Hello tout le monde ! On ne peut plus parler de retard à ce stade alors retenez juste que je suis sincèrement désolée ! Merci à tous pour votre soutient et je vous avouerai que ce chapitre a faillit ne jamais voir le jour. J'ignore ce qui m'a poussé à continuer. Je ne veux juste plus jamais arrêter d'écrire de cette façon. Pour que vous ayez une fin. Pour vous et pour moi. Merci encore ! Peneloo, nous étions faites pour nous rencontrer haha.


No one really answered .

They just said, "Don't go. Don't go. Don't go. Don't go..."


« Du champagne ? »

« Z'aimez pas ? »

« Ce n'est pas la question. N'est-ce pas quelque peu exagéré ? »

Je pivotai sur mon axe, décontenancé devant la figure innocemment surprise du détective. Un labyrinthe de présentoirs nous encadrait inconfortablement, confrontant les frontières de notre espace personnel à d'horribles couloirs de conserves et bouteilles en tout genre où une surface libre devenait une denrée rare et inespérée et où l'air devait s'économiser sous peine de claustrophobie. Une supérette de mon choix, je l'avoue.

« Exagéré ? Sérieusement ? Exagéré ? » Questionnai-je tandis que je marquais mon abasourdissement d'une montée remarquable de tonalité.

« Allons, qu'y a-t-il encore? » Soupira le scientifique, contrarié.

« Non mais est-ce que ça vous arrive de vous écouter parler ? Exagéré. Et puis quoi encore ? » Morigénai-je tout en empoignant ledit champagne pour le fourrer à grands gestes dans notre panier. « Dites-moi Sherlock, si la résolution miraculeuse d'une enquête perdue d'avance n'est pas une bonne raison de boire du champagne, quelle est-elle donc ? Le mariage de ce bougre de prince Harry ? »

« Ne prenez pas cet accent... » Grimaça le brun, empoignant quatre autres bouteilles.

« Vous n'aimez pas mon accent very britsh ? » M'indignai-je faussement tout en singeant l'air hautain de nos politiciens.

« Je ne comprendrai jamais pourquoi les touristes l'aiment tant. » Déplora le génie saisissant le panier de courses à nos pieds pour se diriger vers la caissière d'un pas traînant.

« C'est le charme mon prince, le charme ! »

« Pour l'amour du ciel, John. »

« Si le soleil revient à Louis XIV, vous, mon prince, êtes maître du ciel et peut-être même des galaxies alentour ! »

« John. »

« Mon prince. »

« Trente-six livres. »

Nous nous tournâmes de concert vers la jeune caissière mâchant bruyamment son chewing-gum, les doigts rivés à son portable. Une poignée de secondes s'écoulèrent ainsi avant que mon correspondant ne porte lentement la main à son porte-monnaie alors que j'entreprenais d'empaqueter nos achats.

« Bonne journée, m'sieur le prince. » Lança ironiquement l'adolescente alors que nous prenions la porte.

« Quelle amabilité ! Soyez certaine que mon prince vous en remercie jeune fille ! God save the prince ! » Rétorquai-je cérémonieux au possible comme le voisin s'éclipsait, ignorant sa remarque avec superbe.

Une fois dehors, les mains accaparées par deux sacs d'une grandeur conséquente, je jetai une œillade goguenarde au détective.

« Roh faites pas cette tête ! » Dis-je, le poussant gentiment de l'épaule. « D'ici la fin de la journée, votre titre princier sera connu de tous. »

« C'est bien ce qui m'inquiète. » Siffla sèchement mon interlocuteur, son visage figé d'indolence détonnant cruellement avec les deux sacs de courses dont il avait la charge.

« Petit joueur va ! Si j'avais été prince, j'arpenterais cette rue chaque heure en criant : ''Qu'ils mangent de la brioche !'' »

« Je n'en doute pas, vous êtes complètement siphonné. »

« C'est la cocaïne qui se fout de l'héro ! Z'allez me dire que vous êtes moins siphonné que moi ? »

« Aucun être vivant et par cela j'inclus toute forme de vie planétaire, ne peut atteindre votre degré de folie. »

« Z'êtes en train de me dire que je suis unique ? » Roucoulai-je, enfonçant derechef mon épaule dans la sienne, nos sacs s'entrechoquant dans un bruit de papier froissé.

« Je suis en train de vous dire que vous devriez sérieusement songer à consulter. » Répondit froidement le détective, se décalant mécaniquement sur la gauche à chaque coup d'épaule donné.

« Mais c'est ce que je fais en ce moment même ! Vous êtes détective consultant. Z'avez saisi ? Consultant ! »

Le voisin s'arrêta brusquement pour me jauger d'un regard perçant avant de déclarer d'un ton calme comme il reprenait son avancée :

« Nul. »

« Nul ? » Répétai-je, plus étonné par le fait de le voir employer un mot si bref et si banal que par le fait qu'il me soit adressé.

« Nul de chez nul. » Ajouta-t-il simplement.

« Me dites pas ça ! Je fais avec ce que j'ai ! » Me défendis-je.

« Eh bien, ce jeu de mot n'était pas nécessaire à mon apprentissage humoristique. »

« Vous êtes cruel, nom de Dieu ! » M'exclamai-je, tentant de feindre la colère sans parvenir à me défaire de mon sourire.

Nous atteignions le 221 b, tout en cris et piques diverses lorsque l'on m'appela. Je me tournai pour tomber sur le fils Wilkinson posté sur le trottoir nous faisant face. J'aurais pas su dire ce qu'il foutait là. D'ordinaire, à moins que je ne l'invite à venir joyeusement vider mes placards et saloper ma baraque, le chiard Wilky ne quittait jamais Tower Hamlets. Déposant mes deux sacs au sol, je l'invitai à traverser d'un signe de la main. Le Harry, à l'apogée de la jeunesse, cheveux au vent, beauté remontée à bloc, traversa la route à petites foulées, son t-shirt trop large dénudant une épaule gracieuse. Ce gamin aurait fait un tabac auprès des hommes de foi, c'est moi qui vous le dis.

« Yo ! Je te cherchais ! » Salua-t-il, une fois à notre hauteur.

Je grimaçai. Il était tellement ringard. Je ne faisais pas partie du genre de personne qui dictait aux braves gens comment s'habiller ou parler. Pas du tout. C'était juste qu'à un moment, les choses mouraient. Comme nous, les mots périssaient pour ne plus jamais revenir. ''Yo'' nous avait quitté il y a trois ans maintenant. Rest in peace, voyez ?

« Pourquoi tu me cherches ? » Demandai-je de but en blanc.

L'enfant Wilkinson m'offrit un de ses sempiternels sourires d'angelot, ses traits s'illuminant, comme une fleur éclot au printemps, ses lèvres soyeuses s'étirant en une valse rosée dévoilant la nacre étincelante de ses petites dents proprement alignées les unes contre les autres, ses taches de rousseur, constellation de candeur, provoquant bien malgré moi, un sursaut à mon pauvre cœur. Il y avait de ces beautés auxquelles on ne s'habituait jamais.

« Il y une fête à l'Inox ce soir et... on est sur la guest list. »

« Tu plaisantes ? » Questionnai-je, sidéré.

« Mec, on va enfin entrer dans cette fichue boîte ! Tu plaisanterais avec ça, toi ? » S'exclama Harry, partant dans un rire mélodieux à vous pénétrer le cœur jusqu'à l'âme.

« Non ! Sûr que non pardi ! » M'exclamai-je, sincèrement heureux comme je gratifiais le plus jeune d'une bourrade amicale. « Bon Dieu, sacré bon Dieu, nom de Dieu ! »

Nous nous congratulâmes gauchement quelques secondes durant avant que les rétines du Wilky ne se détournent des miennes pour se poser sur ma gauche. A l'emplacement même où je me souvenais avoir laissé le voisin. Soudainement, d'une façon aussi brusque que saisissante, les engagements que j'avais déjà pris auprès du détective m'étreignirent. Le plus saisissant étant que cela ne me posait aucun problème, de m'y tenir donc. Je veux dire, tantôt j'aurais été réellement enthousiaste à l'idée d'une soirée dans ce club cependant, elle ne m'inspirait à présent pas plus d'excitation qu'une sordide soirée de masturbation tristement intensive et ne méritait certainement pas le sacrifice d'une autre passée en compagnie de Sherlock. Et c'était cela le problème. A quel moment le voisin avait-il grimpé dans l'ordre pourtant abusivement stricte de mes priorités ? Vous me direz que c'était pas le sacrifice du siècle et certainement que je vous demanderais ce qu'un gosse avec une vie en carton peut bien foutre si ce n'est faire la fête (le suicide n'étant pas une option) ? Sûr que la bringue n'était pas ma vie. Ça en était juste l'avatar.

Comprenez maintenant que je me sentis un peu gêné lorsque je constatai dépité, que j'y irais pas à c'te fête. J'y irais pas pour la bonne raison que je préférais rester avec mon voisin à boire du champagne bon marché. Aussi, lorsque les iris du Harry atterrirent sur le scientifique, je me redressai tout entier, adoptai ma figure la plus avenante, jolie et touchante pour poser une main sur l'épaule de Wilkinson, dressant la seconde vers mon correspondant :

« Harry, je te présente mon prince, Sherlock Holmes. »

D'abord surpris, le plus jeune me jaugea d'un regard étincelant de curiosité (c'est que je lui présentais jamais personne, fallait pas pousser mémé) avant de s'en retourner au génie et de lui offrir l'expression la plus douce de la création :

« Hello, ravi de vous rencontrer m'sieur Holmes ! »

Les muscles faciaux obstinément figés de mon correspondant s'animèrent momentanément sous le violent assaut de ce que je nommais fièrement ''L'effet Wikinson'' comme il s'emparait mécaniquement de la main tendue :

« Moi de même. »

« Mon voisin d'en face, tu peux le croire ? Un flic en plus. » Poursuivis-je avec entrain, ma main pressant répétitivement la tendre épaule sous mes doigts, les grands yeux clairs du fils Wilky baignant mes iris de leur éclat de candeur brute. « Dis-moi gaillard, t'auras jamais vu un pauvre diable comme moi avec un roussin, pas vrai ? »

« Non, non. » Qu'il me répondit l'angelot, son visage tout entier trahissant son égarement.

Et je vais vous le dire ce qu'il comprenait pas le pauvre môme. Le chiard Wilkinson, il pouvait pas s'expliquerque je me flanque d'un roussin tiré à minimum cinq épingles, pas plus avenant qu'Hannibal Lecter et moins encore que son professeur de math. D'ailleurs, je vous avouerais que moi non plus je pouvais pas le comprendre.

« Je sais, je sais… ! » M'exaltai-je excessivement. « Figure-toi qu'on avait justement prévu un truc ce soir alors tu diras aux autres que pour moi c'est mort, d'accord ? »

« Euh, je… enfin. Ouais mais… t'es sûr ? Je veux dire…» Balbutia pauvrement Harry, visiblement mal à l'aise devant mon comportement inhabituel ainsi que par la présence de mon étrange ami. « Je veux dire, tu veux vraiment faire ça ? »

« Môme Wilkinson, pourquoi tu me dirais donc pas la raison pour laquelle je serais plus capable de dire ce que je veux ou pas ? »

« Ouais, bon je vais faire comme ça alors ! » Abdiqua le plus jeune, renfrogné alors qu'il se dérobait à mon emprise. « Tu manques sérieusement quelque chose de terrible, t'imagines pas. »

«Au temps pour moi. Allez, à un de ces quatre et passe le bonjour à ceux qui sont toujours en vie. »

« J'ai pas envie. A plus. »

Le chiard Wilkinson adressa un léger hochement de tête au voisin avant de se retirer non sans un dernier regard en arrière alors que sa silhouette filiforme contrastait avec l'arrière-plan atrocement prosaïque de ma rue. Ce gamin n'avait sa place nulle part. Il n'était pas assez pauvre pour trouver grâce à nos yeux et demeurerait l'éternel exemple à ne pas suivre pour les siens. J'savais pas trop pourquoi je pensais ça. Il y avait que ce môme-là pour vous fiche de telles âneries en tête.

« On se bouge ou vous comptez camper là ? » Lançai-je platement au voisin comme je ramassais mes sacs.

« Cet adolescent est d'une beauté anormale. » Déclara le scientifique, les yeux rivés au Wilky tandis que celui-ci tournait au coin de la rue.

« Et moi je pus le poisson, c'est ça ? »

« Ce n'est pas la même chose. » Trancha nonchalamment mon correspondant, pénétrant dans l'immeuble d'un pas détaché, les muscles bandés sous le poids de sa charge.

« Une façon détournée de me faire comprendre que je suis un laideron ? » Poursuivis-je en lui emboîtant le pas.

« Vous êtes obsédé par votre physique, Watson. »

« Pas assez puisque MONSIEUR ne me trouve pas à son goût. » Fis-je remarquer, faussement vexé.

« Les critères de beauté personnels ne sont qu'un banal filtre, il est bien au-delà de cela. Sa splendeur est indéniable et ne rencontre aucun obstacle, c'est fascinant. » Rétorqua le brun, amorçant l'ascension des marches.

« Hamish. »

« Je vous demande pardon ? »

« John Hamish Watson, des fois que vous chercheriez des prénoms pour vos babies. Parce qu'en plus ce gars dit ''babies'' et pas ''bébés''. Bonne chance. » Sifflai-je, rouge sous l'effort simultané, les bouteilles s'entrechoquant dangereusement dans mon sac alors que j'atteignais enfin le premier étage.

« Pour quelle raison donnerais-je votre prénom à mon premier enfant ? » Questionna le brun perplexe.

« Pourquoi vous le feriez pas justement ? »

« Ce serait idiot. En outre, vous n'allez pas prétende que ce prénom n'est pas ridicule. »

« Ah parce que Sherlock c'est mieux ? On dirait le nom d'un traitement contre les hémorroïdes. »

Un rire fluet se fit entendre au rez. Le détective soupirant de consternation comme il exhortait en direction du parquet :

« Madame Hudson, le fait que je sois dans le couloir ne vous défait pas du devoir de respecter ma vie privée. »

Pour seule réponse, le rire redoubla d'intensité au point où la mère Hudson finit par en tousser, provoquant ainsi mon propre amusement. Cette grand-mère était un sacré numéro.

« Elle doit pas vous entendre. » Souris-je, goguenard.

« Bien sûr que si et grâce à vous, toutes les commères du quartier l'entendront également. » Observa sèchement le scientifique, déverrouillant la porte de son appartement avec rudesse.

« Sauf que vous vous moquez totalement de l'opinion des vielles du coin. »

« Certes, toutefois cela m'obligerait qu'elles n'en aient aucune. »

« Oh rassurez-vous en vous disant que ce ne sera pas pour longtemps. On meurt tous un jour, béni soit le Seigneur ! » M'exclamai-je, refermant derrière moi.

« Rassurant, en effet. » Nota sarcastiquement le génie.

« Ouvrez donc le champagne au lieu de geindre, ce soir c'est votre soir et je peux vous dire que vous vous en souviendrez… ou peut-être pas si tous se passe comme prévu. » Fis-je espiègle, déposant mes courses sur la table de la cuisine.

« Je n'oublie jamais rien. Lorsque l'on est pourvu d'un cerveau comme le mien, l'oubli est une légende urbaine. » Contra mon voisin, enfournant nos champagnes au frigo pour ne plus en garder qu'une bouteille qu'il entreprit aussitôt de débouchonner.

« Bla bla bla… » Chantai-je, saisissant un paquet de chips pour l'ouvrir avec désinvolture avant d'ajouter, bouche pleine : « Devriez arrêter de brandir votre intellect pour écraser les pauv'gens avec. C'est terrible. »

Une détonation sans équivoque s'éleva, le scientifique pestant à peine sous le flot d'écume jaillissant de la bouteille pour inonder ses doigts puisqu'il s'étonnait :

« Je vous demande pardon ? »

« Jouez pas l'innocent, vous faites ça tout azimut. Chaque occasion est bonne pour rappeler au monde entier que vous êtes un génie et si, dans le même temps, les autres peuvent passer pour des bons à rien écervelés, c'est encore mieux. » Expliquai-je simplement. « Servez-nous donc avant de donner à boire au parquet. »

Mon correspondant parut se ressaisir comme il s'emparait de deux tasses pour y déverser l'alcool, rétorquant néanmoins :

« Le fait est que justement, la plupart des gens sont des bons à rien écervelés, John. »

« Peut-être bien. Sauf que vous avez pas besoin de le leur dire. C'est comme de rappeler tous les jours à un aveugle qu'il est aveugle. Ça sert à rien et c'est pas cool. » Déclarai-je tout en m'emparant de la tasse tendue par le brun.

« Mais ça n'a rien à voir ! La cécité est un handicap ! »

« Et la bêtise n'est pas handicapante ? » Questionnai-je, sourire en coin.

Deux orbes aciers vinrent se poser sur mon visage, la figure à laquelle ils servaient de fenêtre sur le monde semblant nichée entre deux expressions faciales contradictoires. Ce qui devait être une première pour des traits figés à longueur de journée. Je me sentis tout drôle d'être observé de cette manière. Je veux dire, s'il était déjà bouleversant avec une tête de meurtrier, pouvez pas vous figurer ce que c'était quand il la perdait.

« Tchin-tchin ? » Proposai-je.

« Tchin-tchin. » Assentit-il après une pause supplémentaire, nos deux tasses s'entrechoquant dans un léger tintement.

Le voisin but une petite gorgée du breuvage avant de grimacer :

« C'est immonde. Je ne pense pas que l'on puisse sincèrement qualifier pareille horreur de champagne. »

« Z'exagérez, c'est pas si mal. Ça a le même goût que quand on lèche un mur. » Dis-je, sirotant ma boisson.

Le père Holmes me darda d'un regard interdit, allant jusqu'à hausser un sourcil lourd de sens. Aussi sec, je me crus obligé d'ajouter :

« Me regardez pas comme ça ! J'étais môme à l'époque ! »

« Et l'enfant que vous étiez s'est découvert une affection particulière pour les parois de sa maison ? »

« Je me demandais juste quel goût ça pouvait avoir ! »

« Bien sûr John. Je parie que vous vous êtes également interrogé sur le goût des pièces de monnaie. »

« Une pièce de cinq. Le médecin a pas compris comment j'ai fait pour pas m'étouffer. » Ris-je, saisissant le paquet de chips ainsi que ma tasse comme j'enjoignais le brun à me suivre.

Nous prîmes place sur le canapé. Mon correspondant, dos droit, calme et détaché, buvait consciencieusement son champagne à la façon d'un enfant faisant ses leçons. Je l'observai intensément, ses manières délicates et légères, ses os jaillissant de sa peau laiteuse, tendue à l'extrême. Une membrane si fine qu'elle en devenait transparente, sa peau. Je vous jure qu'il était fragile cet homme-là. Sauf qu'il l'était uniquement au regard. Votre âme, il vous la chagrinait. Ses yeux d'aveugle rencontrèrent les miens.

« Que devons-nous faire à présent ? » Formulèrent ses lèvres rosées.

« La fête, môme Holmes. On doit faire la fête. » Répondis-je, mon intérieur frémissant non sans une certaine douleur.

Dites-moi les gars, ça vous est jamais arrivé de réaliser soudainement au contact d'un tiers, sous un simple regard, que vous êtes tout entier, que vous avez un corps, des cellules, une âme et un cœur et que vous êtes en vie, dans un univers bien réel, sur une terre à vous, tout cela à cause d'un vague regard, d'une présence ? C'est l'effet que me procurait la proximité du voisin. Il me rappelait que je n'étais pas encore mort. C'était aussi douloureux qu'agréable. Alors je vais vous dire ce que j'ai fait. J'ai eu comme un pauvre sourire et délaissant le canapé, je me suis dressé face à lui. Ses iris me transperçaient le cœur, il était beau. Si beau si vous saviez !

« Attendez-moi ici. Je reviens. » Ai-je dit doucement.

« Faites seulement. »

Je suis donc sorti de l'appartement. J'ai traversé la rue avec ma tête vide et mon dedans déboussolé et je suis rentré à la maison. Une fois dans ma chambre, j'ai pris le cédérom. Celui sur lequel étaient gravées mes musiques. Celles que je tenais à ne jamais oublier. Celles qui renfermaient mes humeurs les plus gentilles. Quittant mon appartement, les doigts serrés sur ma petite pochette en carton, je me suis demandé ce qui me poussait à m'ouvrir de la sorte. Vous me direz qu'il ne s'agissait là que d'une banale playlist insignifiante et enfantine. Toutefois, considérant mon amour pour la musique, cela revenait à me dévoiler d'une manière plus qu'intime. J'ignorais ce qui me poussait à faire cela, je vous le jure. Pourtant, je le fis néanmoins. Je retrouvai Sherlock au 221 b, mis le cédérom dans son ersatz de chaîne hifi et pris place sur le canapé. Ma jambe gauche touchait innocemment la sienne et tandis que Beirut jouait les première notes d'Elephant Gun, je vidai ma tasse d'une traite, me tournant vers Sherlock Holmes afin qu'il la remplisse à nouveau. Nous demeurâmes ainsi, côtes à côtes, mon cœur battant la chamade, les trompettes gémissant dans l'air tiède de l'appartement, le parfum de mon compagnon inondant mes sinus de sa fragrance fantasque. Le brun se resservit, Dustin Tebbutt déversa sa voix enchanteresse sur nos deux corps, The Breach s'infiltrant dans chaque élément constituant le meilleur souvenir que j'ai de mon voisin. Son visage était si calme ! Son corps si détendu ! Et lorsque ses doigts d'une maigreur misérable se mirent à battre le rythme, non sur son genou mais bien sur le mien, de faibles tapotements, bénins, savoureux et fébriles, la certitude de nos destins m'envahit violemment. Il deviendra mien et je deviendrai sien. Non pas parce que je le souhaitais ardemment, mais parce que c'était une évidence. Une évidence, je vous dis.

Nous en étions à notre troisième bouteille de mauvais champagne, la nuit prenait le monde d'assaut, les enfants perdus hurlaient leur désespoir dans la rue et Bill Callahan chantait Riding For The Feeling lorsque je m'entendis :

« Dansez avec moi. »

Ainsi cette main sur mon genou s'empara de la mienne et sans un mot nous quittâmes le canapé. Un vertige saccagea mes pensées. Du rouge peignait ses joues creuses. Deux mains sur ma taille, mes bras autour de sa nuque et la guitare balançant nos deux corps enlacés, mêlant nos yeux voilés d'alcool et de mélancolie. Nous dansions. L'âme en dehors, mes iris questionnant les siennes. Il me sourit. Un sourire comme on en voit rarement. Il n'allait pas jusqu'aux oreilles, mais directement au cœur. Je nichais mon visage dans sa nuque, savourait son parfum et me laissais guider. Je ne sais combien de temps cela dura. Le CD arriva à sa fin et nous continuâmes de danser. Il était chaud et réconfortant et moi j'avais besoin de sa chaleur, de ce réconfort qu'il paraissait être le seul à pouvoir m'offrir.


Qu'en avez -vous pensé ? Des fois je me fais l'effet d'écrire que des conneries. Parce qu'en vrai, les slows langoureux et maladroits sont mort à la naissance de l'électro . Bonne journée et bonne nuit !

Bises

A.