Crédits : L'univers et les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo.

Bonjour à tous ! Bon, je vous avouerais que ce chapitre m'a bien fait suer et je pense qu'il en sera de même pour le prochain xD.

Comme d'habitude, merci d'être au rendez-vous pour un nouveau chapitre et merci pour les suivis et favoris, ça fait super plaisir !

Spécial thanks to Milka et Pauline pour leur review !

Milka :

Yeah une fan de Gin ! Ravie de savoir que je ne suis pas la seule ! Pour ce qui est de mon sadisme, je dirais plutôt pour ma défense que j'essaye de jouer la carte du suspense mais peu de personne sont d'accord avec cette nuance xD. Il manque plus que le « to be continued » en fait. Merci pour tes encouragements !

Pauline :

Merci pour ta review ! J'ai fait aussi vite que j'ai pu, mais malheureusement j'arrive à la bourre. Gomen T.T. Ce chapitre a été plutôt long à écrire. En tout cas, « la fichue vieille marche d'escalier » comme tu dis m'a bien fait rire ! C'est vrai que, vu comme ça, ce n'est pas très classe xD. En tout cas, la suite de l'histoire devrait réserver quelques surprises (enfin j'espère xD).


Chapitre 10 : Le sifflement des serpents

Le vent avait cessé de les pourchasser, là en bas. Ils se rapprochaient peu à peu de la fin de cet escalier interminable, Rukia le sentait. Ses yeux s'étaient peu à peu accoutumés à l'obscurité. Mais ce n'est pas pour cela que la descente se faisait moins ardue. La Shinigami maudissait ces marches qui les rendaient sans cesse méfiants. Elle se sentait abattue par la fatigue, sans pouvoir y céder. La tension ne se relâchait pas et, pourtant, ses nerfs étaient à vifs.

La pluie l'avait harcelé pendant un long moment, lui gelant le corps si elle ne s'était pas déjà sentie glacée de l'intérieur. Chaque goutte diluait un peu plus ses émotions, traçant de fausses larmes sur son visage, là où ses yeux demeuraient secs. Abasourdie par ce qu'il s'était passé, elle avait suivi Ichimaru d'une démarche robotique.

Finalement, la pluie avait cessé. Le temps avait repris une certaine immobilité et la Shinigami ne saurait dire ce qui la gênait le plus.

L'absence d'Hisagi pesait sur la petite brune. C'était comme si on l'avait amputé d'un membre. Depuis qu'ils avaient repris leur route, avec Ichimaru, Rukia ne cessait de combattre des images pernicieuses. Tantôt elle revivait la chute, tantôt elle imaginait qu'elle avait réussi à hisser Hisagi jusqu'en haut. Elle s'obligeait à ne plus y songer, concentrée sur l'objectif qu'elle s'était donnée –avec ou sans le Shinigami aux cicatrices- mais l'ampleur de la tâche la submergeait complètement, désormais. La jeune femme se sentait seule contre ce monde tout entier. Son seul allié l'avait abandonné.

Depuis l'incident, par chance, aucun éboulement ne s'était reproduit. Rukia ne voulait pas revivre ce genre d'accident. Il lui était bien trop pénible de penser qu'Hisagi était certainement… Non, elle ne voulait pas le prononcer, même dans son esprit. Chaque fois que cette pensée l'effleurait, elle sentait une vague de désespoir déferler sur elle. De plus, elle savait qu'elle était responsable. Si elle n'avait pas insisté pour traverser le gouffre…

_ Nous arrivons, dit soudain Ichimaru, sa voix perçant le silence si brutalement que la jeune femme sursauta.

Elle leva les yeux vers lui. L'espace d'un instant, elle parut perdue, mais très vite elle se recomposa un masque de glace.

_ Vous dites qu'il y a un autre passage de l'autre côté, c'est bien ça ? S'enquit-elle.

Ichimaru hocha la tête, son éternel sourire ambigu fleurissant sur ses lèvres.

_ C'est drôle que tu ne me pose la question que maintenant, lança t-il. Oui, c'est bien ça.

Rukia ne releva pas. Si elle prêtait attention à ce genre de réplique, la jeune femme sentait qu'elle allait lui coller son poing dans la figure. La situation n'avait rien de drôle et encore moins ce sourire scandaleux sur son visage.

Néanmoins, elle n'eut pas la force de se mettre en colère. Pire même, elle ne put s'empêcher de lui demander :

_ Vous pensez qu'il a pu survivre ?

Il y eut un léger silence. Rukia regretta aussitôt d'avoir posé la question. Ichimaru demeurait figé et l'on aurait pu croire que le temps s'était arrêté si le vent n'avait pas balayé ses cheveux devant ses yeux plissés.

_ Non.

Un simple mot. Un seul. Et pourtant, il fit à Rukia l'effet d'un coup de poing. Jamais elle n'avait trouvé ce mot aussi cruel qu'à cet instant. Elle aurait voulu insister, trouver un maigre espoir qu'Hisagi soit encore en vie, mais Ichimaru venait d'annihiler tout vain sentiment.

Les images de Kaien revinrent harceler l'esprit de Rukia, ravivant des tréfonds de sa mémoire une blessure qui ne s'était jamais refermée. Pour la Shinigami, peu de temps s'était écoulé entre le présent et cet incident effroyable qui avait emporté le Lieutenant d'Ukitake. Elle se disait que rien n'avait changé depuis. Elle était toujours la même Rukia. Celle qui n'est pas capable d'empêcher la catastrophe. Pire même, elle l'avait crée. La main l'avait lâché sans qu'elle ait pu la retenir, de même que le sabre qu'elle tenait avait embroché le cœur de Kaien. Une douleur sournoise s'empara d'elle aussitôt, au point qu'elle se sentit suffoquer.

Le devoir, ce mot si cher à Byakuya, ce devoir qui régissait sa vie, elle s'était plongée dedans avec complaisance en pensant qu'il la sauverait de ce genre de situation. Et pourtant, Hisagi avait rejoint le vide.

La douleur fut alors remplacée par de la colère et aussi de la frustration, car elle ignorait à qui adresser toute cette rage qui l'embrasait soudainement. La petite brune serra les poings jusqu'à sentir ses ongles s'enfoncer dans sa peau pâle. Toutes ces émotions contradictoires qui la tiraillaient menaçaient de déborder sous peu.

Mais soudain, les lumières réapparurent, détournant Rukia de ce sentiment d'injustice. Elle interpella aussitôt Ichimaru, mais ce dernier se contenta de soupirer avec lassitude.

_ Ah ! Il est mauvais de trop s'y intéresser, lança t-il.

_ Pourquoi ? De quoi s'agit-il ?

_ Tu finiras par le savoir, déclara le Shinigami aux cheveux d'argent, satisfait de son petit effet mystérieux.

Rukia se sentit à nouveau irritée et l'idée de passer sa colère sur Ichimaru lui traversa un instant l'esprit. Ses yeux bleus flamboyèrent alors qu'elle le regardait avancer et il s'en fallut de peu pour qu'elle se jette sur lui et le pousse dans le précipice. Mais au moment où elle repensa à Hisagi précipité dans le vide, sa rage retomba d'un seul coup, pour ne laisser que la bien trop coutumière culpabilité.

Elle avait la désagréable impression d'avoir tué deux Shinigami au cours de son existence, ce qui était déjà bien trop. Dans ce monde ci, ce n'était pas grand-chose, vraisemblablement, mais à sa Soul Society, cela constituait deux crimes. Bien sûr, elle n'avait pas planté le sabre dans le cœur de Kaien, comme elle n'avait jamais poussé Hisagi dans l'abime. Et pourtant, elle se sentait sale et souillée, les mains poisseuses d'un sang qu'elle n'avait pas fait couler. Ses propres failles lui apparurent trop grandes, telles de grosses plaies béantes laissées à la vue de tous les charognards. Ce monde ne lui apportait rien de bien. Il la plaçait, au contraire, devant toutes les pires choses qu'elle pouvait imaginer. Plus que contre les autres, Rukia avait le sentiment qu'elle devait aujourd'hui se battre contre elle-même. Hisagi lui avait bien dit que ses illusions finiraient par s'autodétruire, jusqu'à la tuer, elle. Hisagi lui avait dit beaucoup de choses, mais elle n'avait jamais vraiment écouté, convaincue que ses valeurs d'honneur et de devoir la sauveraient. Voilà qu'elle payait le prix de son ignorance. Un lourd tribut.

La jeune femme emboîta le pas d'Ichimaru et bientôt les dernières marches se dessinèrent. Mais ce n'est pas cela qui attira l'attention de Rukia. C'est ce qu'il y avait en bas. Plusieurs fois, elle avait entendu un léger clapotis, lointain, rendu presque muet par le rugissement du vent. Mais maintenant qu'elle était trop bas pour que les éléments se déchainent au-dessus de sa tête, elle percevait nettement la douce agitation de l'eau. De l'eau ! C'est ce qu'il y avait au fond du gouffre. Une eau sombre, quasiment noire, à la surface presque aussi lisse qu'un miroir si elle n'était pas sans cesse agitée par des remouds. C'était comme un lac souterrain, dont on ne pouvait juger de la profondeur.

Lorsqu'elle toucha enfin le sol jonché de pierres, Rukia se tourna vivement vers Ichimaru, la mine éclairée par l'espoir.

Pour seule réaction, le Shinigami au visage de renard haussa un sourcil.

Rukia supposa qu'il avait parfaitement compris où elle voulait en venir. Toutefois, il demeura de marbre, l'expression indéfinissable.

_ Peut-être qu'il est en vie ! S'écria t-elle, l'espoir aussi perceptible dans sa voix que le grondement d'un torrent.

Pour toute réaction, Ichimaru haussa les épaules.

_ J'en doute.

Rukia demeura stupéfaite. Le Shinigami en face d'elle semblait s'évertuer à annihiler tout espoir en elle. Il savait quelque chose, c'était certain. Quelque chose qui condamnait Hisagi.

_ Pourquoi ? Osa t-elle demander sur un ton brusque.

Ichimaru esquissa quelques pas en direction du sujet de leur conversation, observant silencieusement la surface, avant de s'en détourner brutalement, comme il l'aurait fait devant un pestiféré. Une moue étrange se dessina sur son visage triangulaire.

_ On dit que c'est une eau maudite. Si on la regarde trop longtemps, on perd la raison. Et si on tombe à l'intérieur… on se noie.

Quelle nouvelle fable lui racontait-on là ? C'est ce que la jeune Kuchiki se demandait. Ce monde nourrissait d'étranges superstitions et elles ne lui plaisaient pas beaucoup.

Un mauvais pressentiment la gagna subitement. Ses épaules menacèrent de s'affaisser mais elle se força à ne rien laisser transparaître. Toutefois, la fatigue et la tension accumulée ressortirent sur les traits de son visage. A trop vouloir paraître forte, elle ne faisait qu'accroître ses faiblesses.

_ Vous ne pensez pas qu'il puisse y avoir un espoir, n'est-ce pas ? Ou vous ne voulez pas que je le croie ? Demanda la brune d'une voix lugubre.

Elle n'était pas dupe et elle tenait à ce qu'il le sache. Ichimaru haussa simplement les épaules, l'expression toujours aussi chafouine.

_ Et bien, il n'est pas bon de nourrir des illusions ici. On peut en mourir aussi bien que par un coup de sabre.

Son sourire s'élargit, mais Rukia n'avait pas du tout envie de rire. Hisagi avait déjà soutenu quelque chose de semblable, ce qui avait conduit à une dispute entre eux deux, suivie d'un duel.

Etait-ce un hasard si Ichimaru Gin employait une formule similaire ?

_ Tu ne devrais pas t'en faire autant, déclara soudainement le Shinigami au visage de renard.

Cette réplique fit redresser la tête de Rukia. Elle darda ses grands yeux couleur de nuit sur son interlocuteur, peinant à croire ce qu'elle venait d'entendre.

_ Que voulez-vous dire ?

Les yeux plissés, Ichimaru se fit de nouveau mystérieux :

_ Rien de plus que ce que je viens de dire.

Il n'ajouta rien, décrétant ainsi que la conversation était close. Rukia se demanda si cela ne l'amusait pas tout simplement de jouer la carte de l'énigme pour la plonger dans le doute, sans rien lui expliquer par la suite. Une manie qui semblait inhérente aux habitants de ce monde…

oOo

Ils longeaient depuis un moment la paroi rocheuse du gouffre, en quête du passage qui les conduirait de l'autre côté. Rukia avait remarqué qu'Ichimaru prenait grand soin à ne pas regarder l'eau qui venait s'échouer à quelques mètres seulement de leurs pieds. Sa tête demeurait droite et les rares fois où ses yeux dévoilaient leur couleur, ils se fixaient sur un point lointain, à l'horizon. Jamais il ne tournait la tête, jamais il ne baissait le regard en direction de l'eau.

Par mimétisme et surtout par instinct, Rukia avait adopté la même attitude. Elle ne croyait pas aux eaux magiques ou maudites. Peut-être n'était-ce qu'un conte pour éviter les curieux. Peut-être que quelque chose se cachait dans les profondeurs. Quoiqu'il en soit, malgré ses réticences à croire aux superstitions, la Shinigami s'était promis qu'elle écouterait davantage les conseils qu'on lui donnait. Non pas qu'elle craignit de perdre Ichimaru –il lui tardait surtout d'en être débarrassée- mais elle en avait assez de recevoir le retour du bâton à chaque mauvaise décision.

Finalement, les Shinigami qu'elle avait croisés avaient sans doute raison sur un point : trouver Kurotsuchi n'était que pure folie.

Rukia avait cru échapper à la tension grandissante de la descente, une fois en bas, mais elle se rendit vite compte que ce n'était pas tout à fait le cas. Certes, le vent les laissait en paix et le sol était stable, quoiqu'il vaille mieux ne pas trop s'approcher de l'eau, selon les dires d'un certain renard argenté. Néanmoins, les profondeurs n'avaient rien d'accueillant, ni de particulièrement reposant. Chaque pas résonnait dans un écho perturbant et très vite agaçant. Même en faisant des efforts pour adopter un pas silencieux, le moindre petit roulement de caillou provoqué par une rencontre avec la semelle des geta se répercutait sur les parois rocheuses. Sans compter le clapotis de l'eau qui rappelait sans cesse la présence de cette source sombre.

Quant à l'odeur, elle n'aidait pas à se sentir à l'aise. Il régnait une sorte de puanteur et de moisissure, provoqué par l'humidité des lieux. La Shinigami avait l'impression que celle-ci s'imprégnait sur ses vêtements et elle en éprouva un certain dégoût. Même le Rukongai ne lui avait jamais inspiré de tels sentiments, ce qui n'était pas peu dire.

Alors qu'elle observait silencieusement le gouffre oppressant d'un regard explicite, quelque chose attira l'attention de la jeune femme. Par pur réflexe, Rukia tourna la tête en direction de l'eau et elle les vit de nouveau. Les lumières. Elles apparurent à la surface comme si des étoiles étaient tombées à l'intérieur de cette masse liquide sombre. Mais ces halos lumineux et flottants n'étaient qu'un reflet.

Il y avait du mouvement ou plutôt de la couleur, elle ne savait pas trop. En tout cas, quelque chose bougeait imperceptiblement et se détachait du reste du décor, tranchant avec la roche terne.

La jeune femme leva la tête, distinguant alors, à mesure qu'elle avançait, ce qu'elle ne parvenait pas à identifier. Le long des parois, étaient incrustées des rangées entières de flambeaux. Il y en avait tellement que la Shinigami se voyait incapable de les dénombrer. C'était donc ça, ces fameuses lumières qui avaient accaparé son attention pendant une bonne partie de la descente !

Les flammes se reflétèrent dans ses yeux comme à la surface de l'eau et elle demeura un instant sans voix, fascinée par ce drôle de spectacle. Elle n'avait jamais rien vu de semblable.

Ce n'est qu'au moment où les doigts d'Ichimaru se refermèrent sur bras qu'elle s'extirpa de sa contemplation muette. Elle sursauta légèrement, puis se mit en position défensive.

Ichimaru se contenta de la relâcher, l'observant d'un air interrogateur. Son visage reflétait le calme et toujours la même expression indéfinissable qui le caractérisait tant et mettait mal à l'aise.

_ Qu'est-ce que c'est ? Demanda la brune en désignant les flambeaux.

Le Shinigami se passa nonchalamment la main dans les cheveux en soupirant, rechignant visiblement à se lancer dans des explications. Il faisait un encore plus mauvais guide qu'Hisagi, se dit Rukia avec un certain dépit.

_ On raconte que chaque flambeau représente l'âme d'un Shinigami tué au combat. La tradition veut que, lorsqu'une personne descend dans les profondeurs, elle allume les flambeaux un à un, afin d'éviter de s'attirer de mauvaises grâces. Comme tu as pu le sentir, c'est un endroit encore imprégné de reiatsu, raison pour laquelle on pense que l'âme de ces Shinigami ne s'est pas tout à fait dissolue et qu'elle plane encore ici. D'autres vont plus loin et prétendent que ces eaux sont un passage entre le monde des dieux de la mort et celui des enfers.

Rukia eut un rire jaune.

_ Je croyais que l'Enfer c'était ici, lança t-elle avec morgue.

Ichimaru ne répondit rien. Il se contenta d'observer longuement son interlocutrice. Cette dernière ne s'en préoccupa pas, préférant se concentrer sur la surface mouvante de l'eau. Lorsque le remoud mourut juste devant elle, la brune dut se forcer à n'esquisser aucun mouvement de recul. Peut-être les superstitions la touchaient plus qu'elle ne l'imaginait.

Elle releva les yeux vers les parois. Quoiqu'il en soit, si ces lumières représentaient réellement l'âme des Shinigami morts au combat, cela ne faisait que conforter Rukia dans l'idée que ce monde n'était pas fait pour elle.

_ Il y en a tellement…, murmura t-elle, horrifiée malgré elle.

La jeune femme se souvint de l'endroit dans lequel elle s'était retrouvée lors de son arrivée, avec ses lances et ses ossements. Un ancien champ de bataille. Cela pouvait bien être vrai après tout. Elle ne savait plus quoi penser.

_ Quoiqu'il en soit, poursuivit Ichimaru, c'est un lieu que nous lions à la Mort elle-même.

Rukia hocha lentement la tête. Elle voyait Hisagi tomber à l'intérieur et tout espoir qu'il soit envie fut soudainement englouti dans les eaux sombres. Elle ferma les yeux, écrasée par sa propre culpabilité. Elle se souvenait encore avoir espéré jusqu'au bout que Kaien survivrait à ses blessures, même à un coup de sabre porté en plein cœur. Même lorsque son corps était devenu totalement froid contre le sien, elle refusait de croire qu'il était mort.

Pourquoi ce monde s'évertuait à remuer le couteau dans des plaies qui suppuraient encore ?

La jeune femme se tourna vers Ichimaru et c'est alors qu'elle surprit un étrange sourire sur ses lèvres. Ce n'était pas le même sourire que d'ordinaire, non. Il semblait avoir remarqué quelque chose qui lui échappait. Mais quoi ?

_ Ce monde est vraiment étrange, n'est-ce pas ? dit-il d'un air entendu.

C'est alors qu'elle comprit. Loin de lui parler comme il le ferait à un autre Shinigami, Ichimaru s'adressait à Rukia comme à une étrangère. Ce qu'elle était, sauf qu'il n'était pas sensé le savoir.

A sa réaction, il dut comprendre qu'elle avait deviné, car son sourire s'élargit un peu plus. Un silence de plomb s'installa au fond du gouffre, seulement brisé par le « ploc ploc » de l'eau qui résonnait contre les parois.

Rukia se promit de ne plus occulter la perspicacité de son interlocuteur, ni le danger qu'il pouvait représenter. Sa méfiance se remit en place telle une barrière.

_ Que savez-vous sur moi ? Demanda t-elle subitement, d'une voix froide.

Les yeux de son interlocuteur se plissèrent de malice.

_ Rien du tout, répondit-il en haussant les épaules. C'est ce qui m'a mis la puce à l'oreille et j'ai visé juste, semblerait-il.

Rukia fronça les sourcils. Elle préférait se jeter dans l'eau immédiatement plutôt que de reconnaître qu'il avait vu juste.

C'est sous un regard suspicieux qu'elle considéra son interlocuteur.

Au cas où, elle bougea légèrement son bras, prête à tout moment à dégainer Sode no Shirayuki. Toutefois, le Shinigami aux cheveux pâles n'esquissa qu'un seul geste : celui de reprendre la marche.

La jeune femme haussa les sourcils, surprise. C'est avec vigilance qu'elle lui emboîta le pas, regrettant plus qu'elle ne l'aurait cru la présence d'Hisagi. En lui, elle avait davantage confiance qu'en Ichimaru.

_ Je ne te ferais pas de mal, si c'est ce que tu imagine, lança soudainement son « nouveau guide ».

Rukia eut bien du mal à contenir son cynisme.

_ Vraiment ? Répliqua-elle, incrédule. La majorité des Shinigami ici semblent pourtant vouloir le contraire.

Ichimaru prit un air offensé qui ne lui ressemblait pas du tout.

_ Je ne suis pas la majorité des Shinigami.

Une moue perplexe déforma les lèvres de Rukia devant cette réaction inattendue.

_ Désolée, je ne vous savais pas susceptible, se moqua t-elle.

_ C'est sûrement parce que je ne le suis pas.

D'un geste vague de la main, il désigna un point devant eux.

_ Le passage ne doit plus se trouver bien loin, ajouta t-il sur un ton étonnement joyeux.

Rukia ne fit aucun commentaire. Elle le suivit, les yeux braqués sur les flambeaux qui lui renvoyèrent une image des plus sinistres.

_ Vous aussi, vous êtes un vagabond sans attaches ? Demanda t-elle subitement.

Ichimaru fit mine de réfléchir, comme s'il cherchait à déterminer si le terme lui convenait. Visiblement, il n'en trouva pas de meilleur, puisqu'il répondit :

_ On peut dire ça ainsi.

_ Je croyais qu'Hisagi-san était le seul.

Un rire grinçant s'échappa des lèvres du Shinigami en tête de la marche.

_ Ah, Hisagi et moi avons certainement ce point commun de vouloir être unique. Enfin, maintenant… je suis bien le seul.

Rukia croyait jusqu'ici pouvoir discuter normalement avec Ichimaru, mais ces dernières paroles la détrompèrent. Il les avait prononcé avec malice, sans le moindre remords ni la moindre hésitation et quelque chose dans son intonation cynique confinait à la cruauté.

_ Tu ne devrais pas croire tout ce que t'as dit Hisagi, déclara t-il soudainement sur un ton étrangement badin.

Rukia eut un rire jaune.

_ Je devrais vous croire, vous, c'est ça ?

Il se contenta d'hausser les épaules.

_ Parfois, il n'y a que des mauvais choix, répondit-il simplement.

Ces propos trouvèrent un écho dans l'esprit de Rukia. Sur l'instant, elle considéra son interlocuteur d'un autre regard. Il avait raison. Trop raison. Il arrivait qu'il n'y ait pas de bon choix, mais qu'il faille choisir quand même. Lugubre, Rukia se détourna et ils poursuivirent leur route, promenant leurs sinistres pensées le long de la paroi, à quelques pas des eaux mornes.

oOo

Alors qu'ils avaient parcouru une bonne partie de leur chemin, Ichimaru se stoppa soudainement. Rukia l'imita, une fois parvenue à sa hauteur, saisie par un sentiment de danger. Quelque chose dans l'air l'incitait à la méfiance. La flamme des flambeaux vacilla faiblement et la Shinigami ouvrit soudainement de grands yeux, se tournant de façon brusque vers Ichimaru, dont les paroles précédentes se rappelèrent à son souvenir.

Comme elle avait été idiote de ne pas le remarquer plutôt ! Trop accaparée par les révélations du renard argenté, elle avait occulté l'essentiel.

_ Les flambeaux ! Ils ont été allumés !

Ichimaru hocha simplement la tête, pensif.

_ Oui. C'est pourquoi il vaut mieux nous faire petits. C'est quelque chose que je réussis plutôt bien, en général, ajouta t-il avec une pointe de dérision.

Rukia n'eut aucun mal à la croire.

_ Vous m'en direz tant…

Malgré son ton cassant, la brune ne parvenait pas à se focaliser sur la discussion. Elle était là sans que ce soit vraiment le cas, l'esprit happé par cette impression de danger imminent. L'endroit était tellement chargé de pression spirituelle qu'il était difficile de déceler chaque reiatsu. Cela ressemblait à un mélange d'empreintes spirituelles qui provoquait une sensation de malaise. Il était dérangeant de sentir qu'il y avait quelque chose de vivant dans un décor aussi mort.

Rukia posa la main sur la garde de son zanpakuto. Avec toute l'énergie présente dans les lieux, elle ne parvenait pas à atteindre clairement l'esprit de son arme. La voix de Sode no Shirayuki se faisait faible. Tout ce que la Shinigami parvint à comprendre, c'est qu'il y avait d'autres zanpakuto dans les parages, avides de combat. Et donc avec eux, des Dieux de la Mort.

La jeune femme jeta un œil aux flambeaux. Quelqu'un les avait précédés depuis un bon moment. Elle se souvint alors des mises en garde d'Hisagi dans les escaliers. Le Shinigami aux cicatrices était alors certain qu'on était passé avant eux et il l'avait incité à ouvrir l'œil. Seulement, ouvrir l'œil n'avait pas suffit.

Rukia se demanda pourquoi Ichimaru ne les avait pas prévenus plus tôt. Pourquoi faire tant de mystère ?

Elle aurait voulu se confronter à son nouveau guide, mais un grand tumulte retentit dans le gouffre tout entier. Une vague de pression spirituelle déferla droit devant eux. Chaque son se répercutait sur les parois, résonnant de toute part dans un sinistre vacarme.

Par réflexe, Rukia leva la tête, distinguant alors des silhouettes les surplombant du haut de l'escalier. On les avait suivi. Il y en avait beaucoup, mais la jeune femme sentait que ce n'était pas tout. Il y avait du mouvement droit devant eux.

Rukia dégaina prestement Sode no Shirayuki, tandis qu'Ichimaru portait la main à la garde de son zanpakuto. Ce dernier avait la forme d'un wakizashi, peu pratique pour les combats à l'extérieur mais en l'occurrence bienvenue, car l'espace dans lequel ils évoluaient était restreint. La paroi d'un côté et les eaux troubles de l'autre ne leur laissaient que peu de liberté de mouvement.

_ Ça approche, lança Rukia.

Son acolyte se contenta d'esquisser un sourire de chat à l'affut d'une souris. Rukia, elle, n'avait pas envie de sourire. Son expression se figea, froide comme la glace. Cette fois-ci, elle était prête à en découdre. L'extrême tension et la colère grandissante la poussaient à ne plus rien redouter.

L'attente ne fut pas longue, car des ombres ne tardèrent pas à jaillir en face d'eux. Des formes marchaient à leur rencontre dans un ensemble parfaitement coordonné. Rukia aperçut des étendards flottant dans l'air au rythme de la marche, mais elle ne put définir quel était le symbole qui ornait les pans de tissu.

_ Attrapez-les ! Ordonna quelqu'un parmi les Shinigami en face.

Il y avait un peu trop de monde, Rukia le savait. Néanmoins, elle comptait tout faire pour ne pas leur faciliter la tâche. Ichimaru semblait dans les mêmes conditions, à ceci près qu'il paraissait plutôt s'amuser.

_ Mai, Sode no Shirayuki !

Un halo d'un blanc pur se créa autour du zanpakuto. L'affrontement débuta ainsi, dans un éclair blanc. Les Shinigami s'avancèrent vers les deux vagabonds, avec une discipline impressionnante. Leur zanpakuto dégainés accrochaient une lumière métallique. Aucun d'entre eux ne se précipita.

Rukia jugea bon d'en faire autant. A côté d'elle, Ichimaru n'esquissa pas un mouvement non plus. Il se contenta de couler un œil vers les Shinigami présents sur les escaliers.

La jeune Kuchiki, quant à elle, attendit que ceux d'en face se rapprochent assez pour lancer son attaque.

_ Tsugi no mai : Hakuren !

La vague de glace déferla sur une partie de ses opposants. Certains eurent le temps de s'écarter, mais d'autres se firent piéger, emportés par l'attaque du zanpakuto blanc.

Rukia les regarda se faire geler par la glace, ressentant un brusque sentiment de puissance devant ses adversaires réduits à sa merci. Elle se laissa griser un instant par cette sensation jusqu'à ce les autres arrivent vers elle dans un déplacement rapide.

Rukia les attendit, la main figée autour de la poignée de son zanpakuto. Le besoin de détruire s'imposa à elle de façon si violente qu'elle en demeura un instant abasourdie. La seconde d'après, elle réagit presque instantanément, sans même réfléchir, comme si elle n'était plus maîtresse d'elle-même.

_ Some no mai : Tsukishiro !

Un cercle se forma sous les pieds de trois Shinigami. Le temps qu'ils s'en rendent compte, il serait trop tard. L'un deux parvint tout juste à se jeter sur le côté, mais les deux autres furent emprisonnés dans un cylindre de glace reliant terre et ciel.

L'instinct pouvait avoir quelque chose d'aussi étonnant que de dangereux. Rukia l'expérimenta à ce moment précis où elle n'arrivait même plus à réfléchir à ses gestes. Elle ressentit de la peur à l'idée de ne pas pouvoir se réfréner. Mais elle avait également peur de se laisser capturer de nouveau. Elle ne saurait même plus dire ce qu'elle craignait le plus.

Néanmoins, malgré ses attaques dévastatrices, elle fut submergée par le nombre de ses opposants. La jeune femme ne vit même pas où se trouvait Ichimaru.

Il lui sembla apercevoir un visage étonné face à elle. Elle ne comprit pas l'hésitation de son opposant, surtout lorsqu'il cria à un autre Shinigami de ne rien faire. Mais ce dernier, déjà dans le feu de l'action, ne prêta pas oreille aux avertissements de son camarade. Son attaque projeta Rukia contre la paroi. La tête de la jeune femme heurta la roche et elle s'effondra inerte sur le sol.

oOo

Le sommeil était inconnu aux Shinigami. Les Dieux de la Mort ne dormaient pas, à moins qu'ils ne se trouvent dans un corps d'humain, pour ne pas abimer ce dernier. Ils se reposaient, plutôt, ils méditaient, ils somnolaient tout au plus. Ils recherchaient une forme de paix intérieure, un apaisement de l'âme qui leur permette de retrouver leur énergie. Mais jamais ils ne connaissaient le véritable repos qui libère de la conscience ne serait-ce qu'un instant. Seule la Mort pouvait le leur apporter définitivement.

Il leur arrivait cependant de basculer dans l'étrange monde des rêves, dans les cas d'extrême lassitude, suite à des combats. Mais dans cette dimension là, Rukia ne se doutait pas que les rêves pourraient se révéler pire que la réalité elle-même. D'effroyables cauchemars la hantaient chaque fois qu'elle se laissait aller à la somnolence. C'était comme un mélange d'images du passé et de choses qu'elle n'avait jamais vécu. Elle avait déjà éprouvé cette sensation après avoir quitté les terres arides sur lesquelles régnait Renji. Elle entendait des murmures dans sa tête, mais ils étaient si faibles qu'elle ne pouvait comprendre leurs paroles. Des images se succédaient les unes aux autres, défilant dans la tête de la jeune femme comme un vieux disque rayé. Cela ne cessait jamais ou du moins, c'est ce qu'elle ressentait.

Lorsqu'elle s'éveilla, la tête lui tournait. Rukia se rappela seulement de combats, du fracas métallique des armes, de corbeaux planant dans un ciel rouge, tandis que des hurlements et le bruit de corps qui tombent retentissaient. Elle avait vu les flammes dévorer des murs blancs et des tours s'effondrer comme un château de sable se fait engloutir par la mer. Elle fut soulagée de s'extirper de ces images qui l'avaient déjà glacé lorsqu'elle les avait vu, en bas de la montagne, le soir où Hisagi montait la garde.

_ Hisagi-san…

Elle voulut bouger, mais la jeune femme se sentit alors entravée. C'est à cet instant seulement que les effets du cauchemar s'estompèrent complètement, laissant à Rukia l'opportunité de se rendre compte de la situation. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'était pas bonne du tout.

Les mains liées, la Shinigami se trouvait sur le sol, ce qui lui rappela une situation similaire, dans les terres arides. Sans oublier la fois où on l'avait mise en cage, dans le poste de garde de Kyôraku. A croire qu'elle allait passer son existence en captivité !

Toutefois, elle constata qu'on lui avait glissé un sac sous la tête en guise d'oreiller. Il y avait du progrès, mais ce n'était pas encore tout à fait ça…

Après un moment de panique à fouiller du regard les silhouettes en mouvement autour d'elle, elle ressentit de la colère. Encore une fois, elle s'était faite avoir et la brune ne put s'empêcher de penser qu'Ichimaru y était peut-être pour quelque chose. Si seulement il leur avait parlé plus tôt des flambeaux et de leur signification ! D'ailleurs, la jeune femme remarqua que le Shinigami au visage de renard ne se trouvait pas là. Elle avait beau chercher, elle ne le voyait nulle part. Son cœur tambourina dans sa poitrine. Et si Ichimaru l'avait trahi ? Si tout cela n'était qu'un piège et ce depuis le début ?

Contenant son exaspération, Rukia poursuivit son observation. Durant son « absence », les Shinigami s'étaient déplacés, car elle ne reconnaissait pas les lieux. Au lieu du gouffre, elle se trouvait dans une vaste clairière. Elle avait dû demeurer inconsciente pendant un bon moment.

Enfin, pour l'heure, elle estima que le plus important était de savoir qui étaient ces hommes et ce qu'ils voulaient. Aucun visage ne lui était véritablement familier. Certains lui évoquaient vaguement quelque chose, mais elle croisait bon nombres de Shinigami à sa Soul Society. Trop pour tous les connaître. Quoiqu'il en soit, aucun ne semblait appartenir à la division du Capitaine Ukitake. Ceux-là, elle les aurait reconnu sans peine.

Il ne fallut pas longtemps à la jeune Kuchiki pour s'apercevoir que bon nombre de Shinigami lui jetaient des regards en coin. Ils paraissaient non pas hostiles mais surpris. Non, c'était plus que ça. Ils étaient complètement ahuris ! Ils semblaient hésiter à la regarder et chaque fois qu'elle les surprenait à l'observer, la jeune femme découvrait avec étonnement qu'ils détournaient tous le regard de façon soudaine. Jusqu'à preuve du contraire, elle n'avait jamais transformé personne en statue de glace par simple contact visuel…

Ses yeux bleus se posèrent alors sur l'un des hommes qui passait près d'elle. Il tenait l'un des étendards qu'elle avait aperçu dans le gouffre. La fine brise qui soufflait dans la clairière fit claquer le tissu, dévoilant le symbole brodé dessus. Il s'agissait d'une fleur.

Plusieurs longues secondes s'écoulèrent, jusqu'à ce que le corps de Rukia se glace entièrement. Ses yeux s'agrandirent, tandis qu'elle se figeait instantanément, comme frappée par la foudre.

L'homme qui portait l'étendard s'avança vers elle pour lui demander si elle allait bien. Elle ne répondit pas et l'homme parut mal à l'aise.

_ Nous y allons, dit-il. Je suis désolé pour vos mains, mais vous avez tenté de vous enfuir. Nous ne pouvons pas prendre le risque de vous laisser partir, ma dame.

La jeune femme réagit à peine, son visage ayant subitement perdu toutes ses couleurs. Elle ne fut capable que de murmurer une seule chose, tandis que l'homme l'aidait à se relever avec délicatesse et un brin de crainte :

_ Le camélia…

Elle en était certaine l'emblème sur le tissu n'était autre que le camélia, c'est-à-dire le même symbole que la sixième division de sa Soul Society. La division commandée par Byakuya !

La brune ne se posa aucune question, convaincue de ce qui allait suivre : on l'emmenait jusqu'à Byakuya Kuchiki.

La confrontation qu'elle redoutait tant, qu'elle s'était efforcée d'éviter allait quand même arriver. Une angoisse sourde résonna dans tout son être et elle manqua de défaillir.

Elle n'eut pas la force de s'interroger de l'attitude respectueuse et à la fois craintive des hommes.

« Ichimaru Gin, songea t-elle avec amertume. Il m'a tendu un piège ! Ou bien il s'est enfui ! »

_ Sale traître ! Pesta t-elle.

_ Vous avez dit quelque chose ? Lança une voix à l'étrange intonation enjouée.

Surprise, Rukia laissa retomber sa colère pour se tourner vers la personne qui avançait à côté d'elle. Elle écarquilla les yeux, tandis qu'Ichimaru lui adressait un drôle de sourire qui ne coïncidait pas avec la situation.

En baissant les yeux, la jeune femme constata avec stupéfaction que le Shinigami avait lui aussi les mains liées, en plus de la corde qui ceignait son cou et que tenait l'un des hommes de Byakuya. On aurait dit un animal dangereux, traîné de force.

_ J'ai pensé que vous m'aviez vendu, reconnut la brune très honnêtement.

Elle ne savait même plus quoi penser.

Ichimaru se contenta d'hausser un sourcil.

_ Ah ? J'ai l'air de quelqu'un qui tire profit de la situation ?

Rukia ne répondit rien. L'homme qui tenait la corde reliée à Ichimaru tira dessus, forçant ce dernier à avancer.

_ Je crois qu'ils n'ont pas aimé que Shinso joue avec leurs copains sur l'escalier.

_ Shinso ? Répéta la brune en haussant un sourcil.

_ Mon zanpakuto.

Rukia demeura interdite, n'aimant pas beaucoup le terme « jouer ». Cela n'avait rien d'un jeu et elle avait éprouvé une violente peur d'elle-même lorsqu'elle s'était rendue compte qu'elle ne parvenait pas à se maîtriser. Elle n'avait aucune envie de finir comme les Shinigami de ce monde.

Néanmoins, elle n'en toucha pas mot à Ichimaru, qui venait d'être réduit au silence par une nouvelle tension exercée sur la corde à son cou. Finalement, il s'était battu lui aussi, bien qu'elle ignore comment il avait pu terrasser les Shinigami sur l'escalier. Toute à son combat, elle n'avait pas fait attention aux pouvoirs de Shinso. En tout cas, Ichimaru devait dire vrai, car le Shinigami qui tenait la corde semblait avoir quelques griefs contre lui.

La jeune femme constata qu'on la traitait bien mieux que son compagnon de route. Elle se souvint alors de ce qu'avait dit le Shinigami qui tenait l'étendard il l'avait appelé « ma dame ». Etrange. Jamais on ne s'était adressé à elle en ces termes. Jamais elle n'avait entendu de déférence dans la voix de ses interlocuteurs, même une fois que Byakuya l'ait adopté.

Elle sentit de nouveau les regards peser sur elle. Ils se faisaient furtifs, comme le toucher d'un papillon qui bat légèrement ses ailes, bien moins lourds que les coups d'œil des hommes de Renji. On n'osait pas la regarder en face, mais les murmures allaient bon train.

« Tu crois que ça peut être elle ? », disait l'un. « Qui d'autre ? Regarde-la », répondait un autre. Ou encore, « C'est de la nécromancie… ». « Ne dis pas des choses pareilles ! », réprimanda l'un des chuchoteurs comme s'il craignait d'attirer le mauvais œil

_ Silence ! Lança soudainement un Shinigami. Avancez et taisez-vous !

Les murmures se turent aussitôt, mais les coups d'œil à la dérobée ne cessèrent pas pour autant.

_ Qu'est-ce que ça fait d'être le centre de l'attention ? Lança gaiement Ichimaru.

Au vu de la situation, son ton léger était très déplacé.

_ Hisana, ajouta t-il comme s'il venait de dire une bonne blague.

Aussitôt, la brune réagit. Pourquoi ce nom revenait-il sans cesse !

Elle foudroya du regard le Shinigami, mais ce dernier ne cessa pas de sourire pour autant. Il affichait une confiance absolue très déstabilisante.

_ Je ne m'appelle pas Hisana.

_ Peut-être, concéda Ichimaru. Mais c'est comme ça qu'ils t'appellent, eux.

Il désigna d'un mouvement de tête les hommes de Byakuya.

_ C'est une méprise, objecta la jeune femme, agacée.

_ Dans ce cas, tu ferais mieux de vite régler la situation, avant qu'elle ne dégénère.

Rukia haussa un sourcil. Que sous-entendait-il ?

_ C'est un secret que peu d'entre nous connaissent, alors ouvre grand tes oreilles.

Avec un air de confidence, Ichimaru se pencha vers l'oreille de la jeune femme. Elle le sentit prendre une grande inspiration, elle perçut sa jubilation à prendre son temps pour dévoiler son secret qui déferla enfin comme une bourrasque :

_ Hisana est morte, il y a quelques mois.


Pour ce qui est du sommeil des Shinigami, je dois dire que ce n'est qu'une interprétation personnelle. J'ai supposé que des Dieux de la Mort n'avaient pas besoin de dormir, seulement de se laisser aller quand ils ressentent de la lassitude. Mais encore une fois, c'est ma vision à moi.

Voilà, je vous dis à bientôt pour la suite, avec au programme une confrontation avec Byakuya !