Disclaimer : Tout à J.K Rowling, rien à moi, et pas de thunes pour ça, et heureusement !
Notes : Dernier chapitre de cette petite histoire. Elle n'a pas vraiment de but en soi, finalement, mais je suis contente de l'avoir écrite, même si elle n'est pas aussi bien que je l'aurais souhaité. C'est comme ça ! Bonne lecture, merci d'avoir suivi la bataille intérieure de Harry.
Until we bleed ; Chapitre 10
Des mois étaient passés. Ces derniers jours avaient été décisifs. Harry avait envoyé sa première et dernière lettre à Dumbledore ; il ne lui expliquait rien, il lui donnait une phrase, un code, et un jour. Ce jour était arrivé. La lune dominait déjà le ciel et Harry la regardait, implorant. Elle l'avait aidé à fuir les Dursley. L'aiderait-elle ce soir à fuir les sorciers ?
Le moment était venu. Harry avait cultivé ses remords, ses regrets, toute la culpabilité qu'il ressentait et qui le rongeait à l'intérieur. Il avait écouté, chaque jour, les morts, les destructions, les blessés ; il avait accueilli en lui toutes ces horreurs comme si elles étaient de sa faute, et il avait pleuré. Cette nuit, il sécherait enfin ses larmes : soit il mourrait, soit son plan fonctionnerait et il pourrait, finalement, partir.
Les couloirs étaient sombres, le manoir endormi. Les quelques mangemorts qui résidaient là dormaient déjà et Harry, alors qu'il avançait lentement, ses pieds nus glacés sur le sol froid, ressentait, toujours plus fort, la présence de Voldemort. Il entra dans la pièce sans frapper : Voldemort, il le savait, l'avait également senti venir. Il ferma doucement la porte derrière lui : dans quelques minutes, Rabastan viendrait la garder, s'assurant que personne ne vienne déranger le rituel, envoyant, dès que Harry lui donnerait le signal, le code que Dumbledore et l'Ordre du Phénix devaient déjà attendre impatiemment. Tout était prêt.
Voldemort lui sourit calmement, l'invitant à s'approcher. Harry s'avança lentement vers lui, le rouge aux joues, la peur au cœur. « Malgré le rituel, ton âme n'a jamais trouvé la paix », commenta le mage noir et Harry hocha la tête en venant finalement s'installer sur ses genoux. Il adorait cette proximité avec Rabastan ; il avait dû l'initier avec Voldemort, pour ce soir, pour que cela ne paraisse pas suspect. Il détestait être si près de lui ; il détestait sentir ses mains dans son dos, son souffle contre sa joue. Il n'en laissait rien paraître : il entoura de ses bras l'homme qu'il haïssait le plus au monde, et il le regarda fixement.
« Je regrette », murmura-t-il enfin.
« Que regrettes-tu ? » demanda Voldemort doucement mais Harry le sentait ; le sorcier était sur ses gardes, prêt à combattre, à se défendre. Un coup d'œil vers la lune qui brillait à travers les rideaux pourpres, et Harry affermit sa prise. Il ne devait rien lâcher.
« Tout. » Les yeux dans les yeux, Harry, après des mois de retenue, déversa toute sa colère, sa haine, mais surtout sa culpabilité, sa honte. Des larmes jaillirent de ses yeux tandis qu'il s'agrippait à Voldemort. L'homme ne bougeait pas, l'observant, ne réalisant pas, qu'au fond de lui, le fragment d'âme de Harry qu'il protégeait bouillonnait. « Je regrette tout », cracha Harry. « Les heures passées dans cette chambre à lire toutes les horreurs que vous commettez chaque jour, à recevoir des lettres des gens que j'aime me priant de revenir à eux, à résister, à éteindre cette volonté de partir pour préserver notre entente. Je m'en veux tellement d'avoir accepté de me lier à vous pour protéger des personnes qui souffrent de toute manière parce que je ne suis pas là, parce que je ne les soutiens pas alors qu'elles perdent famille, amis, tout ! Je m'en veux d'avoir voulu oublier toute cette mascarade en faisant de vous mon horcruxe, je regrette d'avoir séparé mon âme alors que je mérite de souffrir, d'endurer chaque jour tous les tourments que j'ai causés en m'alliant à l'homme qui a tué mes parents ! »
Il pleurait, il pleurait abondamment, sans pouvoir se contrôler, et, au fur et à mesure qu'il parlait, il sentait cette adrénaline salvatrice, ce sentiment qu'il faisait ce qu'il avait à faire, et il savait, il le ressentait au plus profond de son âme, que ça fonctionnait, qu'il serait bientôt complet. Voldemort l'avait compris aussi : il le repoussa violemment avec sa magie et Harry vint s'écraser contre le mur. Il tomba au sol, riant, pleurant, haletant. « C'est fini, je ne veux plus de tout ça, c'est fini, c'est fini ! » Il répétait inlassablement ces mots, marqués au fer dans son cœur ; Voldemort avançait vers lui, baguette en main, le sort mortel sur les lèvres, mais il finit par tomber au sol en criant. Le fragment d'âme de Harry combattait pour rejoindre son hôte, son véritable corps.
« Arrête ça ! » ordonna Voldemort avant de se plier en deux, à genoux, semblant souffrir atrocement sous la culpabilité que Harry continuait à déverser en lui. Dans un dernier râle d'agonie, il se redressa brutalement, le dos arqué, les bras ouverts, et, de son cœur, où s'était logé le morceau d'âme de Harry lors de sa litanie, une lumière vive éclata et rejoint le corps de Harry, par sa cicatrice. Elle brilla alors et disparut. Harry porta la main à son front, troublé par la sensation étrange qui l'avait habité quelques secondes, celle d'être plusieurs, d'être étranger à lui-même. Quelque chose avait changé en lui. Son âme avait gagné, il le sentait.
Incapable de se lever, il rampa jusqu'à Voldemort. Le sorcier n'était pas vraiment conscient. Son regard était éteint, fixé dans le vide. Harry entoura délicatement son cou de ses mains. Il resta ainsi quelques secondes, observant le sorcier qui lui avait pris ses parents, et finalement sa vie ; Harry le savait, il fuirait, loin, et ne reviendrait plus jamais. Il avait tout perdu à cause de cet homme. Il ne lui en voulait même pas ; c'était à lui qu'il s'en voulait, c'était lui qu'il méprisait. Il avait trahi les gens qu'il aimait, il trahissait désormais Voldemort alors que l'homme, paradoxalement, dans une attitude que Harry n'avait jamais comprise, lui avait fait confiance. Il appuya contre la gorge et il sentit Voldemort déglutir contre ses doigts. Il leva les yeux et rencontra le regard rouge du mage noir, désormais animé d'une douleur profonde.
« Jamais je n'aurais pu imaginer que tu trahisses ta parole. » Harry ne commenta pas et serra plus fort, les lèvres serrées, les larmes aux yeux. Il ne quitta pas un instant le regard de Voldemort. « Ta cicatrice a disparu », murmura-t-il difficilement avant d'ouvrir la bouche pour tenter de respirer, en vain. « J'ai... » Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Les phalanges de Harry étaient blanches d'avoir tant serré, son front plein de sueur, ses joues baignées de larmes. Il avait tué. Il avait réussi. Il était libre.
« Rab'... » appela-t-il faiblement mais l'homme avait déjà ouvert violemment la porte, sentant que l'enchantement qui gardait la maison cachée aux yeux de tous était tombé ; que Voldemort était mort. Il prit Harry dans ses bras, l'embrassa sur le front. Il allait disparaître avec lui mais Bellatrix surgit dans la pièce, hurlant aveuglément le sort de la mort. Rabastan lâcha Harry précipitamment et évita la lumière d'un vert éclatant qui fusait vers lui, et attrapa sa baguette pour répliquer. Harry, à bout de force, lança un dernier regard vers la lune, la suppliant d'intervenir. Elle obtempéra.
Rabastan, pris dans son duel avec sa belle-sœur, laissa le loup s'échapper, espérant le revoir bientôt, comme ils se l'étaient promis.
Dumbledore, en arrivant sur place, trouva le corps de Bellatrix à côté de celui de son maître. L'Ordre du Phénix combattait les mangemorts que Bellatrix avaient contacté, que les autres mangemorts, éveillés par l'arrivée des résistants, avaient appelé. Partout au Royaume-Uni, la traque pour trouver les autres criminels commença.
Le lendemain, on chercha Harry Potter.
Seul Rabastan Lestrange le trouva.
La petite cabane en bois au cente de la forêt accueillit alors, durant des années, la retraite de ces deux compagnons que rien n'aurait dû réunir mais qui, à deux, trouvèrent enfin la paix.
