10.
- Qu'est-ce que tu fiches-là ? gronda le commandant du Karyu. Tu es relevé de toute activité et en convalescence ! Je ne veux pas d'un monceau de formulaires à remplir si tu aggraves tes blessures ou si tu tombes encore plus malade !
Les premiers souffles, déjà violents, de la tempête de sable les enveloppant, Alérian resserra autant qu'il le pouvait le grand manteau qu'il avait enfilé pour se protéger.
- Avez-vous trouvé les symboles ?
- Grenadier a photographié des idéogrammes presqu'entièrement effacés, répondit Marina alors que son copain humain boudait ostensiblement de voir ses ordres si peu respectés ! Thern tentera de les déchiffrer mais pour cela, il faudrait qu'il puisse les scanner correctement !
- D'où tu sors ce manteau ? maugréa encore Warius. Il y a longtemps dont on ne se sert plus de ces dominos de conspirateurs !
- Machinar a pris le premier vêtement qui lui est tombé sous la main…
- Doc, bien sûr ! Il adore rappeler, sans avoir l'air d'y toucher, qu'en tant que médecin-chef, il a plus de pouvoir que moi sur le cuirassé ! Je vais le priver de vidange, si ça continue !
- Les Mécanoïdes actuels ne vidangent pas. Les mises à jour suffisent pour les auto-réparations, récita machinalement Alérian. On s'en va déjà, alors ?
Warius ne put retenir un ricanement.
- Cette planète est effectivement aussi désertique que sa surface. Et ce n'est pas un lieu idéal qui nous protègera des Erguls ! Nous filons, en effet. Nous devons continuer de tracer la cartographie galactique des positions des Drakkars afin que les Flottes de défense des systèmes encore libres puissent s'organiser autant que faire se peut ! Et toi, apprends à obéir sur un cuirassé militaire ! intima-t-il en saisissant un peu rudement l'adolescent par l'épaule pour le pousser vers les navettes.
- Vous me faites mal !
- Désolé… Enfin non pas tant que ça. Je devrais t'enseigner la discipline à coups de trique, si tu n'étais pas déjà amoché ! J'espère bien que ton père le fera, à condition que nous remettions un jour la main sur lui… Et sans les coordonnées… Tu prétendais les connaître ?
- Je suis littéraire, pas mathématicien. Elles ont fini par s'embrouiller, avoua Alérian. Je comptais sur leur tracé d'origine pour qu'on les décode à nouveau !
- Bref, tu t'es embarqué sur un mensonge ? siffla Warius.
- Un demi-mensonge, rectifia l'adolescent. C'est juste que… je ne m'en souviens plus !
- Ne le bouscule plus ! pria Marina. C'est encore un enfant !
- Je suis grand ! protesta Alérian.
- Tu es encore un gamin, gronda Warius. L'analyse osseuse ne ment jamais ! Tu es mineur, j'ai tous les droits sur toi, et toi le devoir d'obéir, si tu en es capable ?
- A vos ordres, commandant Zéro.
Si la République Indépendante avait été relativement épargnée par l'invasion Illumidas, en retrait des grands axes de navigation spatiale, Warius alors âgé de neuf ans avait été en visite chez ses grands-parents, en bordure de frontière, quand le petit satellite avait été attaqué, les objectifs étant ses observatoires militaires.
La maison de son astronome de grand-mère réduite en ruines, le garçonnet avait aperçu entre deux nuages de fumée un imposant cuirassé vert battant pavillon noir traverser le ciel.
« Manquait plus que ça… ».
Il cherchait encore désespérément ses aînés quand un aéroglisseur Illumidas s'était arrêté près des ruines encore en proie aux flammes en certains endroits.
Mis en joue, il avait bien pensé ne jamais revoir ses parents quand les soldats ennemis étaient tombés les premiers, traversés de part en part par des tirs aussi redoutables que précis.
De son sauveur, l'enfant n'avait distingué qu'une silhouette noire au manteau flottant dans le vent, tenant à la main une arme longue et effilée évoquant les épées de jadis.
Mais sans s'attarder, l'inconnu avait fait demi-tour, laissant Warius au milieu des décombres et des cadavres.
- Oui, une silhouette aussi anachronique que son épée… Mais je ne vois vraiment pas pourquoi ce douloureux souvenir me revient maintenant, soupira Warius qui s'était réveillé en sursaut de son cauchemar. Il a dégommé ces Illumidas comme au tir à pipes. Qui sait si les Fantassins Erguls lui résisteraient ! ? Qu'importe, s'il était l'ennemi des Illumidas, ils ont dû finir par avoir sa peau !
Se penchant sur Marina qu'il n'avait pas réveillée dans son agitation, il déposa un baiser sur les cheveux azur puis se rallongea dans le lit.
