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JE SUIS CHARLIE
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Chapitre 11 : Où des ennemis se perdent et l'on discute autour de crozets.
Ils s'étaient encore battus, s'étaient faits distancés par le groupe, étaient tombés le long d'une pente enneigée pour se retrouver à moitié assommés et qui plus est perdus au milieu des bois.
Et là, ça faisait une heure qu'ils pataugeaient pour trouver un semblant de chemin à suivre.
C'était vraiment la tuile.
— Malefoy, s'il-te-plaît, peut-on arrêter de s'incendier, je ne sens plus mon épaule et je tremble tellement que mes autres articulations vont se débloquer aussi.
— Arrête de geindre alors, ordonna le blond qui ne put s'empêcher de jeter un regard inquiet à son collègue.
Harry avait vraiment l'air mal en point mais il refoula ses angoisses. Ils continuèrent pas à pas à avancer dans la neige tandis que la nuit recouvrait inexorablement les arbres, gravide de fantômes tourbillonnants. Elle étouffait dans sa chape d'obscurité verte et brune les soupirs de leurs haleines glacées. Harry vit des papillons noirs devant ses yeux, le froid ne le mordait plus comme s'il était lui-même devenu de ce givre mortel qui cristallisait les pins. Leurs pieds soulevaient la poudreuse et s'y renfonçaient usant considérablement leurs forces sans parvenir à les faire avancer convenablement tant l'épaisseur était grande. Ce crissement létal et uni les accompagnait, tout le long de leur lutte. Draco serra le fond de ses poches entre ses doigts pour se prouver qu'ils étaient toujours accrochés à ses paumes.
Les deux élèves se sentaient oppressés par les pins longilignes, informes masses ténébreuses jalonnant leur progression. Ils ne parlaient plus, économisant leurs ressources. Le Serpentard sentait le froid polaire durcir sa bouche et son nez, et blanchir ses cils. Sa blessure à travers sa Parka saignait encore et à peine sorti, le sang se figeait.
— Dra… Draco...
La voix faible du Survivant le fit se retourner juste assez rapidement pour le voir s'affaisser dans la neige. Il ne faisait plus attention aux hululements des chouettes, pales échos solitaires vites étouffés par l'épais manteau. Le préfet enjamba trois pas, la peur décuplant ses forces et attrapa le brun entre ses bras. Il avait le visage blême, les lèvres exsangues et les yeux éteints au fond de leurs orbites.
— Potter ! Hé Potter ! Me fais pas encore un sale coup, reste éveillé ! Hé Potter !
Il le secoua un peu. Harry voyait deux lumières pales dans un visage givré s'agiter au dessus de lui avec tout l'espoir du monde et une détresse dévorante. Et murmura faiblement :
— Je me repose deux minutes Malefoy…
Il ferma les yeux et sa tête retomba inerte. Draco le serra contre lui tentant de le frictionner avec toute son énergie restante, désespéré à l'idée de le perdre par sa faute. Il hurla dans la nuit paisible qui commençait à lui brûler les entrailles.
— Non Harry, HARRY ! NE T'ENDORS PAS !
Le brun s'agita soudain, comme revenant à la vie et s'écarta un peu. La fourrure de sa capuche touchait celle de Malefoy tant ils étaient proches et leurs haleines formèrent un petit nuage commun.
— Tu as une goutte de givre au coin de l'œil Draco.
Le jeune blond raffermit sa prise sur la parka de son vis-à-vis et, s'approchant, étouffa contre ses lèvres le nuage de fumée. Il était exténué, terrorisé et incapable de réfléchir correctement. Harry ferma les yeux savourant la langue chaude qui remplaçait l'air mortel dans sa bouche et agrippa de ses moufles la tête encapuchonnée pour la rapprocher. Les gerçures de leurs lèvres répandirent un goût métallique et âcre dans leurs bouches. Enfin, il se sépara à regret et Malefoy reprit cet air si supérieur qui fit chaud au cœur à Harry, lui montrant que certaines choses étaient immuables, même dans les plus extrêmes nuits hivernales. Le frimas reflua et le monde cessa de tourbillonner derrière ses paupières.
— Ne crois pas que ce soit pour autre chose que te donner du courage.
— Noon ! Bien entendu. C'est pas comme si tu l'avais déjà fait.
Le blond se renfrogna et se remit à marcher.
— Ne me meurs pas sur les bras c'est tout ce que je te demandes.
Péniblement, Harry reprit l'inlassable rythme. S'extirper, s'enfoncer, s'extirper, s'enfoncer. L'éclat marmoréen de la lune sur la neige le plongeait dans une sorte d'hypnose, tandis que Draco non loin devant, nez au ciel, ne pouvait s'empêcher de formuler en silence des vers sur la beauté du moment si parfaitement identique à son être, glacé, persévérant. L'absence de bruit autour d'eux était plus assourdissante que tout, cisaillant leurs oreilles de mille éclats d'acier.
— Draco ?
Le blond se retourna vite, prêt à faire face à une nouvelle défaillance de son collègue, mais celui-ci continuait d'avancer, un air curieux peint sur le visage.
— Ne romps point ma méditation pour rien, Saint Potty.
— Ne sens-tu point cette odeur de fromage, Ô grand poète?
Draco fronça les sourcils se demandant si ce n'était pas encore plus grave qu'il ne l'avait imaginé, puis le fumet effleura ses narines et il reconnu une senteur de tomme locale. Un sourire sincère étira la commissure de ses lèvres et il attrapa Harry par le coude pour l'aider accélérer. C'est presque en courant qu'ils arrivèrent devant le grand chalet en bordure de station et tombèrent nez à nez avec leurs amis. Le groupe braillard des élèves français et anglais confondus s'échangeait des accessoires de piscines à grands cris. Se cachant de l'œil des professeurs, les deux vagabonds firent signe à leurs binômes. Synnedie et Célimène leur sautèrent dessus en les emmenant à l'abri manquant de faire tomber Draco, soudain très faible.
— Il faut que vous vous cachiez, si McGonagall vous trouve, vous êtes renvoyés. Débrouillez-vous pour nous rejoindre assez vite à la piscine et inventez une excuse digne de ce nom !
— Merci de vous être inquiétées, grinça Draco, aigre.
La brune lui attrapa la nuque et lui planta un baiser en plein sur la bouche, Harry ne put s'empêcher de lancer une exclamation outrée à Synnedie et celle-ci se recula bien vite en donnant au Serpentard une petite tape sur la joue.
— On était mortes de trouille, bande de connards.
Harry et Draco se dépêchèrent de rentrer dans le chalet chauffé par une porte dérobée et s'affalèrent sur un divan.
Petit à petit, Harry se réchauffait. Il sentait la vie revenir dans chacun de ses membres et son corps se détendre. Se relevant difficilement, Draco jeta sa parka déchirée à même le sol, il s'étendit en travers d'un fauteuil et releva un pan de son pull, troué lui aussi. Une méchante auréole noire tâchait le lainage gris et l'on apercevait la chair à vif en-dessous. Harry essaya de se lever pour soigner le blond mais la tête lui tourna bien trop et il retomba de tout son poids sur le sofa.
— Reste tranquille Potter… intima le préfet.
Le brun ne songea pas à protester, il était à demi évanoui. Malefoy se mit torse nu et d'un petit sortilège prononcé du bout des lèvres, recousu la plaie.
Peu après, il avisa la grande marmite dans laquelle restaient des sortes de petites pâtes carrées avec du fromage et des lardons, et regarda une boîte, l'air trop blasé pour que cela paraisse naturel aux yeux habitués d'Harry.
— Des Crozets ? Jamais entendu.
Allongé comme un tas sur la banquette aux couleurs criardes, Harry le regardait à l'envers, cou tendu. Il vit son regard fuyant alors qu'il sortait deux assiettes et deux fourchettes pour les jeter brusquement sur la table. Un silence assez gênant s'établit pour le Serpentard. Il les servit et on entendit le bruit mat de la mixture tomber dans chaque assiette…
— Tu veux de l'eau ?
Harry, près de s'endormir ouvrit les yeux.
— Draco !
Le blond se retourna vivement.
— Quoi ? Aboya-t-il.
Le Survivant sentit qu'il fallait clarifier la situation, sans quoi le repas allait être terriblement long.
— C'n'est pas parce que tu me sors une assiette qu'on est en couple, et ce n'est pas parce que tu m'as embrassé que je dois être la princesse et toi le chevalier servant ! Aux dernières nouvelles on est toujours ennemis et je ne demande pas à ce que ça change. Relax !
Le Serpentard resta un peu interdit de s'être laissé lire si aisément, puis son visage se détendit imperceptiblement et il reprit cette splendide et hautaine expression qu'Harry fut rarement aussi content d'apercevoir qu'en ce moment là.
— Je vais faire comme si tu ne t'étais pas imaginé en princesse… Pour arriver à dormir ce soir.
Il s'assit, le Gryffondor se redressa et lui jeta un regard malicieux avec un sourire en coin tout en buvant un verre d'eau. Il avait retrouvé un peu de couleurs et Draco haussa les sourcils dans un air méprisant qui cachait son excitation. Le malaise était vite passé, Potter savait mettre les choses à plat, c'était indéniable.
— Ne me regarde pas avec ces yeux là Potter !
Harry baissa les prunelles sur son plat tout en prenant un peu de croziflette sur le bout de sa fourchette. Draco le vrillait de ses yeux gris, ils tinrent un moment le duel puis Harry eut la bonne grâce de s'incliner. Il avait surtout faim.
— Sinon quoi Malefoy ?
Le blond prit le temps de manger un peu et agit comme s'il n'avait jamais entendu la question. Puis il s'essuya la bouche avec distinction, accorda le plus grand soin au pliage de sa serviette, tandis que le Sauveur l'observait avec curiosité. Et enfin, lorsqu'il se fut frotté les mains, releva son regard, électrique pour lors, et ne pouvant empêcher une adorable fossette de creuser sa joue, il demanda avec une jubilation contenue sous le ton anodin :
— Dis moi Potter… Tu n'as pas oublié que le bal est demain, n'est-ce pas ?
Harry s'étouffa en réalisant et recracha dans son assiette, s'attirant un regard noblement répugné.
— Qu… Quoi ? Tu plaisantes ?
— Ne paniques donc pas, je t'aiderai à choisir ta tenue, fit le blond.
« Comme s'il offrait véritablement son aide le crevard ! »
Le brun paniqua et tenta, avec l'air calme mais déterminé :
— Tu ne peux pas me faire ça Malefoy, je serai la risée. Quel intérêt aura pour toi nos joutes, si je suis discrédité à jamais ?
Dans sa tête, le Serpentard voulut tester, palper les limites pour voir où il se dirigeait, son visage se ferma.
— Qui a dit que ça m'intéressait ? Tu n'es qu'un cafard un peu coriace sur mon chemin Potter… À la longue tu deviens lassant, il est temps d'en finir.
Harry leva un regard dans lequel se mêlaient incompréhension, blessure profonde et tristesse.
— Mais… Je veux bien reconsidérer mon offre…
Le cœur d'Harry se remit à battre, il n'aurait pas pardonné que le blond le mène ainsi en bateau. On ne joue pas avec une rivalité vieille de sept ans. Le brun jeta un coup d'œil à sa montre gousset, cadeau de Sirius, et déclara
— Bien, nous avons vingt minutes pour discuter des closes de ce contrat.
Ils affermirent leurs positions, se servirent une coupe de vin chaud chacun et Draco vint s'allonger sur la banquette en face, non sans avoir méprisé le napperon de dentelle grossière du regard.
— Tu t'habilles en rose et en talons, je te laisse le droit du pantalon.
Harry secoua la tête,
— Je refuse. Le rose est une couleur immonde, sinon je m'habille en fille et j'y vais avec une autre fille, c'est plus drôle.
Un sourcil blond s'arqua,
— Pardon ? Tu irais avec une fille ?
Harry rougit jusqu'au cou et enleva sa parka qui commençait à lui donner chaud.
— Bah je ne vois pas…
— Tu es gay Harry ! Regarde moi ! , claqua-t-il, ne détourne pas les yeux idiot ! Je pensais que tu l'avais compris quand même !
— Mais…
— Il n'y a pas de mais, tu veux que je te rappelle le premier soir ?
— Non merci.
— Bon, alors ça c'est réglé. Je ne te laisserai pas y aller avec une autre fille. Etre obligé de jouer les outeurs c'est fou ça ! Mon père n'y croirait pas !
— Parce que dans ta famille de conservateurs aristos tu me diras que tout le monde est au courant que tu t'enfiles des rondelles comme une pique de barbecue !
— Potter, tu es obligé d'être aussi vulgaire ? Ma famille du moins m'a appris les rudiments de la vie en société. Et la réponse est non. Et comment sais-tu que je m'enfile des rondelles ?
— Oui. Je m'en doutais. Et tu t'es fait Lyam, dont je serais étonné qu'il t'ait pris comme une lapine.
Ils se turent, se regardèrent et pouffèrent un coup devant l'idée saugrenue d'un Lyam actif.
— Reprenons, avec un garçon…Mais moi ou un autre ? , se demanda Draco en observant de ci de là, les lèvres effleurant le vin, les yeux caressant le corps du Survivant.
Harry était pendu à ses lèvres hésitant… sur quelle réponse il attendait du blond.
« Avec qui préférerait-il l'envoyer si ce n'était pas lui. Pucey ? Pas mal mais tellement chiant !… ou un grand là… Raphael Delacour, le frère de Fleur qui n'avait pas franchement une tête à kiffer la moule.
Oui, avec lui ce serait pas mal… Raphael était le binôme d'Hermione et il avait été aussi intéressé par les prouesses en balais que par ses fesses. »
— La question serait de savoir avec qui toi tu pourrais y aller et qui ne te ferais pas honte ? , fit Harry certain de sa colle.
— Aucun problème… Daphné, Astoria, les deux peut être ?
— Et toi tu ne sors pas le drapeau arc-en-ciel alors ? Tu m'accuses de ne pas m'assumer, mais je ne t'ai jamais vu laisser le moindre signe de ton goût pour le pénis en public.
— Grâce au Ciel Potter, ne parle pas ainsi !
— Quoi, tu es choqué ? Ça t'excite ? Pourtant…
— Avec Pucey alors…
Harry fronça les sourcils
— Il est beau mais je l'ai dérouillé. Tu ne sortirais pas avec quelqu'un que j'ai dérouillé quand même ?
— Potter ? Tu es en train de me convaincre d'aller au bal avec toi ?
— Non mais…
— Parce que si c'est le cas, autant me le demander directement, ce sera plus rapide que de discréditer chacun de mes prétendants.
— Sors avec Pansy-la-Cochonne pour ce que ça peu me foutre… grommela Harry, pas content de s'être laissé piéger
— C'est d'accord ! s'exclama soudain le Serpentard.
— Quoi ! S'abasourdit Harry, Parkinson et Malefoy ?
— C'est d'accord, j'irai au bal avec toi !
Le sauveur du monde sorcier se demanda si c'était une bonne chose de ne pas ressentir de déception puis bouta le sentiment hors de lui.
— Pas de robe, pas de jupe, pas de rouge à lèvre, pas de talons, des couleurs sombres, pas de plumes, pas de perruque…
— Ce sera tout ?
Harry réfléchit avant de s'exclamer :
— Pas de faux seins ! Ni de faux cul !
Puis il se creusa la tête et finit par dire plein d'appréhension :
— Oui c'est fini.
— Bien, fit Draco un sourire s'élargissant sur ses lèvres, tu as oublié les paillettes et le maquillage des yeux. De toute manière je comptais juste te féminiser assez pour que l'on devine ta nature subtilement. Je ne voulais pas de toi en drag queen… J'ai horreur des drag queen ! Les junkies et les désespérés se tapent les drag queen !
— Vive les clichés ! Et je suppose que j'aurais droit à Pansy pour me maquiller comme une voiture volée ?
— Synnedie et Célimène auront à coup sur plus de goût. Remercie-moi. Allons, maintenant il faut aller se baigner.
Prochain et looooong chapitre, le bal ! Portez vous bien !
