Alors que leur vaisseau se dirigeait vers Bhujerba en pilote automatique (et Drace remerciait en pensée le génie qui avait inventé ce système car elle avait encore un peu de mal à respecter les limites de vitesses, ayant du passer son permis 5 fois avant de l'obtenir sans blesser trop de monde et ayant aussi la manière de conduite typique de la capitale… Car comme tout le monde (ou presque) le savait : conduire à Archadès, c'est une question de vocabulaire !) les juges étaient installés dans la cabine centrale. Gabranth était consterné. Cette journée était sans aucun doute la pire de toute son existence (et croyez moi, des sales journées, il en avait connues) et il se demandait s'il allait réussir à s'en remettre un jour.

Drace le prenait mieux (Car les femmes sont mille fois plus résistantes que les hommes, c'est bien connu.) et ne rêvait que d'une chose : prendre un long bain qui lui ferait oublier les désagréments de la journée.

Arrivée à Bhujerba, ils se séparèrent une fois de plus de leurs armures et se dirigèrent vers le Cumulus. Une fois entrés dans l'établissement, ils aperçurent leurs collègues ainsi que Larsa, attablés. Bien que faisant le plus d'efforts possibles afin de rester naturels, ils ne purent s'empêcher d'écarquiller les yeux et ouvrir la bouche. (NDA : Expression fort bien montrée par Munch dans son œuvre Le Cri… Vous pouvez imaginer ce que ça donne sur nos très chers juges !) Et pour cause… Les juges en civils avaient tous des cernes violettes très profondes, tiraient une tête de six pieds de long et Larsa, les yeux rougis, avait l'imprimé de la table en bois sur son visage (il avait du certainement s'endormir appuyé dessus), ce qui lui donnait un air de pantin dépressif.

Portée par un instinct maternel, Drace se précipita sur Larsa et le serra dans ses bras, oubliant toute notion de protocole (mais étant en civil, elle pouvait bien se le permettre… Elle hésitait même fortement à clamer que Gabranth était son mari et Larsa son fils. Afin de se justifier, évidemment !). Puis la juge toisa ses collègues avec un air de reproche.

« J'espère que vous avez une explication…

- N… Non, Drace, c'est… Ma faute, commença Larsa pris de tremblements.

- Mon Dieu mais vous tremblez, monseigneur ! Il faut vous conduire immédiatement chez le Doct…

- Non, pitié ! Tout sauf lui, dit Larsa avec un air terrifié.

- Que vous a-t-il fait ? S'il a touché à le moindre de vos cheveux je…

- Drace…

-Je… Le punirai en conséquence, s'exclama la juge qui pensait en réalité : Je lui arrache les *beeeep* et lui fait avaler avant de le pendre par ses *beeeeep* tout en le laissant en vie le plus longtemps possible, cet espèce de *beeep* de *beeep* !

- Drace je… Je ne me sens pas bien… Pourrions-nous rentrer à Archadès ? Puis il s'adressa aux juges : Je vous remercie pour vos bons et loyaux services, vos honneurs… Sans vous je…

- Allez y monseigneur, l'interrompit Zargabaath, nous saurons mener la mission que vous nous avez confiée à bien. »

Et, avec un signe de tête, Larsa s'éloigna, soutenu par Drace. La jeune femme jeta un regard à Gabranth qui le lui rendit immédiatement. Il comprit immédiatement le fond de sa pensée et en réalité, pensait la même chose. A force de travailler ensemble, main dans la main, ils avaient établi un lien et pouvaient tout se dire que d'un seul regard complice.

Ce à quoi ils venaient de penser était : « Et voilà, encore des heures sup' non rémunérées… Quels radins! »

Apres avoir poussé un long soupir, Gabranth s'assit à la table.

« Soupirez pas mon vieux, on n'est pas encore sorti de l'auberge», s'exclama Bergan qui, réalisant son calembour, émit un éclat de rire.

A cette réaction, Gabranth eut un air blasé, Ghis haussa les sourcils et Zargabaath soupira :

« Ne faites pas attention, à force de faire croire que nous venions du bas peuple, il semblerait que certains d'entre nous aient assimilé une partie du langage.

- Ah… Et en ce qui concerne l'état et la présence du seigneur Larsa en ces lieux, vous avez une bonne explication, je suppose.

- Oh, dites, eh, vous n'allez quand même pas dire que c'est de notre faute s'il est venu dans ce bouiboui ! s'exclama Bergan.

- Sait on jamais, j'en ai tant vu aujourd'hui que je m'attends à tout.

- Et bien figurez vous que…

- Excusez-moi, dit une jeune serveuse, interrompant la conversation des juges. Vu l'importance de votre commande, la maison vous offre une choppe d'eau de vie de Bhujerba chacun. »

Alors que la jeune fille les servait, Gabranth se demandait de quoi diable voulait-elle parler. Une fois celle-ci partie, il allait interroger ses collègues quant il se fit interrompre par Bergan :

« Dites, c'est moi ou l'uniforme à changé entre quand nous sommes rentrés et maintenant ?

- Non, dit Ghis. Puis il continua d'un ton monocorde : C'est elle qui a remonté sa jupe de 15cm quand elle a vu Gabranth entrer.

- Tss, il y en a qui ont de la chance, grogna Bergan.

- Je vous la laisse volontiers, des filles aguicheuses j'en ai plein la vue toute la journée, ça m'a suffit. »

Il réalisa alors ce qu'il venait de dire quand il sentit un regard appuyé et surtout rempli de jalousie de la part de ses collègues.

« Uh, non ce n'est pas ce que je voulais dire…

- Et on peut savoir ce que vous vouliez dire ? »

Et Gabranth raconta le récit de sa folle journée avec Drace. Les juges, effarés de la conduite de Vayne, lui racontèrent leur folle épopée afin de retrouver Larsa.

« Et savez vous pourquoi il est venu ici, en fin de compte ?

- Non…

- Il paraît que Vayne accompagné du docteur Cid…

- Cid qui avait rompu son engagement de ne plus boire, je vous ferais remarquer.

- Oui bref, Vayne et Cid ont débarqué dans sa chambre au petit matin et l'ont menacé de mort s'il ne ramenait pas 4 barils d'eau de vie Bhujerbane pour une orgie qu'ils organisaient le lendemain !

- Mon dieu…

- Je ne vous le fait pas dire…

- Enfin, nos deux seigneurs sont revenus au palais, c'est déjà une bonne chose de faite.

- Je propose de trinquer pour fêter cela ! »

Et, après avoir entrechoqué leur choppes, les Juges burent l'eau de vie, cul sec !

Quelques heures plus tard, Drace se dirigeait vers Bhujerba, afin de chercher ses collègues. Larsa lui avait tout raconté et c'était de justesse qu'elle s'était retenue de mettre de la mort aux rats dans la tisane de Vayne. Plus ça allait et plus elle se mettait à le détester…

Elle atterrit à Bhujerba et se dirigea vers le Cumulus. Une fois entrée dans l'auberge, elle alla vers la table de ses collègues et eut la bonne surprise de retrouver les, ivres morts !

« T… Tieng, c'Drace-ah ! s'exclama Bergan avec un fort accent du sud-ouest.

- M… Mais que vous est-il…

- Il s… Semblerait, dit Gabranth qui était celui qui avait le mieux résisté, que nous ayo…ayons s-sous estimé les… les ravages du –hips- spiritu… eux local.

- Eng gros, on s'est –hips- bourré la gueule-ah ! Et après ung j… jour pareil-ah, ça fait du bi… Bieng, putaing !

- N… Non là, v… Vous abusez, B… Bergan. s'exclama tant bien que mal, Zargabaath.

- Hé ? M… Mais, non c'justeuh une exp… ressiong locale-ah…

- M… Mais c'est –hips- très ré… vélateur, s'exclama Ghis. Nous en av…ons appris beaucoup s… sur les origines paysa…-hips- nes de B…Ergan, l'origine… -hips- du nom… de Zargabaa…aaaa…ath.

- A vos… -hips- souhaits, dit Bergan en éclatant de rire, faisant référence à la dite origine.

- Oh, ç… ça va vous, l'enf… enfant de pro… prolétaire… maugréa Zargabaath.

- … Et s… surtout, l'expéri…ence de Gabr…anth.

- Ca… ça suff… suffit ! protesta Gabranth qui avait subitement rougi comme une tomate. Dr… Drace est là, nous pouv… ons y aller. »

Drace, qui avait adopté un profil bas, était justement en train de se demander s'il n'était pas plus sage pour elle de s'enfuit, ne prétendant pas les connaitre. Finalement, elle dut parcourir Bhujerba accompagné de ses collègues ivres morts et quatre tonneaux d'eau de vie, portés par des « volontaires ».

(En réalité elle s'était arrangée avec la serveuse en lui faisant gentiment comprendre que si elle ne l'aidait pas et continuait de reluquer SON homme comme elle le faisait, elle lui ferait regretter (bon, elle avait bien sûr exagéré concernant sa relation avec Gabranth mais elle se dit qu'a partir du moment où c'était pour la bonne cause, c'est-à-dire la sienne, un petit mensonge ne ferait pas de mal.). C'est ainsi que la jeune fille avait « gentiment demandé » à quatre messieurs s'ils pouvaient lui « rendre un petit service de rien du tout ».)

Une fois le groupe arrivé à Archadès (ce qui fut épique, surtout en raison de Bergan car vertige et cuite ne font pas bon ménage), tous les hauts juges de sexe masculin partirent se coucher, laissant soin à Drace d'aller faire son rapport… Ce qu'elle ne fit pas car l'Empereur lui-même pris d'une attaque de sa maladie (ben voyons…) était alité et dormait à poings fermés.

Drace, épuisée, décida qu'il était temps pour elle d'aller d'imiter ses collègues. Alors qu'elle se dirigerait vers ses quartiers, elle s'arrêta net. Puis elle fit demi-tour et alla frapper à la porte d'une autre chambre.

Une faible voix lui dit d'entrer, ce qu'elle fit. Une fois dans la pièce elle vit Gabranth, dont le teint pâle avait carrément viré au vert et qui avait l'air plus mort que vif.

« Ah Drace… Quelle honte que vous me voyez dans cet état, parvint il à articuler de sa bouche qu'il sentait pâteuse.

- Oh croyez-moi, après ce que nous avons vécu aujourd'hui, j'ai une nouvelle vision de la honte.

- Hmm… Et, quel vent vous amène ?

- Et bien je me demandais… Je sais que la curiosité est un vilain défaut mais après ce que nous avons vécu… Je pensais que nous… Vous pourriez peut être…

- Ou… Oui ? demanda Gabranth qui avait subitement repris des couleurs.

- M'expliquer ce qu'il s'est passé, concernant votre connaissance des philtres d'amours surdosés !

- Oh », fit Gabranth en émettant un grognement. Il ne s'attendait pas à ça mais il lui devait bien, vu qu'il l'avait raconté à ses collègues, sous le coup de l'alcool. « Et bien il se trouve que, étant encore jeune, je… J'en ai fait les frais à mes dépends.

- Vous Gabranth ?

- Hmm, j'étais jeune, amoureux et… d'une timidité incroyable. Même mon jumeau se moquait de moi à ce propos… Alors que j'étais celui au caractère dominant, ajouta t'il à voix basse, furieux. Alors j'ai été voir une apothicaire et lui ai demandé un philtre… Et l'ai surdosé en croyant améliorer son résultat… Au lieu d'obtenir l'effet voulu, j'ai régressé, voyant le monde tout rose et rempli de bonnes intentions… et je me suis comporté comme un parfait idiot.

- Mais vous vouliez plaire à votre dulcinée, c'était ça l'important, dit Drace, étant compréhensive…

- Si vous le dites, quoiqu'il en soit elle a refusé de me parler après ce jour là…

- Tu m'étoooonnes, pensa Drace. Et prenant à nouveau la parole elle continua : « et bien… Je vous remercie d'avoir partagé cette histoire… Veuillez encore me pardonner pour ma curiosité.

- Non, c'est vous que je devrais remercier… Pour votre patience et votre compréhension…

- Allons, allons…

- En fait, il faut que je vous avoue… Je ne l'avais pas réalisé avant mais Drace…

- Ga… Gabranth… (Et Drace, jubilant intérieurement se dit : « It's a dream coming truuuue ! Victory is miiine !! »)

- Drace, vous… Vous me faites penser à ma mère ! »

Drace venait de se prendre une douche froide. Tout son petit cinéma venait de se briser en mille morceaux. Se levant brusquement, elle dit :

« Bon… et bien vous avez besoin de sommeil, je vous laisse… »

Gabranth, hébété lui souhaita une bonne soirée et porta une tasse de tisane à ses lèvres. Juste avant de la boire il chuchota.

« C'est bien la dernière fois que je veux entendre parler de philtre d'amour… »

Drace, faisant mine de partir, avait cependant entendu ses paroles. Et c'est avec un grand sourire qu'elle se dit : « Compte là-dessus… », tout en serrant dans sa poche la fiole contenant le philtre… vide

Fin