Le lendemain matin, quand elle se réveilla, la première chose qu'elle remarqua fut son odeur, partout autour d'elle. La seconde fut son absence.
Groggy, elle fit le tour de la pièce du regard, tendit l'oreille, mais il n'était plus là. Elle jeta un coup d'œil au réveil et se souvint que, House ayant le même emploi du temps que Daniel, il avait cours à cette heure-ci. Elle fut étonnée qu'il ne l'ait pas réveillé. Elle ne le fut pas en voyant la moustache dessinée au dessus de ses lèvres. Il faudrait qu'elle pense à lui dire que cette idée là manquait totalement d'originalité.
Elle se lava, s'habilla, aéra la chambre et remit tous ses sous-vêtements à leur place, dans le tiroir, s'interrogeant sur la nécessité d'un éventuel cadenas….en même temps, pensa-t-elle, il a déjà vu tous mes strings. Elle laissa tomber l'idée, sachant que de toute façon, il relèverait probablement le défi d'ouvrir le tiroir sans la clé. House ne pouvait s'empêcher de faire le contraire de ce qu'on attendait de lui.
Elle profita de son absence pour travailler, sachant que, s'il avait été là, il aurait tout fait pour la déconcentrer.
Les jours s'enchainèrent plus vite qu'elle ne l'aurait cru et la guerre se transforma doucement en routine. Elle le força à regarder un maximum de soaps, il la força à regarder James Bond. Elle aimait critiquer James Bond, il apparaissait miraculeusement à l'heure où commençait « Sunset Beach ». Elle avait toujours droit à sa vacherie quotidienne et ne manquait jamais de lui rendre la pareille. Du doigt plongé dans l'eau tiède, ce qui n'était pas particulièrement recommandé quand on partageait le même lit, à la nourriture empoisonnée, ils redoublaient d'imagination pour tourmenter l'autre. Pourtant, elle finit par se résigner au fait de ne pas réussir à se venger. Quoiqu'elle fasse, ça ne semblait pas vraiment l'atteindre, il paraissait même apprécier ça le saligaud !.
Ils finirent par s'habituer l'un à l'autre, développant peu à peu une sorte d'amitié totalement chaotique. Leurs tentatives de discussions se finissaient toujours en disputes, mais, même s'ils n'étaient pas prêts à se l'avouer, ils aimaient débattre. Malgré elle, elle le trouvait drôle. Malgré lui, il la trouvait intéressante.
House se fit un plaisir d'annoncer à tout le monde qu'elle habitait chez lui, mais contrairement à ses attentes, elle ne s'en offusqua pas. Cela finit même par servir les intérêts de la jeune femme. Elle n'était plus la victime de House, ou l'idiote qui s'était laissée avoir, elle était devenue la fille qui avait la patience et le courage de le supporter, celle qui était parvenue à le dompter….Du moins, c'était ce que croyaient les gens que ça intéressait.
La chambre, « leur chambre » comme laissa échapper House un jour, devint une sorte de sanctuaire pour une amitié hors du commun. Ils ne se voyaient jamais en dehors de ces quatre murs. Elle avait sa vie, il avait la sienne et ils n'en parlaient jamais réellement entre eux. Il avait laissé échappé qu'il haïssait son père, elle avait précisé qu'elle n'avait plus le sien et ça avait été ce qu'il y avait eu de plus proche d'une conversation personnelle entre eux. De toute façon, les sentiments ça n'était pas leur truc alors ça leur convenait. Cuddy n'avait pas besoin de ses mots pour deviner qu'il était beaucoup plus subtil que ce qu'il laissait paraître, et il savait qu'elle n'était pas aussi parfaite que ce qu'elle voulait faire croire. Bizarrement - et depuis le début, réalisa-t-elle- ils se comprenaient. Ils devinaient les douleurs et les épreuves que l'autre avait traversé sans avoir besoin d'en connaître les détails.
Un soir au moment d'aller se coucher, il découvrit qu'elle avait installé ses coussins à côté des siens. Pour une fois, il ne dit rien et s'allongea à côté d'elle. Malgré leurs attirances mutuelles, ils ne couchèrent jamais ensemble. Elle ne voulait pas tout compliquer et il savait qu'il finirait par la blesser. Ils n'en parlèrent jamais.
Les examens arrivèrent bientôt et comme en préparation de leur future séparation, ils s'éloignèrent peu à peu l'un de l'autre. Elle passait ses journées à la bibliothèque pour réviser, il laissait traîner des brochures d'écoles de médecine sans jamais en parler.
« T'es prête ? », lui demanda-t-il le matin de ses examens.
Elle releva la tête et son regard s'accrocha au sien. Elle comprit qu'il ne parlait pas de son partiel, mais de qui suivrait. Elle se mordit la lèvre, hochant légèrement la tête et levant les épaules en même temps.
« Toi ? », interrogea-t-elle.
Son estomac se serra en attendant sa réponse, elle était soudain aux prises avec une angoisse qui n'avait aucun rapport avec ses études. Il imita son geste précédent et sourit légèrement. Elle le lui rendit tristement et baissa le regard. Elle n'avait aucune idée de ce qu'ils allaient advenir d'eux une fois qu'il aurait quitté la ville. L'appellerait-il ? Viendrait-il la voir de temps en temps ? Avait-elle envie de ça ? Ce fut à ce moment-là qu'elle réalisa qu'elle avait envie de bien plus que ça.
Elle releva le menton et remarqua qu'il s'était approché d'elle. Elle ouvrit la bouche pour parler, mais il la devança.
« Je ne veux pas de ça », lui dit-il.
« De quoi ? »
« De ce que toi tu veux. »
Elle détourna son regard, honteuse qu'il ait encore une fois deviné ses pensées. Blessée de son rejet.
« Cesse de jouer à la sentimentale et réfléchis un peu, tu comprendras. »
« Désolée, je suis un peu lente, tu peux développer ? », insista-t-elle froidement, plongeant ses yeux clairs dans les siens avec défiance.
Il jeta un regard sur le côté, vers nulle part, surtout pas vers elle.
« Pourquoi faire ? Tu vas avoir tout le temps d'y penser », trancha-t-il finalement.
Elle se mordit de nouveau la lèvre et sentit ses yeux s'embuer. Il soupira, s'en voulant d'avoir été si froid.
« Tu vois, je suis pas quelqu'un de fréquentable. »
Elle ne répondit pas, fixant un point au centre de son torse. Sans qu'ils ne comprennent comment ils se retrouvèrent dans les bras l'un de l'autre et ses larmes imbibaient son tee-shirt. Il posa ses lèvres sur le haut de son front. Ce n'était pas vraiment un baiser, pas tout à fait une caresse, juste un contact. Il attendit qu'elle se calme avant de s'éloigner légèrement, assez pour pouvoir la regarder. Il glissa une main sur sa joue, y essuyant une larme en un geste qui ne lui était pas familier. Il devait l'avoir vu dans un de ces films sentimentales qu'elle l'avait forcé à regarder, pensa-t-il.
« C'est l'heure d'aller botter les fesses de tous ces ignorants », tenta-t-il de plaisanter.
Elle renifla et releva le menton.
« Essaie de ne pas trop martyriser…. »
Elle se tut en réalisant qu'il ne lui avait même pas dit quelle école il avait finalement choisi. Elle ne savait même pas pour quelle spécialité il avait opté. Elle l'interrogea du regard et elle comprit que c'était mieux ainsi.
« J'espère que j'entendrais parler de toi. »
Elle devina à son ton que ce n'était pas de se revoir qu'il lui proposait. Il la défiait de devenir quelqu'un dont tout le monde parlerait. Un médecin d'excellence.
« J'espère ne pas trop entendre parler de toi », répondit-elle avec un léger sourire.
Il sourit. Elle avait toujours espéré qu'il s'assagirait.
« Et moi j'espère que tu ne porte pas des talons, parce que tu vas devoir courir si tu ne pars pas tout de suite », se moqua-t-il, sachant pertinemment qu'elle en portait toujours.
Elle jeta un regard à sa montre et constata qu'elle était déjà en retard. Elle soupira et s'éloigna d'un pas.
« Je déteste ça », ragea-t-elle en parlant des adieux.
« Alors ne le fais pas », déclara-t-il finalement.
Ils échangèrent un nouveau regard, une dernière discussion silencieuse. Elle soupira et le dépassa, frôlant intentionnellement son épaule en partant, à la recherche d'un dernier contact, ne se retournant pas.
Quand elle revint ce soir là, il avait disparu. Elle voulut pleurer, mais savait que ça ne le ferait pas revenir. Alors, elle se laissa tomber sur le lit où ils avaient passé tant de temps et nicha son nez dans son coussin, profitant de son odeur tant qu'elle était encore là. Elle ferma les yeux et imagina qu'ils leur restaient du temps. Qu'ils s'étaient connus plus tôt. Autrement. Que leur histoire se finissait différemment.
TBC….
