Vies
« L'avenir est inquiétude. Mais il est aussi espoir. »
Dendé ou la Parole du Jeune Dieu
Chapitre 11: Début de vies
Ils étaient tous à table. Végéta au bout, Bulma, face à Bra, et à coté de celle-ci, Pearl, en face de Trunks. Elle avait appelé ses parents, pour les prévenir, et aussi pour leur dire que tout c'était bien passé. Ils s'étaient inquiétés de son état après la fête, et avaient été rassurés par ce coup de téléphone.
Elle observait maintenant la famille. Etrange famille en vérité. Ce que Bra lui avait dit était vrai. Elle avait encore du mal à en revenir. Trunks et son père... et Sangoten. Ils étaient si forts que ça?
« Alors, comme ça, Trunks vous a tout dit. » Elle hocha la tête à l'intention de Bulma.
« Enfin, presque tout, » corrigea Trunks.
« C'est une histoire tellement longue. Et j'en suis l'une des actrices principales. »
L'orgueil de sa mère ne s'éteindrait donc pas avec l'âge. Pearl savait pour leurs origines, pour leur force, pour Cell et pour Boo. Ce qui s'était passé avant, même lui n'avait pas toujours tout bien compris. Pearl ne l'avait pas trop mal pris. Pour le moment, elle en était encore au stade de la surprise, et aux coups d'oeil à Végéta. Qui restait calme, d'ailleurs.
« Dis, tu vas rester ici tout le temps? » Pearl sourit à la petite fille, sans pouvoir s'empêcher de rougir.
« Non, pas encore. J'habite toujours chez mes parents, tu sais. »
« Où ça? »
« En ville, pas très loin. » Comme la fillette allait encore poser une question, sa mère la coupa.
« Bra, s'il te plait, arrête d'embêter Pearl, et finis tes crudités. » Bulma sortit de table, et revint avec trois énormes plats de viandes, qu'elle avait du mal à soutenir. Pearl, qui n'avait pas encore fait attention à la nourriture qu'avalaient Trunks et son père, eut une autre source d'étonnement pour le reste de la soirée.
Sangohan, déjà réveillé depuis quelques minutes, coupa le réveil avant qu'il ne sonne. Il était heureux. D'abord, son père allait passer un peu de temps avec eux. Ensuite, et surtout, Videl et lui allaient avoir un deuxième enfant.
Il sortit discrètement de la chambre, et croisa sa fille dans le couloir. Elle se frotta les yeux voyant son père lui faire signe de se taire. Il la prit dans ses bras, et ils descendirent en silence, jusque dans la cour. Il devait être huit heures environ, et il faisait encore sombre dehors. Le froid également persistait.
« Papa! Il fait froid! »
« Chuuut! On va faire une surprise à maman, tu veux bien? » La petite fille sourit et hocha la tête.
« On va aller faire un tour dans la forêt, pour chercher des perce-neige, d'accord? » Sa fille lui jeta un drôle de regard.
« Ouais! » Elle se mit à sautiller vers le pont qui enjambait la rivière, puis s'arrêta et se tourna vers son père. « Mais… c'est quoi un perce-neige? »
« Une fleur toute blanche, qui pousse en hiver. »
« Ouais! Je sais où il y en a. » Elle traversa le pont et s'engouffra dans la forêt, suivie par son père.
Un souffle chaud la réveilla. Elle était dans ses bras. Oui, dans les bras de Goten. Elle se sentait bien. Il faisait froid, dehors, elle le savait, mais dans ses bras elle avait chaud.
Il se réveilla à son tour. Elle lui sourit, voyant ses cheveux ébouriffés.
« Mon pauvre Goten. Tu vas avoir du mal à coiffer tout ça. »
« Huum... On est où? »
« Dans une grange. Tu te rappelles pas? »
« Ha... si si. » Il secoua la tête, pour achever de se réveiller. « On aurait peut-être dû attendre le printemps pour partir à l'aventure. »
« Tu aurais tenu jusqu'au printemps? »
« Non, sans doute, pas. »
« Allez, debout. Si on veut trouver une ville aujourd'hui... »
« Ok, ok. »
Ils sortirent tous deux de la grange, devenue dortoir pour l'occasion. Le soleil était assez bas à l'horizon, et son éclat était plutôt glacé. Effectivement, la température extérieure était très basse.
« On va voler pour se réchauffer un peu. » Sans prévenir, il la saisit par la taille et décolla. Au bout de quelques minutes, ils étaient en vue d'une petite ville.
Ils entrèrent, à pied, foulant les rues blanchies par le gel, qui étaient tout de même bien fréquentées pour un matin d'hiver. A l'approche de Noël, on se bousculait très tôt devant les magasins. Les deux jeunes gens entrèrent dans l'un deux, un marchand de capsules.
« Alors? Tu as assez? »
« Oui, je pense. J'ai toutes mes économies avec moi, et si j'achète celle-ci, il m'en reste encore un peu. »
« Alors on la prend? »
« On y va. » Après avoir payé la capsule, en l'occurrence une sorte de camping-car bien équipé, ils décidèrent de déambuler un peu en ville avant d'aller se balader. Se balader au bout du monde.
Quand elle s'éveilla, Videl s'y reprit à trois fois pour se frotter les yeux. Non, elle n'avait pas d'hallucination. Sa chambre était bien remplie de fleurs. Des perce-neige, logique, mais aussi des fleurs exotiques et printanières, beaucoup plus surprenantes. A travers les rideaux, le soleil filtrait déjà. Elle regarda le réveil et s'aperçut qu'il était neuf heures et demi. Ce satané réveil n'avait pas sonné! Elle se leva précipitamment, enfila ses chaussons et s'apprêta à ouvrir la porte quand une déflagration fit trembler toute la maison. Videl tomba à la renverse, tout en reconnaissant cette arrivée singulière et si délicate.
« Grmlb... Sangoku... » Elle entendit des voix au dehors.
« Yo! »
« Papy! » Sa fille. Debout?
« Bonjour, papa. » Sangohan? Mais… il ne devait pas travaille? Et toutes ces fleurs?
Quand elle arriva dans la cour, elle se demandait encore dans quel drôle de rêve elle évoluait. Mais oui, son mari était bien là, avec sa fille et son beau-père.
« Hé, salut Videl! » Sangoku lui adressait un aimable sourire. Videl jeta un regard des plus interrogateurs à son mari, qui lui souriait lui aussi.
« Il fait froid. On rentre? » déclara ce dernier à l'assemblée. Ils n'eurent pas le temps d'acquiescer que la porte de l'autre maison s'ouvrit brusquement. Chichi n'avait même pas pris le temps de se rendre présentable, et se précipita dans les bras de son mari.
« Oh! Chichi! Ca fait plaisir de te revoir! »
Retrouvailles et explications, sur la disparition de Goten et sur l'apothéose florale de la chambre, furent de mises pour le restant de la matinée.
Deux jours passèrent ainsi, froids mais heureux. La neige tombait, des larmes aussi, parfois. Un homme étrange était venu voir Sangoku. Trois yeux. Il se disait le fils de Ten Shin Han. Il recherchait son père. Sangoku, qui n'avait aucune idée de l'endroit où se trouvait son ami, se serait bien laissé tenter par cette nouvelle aventure, mais mine de rien, sa famille lui avait manqué.
Pearl s'était assez rapidement intégrée, à la famille de Trunks comme à celle de Goten. Elle aurait voulu assister à un entraînement de Trunks et Végéta, mais Bulma le lui avait fortement déconseillé. Une histoire de gravité, et aussi pour son coeur. Bra également s'entrainait. Leurs jeux, avec Pan, rappelaient à Bulma les retours à la maison de Trunks et Sangoten.
Sangoten et Ani passaient des jours heureux. Leur capsule leur permettait de dormir correctement, et où ils le voulaient. Pour la nourriture, Sangoten avait juste eu à remporter quelques combats de rue, et l'affaire était jouée. Ani en apprenait tous les jours un peu plus sur sa force, et sur l'étonnante histoire de sa famille.
Le soir de Noël arriva ainsi, sans prévenir, comme à son habitude. Tout le monde, ou presque, était réuni chez Chichi. La tablée avait fière allure, de Végéta à Sangoku, de Krilin à Yamcha, de Chichi à Bulma, de Pearl à Maron, de Tortue Géniale à Guymaho.
« Et alors? »
« Alors le coach nous a dit: si vous ne vous bougez pas plus que ça, je vous envoie Satan, moi! »
Les rires tintèrent de toute part. Le repas était déjà bien avancé. L'atmosphère agréable et accueillante de la maison de Chichi avait joué son rôle enivrant. Krilin et Yamcha discutaient des jours heureux, où ils tenaient encore la cadence. Pearl les écoutait attentivement, curieuse de connaître leur histoire. Trunks, à ses cotés, discutait, entre deux bouchées, avec Sangohan, de ses études, de Goten, ou d'autres choses encore. Tortue Géniale expliquait à Sangoku que si il n'avait rien à faire, il pouvait toujours essayer de lui trouver une jolie fille, car il se sentait si seul depuis le départ de Krilin.
Maron, aux cotés de son père, écoutait Yamcha parler de son combat avec le Tout-Puissant, et de temps à autres, engageait la discussion avec Pearl, en face d'elle. Le courant passait bien entre les deux jeunes filles, même si Maron avait cinq ans de moins.
Le repas fut mémorable, il se déroula dans une ambiance excellente, telle que même C18 se laissa prendre au jeu, disputant une partie de carte endiablée avec Plume et Oolon.
Minuit sonna, les cadeaux débordaient, les rires et les accolades également. Une fois la tradition respectée, Videl alla coucher les filles, qui commençaient à bailler sérieusement. Trunks et Pearl quittèrent également la table, pour se rafraichir un peu, marchant au bord de la rivière gelée.
« Alors? Tu t'amuses bien? »
« Oui. Tu sais, tes amis, ils sont vraiment extra. Et quelles histoires ils ont vécu! » Trunks sourit.
« Oh oui... » Trunks, malgré la très bonne ambiance, restait tout de même vaguement amer.
« Goten te manque... » Trunks sourit de nouveau. Il plongea ses yeux dans ceux de Pearl.
« Ne pars jamais, tu m'entends? D'abord tu en sais trop, et ensuite, j'en mourrais. » Elle sourit et approcha ses lèvres des siennes. Quand elles se touchèrent, Trunks eut la certitude qu'effectivement il tomberait raide mort si elle partait.
Le souvenir de cette soirée allait rester longtemps dans les mémoires, et l'album photonostalgique de Krilin avait encore pris du volume.
Mais les jours passent, les flocons partent, et les bons souvenirs laissent place à la tristesse. Dix nuits Chichi fut heureuse. Les bras de son mari la comblaient de promesses, celles qu'on ne tient jamais. Le jour du départ de Sangoku était donc venu. Avec lui les jours heureux s'en allaient.
« Alors... tu comptes revenir quand? » Sangohan tenait sa fille dans ses bras.
« Je sais pas... » Sangoku sembla réfléchir un instant. « Tu disais que Goten serait au prochain championnat... en trois ans, l'entraînement de Oob sera sûrement terminé. Ce sera un bon test. Sinon, et bien l'année prochaine. Je pense que la trêve du village a lieu tous les ans. » Sangohan hocha la tête. A ses cotés, sa mère pleurait, forcément, des larmes discrètes et dignes, et Videl tentait de la réconforter.
« Ne pleure pas, Chichi. Je reviendrai! » Sangoku ne perdait jamais sa bonne humeur. C'était parfois une bonne chose, il remontait toujours le moral des troupes. Mais dans certains cas, cela restait assez maladroit, pensait Sangohan. Pour maman, je pense que tu sauras choisir la meilleure des solutions. Le Saiyen comprit soudain le post-scriptum de son frère. La meilleure des solutions... C'était évident!
« Maman, vas t'en. » Sa mère le fixa, les yeux arrondis par la surprise.
« Je veux dire... plus rien ne te retient avec papa. Tu seras bien mieux là-bas. »
« Mais... la maison... » Videl soutint son mari.
« Nous saurons bien nous occuper de la maison, ça ne pose pas de problème. » Chichi regarda un à un tous ceux qui l'entouraient. Tous lui souriaient, même sa petite-fille. Tant que sa grand-mère était heureuse, rien d'autre n'importait.
« Vas-y, Mamy. Tu seras bien avec Papy, il est rigolo. » Chichi sourit et versa une nouvelle larme. Ce fut la dernière. Elle emporta une et une seule valise, et bientôt, de la maison de Sangohan, on pouvait voir disparaître deux silhouettes, heureuses, faisant de grands signes de la main. La nouvelle donne était faite.
Du haut du Palais Céleste, Dendé observait le monde. Oui, la nouvelle donne était faite. La vie pouvait continuer, les jours heureux couler de nouveau. Jusqu'à la prochaine fois. Quand, où et comment, même lui ne pouvait le savoir. Un monstre venu de nulle part, un fils à la recherche de son père, oublié semble-t-il même des dieux... Il soufflait comme un vent d'étrangeté sur la terrasse du palais. Ou bien seulement dans l'esprit de Dendé.
