Avertissement : scène légèrement gore, estomacs sensibles s'abstenir.
« Alors, prêt à aller casser du Pattinson ? » lança Dean.
Sam roula des yeux. Il fallait croire que son frère avait été profondément traumatisé par Twilight, s'il se montrait aussi enthousiaste à l'idée de massacrer un nid de vampires… dont la figure centrale se prénommait Edward. Sans déconner.
« A trois… un… deux… trois ! »
Ils se glissèrent par la porte, couteaux levés. Pas un bruit ne provenait du sous-sol, lequel était noir comme l'intérieur d'un tonneau de goudron. Pendant une panne d'électricité. Ils s'engagèrent dans l'escalier.
Un bruit sourd retentit. Genre un cadavre qui tombe par terre. Les deux frères échangèrent un regard et se dirigèrent vers la source du bruit : une porte en métal gris leur barrait le chemin. Dean leva un doigt, le baissa et ils flanquèrent un grand coup de pied dans le battant qui, de façon tout à fait étonnante, s'ouvrit sans se faire prier.
« Vous êtes en retard, mes beaux cavaliers, vous le savez, ça ? »
Désorientés, les Winchester clignèrent des yeux… et regrettèrent vraiment que l'ampoule soit allumée.
Apparemment, quelqu'un avait décidé que le sang et les tripes, ça faisait une jolie déco et avait entrepris d'en répandre partout dans la pièce. Vraiment partout. Même le plafond s'était fait éclabousser.
Assise à califourchon sur un cadavre fraîchement étêté, les mains plongées dans la poitrine fendue, Hel leur souriait d'un air narquois. Elle avait les dents complètement rouges, du sang lui dégoulinant sur le menton pour tomber sur son bustier moulant.
Dans un coin de la pièce, Fenrir était couché, mâchonnant un truc qui avait tout l'air d'être un bras.
« Beau boulot » commenta Dean d'une voix plate.
Hel haussa une épaule.
« Bouf, c'était trop facile, même pas drôle. Il va falloir que j'éventre encore trois douzaines d'ennemis pour me calmer. »
Elle porta un de ses doigts plein de sang frais à ses lèvres et entreprit de le sucer.
« Hmm, je dois reconnaître… Ils savaient se nourrir, ces dentus-là. Que de la haute qualité. »
Sentant monter la nausée, Sam détourna les yeux. La façon dont la déesse se délectait du sang de ses proies… comme si c'était un alcool de haute qualité, une gourmandise réservée à l'élite… ça lui rappelait trop sa période junkie.
Un gargouillis ignoble se fit entendre lorsque la jeune femme arracha un morceau de rein à sa victime, faisant jaillir un petit jet cramoisi, avant d'y planter les dents.
Dean ne put retenir un bruit de dégoût. Hel cessa de mâcher et darda sur lui ses yeux bleus presque trop clairs.
Un bleu qui ressemblait trop au bleu d'une autre paire d'yeux familiers.
« Quoi ? Tu préférerais que je mange un humain peut-être ? »
L'argument fit mouche. Aussi dégoûtant et immonde que cela put être, l'aîné des Winchester aimait mieux que ce soit un vampire qui se fasse dévorer qu'un pékin lambda.
De son côté, Fenrir léchait consciencieusement son humérus, tout à fait comme un gros chien. Un très gros chien.
Les deux frères reculèrent discrètement vers la porte. Hel leva un doigt.
« Accordez-nous encore un instant, mes amours, nous en aurons bientôt fini et là, on pourra causer. »
Sur ce, elle mordit à nouveau dans le viscère au creux de ses mains alors que la porte se refermait.
Une fois la scène grand-guignolesque hors de leur vue, Dean se tourna vers Sam, son dégoût clairement imprimé sur son visage. Mal à l'aise, Sam croisa les bras.
« Hé, ce sont des divinités païennes. Et qui apportent le chaos, en plus. Ne me dis pas que ça te surprends ? »
Dean fit la grimace.
« Je devrais téléphoner à Bobby pour qu'il me dise comment les tuer » lâcha-t-il.
« Tu peux pas faire ça. »
« Pourquoi non ? »
Les yeux de Sam étaient durs comme la pierre.
« Parce qu'ils sont de notre côté. »
Dean resta tendu, mais ne répondit pas.
Lorsque les deux Vikings ressortirent de la chambre des horreurs, quelques minutes plus tard, ils ne portaient pas la moindre trace de sang. Le bustier bleu vif de Hel était aussi propre que s'il sortait du pressing et elle avait le visage rose et frais.
Cela dit, elle se léchait encore le bout du doigt.
« Ouf » soupira-t-elle, « je me sens calée, là. »
Fenrir la regarda et pencha la tête sur le côté en couinant légèrement. Elle gonfla les joues d'un air excédé.
« Oui, mais toi, tu es un estomac velu monté sur quatre pattes. Misère ! Pourquoi faut-il que mon grand frère soit un goinfre patenté ? »
Sam ne put retenir un faible sourire.
« Ça doit être une caractéristique des grands frères… »
« Hé ! » se vexa Dean. « Est-ce que je bouffe du vampire, moi ? »
« Si jamais tu as envie » glissa Hel, « méfie-toi. En général, ils ramassent des camés ou des alcoolos dans la rue parce qu'on remarque moins leurs disparitions, ça leur donne un goût ignoble. Une fois, j'ai croqué un loup-garou qui avait bouffé un hippie, je ne te raconte pas le trip que j'ai eu… »
Le cadet Winchester la considéra attentivement.
« Tu as déjà mangé de l'humain ? »
Mine de rien, il avait resserré sa prise sur son couteau. Hel tordit la bouche.
« Pour que les zigues de votre espèce me courent après ? Non merci, je préfère les truffes au chocolat. Surtout avec de la crème dedans et roulées dans du cacao. Avec un pina colada, aussi. »
« Toi, t'es bien la fille de ton père » commenta Dean.
« Toi, tu devrais voir Jormungand, il est encore pire que papa. Cela dit, notre pire addiction, ça reste l'alcool. Je ne vous dis pas comme c'est arrosé lors des réunions de famille ! Je ne sais pas si l'ivrogne de la famille, c'est oncle Thor ou bon-papou, parce qu'après quatre tonneaux de bière, j'arrête de compter… »
« Qui c'est, bon-papou ? » voulut savoir Sam.
« Ben, c'est Odin. Mon grand-père, même si techniquement, c'est seulement par recomposition, vu qu'il a adopté papa. »
Sam fronça les sourcils alors qu'elle s'engageait dans l'escalier, le loup sur ses talons.
« Loki n'était pas un dieu au départ ? »
« En fait, c'est un enfant trouvé » expliqua la déesse. « Bon-papou m'a raconté qu'il lui est tombé dessus après avoir mené une bataille contre les géants, et il a décidé de le ramener à la maison. Au début, papa n'était pas du tout intégré, mais après un petit moment, il s'est calmé. »
Fenrir poussa un grognement.
« Ah, ne recommence pas, toi. Ça va bien, cette histoire ! »
« Hein ? » lâcha Dean en emboîtant le pas à son frère et aux deux Vikings.
« Rien. C'est juste que tout le monde répète que c'est à cause de moi que Loki est devenu le Loki que vous connaissez. Comme quoi il a cessé d'être un empaffé de première après ma naissance. »
« Ça se discute » marmonna l'aîné des Winchester.
Une fois parvenus à l'air libre, Hel lança les bras en l'air tandis que Fenrir s'ébrouait.
« Ah ! L'air libre ! Bon, où est votre motel ? Je veux une douche. »
« Holà, princesse » s'insurgea Dean. « Pas question de laisser des dieux Vikings mettre le nez dans nos affaires. »
Hel le fixa sans se démonter.
« Tu sais, je ne maîtrise pas aussi bien que mon père la manipulation de la réalité, mais je peux toujours te faire vivre quelques petits amusements de mon cru. Et je suis un Dieu des Enfers, ne l'oublie pas. Veux-tu que je t'amène dans mon coin de la fosse ? »
Dean se raidit net. Le sourire de la déesse était d'une blancheur sinistre.
« Bien ! Maintenant, où est-ce que vous logez ? »
Dean était sur le point d'exploser. Devant le motel où ils logeaient, Hel s'était exclamée qu'ils avaient des goûts de clochards et elle avait osé traiter l'Impala de vieillerie. Mais ce dernier outrage n'était rien en comparaison de Fenrir – rétréci à la taille d'un gros chien pour le camouflage – qui avait fait mine de lever la patte et d'asperger la voiture.
Là, le blond avait été à deux doigts de s'attirer les foudres des associations protectrices du loup. Juste à deux doigts.
« Mon chou, je te trouve bien agité ce soir » susurra Hel. « Il y a quelque chose qui te turlupine ou quoi ? »
« Heu, écoute » intervint Sam. « Je sais que les dieux, c'est difficile à tuer, mais évite de tenter la chance. »
« Ah, vous n'êtes pas drôles ! » maugréa la déesse.
Sur ce, elle ouvrit la porte de la chambre… et se figea net dans l'embrasure.
Une silhouette en imperméable se tourna vers le groupe.
« Sam, Dean » salua Castiel.
« Mec, qu'est-ce que tu fous là ? » interrogea Dean.
Un hululement perçant digne de la plus détraquée des groupies de Supernatural fendit l'air, crevant tous les tympans présents dans le voisinage. Deux secondes après, Hel se pendait au cou de l'ange.
« Il est trop CHOU ! » s'écria-t-elle.
Pour un peu, on aurait vu une flopée de petits cœurs autour de sa tête. Et une grosse goutte de sueur au-dessus de celle des deux frères.
Fenrir gémit, s'affala sur le ventre et se mit les pattes sur les yeux. Sam baissa le regard vers lui.
« Il lui prend quoi, à ta sœur ? » demanda-t-il sans attendre véritablement de réponse.
Le loup leva ses yeux jaunes vers lui.
Ceci, c'est Hel en mode « fille ». Fuis tant que tu le peux, humain.
La mâchoire du brun se décrocha.
« Depuis quand tu parles, toi ? »
Je le fais depuis le début. Mais seulement quand j'en ai envie, et je m'adresse à qui je le veux.
Cependant, Dean faisait la tête et essayait de décrocher la déesse de l'ange qui semblait un peu médusé de se voir collé par une ventouse à taille humaine.
« Tu va le lâcher, oui ! »
« Mon chaton ! » roucoulait Hel. « Comment fais-tu pour être aussi craquant ? Est-ce que tous les angelots sont comme toi ? Si oui, j'en veux un ! »
D'une pichenette, elle envoya Dean valser contre le mur et pinça la joue de Castiel.
« Mais que tu as l'air malade ! Ils ne prennent donc pas soin de toi, pauvre bijou ! »
Elle se détourna brièvement de sa malheureuse victime pour toiser les Winchester.
« Vous n'avez pas honte de traiter un bébé comme ça ? »
« Un bébé ? » répéta Sam, sourcils froncés. « Cas est un adulte. »
L'ange eut subitement l'air de vouloir se trouver ailleurs. Hélas pour lui, Hel était trop solidement cramponnée.
« Ah mais oui, j'oublie tout le temps ! Sauf exceptions, vous autres humains ne pouvez pas voir le vrai visage des créatures surnaturelles, n'est-ce pas ? »
« Cas » intervint Dean qui venait de se décoller du mur, « tu as quel âge exactement ? »
L'ange rougit. Provoquant un nouveau roucoulement chez la déesse.
« …En années terrestres, je suis plus vieux que vous. »
« Et en années angéliques ? »
Un blanc.
« …Douze ans » avoua piteusement Castiel, la tête dans les épaules.
« Quoi, c'est vrai ? Je t'en aurais donné neuf ! » déclara Hel. « Tu as l'air tellement jeune ! »
Les frères ne répondirent rien, pour la bonne et simple raison qu'ils avaient perdu leurs voix.
« J'ai presque perdu tout mon duvet » protesta l'ange.
« Il n'y a pas que ça que tu perds. Tes petites ailes ! Si ça ne fait pas pitié de les voir dans un tel état ! »
« J'ai emmené un môme de douze ans voir les putes ?! » s'écria Dean un peu trop fort.
Trois paires d'yeux se braquèrent aussitôt sur lui, semblables à des projecteurs de la police flashant le pire des pédophiles.
« Tu as fait QUOI ! » s'écria Sam scandalisé tandis que Fenrir grondait férocement.
« Hey ! Il m'avait pas dit son âge ! » se défendit le blond. « Et demain, on allait se retrouver en tête-à-tête avec un Archange, je me suis dit que j'allais pas le laisser mourir puceau… AOUH ! »
Le loup venait de lui mordre le fond de culotte. Oh, pas très fort. Mais assez pour qu'il ne puisse plus s'asseoir jusqu'à ce que ça cicatrise.
« La prochaine fois, tu réfléchiras avant d'essayer de dépraver un malheureux gamin » ricana Hel.
Elle se focalisa à nouveau sur Castiel.
« Mon adorable boule de plumes, j'aurais adoré poursuivre cette conversation, mais il faut que je reparte, sinon ma tante racontera à papa que j'ai dépassé mon couvre-feu. »
Elle se haussa sur la pointe des pieds et l'embrassa sur les deux joues.
« A la prochaine fois, minouchet. »
Castiel se raidit d'un seul coup.
« Et bien, ce fut un plaisir ! Au revoir, Sammich, et au revoir, Dégoûtant Sexuel Numéro Un. »
« HEY ! » s'écria Dean alors que les deux Vikings se volatilisaient dans un claquement de doigt.
« Faut reconnaître » grimaça son cadet, « sur ce coup-là, tu l'as cherché un peu. »
« Quoi, moi je me fais agresser et Cas, rien du tout ! Si tu crois que je l'ai traîné de force au bordel ! »
« Hein ! C'est vrai, Cas ? Cas ? »
L'ange rebelle avait le regard fixe.
« Cas ! »
Minouchet… On m'a déjà appelé comme ça… Mais qui ?
« Cas, tu nous fait quoi, là ? »
Et son odeur… J'ai déjà senti son odeur… C'était… à la maison ?
« …Rien… Vraiment rien, je te l'assure. »
Mais c'était l'odeur de qui ?
« QUOI ! »
« Je te jure, papa ! Tu te rends compte, un enfant de douze ans parmi toutes ces belles de nuit ! Pourquoi tu ne l'as pas mordu plus fort, Fenrir ? »
Le loup inclina la tête sur le côté et grogna. Loki lui grattouilla les oreilles.
« Hel, arrête d'embêter ton frère. Et je suis fier de toi, mon loulou. Apparemment, il vous a plu, le petit angelot ? »
La jeune femme parut sur le point de défaillir d'extase.
« Il est TROP CHOU ! »
Le sourire de Loki vacilla légèrement. Comment sa propre fille pouvait-elle être à ce point… girly ? Enfin, toutes les divinités païennes étaient plus ou moins barjos…
Il te ressemble.
L'Embrouilleur sentit son cœur s'arrêter.
« Ne dis pas de bêtises » lâcha-t-il de manière plutôt sèche.
Les yeux jaunes du loup le dévisagèrent.
Père, je sais ce que je dis. Toi et lui… vous me faites éprouver la même sensation quand je vous vois. Vous ne semblez pas tout à fait de ce monde.
Les traits de Loki se durcirent.
« Bon, il faut que j'y aille. »
« Déjà ? » s'insurgea Hel.
« Ah, tu sais ce que c'est, princesse. Je te rapporterais des muffins à la banane, promis. »
Avant que sa fille n'ait pu protester, il lui fit la bise et claqua des doigts. Une nanoseconde plus tard, il se trouvait seul dans les toilettes d'un restoroute, quelque part en France.
Il s'appuya contre le lavabo et contempla son reflet.
Combien de temps encore avant que ça ne te pète au nez ?
Tout mais pas ça. Si jamais sa véritable identité venait à se savoir… Comment réagiraient les Asgardiens ? Et son ancienne famille ?
Personne ne pouvait savoir. Il y aurait trop de répercussions. Il avait trop peur.
« Espèce de lâche » souffla-t-il, presque inaudible.
Dans le miroir, ses yeux étincelèrent brièvement d'une lueur blanc bleuté.
