11- Les réalités du terrain

Et voilà la petite suite... espérant qu'elle vous plaise...

Un immense merci, de tout mon cœur, à nami84 et dussartkarine : vos commentaires, encouragements, critiques, idées et corrections me sont infiniment précieux

Merci à chacun et chacune (nami84, dussartkarine, Moone, Candice, Dona12, DNAnimus, Loony, Cleo, teddyursa et mes deux "Guest") pour vos commentaires. Sans ces petits mots, j'arrêterais... Vos reviews sont les fils qui animent nos mains sur le clavier, qui font naître les idées dans nos esprits, qui nous font tenir jusque tard dans la nuit pour vous inventer une suite, une aventure, un rebondissement... Si vous arrêtez, nous arrêtons... Alors merci pour votre soutien, il me touche profondément.

Plus légèrement, la rubriques "news" :

Oui, Moone, je veux ma biiiiise ! Et je t'en fais aussi ! J'adore les bisous, moi ! Et... je ne crois pas oser un jour des multi -crossover. Déjà si je m'aventure sur le "domaine" ce sera bien! Chapeau à toi, tu es aussi aventureuse que folle (je te décerne l'entonnoir de platine, et le droit de rejoindre le groupes des siphonnées)

Cléo, Loony, Dona12 : oui... vous avez raison de vous inquiéter de ces vilains vertiges... Candice, comme vous, comprends que ce n'est pas qu'un simple effet de la fatigue... Affaire à suivre...

Merci pour vos "compliments" pour Barcelone, j'en suis toute roooose ! Mais... je crois que je vais aller dans cette ville, quand les finances le permettront !

DNAnimus et Cléo : je suis d'accord avec vous, David rêve...! Non mais ooooh ! Faut pas pousser mémé dans les orties (sans sa culotte, en plus !)

Le petit rêve de Candice vous a plu ? Oui ? A moi aussi...!

à un certain Guest... Si.. la fiction a une suite... mais tu as lu et commenté le jour de la publication du nouveau chapitre et je ne peux te répondre par MP... Si tu veux la suite, à toi de venir les mercredis et samedis !

La fin du chapitre semble vous inquiéter un peu... Vous l'avez lu, c'est une mauvaise nouvelle qu'Antoine annonce à Candice, par téléphone... Ces résultats balistiques sont donc loin d'être rassurants... Loony : merci de ne pas m'assassiner. Surtout si tu veux la suite...(qui n'est écrite que jusqu'au chapitre 13...!la suite est en cours !)

Il me reste donc à vous souhaiter une excellente lecture. J'espère que y trouverez du plaisir... et le temps pour un petit comm' !


En quittant l'appartement, il se sentait fébrile, agité… et la sensation persista pendant tout le trajet. Ce ne fut qu'en garant sa moto devant le commissariat qu'il comprit. Il était anxieux… Il appréhendait de voir Candice. Un long soupir lui échappa… La semaine promettait de ne pas être simple.

Il s'arrêta au seuil de l'open-space, son ancienne salle de travail. L'équipe de la BSU était là, de retour. Au milieu, Candice, debout, la main posée sur un meuble. Un rayon de soleil s'accrochait à ses mèches, les transformant en une corolle flamboyante… Il perçut cet infime mouvement qui signifiait qu'elle venait de deviner sa présence… Elle se retourna, ses yeux bleus accrochant les siens. L'espace d'une seconde, il se crut revenu dans le passé, une semaine plus tôt. A peine une heure avant leur confrontation avec ce forcené…

- Bonjour Antoine, fit Candice

- Candice… Chrystelle, Meddhi… les salua-t-il à son tour

Il ne parvenait pas à s'exprimer davantage, comme paralysé. Son cœur se serrait du plaisir de voir Renoir autant que de la crainte qu'elle ne le repousse. Le temps semblait figé et Antoine ne se souvenait plus ce qu'il venait faire… Peut-être juste la regarder… ? Le soupir de Candice le tira se sa contemplation.

- Un souci ? Demanda-t-il

- Non… Non, non, j'étais dans mes pensées… Murmura la jeune femme en rosissant discrètement

Dumas en était attendri… Si seulement il pouvait la garder préservée de toute cette agitation, de cette affaire… L'enquête. Tout lui revint instantanément en mémoire. Ils devaient retrouver Camor et la Commissaire pour présenter la nouvelle organisation…

- OK… On peut aller à côté ? Attia et l'IGPN nous attendent… Déclara Antoine

Il fit demi-tour, maugréant intérieurement sur son incapacité à garder le contrôle de son esprit quand son ancienne supérieure était à portée de vue… Le capitaine laissa son confrère présenter la répartition des brigades sur les diverses affaires en cours. Il intervint sporadiquement, étayant les propos de l'agent de la « police des polices ». Son attention se déporta vers une certaine blonde… Cette dernière était trop immobile, trop silencieuse, pour que ce ne soit feint… Elle n'écoute pas… ! Fort de sa déduction, il maintint discrètement son observation. Renoir était assise, les jambes croisées, nonchalamment appuyée au dossier de sa chaise. Ses yeux semblaient rêveurs et l'ombre d'un sourire étirait ses lèvres. De temps à autre, elle opinait du chef ou bien son regard s'évadait vers la fenêtre, un de ses collègues ou le bracelet de coton qui ornait son poignet… Alors que Camor achevait presque son laïus, Candice, distraite, vint poser l'index sur sa bouche, redessinant son contour, caressant le galbe de ses lèvres… Antoine était hypnotisé, ne pouvant en détacher le regard… Le capitaine de l'IGPN se redressa, rompant le charme.

- Tout est clair ? Demanda-t-il

- Oui, répondirent en chœur Meddhi et Chrystelle

- Oui, cela me parait parfait, ajouta la voix douce de Renoir

Dumas se retourna, mimant un éternuement pour dissimuler son hilarité soudaine… Son ancienne supérieure était d'une sincérité désarmante… Surtout lorsqu'on savait qu'elle n'avait pas été spécialement attentive durant la dernière heure… L'équipe de la BSU quitta la pièce, suivie des deux capitaines qui se saluèrent cordialement.

A la PJ, le suspect de l'affaire Paray venait d'arriver. L'homme croyait venir récupérer une lettre libellée à son nom et trouvée à l'appartement de la victime. Antoine lui mentit sans vergogne, racontant que la missive avait été malencontreusement expédiée par voie postale le samedi précédant, par un officier trop zélé… Il proposa donc au voisin de refaire le point sur cette jeune femme retrouvée morte, empoisonnée à son domicile. Acculé, l'homme céda et s'assit en salle d'interrogatoire. Dumas fit preuve d'un grand tact et, après 30 minutes, Romain Dumanoit se contredit une première fois… Le policier le lui fit aimablement remarquer et l'homme s'embourba ensuite très rapidement dans ses mensonges. Les aveux se firent encore attendre mais, avant midi, l'affaire était presque bouclée…

Il aurait pu déjeuner avec ses anciens collègues mais… affronter les yeux trop clairs et perspicaces de Candice l'inquiétait. Et puis il ne souhaitait pas prendre le risque d'être confronté au mutisme de la BSU. Bien entendu, il comprenait la colère de Chrystelle suite à son attitude passée… De toute façon, j'ai besoin de réfléchir, seul… Surtout après ce week-end ! Il quitta le commissariat et se dirigea vers le port. Assis sur le ponton en bois, son sandwich à la main, il était enfin libre de laisser son esprit divaguer. Le souffle paisible du vent, le doux clapot des vagues contre les coques, le grincement des bateaux tirant sur leurs amarres… Tout le berçait. Le calmait… Le ramenait vers ces midis passés avec sa chef de groupe, en ces mêmes lieux. Ils discutaient, riaient ou se taisaient, savourant le silence serein qui régnait entre eux. Qu'en restait-il ? Ses sentiments avaient évolué, c'était indiscutable. Le stade de la simple camaraderie était dépassé depuis longtemps. Les mois et les années n'avaient rien émoussé, bien au contraire… Quant à sa relation avec Jennifer, le week-end passé avait prouvé qu'elle atteignait son terme. D'ailleurs… N'avait-elle pas existé dans le seul but qu'il se prouve sa capacité à vivre en couple ? Et peut-être pour essayer de la rendre jalouse… Et aussi pour ne pas me sentir délaissé, alors qu'elle était avec David… Il grimaça. Aucune de ces raisons n'était bonne ou respectable. Il s'était caché derrière une femme pour laquelle il n'avait pas de réels sentiments, afin de supporter de voir celle qu'il aimait avec un autre. C'est pathétique, mon pauvre vieux ! Il fallait donc réfléchir à la suite… Il ne pouvait plus rester avec Jennifer mais se demandait comment aborder la séparation… sans lui mentir… sans la blesser… Et, après, que faire avec Candice ? Lui parler, enfin, et suivre le conseil de JB ? Laisser le temps passer, encore ? Et professionnellement ? La Police Judiciaire représentait une perspective de carrière exceptionnelle, ainsi qu'une fantastique ligne sur son CV … Mais il ne s'y plaisait pas. Son ancienne équipe lui manquait. L'ambiance de travail, la liberté, l'opportunité de laisser parler sa sensibilité pour trouver le détail qui échappe aux autres… tout cela était totalement étranger au fonctionnement de la PJ. Ré-intégrer la BSU était cependant une autre histoire. Il fallait qu'il se renseigne, discrètement, sur la possibilité de revenir dans une brigade préalablement quittée… Régler le différend avec ses collègues serait, de toute façon, un prérequis. Après cela… Si Candice voulait toujours bien de lui comme capitaine… l'idée le tentait… D'autant plus que cela lui permettrait un « rapprochement » avec sa jolie commandant… L'avenir semblait donc lui offrir une petite lueur, au milieu des brouillards de l'incertitude où il pataugeait.

Son repas à peine achevé, Antoine partit perquisitionner chez le meurtrier. Aline l'accompagnait et elle trouva les constituants du cocktail létal parmi les produits ménagers du voisin éconduit.

- Quand on voit où ça mène, des amours contrariées et secrètes, on se dit que ça vaut peut-être le coup d'oser, râla Aline en rangeant les 3 flacons dans un bac

Le capitaine fronça les sourcils, interloqué. La remarque de la légiste faisait écho en lui, mais elle ne pouvait le savoir… Comment aurait-elle deviné la nature de ses sentiments ? Simple hasard, conclut-il sur le trajet retour. Aline Jégo le salua avant de rejoindre l'IJ. Elle devait y mener ses analyses afin de confirmer que les produits saisis chez le suspect étaient bien les constituants du cocktail ingéré par la victime. Dans le vaste hall du commissariat, Antoine croisa Camor. L'homme le félicita pour ces aveux, brillamment obtenus le matin même. Leur conversation les mena jusqu'à la porte du bureau de Candice. En l'ouvrant, ils eurent la surprise de trouver la jeune femme endormie, la tête posée sur ses bras croisés.

- Aaaah ! Grogna Antoine, mécontent

Ce n'était vraiment pas le moment… Elle avait l'IGPN sur le dos, et on la trouvait, là, à dormir… alors qu'elle aurait déjà dû être à son domicile ! Camor n'allait pas manquer une telle occasion…

- Je ne m'attendais pas à cela, souffla le capitaine

- Elle déconne, gronda l'officier de la police judicière

- Attendez, fit l'autre en lui posant la main sur le bras. Vous êtes impitoyable, Dumas… !

- Pardon ?

- Allons… Ne soyez pas si… implacable…

- C'est surprenant, comme remarque… venant de l'IGPN… Répondit Antoine, hésitant

- Certes, concéda son interlocuteur. N'en demeure pas moins que Renoir est une bonne flic…

- …

- J'ai regardé ses statistiques… meilleures que celles de la PJ, vous savez… et ses enquêtes sont résolues dans des délais inférieurs à la moyenne nationale…

- Je l'ignorais, murmura le capitaine. En attendant… s'endormir là…

- Ce n'est pas très académique, je vous l'accorde… Mais on peut comprendre… Et malgré votre « désaccord », je ne pense pas qu'elle soit plus mauvaise en tant que personne que comme policier…

- Hum… Approuva vaguement le jeune homme qui se sentait un peu dépassé par cette conversation inattendue

- Et puis, humainement, elle ne vit pas une période très… évidente… Cette confrontation à l'appartement de Morin, sa blessure, les enquêtes, notre présence… Ca fait… beaucoup. Je ne l'ai pas vue « soutenue », non plus. Pas d'homme qui la rejoigne le midi, l'attende le soir…

- En effet… Elle… s'est séparée de son… compagnon. Lâcha Antoine, du bout des lèvres

- Hum… Soyez donc un peu indulgent, Dumas… Elle a besoin de souffler.

Après le départ de l'agent de l'IGPN, Antoine resta quelques minutes, immobile, observant Candice. Il finit par se résoudre à la réveiller, venant caresser avec douceur les boucles blondes qui dissimulaient sa tempe violacée.

- Emma…

- Non… Fit le jeune homme avec tendresse

Renoir sursauta et releva la tête brusquement. La capitaine réalisa instantanément qu'il y avait un problème. Son ancienne collègue était très pâle et son regard voltigeait sans parvenir à se fixer. Ils échangèrent quelques mots. Candice minimisait ses troubles et le jeune homme n'en était pas dupe. Il lui imposa donc de la ramener chez elle. Elle n'était pas en état de conduire… Ses protestations restèrent vaines et, quelques dizaines de minutes plus tard, il la déposait à la porte de sa nouvelle habitation.

...

La fin de l'après-midi fut une suite ininterrompue d'appels téléphoniques et de rapports. Antoine envoya un bref message à sa compagne, la prévenant qu'il ne dînerait pas avec elle… Il souhaitait finir le dossier en cours. Vers 21h, c'était chose faite…

Il éteignit son téléphone puis enfourcha sa moto pour filer dans la nuit. Un autre deux-roues était garé devant sa destination. Un véhicule qu'il reconnaissait entre tous… Partir ou rester… ? Il opta pour la seconde solution et approcha silencieusement. Une discussion semblait se tenir dans le terrain de Candice. Dumas s'accroupit au pied de la haie, se glissant subrepticement entre deux troncs, derrière le muret. De son poste d'observation, il avait une vue parfaite et pouvait entendre les échanges qui se tenaient entre Renoir et son « ex ». Le commandant de la BRI cherchait visiblement à la reconquérir, se montrant particulièrement tactile et humble… Antoine écoutait distraitement, davantage focalisé sur le rapprochement physique qui s'opérait sous ses yeux. Quand Canovas avoua à demi-mot qu'il avait toujours des sentiments pour la jeune femme, il tiqua, serrant le poing sur une branche de laurier. Il faut toujours que j'arrive après les autres hommes, dans sa vie… Toujours trop tard… Alors ça suffit ! Il a grillé sa chance, il part ! Le bruissement de feuilles engendré par son mouvement avait attiré l'attention de Candice. La peur au ventre, il voyait les prunelles bleues rivées dans sa direction, fouillant l'ombre. Si elle le découvrait, il risquait gros… Le capitaine venait de prendre conscience qu'il agissait comme un voyeur, observant une femme depuis la pénombre… L'attitude de David attira soudain son attention. Son visage n'était plus qu'à quelques centimètres de celui de Renoir… S'il l'embrasse… je lui en colle une, à cet enfoiré ! Candice repoussa brutalement l'homme, visiblement irritée. Le commandant quitta enfin le terrain, laissant la jeune femme seule, immobile au milieu de l'allée. Resserrant ses bras contre elle-même, voûtée, paraissait étrangement vulnérable. Il aurait tant aimé pouvoir être à ses côtés, la réconforter et voir ses yeux retrouver un peu d'éclat… Mais il ne pouvait pas, vu cette situation kafkaïenne… Impossible de sortir de sa cachette et avouer son attitude si peu honorable. Antoine soupira, bouleversé par cette femme à laquelle il était incapable de révéler ses sentiments.

Une silhouette sortit de la maison et marcha jusqu'à Candice. A son approche, eslle sursauta. Jules, reconnut le capitaine, un instant avant que l'adolescent ne sorte de l'ombre. La mère et son fils échangèrent quelques mots à voix basse avant que le garçon ne l'enlace. Renoir se laissa aller à l'étreinte, posant la tête sur son épaule.

- Je veille sur toi, ma petite Maman…

Dumas sourit tendrement en entendant ces mots… Le garçon suivait ses conseils…

Le lendemain, en s'arrêtant devant chez Candice, Antoine se sentait mal à l'aise… Il était incapable d'avouer ses sentiments, se comportant comme un voyeur et ne parvenant même plus à assumer la neutralité de sa fonction de policier… Non, décidément, il n'était pas fier de lui. Il devait absolument garder ses distances et… il baissa les yeux devant son ancienne collègue, incapable de soutenir son regard perçant. Le trajet à moto fut beaucoup trop court à son goût, ce contact physique étant le seul qu'il pouvait se permettre.

A peine arrivé, il se plongea à corps perdu dans le travail, tentant vainement d'oublier sa culpabilité. Secondé par l'équipe de la BSU, il réalisa deux perquisitions successives. Dans l'appartement d'Etienne Morin, Antoine remarqua le teint pâle de Candice. La jeune femme restait près de Meddhi, comme pour le rassurer, alors qu'elle ne semblait guère plus vaillante… Observant le front moite du lieutenant, Dumas se remémora ses angoisses, après la balle de Langlois. Badhou avait besoin d'aide… De son côté, il suivit Chrystelle qui partait prendre les documents que la brigade n'avait pu saisir la semaine précédente. Un bruit sourd l'alerta. Retournant dans le salon, il trouva Candice, le teint plus cireux que jamais, soutenue par Meddhi. Il y a vraiment un problème… Le jeune homme, lui, semblait avoir repris ses esprits. Lorsqu'ils quittèrent le logement, Chrystelle sortit rapidement, talonnée par le second lieutenant de la brigade. La brunette n'avait probablement pas manqué de remarquer les bouffées d'angoisse de son confrère. A sa manière, elle tentait de l'aider. Sans un mot. De son côté, Antoine restait inquiet par la lividité de Renoir. Du coin de l'œil, il la surveillait et n'était pas rassuré de la voir se tenir au chambranle de la porte alors qu'ils étaient si près de l'escalier… Si elle tombe, elle se tue, songea-t-il en jaugeant l'ouvrage en colimaçon. Il ferma donc la porte, apposa les scellés et, lorsque la jeune femme passa près de lui, il la saisit par le bras, l'empêchant d'aller plus loin. Etonnée, elle le regardait, cherchant visiblement à comprendre la raison de son geste. Silencieusement, il finit sa tâche puis descendit l'escalier auprès d'elle, ne libérant son emprise qu'au rez-de-chaussée…

...

Ils saisirent quelques éléments dans l'appartement du forcené puis Candice les quitta. Antoine partagea un déjeuner frugal avec ses anciens collègues, enchanté de constater que leur amitié passée semblait, lentement, se renouer. L'après-midi ne fut guère moins dense que le matin et, pendant que les lieutenants se penchaient sur l'aspect administratif, Dumas se rendit à l'hôpital. Sur place, il se renseigna sur l'état de santé du forcené, s'entretint avec les chirurgiens et le personnel soignant et pu prendre possession de divers comptes-rendus médicaux. Les deux agents en poste auprès de sa chambre jouaient paisible aux cartes. L'homme était encore aux soins intensifs et ne risquait pas de s'enfuir… Son état devenu stable, les médecins prévoyaient de le transférer en service de médecine le lendemain. L'interrogatoire ne serait pas envisageable avant la fin de semaine, le temps qu'il soit transportable. Antoine regagna donc le commissariat avec une nouvelle liasse de documents à exploiter.

Il se servit un café et s'avachit sur une chaise de la BSU, écoutant ses collègues lui résumer leurs découvertes… Le forcené, Antonin Bérard, connaissait bien la victime. Ses relevés téléphoniques ainsi que la messagerie internet attestaient d'échanges fréquents. Un différend financier semblait opposer les deux hommes depuis quelques semaines. L'hypothèse nécessitait de plus amples informations et Chrystelle attendait que les banques des deux hommes la recontactent. Meddhi se leva pour compléter leur tableau. Cette enquête semblait enfin révéler une piste aussi solide que plausible. La petite bande se sépara sur ce point positif.

Dumas regarda avec envie ses confrères quitter le commissariat pour rentrer chez eux… Il ne pourrait pas les imiter avant plusieurs heures… Comment diable Candice faisait-elle ? En plus, elle a ses enfants… Le jeune homme soupira et, sans la moindre motivation, sortit la pile de documents de l'après-midi et entreprit d'enregistrer chacun d'eux. Leur exploitation attendrait le lendemain, lorsqu'ils seraient en effectif complet… Quand son téléphone sonna, il décrocha machinalement. La conversation dura à peine dix minutes. Sous prétexte que je la connais mieux, c'est à moi de la prévenir… Il est sympa, Camor… Dumas appela Candice immédiatement, se demandant bien comment lui annoncer la nouvelle. Répondeur… mais qu'est-ce qu'elle fait ?!

Agacé, il tentait de se concentrer sur son travail. Chaque document devait être enregistré selon une procédure précise. Il se trouvait ainsi consigné dans son dossier d'enquête. La tâche était répétitive et fastidieuse, ce qui augmentait le risque d'erreur… Un boulot génial pour s'abrutir, songea sombrement Antoine. Une heure plus tard, le téléphone vibrait à nouveau.

- Allo, Antoine ? Tu as essayé de me joindre…

- Oui… Tu ne répondais pas…

Le jeune homme sentait venir le moment qu'il redoutait… D'autant plus que Candice semblait reposée et détendue…

- J'étais au spa… J'avais besoin de me détendre… Pourquoi tu n'as pas laissé de message ? Il y a un souci ?

Il devina une pointe d'angoisse dans sa voix… et se demandait comment aborder la situation…

- Antoine… ?

- Oui, Candice… Soupira-t-il

- Qu'est-ce qu'il se passe, Antoine ?! Tu m'inquiète…

Sa voix le bouleversa. Plus aucune trace de la sérénité et l'enjouement qu'il entendait au début de leur conversation. Non, elle était extrêmement tendue. Il la devinait immobile, assise dans sa voiture, le regard fixé sur un point imaginaire… Fermant les yeux, il se lança :

- Les premiers résultats de la balistique viennent de tomber… Je… J'ai une mauvaise nouvelle, Candice…