filer dans le coin. La dernière en date, quelqu'un a craché dessus, bref. Autre chose ?

- Heu… Il y a une sandwicherie, une pizzeria ou quelque chose comme ça dans le quartier ? Je peux ressortir aller me chercher un truc et resonner après ?

Fleur éclate de rire, un rire profondément humiliant.

- Non mais Granger, tu te crois où, ici à part des baraques de vieux riches en train de dormir et des allées de jardin, il n'y a rien du tout. Où alors faut aller chez le traiteur ou je ne sais quoi. Ou faire trois bornes.

- C'est bon merci. marmonne Hermione.

- Si tu as faim, dit Fleur, tu va dans le salon et tu tapes dans le buffet comme tout le monde. Ou alors si t'arrive à trouver la cuisine tu peux taper dans le frigo, pas la peine de demander, honnêtement je m'en tape, tu te dois franchement te douter que j'en suis pas à décréter une journée de deuil national pour trois bouts de fromage manquants.

- Merci, dit Hermione. Un indice pour la cuisine.

- Au fond à gauche, après la traversée du salon. dit Fleur. Enfin, ou à droite. Tout dépend du point de vue ou l'on se place.

- Merci. dit Hermione. Enfin, vraiment, merci pour tout ça. Sincèrement merci.

Fleur soupire bruyamment.

- Nan mais sérieusement, te fatigues pas. As-tu la plus petite idée du nombre de gens qui crèchent ici chez moi sans raison, et que je n'apprécie même pas particulièrement ? Ca représente rien pour moi, ça Granger. Rien. Fous-toi bien ça dans le crâne. Et en plus, je te fais payer. Je suis une ordure. Tu peux même écrire dans un journal universitaire gauchiste que je mange des enfants si ça te chante.

- Et bien merci quand même ! s'exclame Hermione, radieuse. Là pour le coup, tu m'as sauvé ma nuit.

Elle pose son sac à côté du grand lit et entreprend d'en extirper sa trousse de toilette en sifflotant, tandis que Fleur marmonne un « bon ben bonne nuit hein », avant de retourner plonger sa perplexité dans un demi reste de verre de vodka pomme abandonné par Garry et Ahlem en d'autres lieux moins calmes.


Aux quelques égarés qui brûlent de savoir de quel bord je suis, sachez qu'il est temps pour moi de le proclamer publiquement : aux élections de dimanche prochain, je vais voter Ron. On ne dirait pas comme ça mais l'air de rien, c'est un homme qui a toujours de bons tuyaux.

Louise Nargole