11.

Glad Trubel avait appelé Alban et Erys à son bureau de capitaine de la Surprise.

- Asseyez-vous, les enfants. J'ai de graves nouvelles à vous apprendre.

- Qu'y a-t-il, papa ? interrogea le jeune homme blond devant la mine fermée de son père, ce qui le rendait plus sévère que jamais.

- Les Divisions de Gaïa et les Sections sont en plein carnage, non loin de Korim… Je crains que, quel que soit l'issue des batailles engagées, nous ne puissions pas rentrer chez nous…

- Ce n'est pas vrai, souffla Erys, décomposé. Notre maison ?

- Pour l'instant, les affrontements ont lieu aux alentours de la planète, pas sur son sol. Mais pour tout qui n'est pas un cuirassé de guerre, il est désormais impossible d'approcher de Korim. J'espère que vous vous êtes installés plus confortablement que jamais, les enfants, car nous allons rester très longtemps sur la Surprise. Des questions ?

Alban leva la main.

- Après trois mois que nous volons, tu nous diras enfin ce que nous transportons ?

- Je suis désolé, Alban, je ne peux pas. Il s'agit d'un transport extrêmement risqué, mais trop bien rémunéré que pour m'offrir le luxe de refuser ! gronda Glad.

- Dès lors, je suppose que les mesures de sécurité renforcées depuis le départ demeurent d'application ? intervint Erys.

- Plus que jamais, mon garçon ! Entre les pillards, les rivaux, et même des pirates, pourraient nous tomber sur le paletot dès que nous relâcherons notre surveillance.

- Les risques habituels, intervint Alban… Mais quelque chose me dit que cela a plutôt à voir avec notre cargaison !

- Toujours aussi intuitif, toi, sourit Glad, plus préoccupé que réjoui. Oui, ce qu'il y a dans nos soutes pourrait intéresser beaucoup de monde !

Alban prit une bonne inspiration.

- Est-ce que notre destination est la planète Mars ?

- Oui, avoua encore le capitaine de la Surprise.

- J'ai du boulot en salle des machines, grogna le jeune homme à la crinière caramel en se levant. Les systèmes contrôlant notre gouvernail continuent de bugguer, je vais continuer de tout passer en revue et espérer trouver la source du problème pour y remédier.

- Je t'en sais gré, Alban. Tu ne ménages pas tes efforts et tes heures supplémentaires. En décrochant la timbale à la fin de ce contrat, je pourrai te récompenser. Et ça t'aidera à t'installer avec ta copine !

- Merci, Glad. Mais je dois seul me donner les moyens de faire mes premiers pas en couple !

- Toi et ta fierté ! remarqua Glad. Je donnerais cher pour connaître tes parents, tu tiens vraiment d'eux ! Mais vu que tu les as fuis, je doute que tu veuilles jamais les revoir !

- Il ne le faut surtout pas, siffla Alban en quittant le bureau.

Glad et Erys échangèrent un regard.

- N'aura-t-il donc jamais assez confiance en nous pour nous raconter son passé ? soupira le transporteur vétéran.

Erys ne put réfréner un gloussement.

- Ça te va bien de proférer une telle chose, papa, toi qui refuses de nous dire ce qu'il y a dans nos soutes !


Le fantôme tremblotant de Yama le suivant, Albator s'était rendu à la salle du cœur de l'Arcadia.

- Tu me confirmes tes infos, Toshiro ?

- Oui, Albator. Les laboratoires de recherches de la flotte de Gaïa ont conçu en même temps de nouveaux modèles de réacteurs et de système de contrôles des tourelles de canons. Ce matériel inestimable a été rassemblé et il est amené sur Mars.

- Il ne doit pas y arriver ! siffla le capitaine de l'Arcadia.

Yama fronça les sourcils.

- Pourquoi ? Sur ce coup, si la flotte de Gaïa se réarme, ça lui permettrait peut-être d'avoir l'infime avantage pour l'emporter sur les Walkyries !

- Et ensuite elle aurait les moyens de nous affronter, avec une technologie nous dépassant sur tous les plans ! C'est à nous de récupérer cette cargaison. En modifiant l'Arcadia, et en libérant la matière noire sur les galaxies infestées de Walkyrie, nous parviendrons enfin à cette réinitialisation totale qui était mon but il y a trente ans ! La Terre sera épargnée et elle pourra continuer de renaître.

- Pas plus qu'il y a trois décennies, je ne puis t'arrêter, soupira Yama.

- N'y pense même pas !

Sur le seuil de la salle, le grand pirate balafré se retourna.

- Comment s'appelle ce cargo transportant l'avenir ?

- La Surprise.

- Bien, en ce cas, nous allons lui tomber dessus et l'aborder ! Et si elle résistait trop, je la détruirai afin que personne d'autre ne dispose de cette technologie !

- Toujours aussi barré toi. Tu es instable, incontrôlable, fou à lier !