- 11 - Bis repetita
« Le dix-septième des talismans constituant la science occulte du Vieillard des Pyramides permet d'acquérir rapidement la connaissance parfaite d'une science ou d'un art. »
Les mots dansaient toujours devant les yeux d'Al, alors qu'il essayait de dormir. Il avait trouvé la signification de son pendentif dans la Chouette Noire, un ancien livre de Sorcellerie. Elle lui avait offert à son anniversaire, mais pourquoi ?
Il se tournait et se retournait dans son lit. Il se voyait attaqué par un arbre géant, et défendu par Azareth. Il s'éveilla en sursaut. Jamais il n'avait été attaqué par un arbre. Pourtant ce rêve paraissait réel, très réel. Il se dépêtra de ses couvertures dans lesquelles il était enroulé. Il se leva, et prit la cruche pour s'arroser la tête et remettre ses idées en places. Non... il revoyait sans doute l'attaque des centaures, mais les songes avaient un peu modifié la réalité, voilà tout...
Il se rendit le lendemain matin en cours de Métamorphose. Azareth se comportait normalement - froide et distante - comme d'ils n'avaient jamais eu la conversation de la vieille. Al fit de même, respectant sa promesse. A la fin du cours, Azareth l'interpella.
- Je souhaiterai que vous veniez me voir ce soir, à 19h, dans mon bureau.
- Bien, Madame.
A l'heure dite, il quitta la salle commune des Serpentard, et monta dans la tour Gryffondor. Il croisa Rose qui descendait avec quelques-unes de ses amies.
- Al ? Qu'est ce que tu fais ici ?
- J'ai rendez-vous avec Mrs Azéris. Pour les cours.
- Ah... Eh bien bon courage. Si elle te torture, crie et on viendra te sauver.
Al lui sourit avant de poursuivre sa route. Lorsqu'il arriva au pas de la porte, l'immense Hyène de pierre leva vers lui son imposante tête.
- Euh... commença-t-il. Il ne connaissait pas le mot de passe. J'ai rendez-vous avec... Azareth, murmura-t-il à la gardienne.
Elle s'assit, et hocha la tête. Il aurait juré qu'elle lui avait lancé un furtif clin d'œil, puis elle s'écarta, lui laissant le passage libre. Il frappa deux petits coups à la porte, qui s'ouvrit immédiatement. Azareth était assise à son bureau, devant une pile de copies qu'elle corrigeait d'une longue plume noire. Elle lui désigna d'un geste de la main la chaise qui lui faisait face. Il prit place, croisant les doigts sur ses genoux. Elle acheva la correction de sa dernière copie, avant de lever les yeux vers lui.
- As-tu trouvé les réponses que tu cherchais dans le livre que je t'ai donné ?
- C'est vous qui m'avez offert mon collier, dit-il en le sortant de sous sa robe. Pourquoi ?
- Comme je te l'ai dit, tu as de grandes dispositions, que j'ai voulu encourager dès ton plus jeune âge.
- Mais pourquoi ?
- Je pense que tu es destiné à faire de grandes choses. Elle le fixait de ses yeux noirs d'encre, son visage neutre n'exprimant aucun sentiment.
Elle se leva, et s'approcha de la haute fenêtre. Elle resta quelques instant immobile, avant de se tourner vers lui.
- Tu sais, j'ai été impressionnée que tu demandes au choixpeau de t'envoyer à Serpentard. Ou que tu aies parlé poliment au centaure qui te voulait du mal, ou que tu remercies la créature inconnue qui venait de t'aider. Tout ceci prouve une grande modestie. Tu n'es pas comme les autres.
Al rougit légèrement, avant de se souvenir de la nuit passée.
- J'ai rêvé de l'attaque des centaures cette nuit, mais c'était un arbre qui me poursuivait cette fois.
Elle se tourna vers lui, en haussant un sourcil.
- Un arbre ?
- Oui...
- Vraiment...
Elle marcha de long en large dans son bureau, réfléchissant.
- Al, tu avais l'impression de me connaître n'est-ce pas ?
Il acquiesça, l'air un peu surpris. Elle s'approcha de lui, et lui prit la main droite, en le regardant dans les yeux. Soudain, Al se vit poursuivi par le Sombral Azareth, lancer un sort contre elle, puis être face à une elfe de maison, la baguette levée... Azareth ferma les yeux et lui lâcha la main. Elle le regardait avec une pointe d'inquiétude dans les yeux. Il avait la tête qui tourne, l'esprit embrouillé ces souvenirs qu'il venait de revivre. Mais c'était impossible... Il n'avait jamais fait toutes ces choses.
- Je pense qu'il est temps que je te raconte ton histoire, Al. Regarde-moi. Dit-elle en s'agenouillant aux pieds de sa chaise.
Il se senti tomber dans les deux puits sans fond des pupilles d'Azareth. De nouveau, son esprit fut noyé sous des souvenirs qui n'étaient pas siens. Il se vit devant un Dragon et un immense poisson, entendit leurs paroles. Il s'observait, nouveau né, dans un berceau. Il se voyait jouer dans son jardin, ou à la gare, et même à Poudlard. Il poussa un gémissement, et arracha son regard.
- Ce sont mes souvenirs. Il entendit cette voix s'élever dans un brouillard épais. Il prit sa tête entre ses mains, essayant de calmer la douleur qu'il ressentait. Apres plusieurs minutes, il parla d'une voix faible.
- Ces souvenirs... Ceux qui me reviennent parfois, ce sont ceux de Severus Rogue ?
- On dirait bien. Il semblerait qu'il souhaite t'aider autant que moi. Je n'avais pas prévu ca.
- M'aider ? Ils m'ont aidé à vous trouver, mais c'est tout...
- Je pense qu'il veut te faire partager son expérience, pour que tu ne fasses pas les même erreurs.
- Comment pouvez-vous en être si sûre ? On pourrait demander à son tableau, dans le bureau de Percy...
- Non. Severus est mort, son tableau ne peut pas savoir ce que son âme défunte essaye de faire. Ne t'inquiètes pas, tu n'es pas possédé, cette âme ne peut rien te faire de mal. Si tu le souhaite, je peux te l'ôter.
Al réfléchit. Il avait vu la puissance de Severus Rogue. Son intelligence, sa force. Si son destin était de faire de grandes choses, il aurait besoin d'aide sans doute...
- Non... laissez-le.
- Al, je peux t'apprendre à contrôler ces souvenirs. Ainsi tu ne seras plus surpris par leur apparition, tu pourras les visiter à ta guise.
Il hocha la tête, un peu rassuré par cette perspective.
- Madame ? Quel est mon destin ?
Elle sourit devant cette question directe.
- Tu as vu ma conversation avec mes frères. Tu as vu leur colère contre le peuple Sorcier. Je pense que tu seras capable de les faire changer.
- Mais si je n'y arrive pas ?
- Peu importe Al, tu auras essayé.
- Ils ont dit qu'ils enlèveraient leurs pouvoirs aux Sorciers... s'inquiéta-t-il.
- Ils ne pourront pas. Ils ne peuvent agir contre vous, vous n'êtes pas des créatures magiques.
- Mais vous ?
Elle sourit.
- Ne te préoccupe pas de tout cela. Pour l'instant, tu n'as besoin que d'apprendre. Son ton s'était durcit, lui faisant comprendre qu'il devait s'arrêter là.
Dans les mois qui suivirent, Azareth invita régulièrement Albus pour des leçons particulières. Petit à petit, il arrivait à visiter la mémoire de l'âme qui partageait son corps. Il avait vu qu'elle avait raison. Severus Rogue l'aidait. Il ne lui cachait rien, de ses erreurs ou de ses réussites. Un soir où Al avait pu visiter profondément un de ces souvenirs, il s'était senti envahi par la mémoire de l'elfe Brisby.
- Est-ce qu'il peut me transmettre son savoir ? Demanda-t-il.
- Peut être. Tu as l'impression d'avoir appris quelque chose ?
Il acquiesça, serrant dans sa main son talisman.
-Vous le saviez ? Qu'il pourrait m'apprendre certaines choses ?
Elle hésita, avant de répondre.
- C'était une possibilité ridicule, mais même le ridicule doit être pris en compte. Je t'ai offert ce talisman pour l'apprentissage en général, pas seulement pour celui de Severus.
Al la fixa droit dans les yeux, avec une expression d'intense concentration. Elle eut l'air surpris, avant d'éclater dans un petit rire.
- J'ai bien peur qu'un souvenir de légilimencie ne soit que trop léger pour fouiller dans ma mémoire contre ma volonté, Al. Mais j'admets qu'il y a un bon début.
- Est-ce que vous allez m'apprendre les mêmes choses qu'à lui ?
Elle passa son index d'un air songeur sur ses lèvres, avant de murmurer :
- Ce ne sera peut être pas nécessaire. Il n'y a pas la même... urgence. Tu as tout ton temps, ce qui n'était pas son cas.
- Mais qu'est ce que je dois faire ?
- Apprendre, Al. Découvrir, expérimenter. Je serais toujours là, quelque part, si tu as besoin de mon aide.
- Votre phrase sonne comme un au revoir, dit-il, une pointe de tristesse dans la voix.
- Je quitte Poudlard en Juin. Je ne suis pas faite pour enseigner.
- Pourtant vous y arrivez avec moi.
Elle sourit, se leva, et se dirigea vers sa bibliothèque.
- Je n'aime pas la foule. Je suis envahie par les souvenirs des gens. Tout cela m'épuise. D'habitude, je ne donne mon savoir qu'à une personne à la fois. Elle toucha le montant de bois, qui s'illumina quelques secondes d'une pâle lueur rouge. Je t'offre mes livres, je les mettrai en sûreté.
Il hocha la tête. Il sentait un grand vide grandir en lui, comme s'il était abandonné.
- Vous savez, Severus, il vous aimait. Cette phrase lui avait échappé, sans qu'il puisse la retenir.
Elle se tourna vers lui, le visage impassible.
- Je l'aime aussi. Il vit une ombre de profonde tristesse traverser son visage, mais elle se reprit rapidement.
- Bonnes vacances, Monsieur Potter. Nous nous reverrons à la rentrée, si vous le souhaitez.
Merci à Andeor pour le review, ca me fait très plaisir :) j'espère que la suite va autant te plaire.
